Catégorie : Monde

  • La Tchéquie retire du marché les poivrons marocains pour excès de pesticides

    C’est ce qu’ont fait les autorités de la République tchèque, car les poivrons, qui avaient été importés par l’Espagne, présentaient une présence excessive des pesticides Clofetenzin et Methomyl, le premier dépassant sa LMR de 5,5 fois et le Methomyl de six fois, un fait qualifié de grave par le RASFF.

    Hortoinfo – Le système d’alerte rapide pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux (RASFF) a signalé que les autorités de la République tchèque ont retiré du marché des poivrons blancs importés du Maroc via l’Espagne, en raison d’une teneur élevée en résidus de pesticides.

    Comme Hortoinfo a pu l’apprendre de sources de l’organisme susmentionné, des résidus du pesticide Clofetenzin ont été trouvés dans les poivrons dans une proportion qui dépassait de cinq fois et demie sa limite maximale de résidus (LMR), ainsi que du Methomyl dépassant de six fois sa LMR, après avoir effectué un contrôle officiel du marché.

    La clofetenzine était présente dans les poivrons marocains dans une proportion de 0,11 milligramme par kilo, alors que sa LMR est fixée à 0,02 milligramme/kilo, selon la base de données des pesticides de la Commission européenne (CE).

    La présence de Méthomyl dans les poivrons marocains était de 0,24 milligramme par kilogramme, alors que la LMR pour ce pesticide est fixée par la CE à 0,04 milligramme par kilogramme.

    La présence de ces pesticides dans les poivrons importés du Maroc a été qualifiée par le RASFF de fait grave.

    Méthomyl

    Le méthomyl est un insecticide de contact, de la famille des carbamates, qui peut provoquer des vertiges, une salivation excessive, des maux de tête, des difficultés respiratoires, une contraction des pupilles, des nausées, des vomissements, une faiblesse, des convulsions, des crampes musculaires et une perte de conscience.

    Clofentezine

    La clofentézine est un acaricide de contact, qui agit sur les œufs et les larves néonates. Il a une activité résiduelle qui persiste pendant 10 à 12 semaines.

    Horto Info, 9 avr 2021

    Etiquettes : Maroc, poivrons, pesticides, Tchéquie,

  • Majorque: Les musulmans demandent au gouvernement d’assouplir le couvre-feu pendant le Ramadan

    La communauté musulmane de Majorque a demandé au gouvernement des Baléares d’assouplir le couvre-feu pendant le Ramadan, le mois sacré de l’Islam, afin de pouvoir accéder aux lieux de culte et accomplir la première et la dernière prière de la journée, qui coïncident avec les restrictions de mobilité. Les associations et entités islamiques insistent sur le fait qu’il est « très important de ne pas rompre le jeûne » et demandent que soit prolongée, au moins d’une demi-heure, la fermeture des lieux sacrés.

    La célèbre célébration commencera, de manière prévisible – en fonction des observations astronomiques qui seront faites demain soir -, mardi prochain, le 13, et se terminera par l’Aïd al-Fitr (la fête de la rupture du jeûne) le jeudi 12 mai. Ils ont souligné que cette année encore, le ramadan sera « atypique » en raison de la pandémie, avec de nombreuses complications pour la communauté et une capacité limitée dans les mosquées. Rappelons que la dernière célébration (en 2019) a rassemblé environ 25 000 musulmans dans le centre sportif Germans Escalas sur les près de 60 000 qui existent dans les îles Baléares.

    L’une des préoccupations de la communauté, qui s’est déplacée vers ce journal, est la dernière prière de la nuit. « Les familles sont dans l’expectative, car les institutions n’ont pas encore répondu à notre demande », disent-elles. Tout cela combiné à l’annonce de la fermeture des frontières du Maroc jusqu’à la fin du mois de juin. De nombreux musulmans profitent de ces vacances pour se rendre dans leur maison d’origine, ce qu’ils ne pourront pas faire aujourd’hui en raison des restrictions imposées. « Si l’année dernière était atypique, nous pensons que cette année le sera encore plus », avouent-ils.

    Le calendrier musulman s’achèvera le 12 mai avec l’Aïd al-Fitr, qui est la fête de la rupture du jeûne. Un autre des doutes auxquels les praticiens sont confrontés est le lieu où célébrer la journée, qui, comme ils le confirment, pourrait être au centre sportif de Germans Escalas ou à Son Moix.

    Cimetière

    D’autre part, la communauté islamique de Majorque vient de lancer une campagne de collecte de signatures pour demander aux institutions de créer un cimetière musulman à Majorque. Après la pandémie, de nombreux parents n’ont pas pu déplacer les défunts par COVID-19 vers leur pays d’origine en raison de la situation épidémiologique mondiale. C’est pourquoi des associations et des organisations ont organisé cette revendication, qui durera jusqu’à la fin du Ramadan et a déjà obtenu environ 450 signatures.

    Le mois sacré pour des milliers de musulmans commencera dans quelques jours avant qu’un scénario incertain ne se présente pour les prières dans les mosquées. Surtout, ils attendent avec impatience la fin de l’état d’alerte, le 9 mai, pour pouvoir clôturer le ramadan en masse.

    Les musulmans se réunissent pour le repas du soir le 30

    L’ »Iftar », le repas nocturne par lequel les musulmans rompent leur jeûne quotidien pendant le Ramadan, aura lieu le 30 avril, à 20h15, sur la Plaza García Orell (Las Columnas). C’est un jour où la nourriture est partagée entre voisins ou entre personnes d’autres religions pour rapprocher la culture musulmane.

    UH Noticias, 10 avr 2021

    Etiquettes : Espagne, Islam, musulmans, Ramadhan,

  • Espagne : Un marocain arrêté pour avoir agressé sa compagne à Lleida

    Des agents de la Guardia Urbana de Lleida ont arrêté jeudi un homme accusé d’avoir agressé sa compagne à Lleida. Comme l’explique la police locale, les événements se sont produits vers 15h30, lorsqu’une patrouille s’est rendue dans la rue Camí de Corbins après avoir été informée d’un possible cas de violence masculine.

    Les agents ont localisé le couple à l’intérieur d’un bar. La femme, âgée de 30 ans, a déclaré aux agents que l’homme qui était avec elle était son partenaire, qu’il était ivre et très contrarié et qu’il l’avait insultée. La victime présumée avait une marque rouge sur la pommette, mais a nié avoir été agressée.

    Cependant, des témoins ont dit aux officiers que l’homme avait frappé la victime. Pour cette raison, la police a arrêté l’individu, un Marocain de 37 ans résidant à Lleida, accusé d’un crime de violence domestique.

    Segre.com, 9 avr 2021

    Etiquettes : Espagne, Lleida, violence conjugale, Maroc, agression,

  • Des influenceurs pour lutter contre le djihadisme au Maroc

    UN GROUPE DE RÉFLEXION RELIGIEUX DIFFUSERA DES MESSAGES POSITIFS AUX JEUNES.

    RABAT – Le Maroc va former ses propres « influenceurs » pour combattre l’extrémisme religieux avec les mêmes outils que ceux avec lesquels les plus radicaux réussissent : les réseaux sociaux au lieu des discours cérébraux des théologiens qui n’atteignent jamais les plus jeunes.

    L’idée est venue de la Rabita Mohammadia des Oulémas, un groupe de réflexion religieux créé par le roi Mohammed VI, dont la mission est de promouvoir les valeurs de « l’islam du juste milieu » et de déconstruire le discours extrémiste.

    L’intense activité des djihadistes sur les réseaux sociaux a amené la Rabita à conclure qu’il faut les contrer avec ce qu’elle appelle des « influenceurs positifs », qui seront de toute façon indépendants de l’institution.

    En étudiant le discours de l’extrémisme islamique, Rabita a observé comment les groupes djihadistes ont su s’adapter à l’innovation technologique, en plus de recourir à des concepts gauchistes, panarabistes ou inspirés des théories de la libération pour attirer les futurs adeptes avant de passer à la phase d’endoctrinement.

    La technologie, alliée au discours victimaire, fait des jeunes des proies faciles pour ces extrémistes sur le web, il faut donc les immuniser par un discours positif.

    Noticias de Guipuzcoa, 10 avr 2021

    Etiquettes : Maroc, influencers, djihad, terrorisme, islamisme, extrémisme, radicalisme, religion, réseaux sociaux,

  • Maroc : Ali Aarrass, résident de Bruxelles, est enfin de retour à la maison

    « Ils ont mis ma tête dans un seau d’eau jusqu’à ce que je m’étouffe. J ‘ ai été violé à l’envers avec une bouteille. J ‘ ai subi des chocs électriques. » Depuis dix ans Ali Aarrass, un résident de Bruxelles emprisonné au Maroc, a été le visage de la campagne mondiale d’Amnesty International contre la torture. Aarrass insiste sur son innocence. Depuis l’été dernier, il est libre, ′′ et infiniment reconnaissant à tous ceux qui lui ont écrit. »

    On se retrouve à la Bourse et on continue en marchant. ′′ C ‘ est comme si j’avais soudainement atterri sur une autre planète, » a-t-il dit. ′′ Une planète avec seulement des gens sympas. C ‘ est tellement bizarre de voir tous ceux qui ont écrit des lettres, qui vous ont défendu, dans la vraie vie après toutes ces années. Tenez-vous bien à eux pour une fois, mais malheureusement ce n’est pas encore possible. ′′

    Après toutes les informations qui viennent du Maroc depuis 2009 sur son sort, Ali Aarrass (58 ans) semble étonnamment courageux. Il a une longue histoire de boxeur et servi dans l’armée belge. Il peut supporter beaucoup de choses. ′′ Les cicatrices des brûlures de cigarettes disparaissent, » dit-il. ′′ Les autres ne le font pas. Et ce que c’est dans votre tête, de traverser tout cela et de réaliser que les gens qui font ça sont spécialement formés pour ça, je ne peux expliquer. ′′

    Ali Aarrass a vécu à Bruxelles pendant 29 ans. Il a d’abord dirigé une boutique de souvenirs, puis un kiosque à journaux à Molenbeek. En 2004, il a décidé de revenir à Melilla, l’esclave espagnol près de la ville marocaine de Nador, où se trouvent ses racines.

    ′′ Quand les agents de Guardia Civil m’ont contacté dans la rue le 1 avril 2008, je m’attendais à un client. Ils ont fait croire qu’il était lié à une amende de circulation. La première question était : ′′ Qui sont vos amis ? ′′ Je l’ai trouvé un peu bizarre, ça semblait menaçant. J ‘ ai dit que je n’avais qu’un seul vrai ami, mon père. Ils se sont moqués de moi. Après, j’ai réalisé qu’ils me suivaient depuis longtemps. Le soir, j’ai été traduit devant un juge. Il a dit que je devais être transféré à Madrid. Voilà, j’ai été mis en isolement. Après un certain temps, j’ai été mené devant Baltasar Garz ón. ′′ \ n
    Il était le magistrat qui a attaqué Augusto Pinochet et Silvio Berlusconi, et qui voulait poursuivre George W. Bush pour les tortures subies à Guant ánamo.

    ′′ À la demande du Maroc, il a également enquêté sur les attaques de Casablanca (contre les centres touristiques le 16 mai 2003). Il m’a confronté à toute une série de noms qui ne signifiaient rien pour moi. Il m’a demandé qui je connaissais au Maroc. J ‘ ai dit : ′′ Personne du tout. » Je n’y ai jamais vécu. Je suis né à Melilla et je sais pour un fait que l’enclave est vue avec soupçon par le Maroc. M. M. Garz ón a fait son travail correctement et a décidé que je ne devrais pas être poursuivi en justice. Cependant, je n’ai pas été libéré. Le Maroc a demandé mon extradition. Amnesty International L ‘ Espagne a lancé une action. Parce que le Maroc est un pays qui torture. ′′ \ n
    Grâce à d’autres détenus, les descriptions d’Aarrass des méthodes horribles de torture dont il a souffert ont atteint le monde extérieur.

    – Connaissez-vous l’origine des suspicions qui pendent sur vous ?

    ′′ Non, j’étais un pion sur un conseil diplomatique. Nous étions deux au départ. Avec moi, ils avaient récupéré un certain Mohamed el Bay, aussi à Melilla. Quelqu’un que je ne connaissais pas. Il a également été extradé vers l’Espagne et a passé plus d’un an et demi en prison là-bas. Il avait la nationalité hispano-marocaine, il est né en Espagne, tout comme moi. Moi, avec ma nationalité belgo-marocaine, j’ai été extradé. Ils viennent de le laisser partir.
    ′′ Quand j’ai appris que l’extradition devenait inévitable, j’ai fait une grève de la faim. Le premier d’une longue série. J ‘ ai été emmené à l’aéroport par des gens de la Croix-Rouge espagnole et transporté à Casablanca lors d’un vol régulier Royal Air Maroc le 19 novembre 2009. S ‘ ils avaient vraiment vu un terroriste en moi, ils ne le feraient pas. Je n’aurais pas pris un vol régulier, non ? D ‘ après tout ce qui m’est arrivé, il est clair que les gens que j’ai traités n’ont pas cru un mot de ce qui a été dit sur moi. Ils ne faisaient que exécuter les ordres. Après l’atterrissage, je ne suis même pas passé par la douane. J ‘ ai été poussé dans une voiture avec quatre agents des services secrets à l’intérieur. L ‘ un d’entre eux a dit : ′′ Maintenant tu es à ta place. J ‘ ai dit que j’étais belge. J ‘ ai reçu le premier coup de poing. Nous avons conduit à Rabat. Nous avons dû passer trois cabines à péage. À chaque cabine de péage, ils m’ont poussé la tête vers le bas. ′′

    – Toujours selon les normes marocaines, votre arrestation était-elle illégale ?

    ′′ Au moins, c’est ce que j’ai ressenti. En fin de compte, j’ai été bandé les yeux, donc je ne savais pas où j’avais fini. D ‘ abord, ils vous placent menotté par derrière sur une chaise très instable, de sorte qu’à un moment donné, vous vous cognez inévitablement la tête par terre. Alors vous l’avez fait vous-même, pour ainsi dire. Puis les questions ont commencé. Qui es-tu ? Combien de sœurs et frères avez-vous ? Et tout d’un coup, ′′ Où cachez-vous les armes ? » Pendant quatre jours, ils n’ont pas arrêté de répéter cette question. J ‘ avais une barre de fer entre les jambes. Ils ont mis ma tête dans un seau d’eau jusqu’à ce que je m’étouffe. J ‘ ai été violé à l’envers avec une bouteille. J ‘ ai eu des chocs électriques. Leur objectif évident était une confession. ′′

    – Qu ‘ est-ce que, selon les autorités marocaines, vous avez fait aussi?

    ′′ Inventer un scénario est une chose très différente de celle de l’avouer. Je ne pouvais plus supporter la douleur. Après quatre jours, j’ai mentionné l’adresse de ma tante qui vit près de la frontière avec Melilla. Ils ont commencé à enquêter, en disant, » C ‘ est vrai, il a une tante qui vit là-bas. » Ils ont commencé à fouiller toute la maison, et j’ai dû aller avec eux. J ‘ ai été soudainement traité d’une manière agréable. À partir des données sur le tableau de bord de la voiture que nous conduisions, j’ai réalisé que cela faisait quatre jours. Je n’avais aucune idée du jour ou de la nuit. Cette histoire sur ma tante m’a fait gagner du temps. Je savais aussi qu’il y avait au moins sept heures de route. »

    – Comment ont-ils réagi quand ils n’ont pas trouvé d’armes ?

    ′′ Ça a ravivé tout. Et dans la commissaire, le téléphone sonnait tout le temps. Je les ai entendus dire : ′′ Oui, patron, patron, patron compris. » Avec respect, chef. J ‘ étais déshabillé, ils me coinçaient une matraque dans les fesses. Ils m’ont énervé. Ils ont tiré des balles dans ma tête. Ils ont dit : ′′ Si tu ne nous montres pas la vraie cachette maintenant, on va te tirer dessus. » J ‘ ai dit : ′′ Vas-y. Je ne connais aucune cachette. Ils m’ont ensuite assommé. J ‘ ai ensuite imaginé un autre scénario, avec le même résultat. ′′

    – N ‘ avez-vous pas reçu d’aide du consulat belge à ce moment-là ?

    ′′ Ils n’ont rien fait du tout. Pour eux, j’étais ′′ juste ′′ un marocain. Finalement, j’ai été condamné sur la base de mes ′′ aveux. » D’ abord à quinze, puis à douze. Et je les ai servis. Jusqu’au dernier jour. Dans la prison de Salé notamment. Ils ont continué à me torturer là-bas. Parce que ma sœur, le comité Free Ali et Amnesty International ont continué à faire du bruit. Ils ont continué à écrire des lettres. Je serai reconnaissant à votre journal d’avoir publié jusqu’à la fin de ma vie les dessins animés que j’ai mis en fraude grâce à mes collègues détenus. C ‘ est ce qu’ils voulaient arrêter : l’attention, la critique d’Amnesty. Leur idée, je pense, était : ′′ Un jour, ça s’arrêtera tout seul. » Je suis bien conscient d’être privilégié. Au moins 2,000 personnes ont été arrêtées à la suite des attentats de Casablanca, dont des centaines ont été traités comme moi. Qu ‘ est-ce qui leur est arrivé ? »

    – Vous avez été libéré au milieu de la première fermeture du Maroc.

    ′′ C ‘ était déjà un point de contestation. On m’a dit en prison qu’ils ne pouvaient pas me libérer à cause du Coronavirus. Il y avait à ce moment là une dame marocaine qui connaissait le comité Free Ali et qui m’a proposé de m’accueillir. Elle est venue me chercher dans sa voiture. Je suis resté avec sa famille pendant trois mois parce qu’il n’y avait pas de vol. Jusqu’à ce que soudainement j’ai reçu un message : vous pouvez venir sur un vol pour Paris. J ‘ y croyais seulement quand on était dans l’air. Puis j’ai réalisé. Je n’ai eu que des bonnes personnes à remercier pour ça. À la générosité désintéressée. ′′

    Comment vivez-vous maintenant ?

    ′′ Quelque chose que je n’aurais jamais imaginé allait m’arriver. Du CPAS (Les Centres Publics d’Action Sociale ont pour mission de garantir que toutes les conditions de vie sont en conformité avec la dignité humaine). Toute ma vie, j’ai toujours travaillé, très volontiers. Maintenant je cherche du travail tous les jours mais pas facile. ′′

    Par Douglas De Coninck, du journal De Morgen, 17 février 2021.

    Etiquettes : Ali Aarrass, De Morgen, terrorisme, torture, Maroc, Belgique,

  • Affaire des restaurants clandestins : Brice Hortefeux et Alain Duhamel reconnaissent avoir déjeuné chez Christophe Leroy mais s’estiment piégés

    Mediapart fait de nouvelles révélations sur l’affaire des restaurants clandestins. Selon le site d’information, l’ancien ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux a déjeuné avec le journaliste Alain Duhamel chez le chef Christophe Leroy. Les deux intéressés confirment mais s’estiment piégés.

    Nouveau rebondissement dans l’affaire des restaurants clandestins. Le vendredi 2 avril, M6 mettait en lumière dans un reportage en caméra cachée les coûteux repas organisés sous le manteau pour l’élite dans des lieux huppés parisiens, et ce au mépris des restrictions sanitaires. L’enquête révélait notamment que le chef Christophe Leroy servait des dîners gastronomiques hors-la-loi dans un appartement privé du VIIIème arrondissement et que le collectionneur Pierre-Jean Chalençon organisait des soirées clandestines dans son Palais Vivienne.

    De nouvelles révélations

    Ces révélations ont fait scandale, d’autant plus que l’ancien acheteur d’Affaire Conclue se vantait dans ce reportage de partager la table de ministres. Rapidement, les intéressés ont fermement nié avoir contrevenu à la loi mais la polémique s’est transformée en affaire judicaire. Pierre-Jean Chalençon et Christophe Leroy ont même été placés en garde à vue et leur domicile perquisitionné. Et si les deux intéressés ont finalement été relâchés, l’affaire continue de prendre de l’ampleur. Ce samedi 10 avril, Mediapart fait ainsi de nouvelles révélations sur ces restaurants clandestins parisiens, confirmant qu’un homme politique a bien dîné à la table de Christophe Leroy.

    Brice Hortefeux à la table du chef Leroy

    Selon le site d’information, l’ancien ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux « a déjeuné fin mars avec l’éditorialiste Alain Duhamel dans un appartement reconverti en restaurant clandestin par le chef Leroy ». Le repas a eu lieu le mardi 30 mars, dans un appartement privé du 8e arrondissement de Paris, celui qui a été filmé dans le reportage de M6, où Christophe Leroy « proposait à une clientèle selecte des menus entre 110 euros et 580 euros » tous les jours. Contactés par Mediapart, Brice Hortefeux et Alain Duhamel ont confirmé leur présence, expliquant toutefois qu’ils avaient fréquenté ce restaurant clandestin à l’insu de leur plein gré. Le proche de Nicolas Sarkozy raconte qu’il devait déjeuner avec le célèbre éditorialiste dans un cadre professionnel ce jour-là mais ne se voyait pas l’accueillir dans son bureau. Une connaissance lui a alors parlé de la table de Christophe Leroy : « Une personne que je connais est venue me voir pour tout autre chose, et dans la conversation me dit : ‘Si vous avez des déjeuners ou des dîners, il y a un business club dont je suis membre et c’est tout à fait possible d’organiser cela’ ».

    « Tout paraissait légal »

    Mais Brice Hortefeux ne se serait absolument pas douté qu’il s’agissait d’un restaurant clandestin. Le député européen a ainsi expliqué à Mediapart que son interlocuteur lui a assuré que c’est tout à fait légal : « Cette personne me dit : « Il y a beaucoup de monde qui passe, des entreprises, des élus… » Quand vous savez cela, vous vous dites que vous êtes dans les clous ». Brice Hortefeux insiste d’ailleurs : « Tout paraissait légal ». De son côté, Alain Duhamel ne savait pas non plus où il mettait les pieds. « Je ne savais pas de quoi il s’agissait, ce n’était pas précisé, j’y suis allé. Je croyais que ce serait soit chez lui, soit chez un de ses amis, et puis je suis monté dans ce truc-là. (…) Et puis je me suis aperçu qu’il y avait des gens qui déjeunaient. On m’a emmené tout de suite dans une petite salle à manger au fond, où nous étions trois » s’est défendu de son côté au site d’information le journaliste.

    Brice Hortefeux « abusé », Alain Duhamel « piégé »

    Quand finalement, l’affaire des dîners clandestins a éclaté, les deux protagonistes ont déchanté. « Évidemment, vous imaginez ma tête… Cela vous tombe dessus comme un coup de massue. Je ne savais rien et, honnêtement, c’est très pénible. Je ne le vis pas très bien, je me suis excusé auprès d’Alain Duhamel, j’étais très gêné vis-à-vis de lui » a expliqué Brice Hortefeux. De son côté, Alain Duhale raconte avoir « mal dormi” après ce déjeuner. “J’étais tellement troublé qu’en sortant, je me suis trompé de Uber” affirme-t-il également. Le journaliste confie avoir eu l’impression d’être “un peu piégé”. Un sentiment partagé par Brice Hortefeux. Interrogé par France info, le député européen s’est de nouveau défendu : « Quelqu’un que je connais depuis toujours m’a proposé d’organiser un déjeuner dans un club avec un traiteur. J’ai demandé à la personne si c’était légal. Elle m’a répondu oui. On m’a même transféré un article de Ouest-France évoquant le sujet. Si ça n’est pas légal, j’ai été abusé ». Pour l’ancien ministre de l’Intérieur, les choses sont claires : « Je reconnais avoir participé à un déjeuner professionnel avec Alain Duhamel. Ce n’est pas un déjeuner clandestin ».

    Télé-Loisirs, 10 avr 2021

    Etiquettes : Brice Hortefeux, restaurantsd clandestins, Médiapart, Alain Duhamel, Christophe Leroy,

  • The New York Times : #MeToo en France : le mouvement tant attendu fait tomber les puissants

    Des hommes politiques, des intellectuels et d’autres hommes célèbres français font l’objet d’un examen minutieux à la suite d’allégations d’abus sexuels.

    Par Norimitsu Onishi

    PARIS – Lorsque Sandra Muller a lancé la campagne #MeToo sur les médias sociaux en France en 2017, des dizaines de milliers de femmes ont répondu à son appel à « exposer son porc », ou « #balancetonporc ».

    Mais le contrecoup de cette décision a été écrasant. Certaines des femmes les plus en vue du pays, Catherine Deneuve en tête, ont dénoncé le mouvement dans une lettre qui a défini la réponse initiale de la France à #MeToo. En 2019, Muller a perdu un procès en diffamation contre un ancien cadre de télévision qu’elle avait démasqué sur Twitter, ce qui fait que la France semble immunisée contre les forces mondiales qui remettent en cause la domination masculine.

    La semaine dernière, Muller a gagné son appel. Bien qu’il n’ait présenté aucun fait nouveau, le jugement retentissant de la cour d’appel a clairement montré à quel point les choses ont changé au cours des deux dernières années.

    « Avant la condamnation, je pensais qu’il y avait quelque chose qui bougeait », a déclaré M. Muller dans une interview téléphonique depuis New York, où il vit désormais. « Maintenant, j’ai l’impression qu’il y a eu un bond en avant. »

    Depuis le début de l’année, une série d’hommes puissants issus de certains des domaines les plus en vue en France – politique, sport, médias, université et arts – ont fait l’objet d’accusations directes et publiques d’abus sexuels. C’est un retournement de situation après des années de silence. Dans le même temps, face à ces affaires très médiatisées et à l’évolution de l’opinion publique, les législateurs français s’empressent de fixer à 15 ans l’âge du consentement sexuel, trois ans seulement après avoir rejeté une telle loi.

    Les récentes accusations n’ont pas seulement conduit à des enquêtes officielles, à la perte d’emploi pour certains hommes puissants et au bannissement total de la vie publique pour d’autres. Ils ont également conduit à une remise en question de la masculinité française et de l’archétype du Français en tant que séducteur irrésistible, dans le cadre d’une remise en question plus large de nombreux aspects de la société française et dans un contexte de réaction conservatrice contre les idées sur le genre, la race et le post-colonialisme censées être importées des universités américaines.

    « Les choses vont tellement vite que parfois ma tête tourne », a déclaré Caroline De Haas, une militante féministe qui a fondé en 2018 #NousToutes, un groupe contre les violences sexuelles. Elle s’est décrite comme « super optimiste ».

    Selon M. Haas, la France a réagi tardivement à #MeToo après une période de « maturation » au cours de laquelle de nombreux Français ont commencé à comprendre les dimensions sociales de la violence sexuelle et le concept de consentement.

    C’est particulièrement vrai, a déclaré M. Haas, après le témoignage, l’année dernière, d’Adèle Haenel, la première actrice de renom à s’exprimer sur les abus, et de Vanessa Springora, dont les mémoires, Consent, ont documenté les abus de l’écrivain pédophile Gabriel Matzneff.

    « Le début de l’année 2021 a été comme la réplique d’une réplique », a déclaré Haas. « Ce qui est très clair, c’est qu’aujourd’hui en France, on n’a pas du tout la même réaction qu’il y a quatre, cinq ans face à des témoignages de violences sexuelles sur des personnes connues. »

    Le mois dernier, Pierre Ménès, l’un des journalistes sportifs les plus célèbres de la télévision française, a été suspendu pour une durée indéterminée par son employeur à la suite de la publication de Je ne suis pas une pute, je suis un journaliste, un documentaire qui dénonçait le sexisme dans le journalisme sportif.

    Il y a encore quelques années, rares étaient ceux qui le critiquaient pour des comportements qu’ils n’osent aujourd’hui pas défendre en public, comme embrasser de force des femmes sur la bouche à la télévision et soulever la jupe de la journaliste Marie Portolano, productrice du documentaire, devant le public d’un studio en 2016.

    « Le monde a changé, c’est #MeToo, on ne peut plus rien faire, on ne peut plus rien dire », a déclaré Ménès lors d’une interview télévisée après la première du documentaire. Il a déclaré ne pas se souvenir de l’incident de la jupe, ajoutant qu’il ne se sentait pas lui-même à l’époque en raison d’une maladie physique.

    La liste des autres hommes puissants est longue et ne cesse de s’allonger. Il y a Patrick Poivre d’Arvor, le présentateur de journal télévisé le plus célèbre de France, qui fait l’objet d’une enquête pour le viol d’une jeune femme et qui s’est défendu à la télévision en disant qu’il appartenait à une génération pour laquelle « la séduction était importante » et incluait « les baisers dans le cou ». Il a nié les allégations de viol.

    Il y a Georges Tron, un ancien ministre, acquitté en 2018 d’une accusation de viol sur une employée, mais qui a été condamné en février à cinq ans de prison dans un arrêt de la cour d’appel qui, selon Le Monde, reflète que la société « a incontestablement changé sa compréhension du consentement ».

    Il y a Gérard Depardieu, la plus grande star du cinéma français, et Gérald Darmanin, le puissant ministre de l’intérieur, également mis en examen dans des affaires de viols qui ont été rouvertes l’année dernière. Les deux ont dit qu’ils étaient innocents.

    Olivier Duhamel, un intellectuel de premier plan, et Richard Berry, un acteur célèbre, ont récemment fait l’objet d’une enquête après avoir été accusés d’inceste par des membres de leur famille. Berry a nié les accusations ; Duhamel n’a pas commenté les accusations portées contre lui.

    Claude Lévêque, un artiste internationalement connu, fait l’objet d’une enquête pour détournement de mineur. Il a été accusé publiquement pour la première fois en janvier par une ancienne victime. Il a nié ces allégations.

    Dominique Boutonnat, un producteur de cinéma que le président Emmanuel Macron a nommé président du Centre national du cinéma l’année dernière, a été mis en examen en février pour tentative de viol et agression sexuelle sur son filleul et a déclaré qu’il était innocent.

    « Cette vague récente en France, c’est une réaction différée à l’affaire Matzneff », a déclaré Francis Szpiner, l’avocat représentant Muller, ajoutant que la chute de l’écrivain pédophile et de Duhamel a fait prendre conscience que les hommes puissants en France n’étaient pas « intouchables ».

    En 2017, immédiatement après les révélations #MeToo impliquant le magnat d’Hollywood Harvey Weinstein, Muller, un journaliste, a lancé #balancetonporc en France. Dans un message sur Twitter, elle a raconté comment, lors d’un festival de télévision à Cannes, un cadre lui a dit : « Vous avez de gros seins. Vous êtes mon genre de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit. »

    Le cadre, Eric Brion, n’a pas nié avoir tenu ces propos. Mais comme les deux hommes ne travaillaient pas ensemble, Brion a fait valoir que les commentaires ne constituaient pas un harcèlement sexuel et a poursuivi Muller pour diffamation. Un jugement de 2019 condamnant Muller à payer 15 000 euros de dommages et intérêts, soit environ 17 650 dollars, a été annulé la semaine dernière.

    En 2019, le tribunal a déclaré que Muller avait « dépassé les limites acceptables de la liberté d’expression, ses commentaires s’abaissant à une attaque personnelle. » Cette fois, les juges ont estimé que Muller avait agi de bonne foi, ajoutant que « les mouvements #balancetonporc et #MeToo avaient attiré beaucoup d’attention, avaient été acclamés par divers responsables et personnalités et avaient contribué positivement à ce que les femmes s’expriment librement ».

    Cami lle Froidevaux-Metterie, philosophe féministe de premier plan, a déclaré qu’il était significatif que les hommes faisant l’objet d’une enquête soient des leaders dans divers domaines. Les révélations qui les entourent ont mis à mal les mythes des Français en tant que grands séducteurs et d’une culture romantique raffinée dans laquelle « nous, Français, dans notre jeu de séduction, savons interpréter les signes non verbaux et nous avons cet art de la séduction, un commerce doux entre les sexes », a-t-elle déclaré.

    « Ce sont des hommes qui incarnent, d’une certaine manière, l’ancien ordre patriarcal des choses, des hommes qui ont du pouvoir et des hommes qui ont usé et abusé de leur pouvoir pour exploiter sexuellement le corps d’autrui, qu’il s’agisse de femmes ou de jeunes hommes », a déclaré Mme Froidevaux-Metterie, ajoutant : « Nous vivons peut-être le premier véritable bouleversement de ce système. »

    Certains intellectuels conservateurs considèrent la liste croissante d’accusés masculins de premier plan comme une preuve de la contamination de la société française par les idées américaines sur le genre, la race, la religion et le post-colonialisme.

    Pierre-André Taguieff, historien et principal critique de l’influence américaine, a déclaré dans un courriel que « les idéologues néo-féministes et néo-antiracistes dénoncent l’universalisme, en particulier l’universalisme républicain français, comme une fraude, un masque trompeur de l’impérialisme, du sexisme et du racisme. »

    Bien que Mme Taguieff n’ait pas fait de commentaires sur les spécificités des cas récents, elle a déclaré que cette nouvelle vague de #MeToo représente un « sexisme misandrique et androphobe qui encourage une chasse aux sorcières d’hommes blancs sélectionnés sur la base de leur célébrité ou de leur renommée, afin d’alimenter l’envie sociale et le ressentiment envers les élites blanches/masculines ». M. Taguieff a récemment participé à la création de l’Observatoire du décolonialisme, un groupe qui mène la charge contre ce qu’il décrit comme la menace intellectuelle des États-Unis.

    La première réaction de la France à #MeToo a été de la rejeter comme une déformation américaine du féminisme, tout comme les conservateurs français tentent aujourd’hui de rejeter les idées sur la race et le racisme comme des concepts américains non pertinents, a déclaré Raphaël Liogier, un sociologue français qui enseigne à Sciences Po Aix-en-Provence et a récemment été professeur invité à Columbia.

    Lorsque Deneuve et d’autres femmes ont dénoncé #MeToo en 2017 comme un produit du « puritanisme » et une menace pour la « liberté sexuelle », les conservateurs ont riposté en affirmant que les femmes américaines étaient sexuellement réprimées et en fait moins libres que les femmes françaises, a déclaré Liogier.

    « Donc, en fait, en France, notre ligne de défense était de dire : « Ce n’est pas nous, ce sont les Américains » », a-t-elle dit, ajoutant : « Aujourd’hui, cette ligne de défense s’est effondrée. »

    The New York Times, 10 avr 2021

    Etiquettes : France, élite, Olivier Duhamel, Kamille Kouchner, #Metoo, #MetooInceste, inceste, viol, abus,

  • Sciences Po Paris: Laurence Bertrand Dorléac choisie pour la présidence de la FNSP

    Laurence Bertrand Dorléac devrait prendre la présidence de la FNSP, alors que Sciences-Po avait été secoué par un scandale lorsque son ancien président, Olivier Duhamel, a été accusé de viols sur mineur.

    La candidature de Laurence Bertrand Dorléac a été retenue pour la présidence de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), a annoncé son président par interim Louis Schweitzer, nommé en remplacement d’Olivier Duhamel visé par une enquête pour viols sur mineur. Le comité de recherche a procédé vendredi à l’audition des deux candidats qui étaient encore en lice, Bertrand Badie et Laurence Bertrand Dorléac.

    « Après en avoir délibéré, il a décidé à l’unanimité de proposer au Conseil d’administration, lors d’une nouvelle réunion informelle le 15 avril prochain, la candidature à la Présidence de la FNSP de Mme Laurence Bertrand Dorléac », indique M. Schweitzer dans un communiqué. « Si cette candidature y est validée par les deux tiers des participants, la candidate sera nommée fondatrice et cinq nouveaux membres fondateurs seront par ailleurs désignés », explique-t-il. »Une réunion formelle du conseil d’administration sera alors convoquée avec les nouveaux membres fondateurs le 28 avril, afin de désigner le Président de la FNSP et les autres membres du bureau ».

    Les révélations sur Olivier Duhamel

    Mme Bertrand Dorléac enseigne l’histoire de l’art à Sciences-Po. Ce renouvellement à la tête de la FNSP intervient après l’affaire qui a éclaté début janvier avec les révélations de Camille Kouchner. Dans son livre « La Familia grande », elle a dénoncé les agressions incestueuses qu’aurait imposées son beau-père Olivier Duhamel à son frère jumeau quand il était adolescent, à la fin des années 1980.

    Après ces révélations, M. Duhamel avait annoncé sa démission de la tête de la FNSP qui chapeaute Sciences Po. L’ex-patron de Renault Louis Schweitzer avait été élu provisoirement à sa place en janvier. Cette affaire a également coûté son poste à Frédéric Mion, qui a démissionné en février de ses fonctions de directeur de Sciences Po Paris. Celui-ci avait été informé dès 2018 des accusations visant M. Duhamel.

    Challenges, 10 avr 2021

    Etiquettes : Sciences Po, Olivier Duhamel, Camille Kouchner, Laurence Bertrand Dorléac,

  • Pascal Perrineau : « Sciences Po vit des heures sombres »

    Depuis la démission d’Olivier Duhamel, les départs se succèdent à la tête de Sciences Po Paris et le processus de désignation d’un nouveau directeur s’enlise, signe d’un profond malaise au sein de la prestigieuse institution de la rue Saint-Guillaume.
    La crise succède à la crise. Les pétitions aux tribunes et contre pétitions. « Sciences Po vit des heures sombres », analyse Pascal Perrineau, une des « figures enseignantes » de la rue Saint-Guillaume. Depuis la démission en janvier d’Olivier Duhamel de la présidence de la Fédération nationale des sciences politiques (FNSP), après qu’il a été accusé d’inceste, les départs se sont succédé. Celui de Marc Guillaume, l’ancien Secrétaire général du gouvernement, puis de Frédéric Mion, le directeur de l’école, pris en flagrant délit de mensonge. Nommé par intérim, Louis Schweitzer, ancien PDG de Renault, a pour mission de mettre en place une relève à la hauteur.

    Mais le processus improvisé pour auditionner les candidats ne fait pas l’unanimité. Convocations en urgence du jour pour le lendemain, cooptation confuse, règles non dites… Un profond malaise s’installe. Pascal Perrineau, 70 ans, enseigne à Sciences Po depuis 40 ans. Professeur émérite des universités, président de Sciences Po Alumni, l’association des anciens élèves, il a logiquement posé sa candidature à la succession d’Olivier Duhamel. « J’ai tenté de proposer un projet », confie-t-il. En vain. « Profondément déçu » par ce qui se trame aujourd’hui en coulisses, Pascal Perrineau se confie à Marianne. Un récit alarmant sur les coulisses d’une institution qui se veut pourtant exemplaire.

    Marianne : La colère gronde à Sciences Po. Une pétition circule même pour demander la démission de Louis Schweitzer, actuel président par intérim. Allez-vous la signer ?

    Pascal Perrineau : Je ne signe que très peu de pétitions, même si celle-ci exprime les inquiétudes et la colère de nombre d’enseignants, d’étudiants et d’anciens élèves. Je connais cette maison Sciences Po depuis longtemps. Je suis sorti diplômé en 1974 et j’y enseigne depuis plus de quarante ans. Je n’ai jamais connu de situation aussi confuse et aussi trouble. Toutes les inquiétudes d’aujourd’hui sont légitimes, tant sur l’avenir de notre institution que sur les procédures actuelles de désignation d’une nouvelle équipe. Sciences Po vit des heures sombres.

    Personne n’y comprend rien, avec d’un côté la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), dont Olivier Duhamel était président et de l’autre l’IEP (Institut d’études politiques) dirigé par Frédéric Mion, qui lui aussi a démissionné. Quel est le rôle du comité de recherche mis en place par Louis Schweitzer, le président par intérim de la FNSP ?

    On ne comprend plus très bien. Au départ, l’idée était de former un comité, composé à parité de cinq membres du collège des fondateurs et de cinq enseignants, qui avait pour but de trouver des candidats susceptibles de venir rejoindre le conseil d’administration de la FNSP, où il faut remplacer six membres du conseil d’administration. Dans les statuts, c’est le conseil d’administration de la FNSP, aux deux tiers, qui élit le président sur proposition du collège des fondateurs. Il s’agit donc d’une élection par cooptation. Mais le comité de recherche, sautant d’une certaine façon une étape, a cherché un candidat unique à la présidence de la FNSP susceptible de recueillir les deux tiers des suffrages, et qui serait présenté sans concurrence au conseil d’administration.

    Mais ce comité, qui ne figure dans aucun statut, peut-il à lui seul choisir et coopter le futur président ?

    Effectivement, tout ce processus apparaît un peu opaque. Le comité a été totalement improvisé. On aurait pu imaginer, ce qui eut été plus naturel et finalement logique, que les candidats se présentent directement devant le conseil d’administration, qui les auditionne et vote ensuite sur leur projet. Il est difficile de comprendre pourquoi cela ne s’est pas passé pas comme cela, pourquoi ce comité s’est inventé la mission de présenter un candidat officiel et unique.

    Vous êtes candidat à la présidence de la FNSP. Comment s’est déroulée votre audition devant le comité de recherche ?

    J’ai présenté mon projet en dix minutes, comme ils me l’ont demandé, puis s’en est suivie une discussion d’une demi-heure. On m’a ensuite fait savoir par mail que ma candidature n’était pas retenue. Sans aucun motif argumenté sur le fond de nos projets. Romain Rancière était dans le même cas que moi. De son côté, on lui a donné trois raisons pour rejeter sa candidature : qu’il était un homme, qu’il était trop jeune (il a 50 ans) et qu’il ne connaissait pas suffisamment la maison ! Cette dernière raison est valable, mais les deux autres sont discriminatoires ! Moi, on m’a dit par téléphone que je ferais un très bon président, mais que je n’étais pas une femme ! Là aussi, c’est discriminatoire. À l’un comme à l’autre cela ne nous est pas apparu comme étant conforme aux standards de recrutement qui existent dans les grandes universités internationales. Une institution telle que Sciences Po devrait être exemplaire.

    Serez-vous quand même candidat devant le conseil d’administration ?

    Dans un premier temps, on m’a prévenu que le feu rouge du comité de recherche me l’empêchait. Puis une heure après, on m’a écrit par mail que je pouvais quand même me présenter. Finalement, le comité s’est réuni en urgence ce mercredi 7 avril, et a décidé que Romain Rancière et moi, dont les dix avaient repoussé la candidature, nous ne pouvions pas nous présenter. Si j’ai bien compris, le comité devrait désormais déposer devant le conseil les candidatures de Laurence Bertrand-Dorléac et de Bertrand Badie, qui n’ont pas été encore entendus. Laurence Bertrand-Dorléac, historienne de l’art, vient de démissionner du comité de recherche pour être candidate devant le même comité. Il peut paraître surprenant d’un point de vue juridique et déontologique, de constater que la candidate à l’évidence favorite, puisqu’il « faut » une femme », ait fait partie auparavant du comité qui a écarté les trois candidatures initiales.

    Vous semblez amer…

    Non pas amer, je ne suis pas un mauvais perdant. Par contre, je suis profondément déçu, à titre personnel, de ces pratiques, de ces méthodes, et de cette ambiance. Je ne m’y attendais pas. C’est très violent. Mais je ne vais pas m’acharner et j’ai trop de respect pour cette institution qui ne va vraiment pas bien. Mais surtout, ce qui me désole le plus, est de ne pas avoir pu participer à un débat que j’estime absolument nécessaire. Sciences Po traverse une crise majeure, l’époque est face à des interrogations multiples, nos valeurs démocratiques, notre conception française de la République doivent être plus que jamais défendues, y compris au sein de notre institution et auprès de nos étudiants.

    Certaines attaques graves ont eu lieu sur notre territoire mais aussi sur les campus comme à Sciences Po Grenoble ou encore Sciences Po Bordeaux. Plus que jamais les libertés académiques doivent être défendues. Je vois bien qu’il y a une pénétration idéologique venue de certains campus américains où les questions identitaires acquièrent une prééminence croissante. On écoute de moins en moins ce que vous dîtes, on répond à ce que vous êtes ou supposé être. Alors que le renouvellement des personnes devrait être l’occasion d’un débat sur les valeurs que nous voulons défendre, la place de Sciences Po dans la République, son rôle.

    Quel projet pour Sciences Po avez-vous défendu devant le comité ?

    Au-delà des questio ns de déontologie et de la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, que nous devons renforcer, j’ai posé la question des problèmes de gouvernance. Justement, pour sortir à l’avenir de ces questions de désignation, j’ai proposé une réforme de fond, en s’inspirant de ce que font certaines universités, s’appuyant notamment sur leurs réseaux d’anciens élèves. J’ai aussi proposé une remise à plat de la gouvernance intermédiaire. À mon sens, le système pyramidal qui existe depuis tant d’années à l’intérieur de Sciences Po, avec ses mille et une chapelles, devrait être aujourd’hui refondé. Évidemment, j’ai bien vu que cela ne plaisait pas… Enfin, je pense que Sciences Po est une institution parisienne qui a réussi à s’internationaliser mais qui doit désormais se tourner aussi vers les territoires de la République et je n’oublie pas l’Outre-mer. J’ai proposé une décentralisation vers ses six campus en région et certains IEP non-parisiens qui sont déjà sur ce terrain. Nous avons un rôle à jouer, de formation civique, de formation des cadres territoriaux. Tout le monde ne peut pas venir étudier à Paris. Et Paris gagnerait à renouer avec les territoires.

    Vous dites souvent que pendant longtemps, vos meilleurs étudiants de Sciences Po se lançaient en politique et qu’aujourd’hui ce sont plutôt ceux du bas du tableau… Comment expliquez-vous ce phénomène ?

    Oui, on ne peut que le déplorer. C’est probablement lié à la crise que traverse l’appareil d’État et à l’image dégradée de l’activité politique. Et aussi à la réussite de l’internationalisation des études. En troisième année, tous nos étudiants partent à l’étranger. Ils découvrent d’autres horizons que le service public et l’intérêt général « à la française ».

    Aujourd’hui, ils s’orientent largement vers des filières privées. Nous, enseignants, avons probablement notre part de responsabilité dans ce phénomène. Nous avons laissé en déshérence les fondamentaux historiques de Sciences Po. On enseigne moins les institutions, les évolutions de l’appareil d’État, la vie politique tout ce qui a fait pendant des décennies le coeur de notre enseignement. Nous avons perdu le cap.

    Il faut réhabiliter ces enseignements politiques au meilleur sens du terme ne serait-ce que pour restaurer une part de la confiance politique qui ne cesse de s’éroder. Quand l’École libre des sciences politiques a été fondée, au lendemain de la défaite de 1870 face à la Prusse, son but était de mieux former les cadres de la nation. C’était cela le cap, la mission de Sciences Po : former les cadres du pays… C’est un enjeu politique au meilleur sens du terme.

    Emmanuel Macron supprime l’ENA. Signe d’une faillite identique ?

    J’imagine que l’on va trouver un autre nom d’école, une ENA sans l’ENA. Mais peut-être que la question est la m��me que pour Sciences Po aujourd’hui. Quand on prétend former les élites, il faut régulièrement s’interroger : quelles élites ? Formées à quoi ? À quelles valeurs ? Que voulons-nous défendre ? Sommes-nous compatibles avec le modèle américain ? Quelles spécificités de notre République voulons nous défendre ? Dans la crise que nous traversons, ces questions sont essentielles. Or, à Sciences Po aujourd’hui, je n’ai malheureusement pas l’impression qu’elles sont posées avec la vigueur nécessaire…

    Comment se passera ensuite la désignation du directeur de l’école, celui qui remplacera Frédéric Mion ?

    En observant le comité de recherche, nous sommes nombreux à avoir le sentiment d’assister à une opération obscure. J’ai l’impression que l’objectif plus ou moins avoué est qu’il y ait demain à la tête de Sciences Po, la Fondation et l’IEP, une femme et un homme. Apparemment, même s’il n’y a aujourd’hui aucun candidat déclaré au poste de direction, ils sont nombreux à y prétendre en coulisses. Plusieurs noms circulent. Après tout ce qui s’est passé, je pense que l’urgence aurait été de mettre en place des pratiques transparentes et vertueuses plutôt que se fixer de manière obsessionnelle sur le « genre » des détenteurs de pouvoir.

    Vous en appelez à un arbitrage du ministère de l’Enseignement supérieur ?

    Le ministère de tutelle pourrait peut-être veiller au respect des statuts dans la lettre et dans l’esprit. Il y a urgence à rendre les choses lisibles. À sortir de ce qui apparaît comme des cooptations peu lisibles et peu dicibles. À remettre la maison en ordre de marche, ce que d’ailleurs, Bénédicte Durand, la directrice par intérim, fait très bien de son côté. Sciences Po a besoin de règles neuves et claires, d’une concurrence loyale et saine. C’est quand même tout ce que l’on enseigne aux étudiants depuis des années ! Pourquoi, dans nos propres processus de désignation, s’affranchir de ces règles simples à la base de notre propre enseignement ?

    Avez-vous eu des nouvelles d’Olivier Duhamel et pensez-vous, comme le disent certains, qu’il soit à la manoeuvre lui aussi en coulisses ?

    Je n’en ai aucune idée mais parfois, on peut avoir l’impression que cet épisode sombre de Sciences Po ne parvient pas à faire advenir l’avenir clair dont nous avons besoin.

    Marianne, 9 avr 2021

    Etiquettes : Sciences Po, Pascal Perrineau, Olivier Duhamel, Camille Kouchner, Marc Guillaume,  Frédéric Mion, Louis Schweitzer, 

  • Référendum, météo, nickel et déconfinement : l’actu à la 1 du vendredi 9 avril 2021

    L’essentiel de l’actualité ce vendredi avec les indépendantistes qui ont demandé hier la tenue du troisième référendum d’autodétermination, la dégradation du temps dès aujourd’hui, les discussions autour du nickel et l’annonce de l’évolution des mesures sanitaires en Calédonie.

    L’organisation du troisième référendum est lancée

    Les indépendantistes ont donc déposé hier une demande formelle d’organisation du scrutin sur le bureau du congrès. Un texte signé conjointement par l’UC et l’UNI soit 25 élus, sept de plus que les 18 signatures nécessaires selon la loi organique. Le scrutin devra se tenir avant octobre 2022.

    Les réactions ne se sont pas fait attendre, à commencer par celle de Sébastien Lecornu. Le ministre des Outre-mer a pris acte de cette demande dans un communiqué. « Les préparatifs débuteront prochainement » assure-t-il en précisant que les conséquences du « Oui » et du « Non » doivent être approfondies. C’est dans cette optique, dit-il, qu’une invitation a été lancée aux diverses sensibilités politiques calédoniennes pour une réunion de travail qui aura lieu du 25 mai au 3 juin prochain à Paris.

    Il faudra parler des conséquences du « oui » et du « non » mais aussi de la date du scrutin. Certes l’Etat a 18 mois pour organiser le référendum soit jusqu’en octobre 2022, mais la coalition Les Loyalistes a fait savoir dès hier soir tout comme le mouvement Générations NC, qu’elle souhaitait qu’il ait lieu avant la fin de l’année. Selon eux, les Calédoniens « n’en peuvent plus de vivre dans l’incertitude » pour Générations NC…parce qu’il ne faut pas que la campagne référendaire et la campagne pour la présidentielle 2022 ne se chevauchent pour Les Loyalistes. Ces derniers, très critiques avec les indépendantistes ,qui disent-ils ont « refusé les initiatives destinés à trouver une alternative pacifique » dans une « volonté irresponsable d’opposer les Calédoniens ». L’UNI et l’UC ne sont pas exprimées pour le moment.

    Une dépression tropicale se rapproche de nos côtes

    Après Lucas, Niran, et le déluge du week-end dernier, la Calédonie doit de nouveau se préparer à accueillir ce nouveau phénomène météo. Le temps devrait se dégrader dès aujourd’hui. Une vigilance jaune fortes pluies / orages est d’ailleurs en cours sur l’ensemble de la Grande-Terre, Les Belep, Ouvéa et Lifou.Les cumuls de pluie peuvent atteindre ce soir 50 à 100mm en quelques heures. Attention aux débordements des cours d’eau. Prudence si vous devez vous déplacer, ou si vous êtes proches de points d’eau.

    Discussions autour du nickel

    La première restitution des travaux des différents groupes de travail sur le nickel, initiés par Thierry Santa au travers des « matinées nickel Nc » a eu lieu ce jeudi matin. Objectif : construite un socle de connaissances, partagées par les différents acteurs de la filière.

    Vaccination et enseignement : le point presse de jeudi

    2014 personnes… C’est le nombre de personnes vaccinées dans la journée de mercredi. Et c’est un record depuis le début de la campagne. La barre des 40 000 doses injectées devrait être franchie.Des chiffres annoncés hier matin, lors du point sanitaire du gouvernement, assuré par le porte-parole Christopher Gyges. De son côté, Isabelle Champmoreau membre en charge de l’enseignement a fait le point sur la rentrée scolaire prévue lundi.

    Annonce des nouvelles mesures sanitaires ce vendredi

    Nous saurons à 11h ce matin si la Nouvelle-Calédonie sera totalement déconfinée ou non. Thierry Santa, le président du gouvernement, et Laurent Prevost, le haut-commissaire s’exprimeront sur l’évolution des mesures sanitaires. Des déclarations à suivre donc à 11h, sur nos antennes radio, télé, et web.

    Décès d’un patient wallisien au Médipôle

    Nous l’avons appris hier matin lors du point sanitaire; le décès d’un patient Covid, placé en réanimation au Médipôle. Il s’agit d’un homme âgé de 79 ans, évasané depuis Wallis le 1er avril dernier. Il souffrait de plusieurs pathologies, selon l’Agence de santé de Wallis. A ce jour, l’archipel compte 5 décès liés au Covid-19. Là-bas, le confinement est prolongé de deux semaines, soit jusqu’au 18 avril, à minuit, avec quelques adaptations. La décision a été prise hier par le COMIS, le Comité de suivi du Covid-19.

    La chasse est ouverte

    Avis aux chasseurs de roussettes et de notou. La Province Nord rappelle que la chasse n’est autorisée que pendant les weekends du mois d’avril. La quantité est limitée à 5 animaux par jour, et par chasseur. La collectivité rappelle aussi que la population de roussettes et de notou a été fragilisée par les derniers phénomènes météo et appelle donc à la responsabilité de chacun. Limitez vos prélèvements pour sauvegarder les espèces… C’est le message à retenir de la province Nord.

    NC 1ère, 9 avr 2021

    Etiquette : Nouvelle Calédonie, référendum, indépendance, colonisation, nikel, déconfinement, covid19, Générations NC, loyalistes, Wallis, Futuna, front de libération nationale kanak et socialiste, FLNKS,