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  • Algérie-diplomatie: Dettes et pragmatisme

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    par Abdelkrim Zerzouri

    L’effacement des dettes de nombre de pays africains et arabes revient au-devant de l’actualité d’une manière inattendue, mais le contexte s’y prête toujours pour cerner ces gestes humanitaires déployés par l’Algérie pour aider des pays amis. Ainsi, selon l’avis de l’expert Mustapha Mékidèche, l’Algérie a toujours soutenu la libération et le développement économique de nombre de pays africains et arabes sans qu’une quelconque demande politique ou diplomatique n’ait été exprimée vis-à-vis de ces pays.

    Cela malmène un peu le proverbe qui dit qu’on ne donne rien pour rien, mais on peut ne pas être au courant de la contrepartie attendue de ces effacements de dettes. Cette contrepartie peut ne pas être formulée en termes clairs, ou publiquement exprimée, mais cela n’exclut pas qu’on s’attende dans ce cadre à un minimum de révérence envers le pays bienfaiteur.

    Ce qui n’a pas toujours été le cas. Et, faut-il l’admettre, cela fait très mal au pays. L’Algérie peut-elle s’enorgueillir de n’avoir pas fait comme les autres pays, comme le relève notre expert, soit réclamer le remboursement des intérêts, puis de la dette, soit transformer cette dette en investissements algériens dans ces pays ? Pourtant, la meilleure option, la plus pragmatique, aurait été de transformer cette dette en investissements algériens dans ces pays.

    Cela aurait été d’un plus grand secours à ces pays, où l’investissement les aurait aidés économiquement et sur le plan de la création d’emploi, et ce n’est pas un mal si cela aurait également permis à l’Algérie d’être plus présente dans ces pays et défendre ses intérêts économiques et politiques. Et de telles opportunités existent toujours, parce que l’Algérie détient encore d’autres créances sur certains pays qui n’ont pas fait l’objet d’annulation, mais font l’objet d’accords pour des échéances de remboursement. Et puis, sait-on jamais, où ira l’argent de ces dettes effacées ?

    C’est le Maroc qui a poussé l’Algérie à la défensive, au repli, en l’accusant d’acheter l’allégeance de ces pays ou d’utiliser ce levier de l’effacement des dettes comme moyen de pression politique sur ces pays, et les amener à s’aligner sur les positions de l’Algérie dans tous les dossiers qui engagent la communauté africaine et internationale. Alors que ce même pays, qui ne trouve aucune gêne à financer des articles de presse, a engagé une vaste politique d’investissement en Afrique, pas d’effacement de dettes ou de leur transformation en investissements, parfois sur fonds propres du Roi, dans le seul but de gagner le maximum de pays à sa cause, la défense de la marocanité du Sahara occidental.

    « La permanence des engagements de l’Algérie en tant que pays africain et arabe solidaire avec les autres pays, que ce soit pour leur libération ou leur développement économique », une position soulignée par M. Mékidèche, mais il ne faut pas être dupe pour aider des pays et les avoir sur le dos quand il s’agit de chercher des soutiens à la cause sahraouie, par exemple.

    Le Quotidien d’Oran, 14/09/2021

  • Ahmed Kateb, expert-chercheur en relations internationales : «L’Algérie a réinvesti l’Afrique sereinement»

                                            Algérie, diplomatie, Afrique, Ahmes Kateb, #Algérie,

    L’Algérie grâce à sa position géostratégique privilégiée peut reprendre son rôle de leader régional et de s’imposer sur la scène internationale. Ses atouts indéniables lui permettent d’évoluer et de peser dans un contexte régional marqué par des ensembles géoéconomiques, selon Ahmed Kateb, expert chercheur en relations internationales, qui analyse et décrypte dans cet entretien la nouvelle dynamique de la diplomatie algérienne.
    Est-ce qu’on peut, aujourd’hui, parler de repositionnement géopolitique de l’Algérie ?
    L’Algérie tente de réinvestir l’Afrique après de longues années d’absence. Le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, qui a été commissaire africain pour la paix et la sécurité, a un carnet d’adresses africaines très étoffé. Il retrouve, aujourd’hui, le continent qu’il a longtemps servi aussi bien à Addis-Abeba qu’à Alger. Et il est tout à fait normal que l’Algérie se redéploye dans cet espace régional, sachant que ses intérêts sont avant tout dans son voisinage sahélien en particulier et sa profondeur africaine d’une manière générale. Ce retour s’est confirmé à travers son activité diplomatique intense qui a pu bloquer l’accession de l’entité sioniste au statut de membre observateur de l’Union africaine. C’est aussi une manière pour le pays de renouer avec sa profondeur régionale, d’autant plus que la sécurité nationale dépend étroitement de celle du voisinage, à savoir la Libye, le Mali et le Sahara occidental. L’importance stratégique de la zone Maghreb-Sahel pour l’Algérie n’est, d’ailleurs, plus à démontrer.
    L’Algérie a-t-elle les moyens de ses ambitions diplomatiques ?

    Elle a tous les moyens nécessaires. A commencer par ses compétences humaines et son histoire qui plaide pour elle et qui lui permet d’occuper une place forte en Afrique. Et puis, il n’y a pas que l’appareil diplomatique. Il ya aussi la diplomatie économique, culturelle et cultuelle. C’est tout un éventail d’arguments et d’avantages qui est mis à la disposition de la diplomatie algérienne pour mieux s’imposer sur notamment la scène régionale. On a assisté récemment à la nomination de plusieurs envoyés spéciaux par le président de la République. L’Afrique se taille dans cette dynamique la part du lion en matière de partenariats internationaux et de relations économiques. C’est tout cet arsenal qui fait dire que l’Algérie a réinvesti l’Afrique sereinement.
    Notre voisin de l’Ouest a profité de notre longue absence pour prendre les devants en Afrique à travers un large tissu entrepreneurial. Cette orientation diplomatique pourrait-elle être contraignante pour notre pays ?

    La nature a, en effet, horreur du vide. Lorsque notre pays était absent sur le terrain, d’autres diplomaties ont profité pour se déployer en Afrique. Aujourd’hui, avec le retour de Ramtane Lamamra, il est possible de reprendre notre rôle de leader sur les plans maghrébin et sahélien. Il est même fort à parier que le voisin de l’Ouest se sentira très mal à l’aise en raison de leur diplomatie et de leur économie surfaites. Celles-ci, faut-il le rappeler, dépendent des rallonges des financements tantôt des pays du Golfe, tantôt de la France et des Etats-Unis et dernièrement de l’entité sioniste. Si le Maroc s’appuie sur des acteurs externes à l’Afrique pour investir le continent, l’Algérie déploie ses propres moyens à travers ses partenariats et ses propres ressources pour être présente et s’imposer sur la scène régionale.
    Quelles sont actuellement, selon vous, les priorités du ministre des Affaires étrangères actuellement ?
    La sécurité de notre voisinage, notamment au Mali et en Libye, est une priorité absolue pour le chef de la diplomatie algérienne. C’est ce qu’on peut retenir de ses déplacements au Mali et dans la région du Sahel, ainsi que la conférence d’Alger concernant la Libye. L’Algérie s’intéresse de près à toutes les problématiques liées au développement de l’Afrique et de sa sécurité. Ce sont les plus importants dossiers sur lesquels notre diplomatie travaille et les résultats ne tarderont pas à voir le jour, soit dans les semaines à venir.
    Pensez-vous que l’Algérie a perdu son influence dans les enjeux géostratégiques du conflit libyen ?

    L’Algérie n’a jamais été hors jeu dans ce conflit. Le déplacement des différents antagonistes de la scène libyenne à Alger pour régler le conflit de manière inclusive et loin de toute interférence étrangère en est une preuve édifiante. Il y avait, certes, les Nations unies, la Ligue arabe et l’Union africaine, mais la démarche algérienne demeure inclusive et respecte le droit international et le droit des Libyens à disposer de leur avenir, de leurs propres ressources et de leur pays.
    Entretien réalisé par Assia Boucetta
    Horizons, 14/09/2021
  • Algérie: A nous l’Afrique !

    Algérie, Afrique, diplomatie, redéploiement, #Algérie,

    Par Hassan Moali

    Lentement mais sûrement, l’Algérie amorce un recadrage stratégique de sa diplomatie qui aura subi, des décennies durant, les dommages collatéraux des années Bouteflika. Un bilan-boulet que notre pays traîne aujourd’hui comme un péché originel d’une gouvernance désincarnée dans un environnement géopolitique extrêmement crisogène.

    Le rappel de Ramtane Lamamra est en soi un signal fort que la diplomatie algérienne va désormais sortir de la diplomatie passive des «petits fours» pour une approche plus proactive qui sied aux enjeux géostratégiques et géo-sécuritaires.

    Il n’est évidemment jamais trop tard pour bien faire, bien que l’Algérie aurait largement pu tirer profit de son leadership mais surtout du précieux capital symbolique qu’elle a engrangé sur le continent africain où elle était considérée comme «La Mecque des révolutionnaires», pour reprendre la formule proverbiale d’Amiclar Cabral.

    Il est donc heureux de constater que notre pays ait retrouvé l’Afrique, notre profondeur stratégique, après lui avoir longtemps tourné le dos en ayant, hélas, le regard rivé vers le Nord… Le «safari» que vient d’effectuer le ministre des affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, Ramtane Lamamra, qui l’a mené jusqu’au Congo Brazzaville en passant par le Niger et la Mauritanie, confirme ce redéploiement diplomatique de l’Algérie sur un continent où elle a tout à gagner et absolument rien à perdre.

    Forcément, cette diplomatie un tantinet agressive dans le bon sens du terme agace nos voisins immédiats, notamment le royaume du Maroc qui pensait être définitivement en terrain conquis.

    Les récurrentes provocations du Makhzen qui a poussé l’outrecuidance jusqu’à oser fourrer son nez dans les affaires internes du pays à travers l’histoire de «l’indépendance de la Kabylie» sont désormais symptomatiques des certitudes ébranlées du Palais.

    Une Algérie qui revient au-devant de la scène africaine et régionale avec un discours et des positions de principe fermes sur les dossiers chauds et les foyers de tension (Libye, Sahel, Sahara occidental, etc.) qui agitent le continent noir a, assurément, de quoi inquiéter le royaume de Sa Majesté jadis si sûr de ses appuis et de ses acquis. Il doit dorénavant comprendre que l’Algérie est déterminée à étendre son influence et rentabiliser ses engagements. En un mot, s’assurer un retour sur investissement grâce à une pragmatique mise en musique de sa politique étrangère certes adossée aux idéaux de sa Révolution, mais qui tient néanmoins compte de ses intérêts vitaux au double plan économique et géopolitique.

    Il faut se féliciter de ce que la diplomatie algérienne, qui a longtemps été le jardin secret de Bouteflika, se soit enfin libérée des pesanteurs subjectives qui ont sacrifié l’image et les intérêts du pays au profit de l’ego hypertrophié de ce dernier.

    H. M

  • Le Mali, la Guinée, les armées et les putschs…

                                    Mali, Guinée, Afrique, putschs, coup d’Etat, armée, 

    par Paris : Akram Belkaïd
    On dirait que la même histoire chaotique est destinée à se répéter ad vitam æternam. En Afrique, le temps qui passe et les discours sur la démocratie ne changent rien à l’affaire : les coups d’Etats, qu’ils soient réussis ou non, n’ont pas disparu et reviennent régulièrement sur le devant de l’actualité. Hier, en août 2020, c’était le Mali. 
    Aujourd’hui, c’est la Guinée. Demain ce sera… Comme toujours, le putsch mené par des militaires est la conséquence d’un contexte plus ou moins délétère qui met en exergue les réalités politiques sordides de nombre de pays du Continent.
    Longtemps, Alpha Condé a représenté la figure positive de l’opposant historique, objet de toutes les menaces et de tous les empêchements. Face à des pouvoirs autocratiques ou dérivant vers la dictature, il symbolisait l’espoir de l’alternance, la promesse d’un renouveau. Or, comme c’est trop souvent le cas dans cette partie du monde. – Laurent Gbagbo en ayant été l’exemple en Côte d’Ivoire – l’opposant d’hier devient l’autocrate de demain. 
    En 2010, après bien des combats et des déboires, Alpha Condé est enfin élu président de la Guinée. Cinq ans plus tard, il est réélu. L’histoire aurait dû s’arrêter là. Mais comme nombre de ses pairs africains (ou arabes), l’homme n’a pas voulu quitter le fauteuil présidentiel et le scénario habituel de la révision constitutionnelle s’est donc mis en place. Le texte limitait le nombre de mandats possibles à deux mais qu’importe puisqu’un « élan populaire » en exigeait un troisième… 
    A 82 ans, Alpha Condé fut donc réélu dès le premier tour en 2020 malgré l’opposition d’une grande partie de la population, notamment la jeunesse. Allez parler de démocratie ou d’Etat de droit après cela.
    Ce genre de tripatouillage ne naît pas de la volonté d’un seul homme. Il lui faut bénéficier du soutien d’un ou de plusieurs clans disposés à œuvrer à un statu quo très rentable. Il faut des courtisans et une valetaille à la colonne vertébrale très souple pour trouver une justification à ces atteintes à la Constitution. Il faut des hommes et des femmes déterminés pour semer à tout va les habituels éléments de langage qui justifient les nouveaux mandats : stabilité, poursuite des « réformes », consolidation de l’œuvre en cours, réalisations à achever, etc. On connaît l’histoire. Et cette dernière tend de plus en plus à mal se terminer.
    Dimanche 5 septembre, des forces spéciales ont pris d’assaut le palais Sékhoutoureya et déposé le président Condé. Le « coûte que coûte » troisième mandat lui aura été fatal. Dans un autre pays, il avait fallu attendre le cinquième… 
    Le chef des putschistes est le colonel Mamady Doumbouya. Ancien caporal de la Légion étrangère française, le chef des forces spéciales – dont les hommes appartiennent majoritairement à la communauté Malinké – est le nouvel homme fort de la Guinée. Pour l’heure, et c’est de bon ton, il promet une « transition inclusive et apaisée ». Que pourrait-il dire d’autre ? Malgré l’ensauvagement du monde, les formes demeurent importantes. Il faut faire semblant. Les institutions internationales qui ont condamné le coup d’Etat – alors qu’elles avaient avalisé le coup de force constitutionnel de Condé – finiront par entendre raison et composer avec le nouveau pouvoir guinéen. A condition que ce dernier évite les erreurs du passé.
    En 2008, un autre militaire, le capitaine Dadis Camara avait déjà pris le pouvoir à Conakryen promettant des élections « libres, crédibles et transparentes ». On connaît la suite. Dérive autocratique, tentation de se présenter lui-même à l’élection présidentielle et massacre de manifestants réunis dans un stade de la capitale guinéenne, le 28 septembre 2009. En décembre de la même année, Dadis Camara est victime d’une tentative de meurtre et, hospitalisé à l’étranger, il doit quitter le pouvoir. Fin de l’histoire en attendant son jugement pour les tragiques événements du stade. Le colonel Dombouya a donc tout intérêt à faire oublier cet épisode. En libérant plusieurs détenus politiques, il confirme sa volonté d’apaisement mais durera-t-elle ?
    Car combien de temps faudra-t-il pour que soient annoncées ses ambitions présidentielles ? Des proches d’Alpha Condé sont déjà en campagne pour le colonel putschiste. Qu’importe l’homme, pourvu que le part de prise d’intérêts soit inchangée. Dans le Mali voisin, c’est la même pièce de théâtre qui se joue ou presque. Il y a un an, le colonel AssimiGoïta, lui aussi issu des forces spéciales, déposait le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) et promettait un retour rapide à la légalité constitutionnelle. Les Maliens attendent toujours.
    Des autocrates qui ne veulent pas passer la main et des armées dont le poids stratégique et politique a considérablement augmenté du fait des tensions au Sahel et dans le delta du Niger. La combinaison est un obstacle de taille pour toute mutation vers une démocratie apaisée. Car, dans ce qui se joue, les classes politiques civiles n’arrivent pas à se faire entendre ni à peser sur le cours des événements. On se demande comment il sera possible de briser ce cercle vicieux.
  • Le Maroc a profité de l’absence de l’Algérie sur la scène diplomatique pour s’infiltrer négativement en Afrique

    Algérie, diplomatie, Afrique, Maroc, Sahel, #Algérie, #Maroc,

    Abderrahmane Ben Chriet, enseignant universitaire, à El Moudjahid : «Vigilance diplomatique»
    Le professeur Abderrahmane Ben Chriet, enseignant universitaire en philosophie politique à l’université de Djelfa, a souligné, dans un entretien à El Moudjahid, l’impératif de conforter le front interne pour renforcer la diplomatie, plaidant pour une «vigilance diplomatique» et une «diplomatie de renseignement».
    Entretien réalisé par : Neila Benrahal
    El Moudjahid : Le Président Tebboune a décidé de la création des postes d’envoyés spéciaux, chargés de conduire l’action internationale de l’Algérie et du lancement d’un vaste mouvement dans le corps diplomatique. Votre analyse ?
    Pr Chriet : Nous avons constaté une impulsion de la diplomatie algérienne, depuis la nomination de M. Ramtane Lamamra au poste du ministre des Affaires étrangères.
    C’est une compétence reconnue dans le domaine de la diplomatie régionale comme internationale dans le règlement des conflits par la voie de dialogue. La création de postes d’envoyés spéciaux, une première dans les annales de la diplomatie algérienne, s’inscrit, en premier lieu, dans la mise en œuvre des engagements du président de la République à donner un souffle nouveau à le diplomatie algérienne, et à accroître son efficacité au niveau international, notamment dans le contexte actuel, au niveau régional particulièrement. Cette décision constitue une rupture avec les anciens mécanismes des consulats et ambassades, dont certains ont démontré leur inefficacité, ce qui a provoqué une charge et causé la dilapidation de deniers publics. Ces nouveaux postes répondent à un besoin urgent, celui de la présence de l’Algérie dans tous les continents, appuyée par sa réputation politique.
    Il faut savoir que la diplomatie est l’un des piliers de la relance économique , pour conquérir de nouveaux marchés, notamment en Afrique, et les échanges des expériences et expertises, avec la contribution de la diaspora nationale composée de grandes compétences engagées pour la contribution au développement du pays, d’autant que le MAE est devenu ministère des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger.
    La désignation de ces nouveaux diplomates, avec le statut d’envoyé spécial, va certainement booster l’action de l’Algérie au niveau international, après constatation d’un recul, ces dernières années, au profit de certains pays, comme le Maroc qui a profité de l’absence de l’Algérie sur la scène diplomatique, pour s’infiltrer négativement en Afrique, soutenu par l’entité sioniste en Éthiopie, et qui vise à s’étendre dans la région du Sahel.
    Selon le plan d’action du gouvernement, l’action diplomatique de notre pays sera orientée «vers la défense des intérêts de la Nation»…
    La diplomatie est la première ligne de défense contre les menaces extérieures, d’où la nécessité d’une vigilance diplomatique de renseignement. Nous avons vu, avec les derniers incendies criminels, que la menace est réelle et le que rôle de la diplomatie algérienne est de mise. Il faut privilégier l’action d’anticipation dans la lutte contre toute menace sur la stabilité interne, d’où le rôle de nos représentations diplomatiques qui ne doit pas se limiter à celui de touristes à l’étranger, avec consulats et ambassades sans rendement.
    L’Algérie veille aujourd’hui à restaurer sa place diplomatique. Notre pays avait son poids et sa voix dans les années 1990, en Afrique et en Europe, notamment.
    Notre diplomatie a toujours fait preuve de neutralité et de respect de déontologie et des conventions internationales, en refusant de s’immiscer dans les affaires internes des pays. M. Lamamra œuvre pour le retour à «l’origine diplomatique», il a mis en œuvre une feuille de route basée sur le renforcement du rôle de notre pays dans la diffusion de la paix et de la sécurité, au double plan régional et international. L’objectif est aussi de booster la diplomatie, notamment par l’annonce d’un vaste mouvement dans le corps diplomatique.
    Il y a des menaces sur la stabilité et l’unité, comme l’attestent les derniers incendies criminels…
    La diplomatie ne peut en aucun cas réussir et atteindre ses objectifs sans un front interne fort et uni, et sans un État fort sur le plan interne. Face aux menaces externes, les Algériens sont appelés à resserrer les rangs en vue de déjouer ce complot contre leur unité et leur cohésion sociale.
    L’Algérie est ciblée, à travers des plans fomentés à l’étranger qui visent sa stabilité. Outre le renforcement du front interne, la communauté algérienne à l’étranger doit faire preuve d’attachement et de mobilisation face aux multiples enjeux et menaces. Il faut revaloriser le passeport algérien et le rôle de la diaspora nationale. 
    N. B.
    El Moudjahid, 06/09/2021
  • La Zlecaf, pour quoi faire ?

    La Zlecaf, pour quoi faire ?

    Algérie, Zlecaf, Afrique, Zone de libre-échange continentale africaine, #Algérie,

    par Abdelkrim Zerzouri

    Faut-il vraiment miser gros sur la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) pour trouver aux produits algériens de nouvelles voies d’exportation ? L’Algérie veut bien y croire, ratifiant récemment l’acte constitutif de la Zlecaf, le 23 juin 2021, soit près de six mois après l’entrée en vigueur du libre-échange dans le cadre de cette zone qui promet d’aider les pays africains à sortir de la pauvreté par le commerce intra-africain.

    Un marché réellement prometteur si l’on se réfère aux chiffres, dont les 1,2 milliard de personnes avec un PIB combiné de 3 000 milliards de dollars et une base solide pour l’industrialisation, mais les défis de cet immense marché devraient quand même refroidir quelque peu les enthousiasmes. En premier lieu, la monnaie des pays africains. Avec quelle monnaie seront payées les marchandises qui transiteront par cette zone de libre-échange ? En devises, forcément. Et, sachant pertinemment que les pays africains n’ont pas assez de réserves en devises pour se lancer dans l’importation, il y a fort à craindre que les échanges soient limités aux pays qui peuvent entre eux le paiement en monnaie locale, selon des accords qui existent entre eux (certains pays sont prêts sur ce plan).

    A moins que chaque pays pense gagner en exportant uniquement ses marchandises et ne rien importer du tout en contrepartie. Une zone de troc, comme celle de Tamanrasset, ne serait-elle pas bien meilleure ? En tout cas, l’Algérie ne cache pas trop ses ambitions dans ce sens, en déclarant, vendredi dernier, par la voie du ministre du Commerce, Kamel Rézig, que la ratification par l’Algérie de l’acte constitutif de la Zlecaf lui permettra de bénéficier des différents atouts offerts, qui s’inscrivant dans la cadre de la politique de diversification économique et de développement des exportations hors hydrocarbures. Ce n’est pas pour rien, ou parce que la Zlecaf n’existait pas, que les exportations intra-africaines restent très faibles, représentant environ 17% du total des exportations continentales.

    Les pays qui font de bonnes affaires en Afrique, il faut en convenir, ne comptent pas sur le marché continental, aussi vaste soit-il, car tous ont les yeux braqués sur les richesses naturelles que recèlent les terres africaines. Toute l’influence se joue à ce niveau de l’exploitation de ces richesses, uranium, diamant, or, pétrole et autres. C’est dans ce sens que l’Algérie devrait envisager une pénétration dans le continent, en nouant une coopération avec les pays africains dans les domaines de l’exploitation des gisements naturels, en échange de services et biens à conclure dans cette zone. Il faut penser à gagner un capital influence en Afrique pour jouer dans la cour des grands, européens, américains et chinois, qui ont des pieds solidement implantés dans le continent. Comment ?

    Certes, rallier la Zlecaf ou d’autres réunions est presque une obligation, mais les clés de l’Afrique sont entre les mains d’une nouvelle génération de riches et puissants hommes d’affaires africains. C’est avec eux que certains pays font des affaires et gagnent en influence, souvent hors des circuits des politiques gouvernementales, qui viennent en aval corroborer des marchés colossaux.

    Le Quotidien d’Oran, 05/09/2021

  • Les trois grandes batailles de la diplomatie algérienne

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    Dans sa conférence de presse, M. Lamamra a évoqué la Libye, la Palestine et l’Afrique

    Le ministre des Affaires étrangères a affirmé que «la solidarité avec le peuple palestinien est le ciment de la solidarité entre les pays du monde arabe et de l’action arabe commune». Une allusion frontale à la mère des batailles diplomatiques de l’Algérie indépendante.

    La réussite de la Conférence ministérielle des pays voisins de la Libye a définitivement replacé l’Algérie dans les sphères diplomatiques majeures de la sous-région et du continent africain. Plus qu’une impression, la dimension prise par la voix algérienne lors de la conférence et à l’occasion de la conférence de presse animée par le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, démontre le poids du pays dans les choix stratégiques du continent.

    Et comme dit l’adage, l’appétit vient en mangeant, le ministre ne cache pas l’intention de l’Algérie de faire du prochain sommet de la Ligue arabe qui se tiendra à Alger, celui de la réunification. En mettant en exergue l’attachement de l’Algérie «à l’initiative arabe de paix», M.Lamamra a souligné le fait que «le Sommet arabe devrait se tenir à la date prévue». «L’Algérie est prête à l’abriter et des efforts sont en cours pour en assurer le succès», a-t-il ajouté.

    Le ministre des Affaires étrangères a également affirmé que «la solidarité avec le peuple palestinien est le ciment de la solidarité entre les pays du monde arabe et de l’action arabe commune». Une allusion frontale à la mère des batailles diplomatiques de l’Algérie indépendante.

    A ce propos, le refus d’admettre la présence d’Israël comme pays observateur de l’Union africaine fait des vagues parmi les pays membre de l’UA, au moment où l’entité sioniste pensait que les jeux étaient faits. Sur le sujet précisément, M. Lamamra a indiqué que «c’est là une décision qui porte préjudice à l’unité de l’organisation et à l’action africaine commune».

    Cette simple déclaration a été ressentie comme un séisme à Rabat et à Tel-Aviv. La raison en est la cinglante déclaration du ministre qui qualifie l’accord de la présidence de la commission de l’UA, comme une atteinte à la crédibilité de l’UA. Pareil organisation «ne peut être construite dans les fora internationaux en déclarant un principe et en faisant le contraire».

    La voix de l’Algérie a été entendue et les choses se clarifient. Le ministre en veut pour preuve la dernière position des pays de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui se sont opposés à cette décision. «Nous souhaitons vivement que les esprits et les consciences s’éveillent et que des décisions soient prises afin de préserver la crédibilité de l’Afrique et l’unité de l’UA», d’autant que des pays amis qui ont un poids politique considérable soutiennent entièrement la position algérienne.

    Toujours en Afrique, l’Algérie a été sollicitée pour jouer la médiation entre l’Egypte, le Soudans et l’Ethiopie sur la question du barrage de la Renaissance qui a généré un conflit sur le partage de l’eau du fleuve du Nil.

    M. Lamamra a précisé que les déclarations du Premier ministre soudanais, Abdalla Hamdok, étaient «très positives» puisqu’il a salué les efforts de l’Algérie dans ce dossier. Cela encourage l’Algérie à poursuivre ses efforts dans ce sens jusqu’au règlement du différend, a-t-il ajouté.

    De son côté, l’Algérie a lancé récemment une initiative pour la tenue d’une rencontre entre l’Egypte, le Soudan et l’Ethiopie en vue de régler leurs différends autour de ce dossier. Cette démarche a été favorablement accueillie par ces derniers.

    Le 8 août, le Président Tebboune s’était dit «optimiste» quant au succès de l’initiative algérienne concernant ce dossier, appelant les pays concernés à «coopérer» et à faire prévaloir la raison pour un règlement pacifique de la crise. M. Lamamra a affirmé récemment que «l’Algérie est disposée à aider l’Egypte, le Soudan et l’Ethiopie à revenir à une situation normale dans les négociations sur le barrage de la Renaissance», afin de parvenir à une entente qui permettra aux trois peuples de bénéficier de cette ressource précieuse de manière organisée, transparente et équitable.»

    Sur la question libyenne, le ministre des Affaires étrangères a estimé que le succès des élections libyennes, prévues en décembre, «créera un climat favorable» à la réussite du Sommet arabe. Animant une conférence de presse avec son homologue libyenne, Najla El Manqoush, au terme de la réunion des pays voisins de la Libye, tenue à Alger, M. Lamamra a précisé que «le succès des élections libyennes, prévues avant la fin de l’année, créera un climat favorable à la réussite du Sommet arabe».

    Pour le chef de la diplomatie algérienne, «si le défi est relevé et qu’un retour à la normale est possible en Libye avec sa participation au Sommet arabe et à l’action arabe commune, la solidarité entre les peuples arabes concourra à la réussite du Sommet arabe».

    Nadera Belkacemi

    Ouest Tribune, 04/09/2021

  • Guéguerre entre le Maroc et une chercheuses allemande

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    Maroc : la critique de la science comme moyen de pression ?

    Une étude de la chercheuse allemande spécialiste du Maghreb, Isabelle Werenfels, est critiquée par les médias marocains. Ses détracteurs l’accusent d’avoir un programme anti-marocain. Mais il ne s’agit probablement que superficiellement de science.

    Même le roi du Maroc a apparemment trouvé l’étude digne d’être commentée. Le Maroc, a déclaré Mohammed VI dans son « Discours à la Nation » du 20 août 2021, également documenté en français, fait actuellement face à une « agression délibérée et préméditée ». Les « ennemis » de l’intégrité territoriale du Royaume ne veulent pas que le Maroc reste une puissance libre, forte et influente. Pour prouver les activités de ces ennemis – « principalement des pays européens » – il s’est référé à des « rapports » non précisés qui avaient « dépassé les limites de l’acceptable » et « préconisé de restreindre le développement du pays. »

    Ces remarques ont été accompagnées d’une série d’articles dans les médias marocains – y compris les médias anglophones tels que Morocco World News ou The North Africa Post – qui se sont opposés, parfois sur un ton tranchant, à une étude publiée en novembre dernier par la chercheuse maghrébine Isabelle Werenfels de la « Stiftung Wissenschaft und Politik » (SWP) basée à Berlin.

    L’article lui-même traite de la réussite de la politique africaine du Maroc. Selon M. Werenfels, cette politique a fait du royaume un État influent en Afrique – contrairement aux deux pays voisins, l’Algérie et la Tunisie, qui ont connu des succès pour le moins modestes, tant sur le plan politique qu’économique. Dans le sens d’une politique de cohésion, Werenfels plaide dans son article pour une promotion plus forte des deux pays voisins. Dans le « Morocco World News », cela a été interprété comme un plaidoyer pour une tentative d’empêcher « l’émergence d’une nouvelle puissance indépendante de l’influence occidentale » – le Maroc.

    La colère contre l’Allemagne

    L’article se trouvait sur le site web de l’Institut allemand pour les affaires internationales et la sécurité depuis près de neuf mois lorsqu’il est soudainement devenu la cible des médias marocains. Ce n’est pas surprenant, suggère Isabelle Werenfels dans une interview à la Deutsche Welle. « Le débat s’est engagé après que le président américain de l’époque, Donald Trump, a déclaré en décembre 2020 qu’il reconnaîtrait le Sahara occidental comme territoire marocain. » L’Allemagne, a-t-il dit, n’a pas suivi cette ligne en raison de préoccupations liées au droit international. « Mon document a simplement été très utile pour construire une ligne d’argumentation contre la politique étrangère allemande. Il ne s’agit pas tant de moi que de la relation germano-marocaine dans son ensemble. » Cette situation a été mise à mal pendant un certain temps par le refus de l’Allemagne de reconnaître les revendications marocaines sur le Sahara occidental. En mai, le Maroc a retiré son ambassadeur de Berlin. Depuis, c’est le silence radio entre Rabat et Berlin, et les relations sont gelées.

    Dans le détail, elle a du mal à comprendre les critiques, dit Werenfels. « Apparemment, le Maroc veut faire monter les tensions une fois de plus et dépeindre l’Allemagne comme la nation qui veut freiner le développement marocain au sein de l’Europe. »

    Une critique acerbe

    Certaines des critiques dans les journaux marocains sont très acerbes. Le magazine d’information francophone « Challenge », par exemple, affirme que l’essai manque de rigueur scientifique et n’apporte aucune preuve.

    Dans une interview accordée à la DW, Mme Werenfels a déclaré qu’elle avait l’impression que les commentateurs se concentraient sur une phrase de son étude, qui, comme tous les documents du SWP, avait été soumise à un processus interne rigoureux de vérification des faits et d’examen par les pairs. Au vu du fort développement du Maroc, l’auteur avait recommandé à l’Union européenne de se concentrer sur l’intégration africaine et la coopération multipartite entre l’UE, le Maghreb et l’Afrique subsaharienne. « Cela », dit l’essai, « pourrait relativiser les prétentions hégémoniques du Maroc ».

    C’est le mot que les commentateurs ont désormais placé au centre de leur critique : « hégémonie ». « Ils ont lu la phrase comme si je plaidais pour que l’on freine le Maroc », dit Werenfels. « Pourtant, je dis très clairement par la suite qu’il ne s’agit pas de renforcer la politique marocaine ou algérienne et tunisienne, c’est-à-dire de jouer les États les uns contre les autres – mais au contraire de promouvoir des approches constructives en général », a déclaré le politologue. Toutefois, compte tenu des capacités disponibles dans le pays et des énormes progrès réalisés par le Maroc dans sa politique africaine, il est également « clair que le pays est moins dépendant de l’expertise technique de l’Allemagne que la Tunisie ou l’Algérie en ce qui concerne l’Afrique subsaharienne. » L’Algérie entretient traditionnellement des relations tendues avec le Maroc. Fin août, le pays a suspendu ses relations diplomatiques avec le royaume voisin.

    Un ton anticolonialiste

    Cependant, il pourrait y avoir plus que cela derrière les critiques, dit Werenfels. Rétrospectivement, elle se demande si la critique n’était pas principalement basée sur le terme « hégémonie » mais sur une autre affirmation. « Je faisais référence à la déclaration d’acteurs de la société civile au Maroc, qui critiquent le fait que l’effet de ruissellement de la politique africaine est relativement faible, c’est-à-dire que relativement peu de la richesse générée atteint la population en général. Il s’agit, bien entendu, d’un point très sensible qui peut également avoir provoqué un certain ressentiment. »

    Dans certaines critiques, il y a au moins un ton anticolonialiste latent, dirigé moins contre Werenfels que contre l’Europe dans son ensemble. Certaines organisations occidentales « ne s’intéressent qu’aux bénéfices que l’Europe peut en tirer et à la manière d’empêcher l’émergence d’une nouvelle puissance indépendante de l’influence occidentale », indique par exemple Morocco World News.

    Intégration économique

    De telles accusations sont absurdes au vu des grands investisseurs en Afrique tels que la Chine et les États-Unis – et de plus en plus aussi la Turquie et les États du Golfe, estime M. Werenfels. Seule la France pourrait percevoir le Royaume du Maroc comsame un concurrent en Afrique occidentale. L’UE dans son ensemble, dit-il, a des ambitions beaucoup plus limitées. « Et j’ai également écrit que l’Europe fait trop peu pour promouvoir l’intégration économique en Afrique », déclare M. Werenfels.

    L’UE doit s’assurer que, dans les négociations sur les accords de libre-échange avec les États du Maghreb, elle tient compte des conséquences possibles pour la zone de libre-échange africaine lancée en janvier 2020. Certaines voix, pas seulement au Maroc, considèrent les accords bilatéraux entre l’UE et les États du Maghreb comme une tentative de saper l’intégration africaine. « Le fait est que tout le monde profiterait d’une plus grande intégration de l’Afrique et d’une suppression plus forte de la division entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne sur le plan économique. »

    Une faiblesse pour l’Algérie ?

    Werenfels s’est peut-être rendue personnellement vulnérable en professant sa grande faiblesse pour l’Algérie sur son profil Twitter. « Cependant, ceci est basé sur le fait que j’ai fait mon doctorat sur l’Algérie. Rétrospectivement, bien sûr, cet aveu s’avère être une erreur – même si j’ai critiqué à plusieurs reprises la politique algérienne dans d’innombrables tweets. » Et ce n’est en aucun cas le cas que le gouvernement algérien la perçoive comme pro-algérienne, dit Werenfels, c’est plutôt le contraire qui est probable : « Je n’ai pas reçu de visa pour l’Algérie depuis 2019, malgré de multiples demandes. »

    DW, 31/08/2021

  • Maroc : Reconnaissance inéluctable de la République Sahraouie

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    Par Deich Mohamed Saleh
    La décision sans précédent de l’ancien président américain Donald Trump de reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental le 10 décembre 2020 a suscité de nombreuses critiques car elle contredit le droit international.
    Bien qu’aucune position n’ait été prise jusqu’à présent sur cette mesure, toutes les indications confirment que la nouvelle administration reviendra sur cette erreur, donnant l’impression que les États-Unis – en tant que porteur du conflit du Sahara occidental au Conseil de sécurité – feront pression pour une solution dans le cadre de la légalité internationale.
    Contexte
    Ancienne 53ème province espagnole jusqu’en 1976, le Sahara Occidental est sur la liste des territoires non autonomes de l’ONU depuis 1963 en attente de décolonisation. En 1974, l’Espagne a accepté d’organiser un référendum après avoir effectué un recensement de la population autochtone, en vue de céder le pouvoir au Front POLISARIO, qui représentait les revendications d’indépendance de la population.
    Le Front Polisario (Frente Popular para la Liberación de Saguía el Hamra y Río de Oro) a été créé en 1973 à la suite d’un vaste mouvement populaire réclamant le départ du colonialisme espagnol.
    Malheureusement, le gouvernement espagnol a cédé le territoire en 1975 au Royaume du Maroc, quelques jours seulement après que la Cour internationale de justice (CIJ) ait rejeté les revendications de ce dernier sur le territoire.
    Le Maroc a profité de la période de transition qui a suivi la mort du général Franco pour pousser le gouvernement espagnol à violer la Charte et les résolutions des Nations unies ainsi que les appels répétés de l’Organisation de l’unité africaine à cette époque.
    Conformément à la volonté du peuple du Sahara occidental, le Front Polisario a déclaré la République arabe sahraouie démocratique (RASD) le 27 février 1976 pour combler le vide juridique créé par le retrait de l’Espagne. La RASD a rejoint l’OUA en 1984, puis est devenue l’un des fondateurs de l’Union africaine.
    Après 16 ans d’escalade, un accord de cessez-le-feu a été conclu en 1991 entre la RASD, représentée par le Front Polisario, et le Royaume du Maroc.
    Le cessez-le-feu fait partie d’un plan de règlement signé par les deux parties, dans le but d’organiser un référendum équitable, juste et transparent sous les auspices de l’ONU et de l’OUA, où le peuple du Sahara occidental pourra choisir entre son indépendance et son intégration au Maroc.
    Le plan de règlement était basé sur la résolution 104 (1983) de l’OUA, qui a été approuvée par l’Assemblée générale des Nations Unies dans sa résolution 4050 (1985) et adoptée par le Conseil de sécurité dans sa résolution 658 (1990) sous le rapport S/21360 du Secrétaire général.
    Mais le référendum a été perturbé, et les 30 dernières années sont restées marquées par la répétition des obstacles marocains en l’absence de pression de l’ONU, ce qui a conduit à la reprise de la confrontation armée à la fin de l’année dernière.
    Violation du droit international
    L’importance de la création des Nations unies en 1945 réside dans l’ensemble des règles et règlements de sa charte et des résolutions adoptées par ses États membres. L’indépendance de plus de 80 anciennes colonies a constitué un saut qualitatif réalisé par l’ONU.
    Mais son incapacité à achever la décolonisation des territoires non autonomes, tels que le Sahara occidental, reflète le double standard des décideurs internationaux d’aujourd’hui dans l’application du droit international.
    La Charte des Nations Unies et l’énorme quantité de résolutions, de conseils juridiques et de décisions judiciaires reconnaissent le droit inaliénable du peuple du Sahara Occidental à l’autodétermination et à l’indépendance.
    Au contraire, ni la Charte des Nations Unies, ni ses résolutions, ni les décisions judiciaires ne reconnaissent les revendications du Maroc, mais le considèrent plutôt comme une puissance occupante du territoire.
    L’échec de l’ONU a également affecté la protection des citoyens sahraouis contre la répression systématique des autorités d’occupation marocaines, puisque le Conseil de Sécurité n’a pas pu accepter d’étendre le mandat de la MINURSO pour inclure le rapport sur les droits de l’homme.
    En reconnaissant la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, Trump a délibérément abusé des valeurs et des principes sur lesquels l’ONU a été fondée, ce à quoi la nouvelle administration doit remédier pour préserver la réputation des États-Unis à l’étranger en tant que décideur international.
    L’intention de l’administration de Joe Biden de revoir les décisions de Trump est un signe optimiste que les États-Unis, en tant que détenteur du Sahara occidental, reconsidéreront l’application du droit international d’une manière cohérente avec le respect du statut juridique du territoire.
    L’espoir a beaucoup augmenté lorsque les exercices de l’African Lion 2021 n’ont pas inclus le territoire du Sahara Occidental, contrairement à ce qui était promu par le Makhzen. De son côté, l’Union européenne a ignoré le statut juridique du Sahara occidental et les décisions judiciaires pertinentes pour conclure des accords commerciaux avec le Royaume du Maroc qui incluent le territoire.
    L’Union européenne n’a pas non plus respecté les conditions de partenariat avec l’Union africaine concernant la souveraineté de ses membres, comme la République sahraouie.
    Les Européens devraient encourager l’Espagne à assumer sa responsabilité historique dans la décolonisation de son ancienne colonie, car elle est toujours la puissance administrante imprescriptible. L’accueil réservé par le Portugal à la cause du Timor oriental est un exemple frappant que l’Espagne devrait suivre.
    L’absence d’une évaluation objective du résultat de l’application du droit international au Sahara Occidental par les décideurs du Conseil de Sécurité de l’ONU est une erreur que tout le monde paiera.
    Le soutien de certains acteurs internationaux à l’occupation marocaine du Sahara Occidental remonte à la période de la guerre froide, ce qui appelle à une révision complète pour être en phase avec le développement qui a lieu dans la région et les aspirations de ses peuples à la paix et à la stabilité. Ainsi, la question du Sahara occidental, comme les précédentes questions de décolonisation, doit être résolue dans le plein respect du droit de son peuple à l’autodétermination et à l’indépendance.
    Sinon, personne ne peut blâmer les Sahraouis pour toute forme d’escalade dans le cadre de leur défense de leur droit légitime.
    Les décideurs internationaux doivent exclure toute menace pour la sécurité et la stabilité qui pourrait être causée par l’établissement d’un nouvel État dans la région, comme l’a promu le Maroc.
    Dans ce contexte, il est important de prendre en considération la réalité de la coexistence de la RASD et du Royaume du Maroc sur un pied d’égalité au sein de l’Union africaine et leur engagement à respecter les frontières coloniales. En ce sens, le rôle de l’Union africaine est vital dans tout effort international futur.
    Le voisin gênant
    Les États-Unis considèrent le Royaume du Maroc comme un allié stratégique en raison des nombreux services qu’il a fournis pendant la guerre froide, et plus tard sous la rubrique du terrorisme. De son côté, l’UE lui a accordé un statut avancé pour la garde de la porte sud. Cependant, il semble que ni les États-Unis ni l’UE n’aient fait d’effort pour révéler la vérité sur le Makhzen marocain.
    Tout d’abord, le Makhzen a profité de la protection que lui offrait l’Occident pendant la guerre froide pour attaquer ses voisins et travaille constamment à les déstabiliser.
    Avant son occupation illégale du Sahara occidental en 1975, le Royaume du Maroc avait revendiqué la Mauritanie et certaines parties de l’Algérie.
    Il s’est donc opposé à l’indépendance de la Mauritanie en 1960, et a lancé une guerre contre l’Algérie un an après son indépendance en 1963. Le Maroc a également revendiqué à plusieurs reprises des territoires espagnols, dont les frontières ont été soumises à des attaques continues, comme l’île de Perejil en 2002, et plus récemment Ceuta et Melilla, où le Makhzen a utilisé des mineurs comme boucliers humains pour occuper les deux villes.
    Deuxièmement, l’implication des services de renseignement marocains dans le soutien au terrorisme, qui ne s’est pas limité à l’Algérie pendant les années 1990 et au-delà, ni à la région et au Sahel, mais que la plupart des attaques terroristes en Europe étaient liées à des noms marocains, comme à Madrid, Barcelone, Paris, Bruxelles, etc.
    En outre, le ralliement de milliers de Marocains à des organisations terroristes en Irak, en Syrie, en Libye et ailleurs est une autre preuve que le Maroc est une base pour l’exportation de terroristes.
    Le sort des terroristes marocains, qui sont rentrés au Maroc, restera une bombe à retardement entre les mains des services de renseignements marocains, qui attendent le bon endroit et le bon moment pour la faire exploser.
    Troisièmement, les rapports 2020 de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime et de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies ont classé le Maroc comme le premier producteur et exportateur de cannabis. Ainsi, les gangs de trafiquants de drogue ne se limitaient pas à déverser dans les pays européens du cannabis et du haschisch, mais aussi de la cocaïne et de l’héroïne.
    Tandis que le flux régulier se poursuit vers les pays voisins et le Sahel, ce qui contribue au financement des groupes terroristes armés et menace de déstabiliser la région.
    Quatrièmement, le Maroc utilise systématiquement les immigrants illégaux pour obtenir un soutien financier ou pour arracher des positions politiques à l’Espagne ou à l’Union européenne.
    En apparence, le Maroc se présente comme le gardien de la migration vers l’Europe, mais il fait secrètement entrer des migrants par le biais d’un plan de longue haleine.
    Les services de renseignement du Makhzen attribuent des voyages pour transporter des migrants africains de leurs pays vers le Maroc, en leur promettant qu’ils auront la possibilité de passer en Europe. Cinquièmement, le plus dangereux est que le Maroc mène une politique consistant à affamer sa population pour attaquer ses voisins, comme cela s’est produit récemment avec l’Espagne, notamment en utilisant des mineurs pour faire du chantage et abuser des frontières de cette dernière.
    Une fois de plus, le Makhzen investit dans la décision irréfléchie de Trump de reconnaître sa souveraineté sur le Sahara occidental en lançant une campagne odieuse et généralisée contre les positions qui s’opposent à cette décision, en utilisant de sales méthodes de chantage.
    La campagne a principalement visé l’Europe pour qu’elle suive l’exemple de Trump, en particulier des pays clés comme l’Espagne et l’Allemagne, avec lesquels le Maroc a menacé de couper les liens, et a pris à leur encontre des décisions qui n’ont rien à voir avec l’éthique et les normes de la diplomatie.
    La spirale de l’instabilité
    L’ère du colonialisme sur le continent africain était censée être terminée à la fin du vingtième siècle, mais elle rôde toujours dans son nord, notamment au Sahara occidental, où sa population est soumise à des crimes odieux et à des méthodes brutales.
    Malheureusement, une fois que les puissances coloniales traditionnelles ont quitté la région, le Royaume du Maroc a poignardé ses peuples dans le dos en mettant le Makhzen lui-même au service de la sale politique française.
    Ainsi, le Maroc a mené une guerre asymétrique contre le petit peuple du Sahara occidental, qui s’inscrit dans le cadre d’un plan à long terme visant à déstabiliser toute la région. Non seulement pour contrarier ses pays, mais aussi pour aggraver leurs conditions internes.
    L’accord conclu entre le Front Polisario et le Royaume du Maroc en vue d’organiser un référendum d’autodétermination pour le peuple du Sahara occidental à la fin des années 80, grâce aux efforts inlassables déployés par le bloc africain, a donné à la région des raisons d’être optimiste.
    Cette atmosphère a permis aux dirigeants de l’Algérie, de la Libye, de la Tunisie, de la Mauritanie et du Maroc d’organiser une réunion préliminaire à Alger en 1988, à la lumière de l’annonce de la création de l’Union du Maghreb arabe (UMA) en 1989 à Marrakech, au Maroc. À cet égard, la volonté réelle de l’Algérie était manifeste pour surmonter les divergences et progresser au profit de la région, sans exclure l’issue du référendum au Sahara occidental.
    En revanche, les pays de la région ont été déçus par le recul du Royaume du Maroc par rapport à son engagement en faveur du référendum, qui a montré une fois de plus qu’il ne veut pas arrêter ses ambitions expansionnistes.
    Les considérations géopolitiques de la région du Maghreb, en termes d’énormes ressources naturelles, de proximité des voies navigables et de frontières avec l’Europe, en ont fait un lieu de compétition pour les puissances mondiales qui en ont tiré profit au détriment du développement et de l’intégration de la région. Ainsi, la région a été soumise à l’instabilité et à l’ingérence étrangère dans ses affaires intérieures dans un seul but, celui d’empêcher ces pays de parvenir à leur propre approche garantissant l’indépendance des décisions politiques et le contrôle de leurs économies.
    La base de la stabilité souhaitée est le respect total des droits légitimes des peuples et de la souveraineté des Etats, sur la base des frontières coloniales. A cet égard, l’Algérie joue un rôle majeur, en tant que puissance régionale, pour faire vivre les pays de la région et sa profondeur africaine au niveau de la résolution de leurs problèmes, de la formulation de leurs propres politiques et de leurs points de vue qui doivent être acceptés par ses partenaires.
    Facteur de stabilité
    Quarante-cinq ans ont suffi pour réfuter les affirmations du Maroc concernant les menaces potentielles pour la sécurité et la stabilité qui pourraient résulter de la création d’un État indépendant au Sahara occidental.
    Le temps a prouvé que la République sahraouie a fait de nombreuses concessions, par souci de l’unité, de la sécurité et de la paix en Afrique, et qu’elle a maintenu des relations de bon voisinage. Même le Royaume du Maroc, qui occupe toujours une partie du Sahara Occidental, a bénéficié des politiques de la République Sahraouie dans les zones libérées pour combattre le terrorisme et le crime organisé.
    Aujourd’hui, la République sahraouie est devenue une réalité nationale, régionale et internationale irréversible, avec ses institutions démocratiques, ses politiques rationnelles et ses larges relations internationales. Ainsi, le peuple sahraoui se sent satisfait des acquis réalisés sur la voie de l’instauration de l’état de droit dans une patrie libre et indépendante.
    L’accession de la RASD à sa position naturelle au sein du bloc africain en 1984 était un résultat inévitable qui affirmait l’unanimité des Africains pour défendre la légalité internationale. Ainsi, la RASD est aujourd’hui l’un des sept pays africains qui constituent la région Nord de l’Union africaine, avec l’Algérie, l’Egypte, la Libye, la Mauritanie, la Tunisie et récemment le Maroc. La RASD participe normalement à toutes les activités de l’Union, y compris les réunions de partenariat, et jouit du respect et d’une position prestigieuse.
    Le Maroc a abandonné l’OUA pour protester contre l’appartenance de l’État sahraoui en son sein, pour rejoindre en 2017 l’Union africaine, dont la République sahraouie est l’un des membres fondateurs, à condition que les frontières coloniales de chacun des 55 États de l’union soient respectées.
    La reprise des hostilités
    La démission du célèbre ancien Secrétaire d’Etat américain James Baker de son poste d’Envoyé Personnel du Secrétaire Général de l’ONU en 2004 a démontré sans aucun doute que certains membres permanents du Conseil de Sécurité ne sont pas intéressés par la résolution du problème du Sahara Occidental en accord avec les dispositions des juristes internationaux.
    Cela a encouragé le Maroc à abandonner ses engagements concernant le référendum et à agir avec une souveraineté absolue sur le territoire, ce qui a rendu la présence de l’ONU confinée au cessez-le-feu.
    Le Makhzen a expulsé la composante civile de la MINURSO et a pris des mesures strictes contre son personnel pour limiter les déplacements de la mission sur le territoire, même les plaques de ses voitures sont marocaines.
    Il établit une ligne commerciale reliant l’Europe à l’Afrique en ouvrant une brèche dans le Guerguerat au sud du territoire. Il pille aussi terriblement le poisson, les phosphates et d’autres ressources économiques, et utilise une partie du produit de ces ressources pour acheter le silence et la loyauté.
    Enfin, le Makhzen a hypothéqué les côtes sahraouies dans un jeu d’intérêts dans le but de compliquer la solution et de prolonger son occupation du territoire.
    Les forces de sécurité marocaines continuent de commettre des violations flagrantes des droits de l’homme contre les citoyens sahraouis dans la partie occupée par le Maroc. Les rapports de nombreuses organisations internationales et humanitaires ont documenté une répression et une intimidation systématique et dangereuse dans ces zones, avec des arrestations arbitraires, des poursuites judiciaires et des procès inéquitables, en particulier contre les militants politiques, les journalistes et les médias.
    Toutes ces actions incompatibles avec le statut juridique du territoire, ont été couronnées par une attaque délibérée de l’armée marocaine le 13 novembre 2020 contre des civils sahraouis qui protestaient contre le pillage de leurs ressources naturelles à travers Guerguerat. Ainsi, le Makhzen a profité de cette occasion pour construire un nouveau mur de défense reliant ce point à la Mauritanie, par lequel le Maroc a occupé une nouvelle partie du territoire de la RASD.
    Les Nations Unies n’ont pas levé le petit doigt ni émis un seul mot de protestation. Même l’ancien Secrétaire Général Ban Kim Moon n’a pas reçu assez de soutien lorsqu’il a dit la vérité en qualifiant le Maroc d’occupant du Sahara Occidental.
    Le Polisario, qui avait à plusieurs reprises mis en garde contre les conséquences désastreuses de l’impasse et de l’intransigeance du Royaume du Maroc, n’a eu d’autre choix que de déclarer la fin du cessez-le-feu et de reprendre la lutte armée. Il n’est pas surprenant que la situation connaisse une nouvelle escalade, qui pourrait enflammer toute la région.
    Dans son récent livre « Resolved Uniting Nations », Ban Ki-moon a révélé que lors de sa visite des camps de réfugiés sahraouis à Tindouf en mars 2016, il a vu l’indignation refoulée de milliers de femmes et d’hommes « de devoir vivre dans ces camps sommaires, et leur fureur que les Nations unies n’aient pas réussi à mettre fin à leur lutte contre le Maroc. » Il a ajouté qu’il « a été surpris et gêné de voir tant de jeunes hommes en colère tenant des pancartes telles que « Non à 40 ans d’occupation ! » et « UNfair ! » ».
    C’est la description précise de la situation par Ban Ki-moon qui a justifié le retour à la lutte armée. C’est ce qui s’est passé immédiatement après l’annonce de la fin du cessez-le-feu, lorsque des milliers de jeunes volontaires ont rejoint les fronts de bataille avec une forte détermination à poursuivre leur lutte jusqu’à la libération complète de tous leurs territoires occupés par le Royaume du Maroc.
    Conclusion
    Le peuple du Sahara Occidental a attendu près de 60 ans pour que l’ONU lui accorde son droit inaliénable à l’autodétermination et à l’indépendance. Mais cela n’a pas été réalisé en raison de la règle des deux poids deux mesures appliquée par les décideurs internationaux, qui sont indifférents à la souffrance du peuple de ce petit pays pacifique. C’est cette règle qui a été une pierre d’achoppement face à tous les efforts.
    La grande erreur commise par les décideurs internationaux au Conseil de sécurité a été leur opposition à l’application des dispositions du droit international pour satisfaire un pays comme le Maroc sous prétexte de parrainer leurs « intérêts ». On n’attend rien d’un régime médiéval si ce n’est d’attaquer ses voisins immédiats, de priver les gens de leurs droits, de piller leurs richesses et d’opérer des gangs.
    Les acteurs internationaux, en particulier les décideurs d’aujourd’hui, doivent se libérer du complexe de la peur et de la domination. Leur manque de sérieux est la plus grave menace pour leurs intérêts. Or, personne n’accepterait d’être privé de son droit légitime et de rester les bras croisés. Par conséquent, ils devraient bien réfléchir à ce qu’ils ont infligé au peuple du Sahara Occidental à travers cette longue attente, et se dépêcher de lui accorder son droit inaliénable à l’autodétermination et à l’indépendance, conformément aux dispositions de la légalité internationale.
    Combien la région sera reconnaissante envers les décideurs internationaux pour une telle décision.
    La paix durable souhaitée ne peut être obtenue au détriment des droits et des aspirations des peuples. Il n’y aura donc pas de paix durable sans reconnaissance de la réalité de la RASD, incarnée par la longue lutte de son peuple et qui s’est avérée être un facteur d’équilibre et de stabilité dans toute la région.
    Deich Mohamed Saleh est un ancien chef du bureau du président sahraoui et ancien ambassadeur auprès de la République du Zimbabwe.
    The Herald, 31/08/2021
  • L’Algérie bouscule l’échiquier en Afrique du Nord

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    L’Algérie secoue l’échiquier en quête d’une plus grande influence au Maghreb et au Sahel

    Alger, 25 août (EFE) – La décision de l’Algérie de rompre ses relations diplomatiques avec le Maroc, son rival dans la région, est le résultat d’une décision méditée depuis des mois et semble répondre à une stratégie visant à regagner de l’influence en Afrique du Nord et au Sahel et à isoler le Maroc dans une zone vitale de grande valeur pour les États-Unis et l’UE dans la nouvelle géostratégie mondiale.

    C’est ce qu’expliquent aujourd’hui à Efe des experts et des diplomates basés dans la région, qui s’accordent à dire que le moment semble avoir été « soigneusement choisi » par Alger pour tenter de profiter de ce qu’elle perçoit comme la « faiblesse diplomatique » du Maroc après la décision du président américain Joe Biden d’ignorer la politique pro-marocaine de son prédécesseur, Donald Trump, sur le Sahara occidental, et les conséquences du conflit avec l’Espagne et l’Allemagne.

    La nouvelle administration démocrate a non seulement décidé de ne pas appliquer l’ordre présidentiel républicain reconnaissant la souveraineté marocaine sur l’ancienne colonie espagnole, mais a également envoyé des signaux indiquant qu’elle préférait reprendre le dialogue par le biais de l’ONU, rompu depuis que Rabat a annoncé en 2018 que l’indépendance n’était plus une option et qu’elle n’accepterait qu’une « large autonomie ».

    Berlin et Madrid ont reçu, pour leur part, le soutien fermé de l’Union européenne (UE), qui a assumé comme sien un conflit que la diplomatie marocaine entendait être bilatéral et qu’elle a encadré dans le cadre de son ambition que les puissances européennes rejoignent le courant de Trump et acceptent la souveraineté marocaine sur les territoires occupés comme condition de négociation.

    « L’Algérie a observé avec inquiétude la stratégie du Maroc au Sahara et en particulier l’offensive conçue par (le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser) Burita », a déclaré à Efe un analyste militaire européen basé dans la région.

    « Ces dernières années, elle a été très occupée à régler la situation interne avec le Hirak, mais maintenant elle veut retrouver son influence traditionnelle dans la région, en particulier en Libye et au Sahel, une zone essentielle avec laquelle elle partage une large et dangereuse frontière », ajoute l’expert, qui pour des raisons de sécurité préfère ne pas être identifié.

    PERSPECTIVES RÉGIONALES

    L’annonce de la rupture des relations, que les experts prédisaient depuis la normalisation des liens entre le Maroc et Israël et le début des échanges commerciaux et des visites, est intervenue un mois avant une importante réunion des pays voisins sur l’avenir de la Libye à Alger, que Washington a applaudie.

    Lundi, Lamamra lui-même s’est rendu à Tunis pour l’occasion, au cours de laquelle il a rencontré et partagé ses projets avec l’envoyé spécial américain en Libye, Richard Nolan.

    Un jour plus tôt, le ministère algérien des affaires étrangères a fait part de la crainte de l’Algérie d’une flambée de violence terroriste dans des pays tels que le Mali, le Niger et le Burkina Faso, où les États-Unis et l’UE ont des bases, des soldats et des intérêts militaires, tandis que le général Said Chengriha, chef de l’armée et homme fort, a exhorté les forces armées à être « plus vigilantes ».

    « La décision a un aspect régional important, elle bouscule l’échiquier au Sahel et au Maghreb, mais elle peut aussi être une opportunité », explique un diplomate arabe à Tunis.

    « Il est clair que la géographie de l’Algérie, qui partage ses frontières avec le Sahel et la Libye, en fait un facteur nécessaire dans toute stratégie prévue pour la zone. En cela, elle a un avantage sur le Maroc, mais elle a aussi des obligations et des faiblesses », a déclaré la source militaire.

    ÉNERGIE ET DJIHADISME

    Analystes, militaires et diplomates s’accordent également à dire que la manœuvre algérienne – que Rabat a qualifiée d’ »injustifiable » et fondée sur des « prétextes fallacieux et absurdes » – aura un impact important sur la question énergétique, car elle pourrait affecter les gazoducs qui approvisionnent l’Europe et en particulier l’Espagne.

    Et elle pourrait contribuer à déstabiliser une région où la pauvreté, le djihadisme et les mafias dédiées à la contrebande d’armes, de personnes et d’autres produits se développent, parallèlement à des systèmes économiques obsolètes gravement affectés par la croissance démographique et la crise climatique.

    « En tant qu’Européens, nous devons garder un œil plus attentif sur cette région, qui a un impact direct sur nous », explique un diplomate européen basé à Alger. « Il ne semble pas s’agir d’une colère d’un jour, mais d’une décision qui vise à changer la dynamique dans une région fondamentale pour le présent et l’avenir », prévient-il. EFE

    Swissinfo, 25/08/2021