Étiquette : Afrique

  • La paix

    Afrique, frontières héritées du colonialisme, Union Africaine, UA, CPS,

    Par Larbi C.
    L’Afrique, qui ambitionne de faire taire les armes et de désamorcer la bombe des tensions régionales, veut en finir définitivement avec l’ère de l’instabilité totalement incompatible avec les exigences d’une paix durable au service d’un développement durable et intégré.
    Bien loin d’une logique purement «calendaire, mathématique, mécanique et automatique», réfutée par l’ancien Haut représentant de l’Union Africaine en charge de ce dossier important et actuel ministre des affaires étrangères et de la Communauté algérienne à l’étranger, Ramtane Lamamra.
    Cette initiative s’intègre dans la stratégie de prévention et de règlement des conflits qui constituent non seulement une entrave au processus d’intégration, mais aussi aux objectifs de l’agenda 2063 dédié à une Afrique intégrée, prospère et pacifique.
    La mise en place du Comité de paix et de sécurité, confortée notamment par la création d’un groupe de sage et la mise en œuvre opérationnelle d’une force africaine, dicte un engagement indéniable en faveur de la paix et de la sécurité continentales.
    Ce sont les fondamentaux de la politique africaine préventive qui associe l’architecture de la paix et l’architecture de la bonne gouvernance. il s’agit de «repenser l’Afrique», dit Lamamra.
    À l’heure des défis sécuritaires, économiques et politiques, l’Afrique aborde la question lancinante de l’intangibilité des frontières héritées du colonialisme prônée par les pères fondateurs. au cœur de la réunion tenue jeudi par le CPS, ce principe cardinal est le fondement de l’Afrique indépendante qui a consenti d’énormes sacrifices pour préserver cet acquis gravement violé par le Maroc expansionniste.
    Le devenir d’une Afrique unie est tributaire du respect de ce principe fondateur, inscrit dans son acte constitutif, en catalyseur de la dynamique d’intégration et de la promotion de la coopération dans les zones frontalières.
    L. C.
    El Moudjahid, 22/08/2021
  • Turquie: Convergence de vues avec l'Algérie sur les questions régionales et internationales

    Algérie, Turquie, Tunisie, Libye, Sahel, Afrique,

    -Selon les déclarations du ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, à l’issue de sa rencontre avec son homologue algérien, Ramtane Lamamra.
    AA/Ankara
    Le chef de la diplomatie turque, Mevlut Cavusoglu, a fait état d’une convergence de vues entre la Turquie et l’Algérie sur les questions régionales et internationales telles que la Libye, la Tunisie et l’Afrique.
    C’est ce qui ressort d’une conférence de presse tenue samedi par Cavusoglu au terme de sa rencontre avec son homologue algérien, Ramtane Lamamra, en marge d’une visite officielle de deux jours en Algérie.
    Cavusoglu a félicité Lamamra pour sa reconduction à la tête de la diplomatie algérienne, notant que le ministre algérien des Affaires étrangères saura servir son pays par son expérience.
    Le responsable turc a souligné qu’il apportera, – en coopération avec son homologue algérien -, d’importantes contributions à l’instauration de la paix et de la stabilité dans la région.
    Cavusoglu, a déclaré que la Turquie et l’Algérie luttent contre les incendies et autres catastrophes naturelles.
    Le ministre turc a présenté ses condoléances à la partie algérienne pour les victimes des récents incendies.
    Il a également indiqué avoir discuté de tous les aspects des relations bilatérales, lors de sa rencontre avec Lamamra,
    « Nous avons défini une feuille de route pour les actions que nous pouvons accomplir ensemble au cours de la période à venir », a fait savoir le responsable turc.
    Il a expliqué que la visite prévue du Président Abdelmadjid Tebboune en Turquie, sera une occasion pour tenir la réunion du Conseil de coopération de haut niveau entre les deux pays ainsi que la réunion de la Commission mixte algéro-turque de coopération économique.
    « Nous continuerons également de négocier les accords entre les deux pays pour les signer dans les plus brefs délais », a-t-il ajouté.
    Cavusoglu a souligné que les efforts se poursuivront pour augmenter le volume du commerce bilatéral entre la Turquie et l’Algérie à hauteur de 5 milliards de dollars.
    Le chef de la diplomatie turque a fait observer que les deux parties sont déterminées à étendre la coopération économique dans tous les domaines.
    Il a déclaré à cet effet que plus de 1 300 entreprises turques sont actives en Algérie, faisant part de ses remerciements pour l’appui officiel des autorités algériennes en ce sens.
    Cavusoglu a souligné avoir discuté avec son homologue algérien de questions régionales et internationales, telles que la Libye, la Tunisie et le Sahel.
    « Je voudrais affirmer avec grand plaisir qu’il existe une convergence de vues entre l’Algérie et la Turquie sur ces questions », s’est-il félicité, et d’ajouter que son pays « estime qu’Alger a un rôle très important et utile à jouer pour préserver la paix et la stabilité dans la région ».
    « Nous avons convenu de travailler ensemble sur toutes les questions dont nous avons parlé », a conclu le ministre turc des Affaires étranges.
  • Algérie: Une diplomatie au service de la paix et de la sécurité

    Algérie, diplomatie, paix, Sahara Occidental, Palestine, Afrique, #Algérie

    Partie centrale du Maghreb, aux confins de la Méditerranée, l’Algérie, par sa double appartenance africaine et arabe, occupe de plus en plus une position de choix au carrefour des trois continents d’Europe, d’Afrique et d’Asie. La conduite de sa diplomatie étrangère obéit à la faveur des contacts et concertation avec plusieurs pays a réaffirmé son attachement à jouer pleinement son rôle sur le plan régional et international.
    Une politique étrangère qui trouve son expression dans une adhésion sans réserve aux principes de non-alignement. Dans un contexte particulier marqué par d’importants développements régionaux et internationaux, l’Algérie s’attèle à déployer de grands efforts pour l’assainissement du climat régional et la prise de positions conséquentes à l’égard des grands problèmes qui touchent à la paix et à la sécurité tant régionales que mondiales. 
    Dans ce contexte, la politique étrangère adoptée a réussi à inscrire à l’actif et au palmarès de l’Algérie de nombreuses réalisations en matière notamment de lutte en faveur des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes, du règlement des conflits par les voies pacifiques, le dialogue et la négociation, de la promotion des droits de l’Homme et des libertés fondamentales et de rapports de coopération plus justes et plus équitables, et de lutte contre les nouveaux fléaux qui sont l’extrémisme violent et le terrorisme. Mais aussi ce soutien permanent et actif dans la défense de la cause des peuples en lutte pour l’exercice de leurs droits légitimes et indéniables à l’autodétermination en particulier le soutien ferme et déterminé que l’Algérie continue à apporter aux peuples du Sahara occidental et de Palestine.
    A ce propos, le ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, Ramtane Lamamra en tournée à travers divers pays de la région, a indiqué que sa tournée dans nombre d’Etats africains et arabes visait à mener des concertations sur les questions et préoccupations arabes et africaines et la préparation d’importantes échéances, notamment le prochain sommet arabe prévu à Alger.
    M. Lamamra en redonnant de la voix à la diplomatie algérienne vise à redynamiser et redéployer une politique étrangère plus proactive et permettre à l’Algérie de jouer les premiers rôles au Maghreb, au Sahel et dans le Monde arabe, qu’il s’agisse de la médiation dans le règlement des conflits par voie pacifique ou de faire face aux plans hostiles à l’Algérie pour préserver les intérêts suprêmes de la nation. Comme toujours, la politique étrangère de l’Algérie consiste en quatre principes cardinaux : la préservation de l’indépendance nationale, le refus de toute forme d’intervention étrangère, l’absence de toute base militaire étrangère sur le sol algérien et le refus de toute alliance régionale ou militaire.
    Une philosophie internationale qu’adopte l’Algérie afin de travailler au plus près de la réalité, adhérer aux priorités nationales et à la politique étrangère.
    B. C.
    Le Maghreb, 04/08/2021
  • Il est temps de réformer le maintien de la paix de l’ONU en Afrique

    Il est temps de réformer le maintien de la paix africain chancelant des Nations Unies

    Les soldats de la paix sont déployés dans des pays déchirés par la guerre pour protéger les civils et faire respecter les accords de paix nationaux et les traités internationaux. Cependant, ces opérations n’ont souvent pas réussi à fournir une protection fiable et une paix durable, l’incompétence opérationnelle, les obstacles bureaucratiques et la corruption entravant le succès.

    par Wes Martin

    Alors que les États-Unis et la Chine intensifient leur concurrence mondiale, l’Afrique apparaît comme un nouveau champ de bataille. Ainsi, maintenir la stabilité et soutenir les gouvernements pro-occidentaux là-bas devrait être une priorité absolue pour les États-Unis. Cependant, dans de nombreux endroits, les rebelles tribaux et islamistes sapent la stabilité. Le financement par l’ONU des opérations de maintien de la paix est un outil essentiel pour cet objectif stratégique. Cependant, la performance de l’ONU reste profondément imparfaite. L’Afrique est confrontée à une double menace : celle de la Chine et celle des milices islamistes radicales. L’administration Biden doit intervenir et rapidement. Le 29 juillet, le Conseil de sécurité de l’ONU tiendra une réunion sur les sanctions contre la République centrafricaine, un point d’éclair stratégique crucial au cœur du continent.

    Les problèmes avec cela et d’autres conflits abondent. Le 30 juin, la Cinquième Commission des Nations Unies chargée de l’administration et du budget a approuvé un budget de 6,37 milliards de dollars pour douze missions de maintien de la paix des Nations Unies du 1er juillet 2021 au 30 juin 2022, cependant, ces fonds sont alloués à des incompétents et souvent corrompus. les forces.

    Les soldats de la paix sont déployés dans des pays déchirés par la guerre pour protéger les civils et faire respecter les accords de paix nationaux et les traités internationaux. La plupart des missions ont eu lieu en Afrique, où les forces de l’ONU ont tenté d’étouffer les guerres civiles et de distribuer de l’aide humanitaire. Cependant, ces opérations n’ont souvent pas réussi à fournir une protection fiable et une paix durable, l’incompétence opérationnelle, les obstacles bureaucratiques et la corruption entravant le succès.

    Les casques bleus de l’ONU n’ont pas réussi à arracher le contrôle de la Somalie à Al Shabaab, affilié à Al -Qaïda, en 1991-1995. Après la guerre civile, l’ONU a négocié un accord de cessez-le-feu et déployé du personnel pour distribuer de l’aide aux civils somaliens en proie à la famine. Sans un gouvernement central somalien, cependant, l’ONU ne pourrait pas demander l’autorisation de déployer des troupes pour contrer les seigneurs de la guerre violents. La mission de maintien de la paix se limitait à l’observation du cessez-le-feu.

    En 1993, les forces de l’ONU ont tenté sans succès de désarmer les milices somaliennes. Après un court passage, les États-Unis et l’Union européenne ont tous deux retiré leurs troupes de la mission, et le Conseil de sécurité de l’ONU a voté pour réduire considérablement la mission.

    Aujourd’hui, la Somalie souffre d’ingouvernabilité, d’un grave appauvrissement et d’infrastructures en ruine. De plus, Al Shabaab a pratiqué les niveaux de violence les plus élevés qui ont fait de l’actuel maintien de la paix de l’Union africaine une « mission impossible ».

    Contrairement à la Somalie, l’ONU a engagé des ressources importantes pour le maintien de la paix au Mali. Cependant, les opérations restent largement faibles. La mission est entrée dans sa septième année, avec l’intention de fournir une protection aux civils, de soutenir un dialogue national de réconciliation et d’appliquer les accords de paix précédemment négociés.

    En 2015, le gouvernement malien a négocié un accord de paix avec plusieurs milices rebelles touaregs. Cependant, il n’a pas répondu aux menaces croissantes des extrémistes islamistes. Le Mali est devenu le centre des opérations djihadistes en Afrique et jusqu’à récemment, l’opération Barkhane dirigée par les Français était le seul effort visant les cellules de l’État islamique et d’Al-Qaïda dans la région.

    Bien que plus de 18 000 casques bleus bien équipés soient actuellement stationnés au Mali, les islamistes poursuivent régulièrement des attaques violentes. Alors que la France suspend l’opération Barkhane , les forces de l’ONU se retrouveront sans contrepartie militaire fiable. Faute de direction, le Mali risque de sombrer dans un nouveau chaos.

    Les expériences de l’ONU en République centrafricaine (RCA) reflètent celles du Mali.

    Le 10 avril 2014, le Conseil de sécurité de l’ ONU a autorisé le déploiement d’une force de maintien de la paix « multidimensionnelle » pour protéger les civils, faciliter la transition et promouvoir l’aide humanitaire en RCA. Un an plus tôt, la RCA a subi un coup d’État au cours duquel des groupes rebelles majoritairement musulmans de la Séléka ont déposé le président François Bozizé. En réponse, une alliance de paramilitaires d’opposition nommée « Anti Balaka » a été organisée pour contrer la Séléka. C’est le début d’une longue guerre civile.

    Alors que le gouvernement a lutté pour contenir la violence, la mission de maintien de la paix n’a pas réussi à protéger les civils. En 2018, l’Union Pour La Paix En Centrafrique (UPC), un groupe militant de l’ex-Séléka, a assassiné plus de 100 personnes dans une mission catholique . Les casques bleus chargés de protéger la mission se seraient retirés dans un véhicule blindé jusqu’à leur base au lieu de se défendre contre l’incursion de l’UPC.

    En 2019, Médecins sans frontières a allégué que les soldats de la paix de l’ONU n’avaient pas été efficaces pour empêcher plusieurs attaques visant des civils à Batangafo, qui abrite plus de 20 000 personnes déplacées.

    L’ancien président Bozizé est revenu en RCA en 2019 pour se présenter aux élections présidentielles de 2020. Cependant, sa candidature a été déclarée invalide et il est devenu le chef de la coalition antigouvernementale. En décembre 2020, la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) a été formée, qui a réuni plusieurs des groupes militants les plus puissants de RCA.

    Après l’échec de la tentative du PCC de prendre Bangui le 13 janvier 2021, les Forces armées centrafricaines (FACA) ont lancé une contre-offensive, reprenant progressivement les grandes villes aux rebelles. Selon un récent rapport de l’ONU , « … les violations généralisées du droit international humanitaire commises par des groupes affiliés au PCC comprenaient le recrutement forcé d’enfants, les attaques contre les soldats de la paix … la violence sexuelle et le pillage d’organisations humanitaires.

    L’actuel président, Faustin-Arcange Touadera, s’est appuyé sur ses militaires, assistés d’instructeurs rwandais et russes, dans la lutte contre le PCC. Selon un récent rapport du Conseil de sécurité de l’ONU , des entrepreneurs russes, se faisant passer pour des instructeurs, auraient dirigé des opérations ciblant des civils. À son tour, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation (MINUSCA) s’est retirée du conflit. Avec des perspectives de paix limitées, les forces de l’ONU en RCA sont susceptibles d’opérer sans grand succès.

    L’incapacité de protéger les civils contre les groupes rebelles provoque le mécontentement de la population. Des manifestations sont régulièrement organisées dans la capitale et dans les régions exigeant que la MINUSСA quitte la RCA. En juin et juillet, des casques bleus ont tué un motocycliste dans la capitale Bangui et tenté de faire passer la victime d’un délit de fuite pour un militant. Des manifestations ont suivi lorsqu’une foule a déposé les civils morts sur les marches du bureau du Premier ministre.

    En outre, la présence d’entrepreneurs militaires russes en Afrique est susceptible d’étendre l’influence de la Russie là-bas. Les pays intéressés à obtenir un succès rapide contre les radicaux et les rebelles peuvent se tourner vers Moscou malgré l’opprobre de Washington. En conséquence, les missions de l’ONU continueront de perdre leur influence et leur capacité à résoudre les tâches qui leur sont confiées.

    Le Département d’État américain devrait travailler avec d’autres membres de l’ONU pour s’assurer que les soldats de la paix sont correctement formés pour engager les combattants ennemis, en fournissant aux opérateurs les moyens et l’équipement pour identifier, suivre et détruire les groupes militants, tout en réduisant leurs finances et en établissant des relations positives avec les civils.

    Pour restaurer leur efficacité opérationnelle, les responsables de l’ONU doivent accroître la responsabilité des commandants de mission. Des enquêtes formelles sur les échecs des opérations de maintien de la paix sans changements significatifs préserveront le statu quo et entraîneront davantage de victimes et d’instabilité.

    L’heure est venue d’une profonde réforme des opérations de maintien de la paix de l’ONU.

    Wes Martin, un colonel à la retraite de l’armée américaine, a servi dans la police militaire de l’armée et dans des postes d’application de la loi dans le monde entier.

    Image : Reuters.

    The National Interest, 29/07/2021

    Etiquettes : Afrique, ONU, maintien de la paix, DPKO, conflits, #Afrique #ONU #Paix #Barkhane

  • L’Algérie se tourne résolument vers l’Afrique

    Après l’Ethiopie, le ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, Ramtane Lamamra, a poursuivi son périple africain en se rendant au Soudan où il a été reçu hier en audience par le Président du Conseil de Souveraineté, le Général d’Armée Abdel Fattah Al-Burhan à qui il a transmis un message du Président de la République, Abdelmadjid Tebboune

    L’audience a permis de réaffirmer les liens de fraternité et de solidarité unissant l’Algérie et le Soudan et leurs peuples frères, et de mettre en relief la volonté et la détermination qui animent les dirigeants des deux pays pour imprimer une nouvelle impulsion aux relations bilatérales. A cet égard, le Président Al Burhan a chargé M. Lamamra de transmettre ses meilleures salutations à son frère le Président de la république, M. Abdelmadjid Tebboune, tout en se félicitant des efforts de l’Algérie et de son engagement constant en faveur du règlement pacifique des crises et conflits et de son rôle constructif dans la promotion des relations de fraternité et de coopération, notamment au sein du continent africain.

    D’autre part, M. Lamamra a été reçu par le Président du conseil des ministres Abdallah Hamdok. A cette occasion, les deux parties ont exploré les voies et moyens à même de leur permettre de traduire la volonté commune visant à rehausser la coopération bilatérale dans tous les domaines et à promouvoir les efforts conjoints en face des défis multiples à la paix et à la sécurité dans leurs espaces respectifs. enfin, le ministre des Affaires étrangères et de la communauté nationale à l’étranger a eu une séance de consultations approfondies avec son homologue soudanaise, Mme Mariam Sadek Al-Mahdi. les deux chefs de la diplomatie se sont félicités de la qualité des relations politiques prévalant entre les deux pays et ont renouvelé leur engagement à œuvrer de concert au renforcement de la coopération bilatérale dans les domaines stratégiques.

    A cet égard, il a été convenu de réactiver les mécanismes bilatéraux et de promouvoir une coopération renforcée dans les secteurs de la formation, de l’énergie, de l’agriculture et de la sécurité. Au titre des questions régionales et internationales, les deux ministres ont passé en revue les situations de crise et de conflit prévalant dans la corne de l’Afrique, l’espace sahélo-saharien et le Maghreb, ainsi que les questions d’intérêt partagé inscrites sur l’agenda de l’union africaine. Ils ont exprimé leur satisfaction quant à la convergence des perspectives et analyses des deux pays et ont réitéré leur engagement à travailler davantage pour la consolidation de l’heureuse tradition de consultation et de coordination mutuelle sur tous ces sujets.

    La situation prévalant dans le monde arabe et les perspectives de renforcement du partenariat afro-arabe ont été, également, au menu des discussions au regard des derniers développements et des futures échéances importantes impliquant les deux ensembles. les deux parties ont, par ailleurs, échangé sur les conditions de succès du prochain Sommet arabe devant se tenir à Alger dans le but de renforcer l’unité des pays arabes et leur action commune en faveur de la cause palestinienne.

    Crésus, 01/08/2021

    Etiquettes : Algérie, Afrique, diplomatie, Ramtane Lamamra, #Algérie

  • Algérie: Condor, maître de l’Afrique

    La réussite du groupe algérien Condor, leader national dans l’électroménager, ne laisse pas indifférent. Il y a deux jours, la revue hebdomadaire « Jeune Afrique » lui consacrait plusieurs pages, sous le titre « Tunisie, Côte d’Ivoire : l’algérien Condor repart à l’assaut des marchés africains ». Mais il n’y a pas que ces deux pays, il y en a dix. Le dernier marché conquis, celui de la Jordanie.

    Passant en revue les étapes franchies par Condor dans un contexte de récession mondiale aigüe, JA ne tarit pas d’éloges : « Après deux années difficiles, entre crise judiciaire et Covid-19, le fabricant d’électroménager veut regagner ses positions à l’export et repasser le cap de 80 millions de dollars »
    « Notre délégation vient de rentrer de Côte d’Ivoire où elle été reçue par quatre ministres. Nous avons signé un contrat de partenariat très important avec ce pays pour la production puis l’exportation de nos produits, mais nous allons d’abord créer une plateforme de service après-vente avant de commencer l’exportation. Il est également prévu d’équiper en panneaux solaires des villes et des localités dans ce pays », a affirmé Abderrahmane Benhamadi le patron du groupe Condor.
    La « conquête » du marché ivoirien s’est passé le plus normalement du monde, les officiels ivoiriens étant simplement séduits par la compétence et le sérieux déroulés par le groupe algérien. Tout commencé par la visite d’ambassadeurs africains, dont celui de Côte d’Ivoire, des usines du groupe à Bordj Bou-Areridj, à 180 kilomètres à l’est d’Alger. Il y a eu par la suite, en avril 2021, la conférence-exposition sur « la promotion des échanges intra-africains » au Centre international des Conférences (CIC) d’Alger. Une opportunité qui a permis au groupe d’exposer devant un parterre de 22 ambassadeurs et attachés économiques africains accrédités en Algérie les produits susceptibles d’être
    « Les ambassadeurs ont visité nos unités de production et vu nos processus de fabrication. Ils ont aussi pu constater que nous sommes sérieux et compétents et que nous avons l’avantage de proposer une gamme pratiquement complète des produits de la maison : cuisinières, réfrigérateurs, téléviseurs, climatiseurs, chauffages, ou bien encore fours à micro-ondes », se réjouit Abderrahmane Benhmadi.
    Le succès vite trouvé en Cote d’Ivoire, a été aussi trouvé ailleurs en Afrique, avec des contrats qui relève la tête de l’Algérie à l’international, en matière d’électroménager. Do Bordj Bou-Aréridj à Amman, Tunis ou Abidjan, le chemin aura été long ; mais pour qui travaille, peine et maitrise les outils de son sujet, la réussite arrivera à point.
    L’Express, 01/08/2021
    Etiquettes : Algérie, Condor, électro-ménager, exportations, Afrique, #Algérie #Condor
  • Les pétrodollars introdduisent l’idéologie Wahhabite en Afrique

    Les pétrodollars au service d’une idéologie islamiste: La pénétration Wahhabite en Afrique

    Bien que la diffusion du wahhabisme en Afrique remonte aux années 1960, c’est l’avènement du pluralisme politique dans les années 1990 dans de nombreux États africains qui a permis à l’Arabie saoudite de renforcer son offensive idéologique sur le continent. Alliant prédication et actions sociale et humanitaire, les ONG islamiques, les organisations transnationales musulmanes et les fondations saoudiennes ont investi financièrement et idéologiquement le continent africain -souvent avec la complicité des États -pour imposer leur interprétation conservatrice de l’islam, outil par excellence de la « diplomatie religieuse » des Saoud.

    Après des décennies d’une stratégie d’influence ininterrompue, le Royaume saoudien peut désormais s’appuyer sur ses relais locaux pour saper les bases des hiérarchies traditionnelles de l’islam africain, combattre les confréries soufies et bannir les pratiques religieuses ancestrales. Les nouveaux adeptes africains du wahhabisme formés dans les universités du Golfe s’opposent ouvertement aux institutions maraboutiques afin d’assujettir l’espace public aux normes spirituelles rapportées d’Arabie saoudite.

    Cette lame de fond a conduit à une fragmentation doctrinale croissante de l’islam africain qui se traduit par une prolifération de groupes professant des interprétations extrêmement sélectives des principes religieux. Aujourd’hui les groupes terroristes qui sévissent au Sahel et en Afrique du Nord-Ouest profitent d’un environnement de plus en plus pétri de l’idéologie wahhabite où le conservatisme religieux s’est banalisé par des décennies d’une insidieuse pénétration doctrinaire.

    L’islam fondamentaliste saoudien est le terreau sur lequel sont nés et prospèrent le salafisme et le djihadisme armé qui minent les sociétés africaines et s’exportent au-delà des frontières.

    Avec près de 350 millions de musulmans, l’Afrique représente un morceau de choix pour l’Arabie saoudite¹. Depuis plusieurs décennies, Riyad a entrepris de diffuser son modèle wahhabite de croyance selon le principe du daawa wal irchad (prosélytisme et propagation de la foi) pour contrecarrer les autres obédiences musulmanes et les pratiques populaires de l’islam présentes sur le continent : soufisme, ibadisme, chiisme, animisme, culte des saints, etc.

    La montée de l’islamisme d’inspiration wahhabite est à replacer dans le contexte du déclin du nationalisme arabe et de la montée en puissance de l’Arabie saoudite. La politique pan-islamiste saoudienne en Afrique remonte aux années 1960, sous le règne du roi Fayçal. Elle visait autant à diffuser le wahhabisme qu’à contrer l’influence panarabe nationaliste que les monarchies conservatrices percevaient comme une menace. Le wahhabisme s’opposait aux courants réformistes qui ont marqué l’histoire moderne de l’Islam.

    Le pèlerinage et l’immigration depuis différentes parties du monde musulman vers le Golfe, associés au développement du système bancaire islamique et à la prolifération des organismes saoudiens de bienfaisance, ont été les facteurs clés de l’expansion du wahhabisme saoudien. Le boom pétrolier a permis d’investir des fonds énormes dans la promotion de la prédication dont les fers de lance furent les prêcheurs-missionnaires wahhabites.

    La pénétration wahhabite s’est renforcée dans les années 1990 au moment de l’ouverture de l’espace politique dans de nombreux États africains, permettant ainsi au wahhabisme de trouver sa légitimité en s’africanisant et de devenir un courant de l’islam politique local ayant pignon sur rue.

    LE WAHHABISME LA RÉALISATION D’UNE SOCIÉTÉ ISLAMIQUE TRANSNATIONALE
    Le terme « wahhabisme » a d’abord été employé par les partisans de cette tradition pour se distinguer de leurs adversaires au XIXe siècle. Depuis le règne du roi Abd al-Aziz (1902-1953), il est récusé par les oulémas saoudiens qui préfèrent se désigner comme « salafistes ». La notion de « salafisme » désigne la pratique des salaf, les pieux ancêtres dont se réclament non seulement les islamistes saoudiens, mais aussi les héritiers intellectuels de la salafiyya fondée à la fin du XIXe siècle par Jamal al-Din al-Afghani (1838-1897) et son disciple Muhammad Abduh (1877-1938).

    Le salafisme est donc loin d’être une spécificité wahhabite. Il concerne également l’école malékite, dominante au Sahel : « il apparaît que l’analyse des trajectoires de radicalisation au Sahel dément très largement l’idée que le djihadisme serait le prolongement du wahhabisme dans cet espace ».

    La famille royale, gardienne des lieux saints, se sentant investie d’une mission de purification, va entreprendre d’exporter sa conception de l’islam à travers le monde. Une mission clairement résumée dans les propos du prêcheur saoudien Abdelaziz al-Fawzan: « Nous voulons purifier l’Islam de ses sectes, des innovations, et de tous les mensonges que les faux prêcheurs ont apporté. Car ils détruisent l’Islam en profondeur. Le musulman est celui qui suit les actions du Prophète. Tout ce qui s’en écarte éloigne les croyants de la vraie religion ».

    Le wahhabisme n’a donc rien à voir avec la pensée panislamique du XIXe siècle qui visait à s’opposer au colonialisme européen sans renier pour autant les emprunts aux idées politiques réformatrices occidentales. Ainsi, wahhabisme et réformisme arabe s’inscrivent dans deux temps historiques différents du processus de développement de la pensée islamique.

    Le réformisme arabe né au XIXe siècle regroupe ceux que l’on a appelés les « nouveaux penseurs de l’islam³ » dont le but était de rénover le discours religieux pour rénover le monde musulman alors confronté à la modernité. Ce mouvement intellectuel sera le creuset de la renaissance culturelle arabe ou Nahda, au moment où l’Empire ottoman est affaibli par la menace que font peser les grandes puissances européennes sur son intégrité territoriale. Les élites arabes réformistes feront une large part à la philosophie des Lumières, y compris celles issues de l’université égyptienne al-Azhar. Le mouvement s’épanouira au XXe siècle, en particulier en Égypte, en Syrie, en Irak et en Tunisie, tandis qu’en Turquie, Mustafa Kemal -dit Atatürk -imposera un régime constitutionnel laïc.

    Jusqu’aux années 1970, le nationalisme arabe, sans pour autant la renier, ne fera pas une place centrale à l’identité, mais mettra l’accent sur la modernisation intellectuelle, culturelle et institutionnelle du monde arabe.

    Cette renaissance s’incarnera dans des partis politiques de masse tel le nassérisme, et le Baath syrien et irakien.

    La seconde moitié du XXe siècle va être marquée par l’émergence d’un « antinationalisme arabe de nature islamique (…) dans le contexte (…) des dictatures arabes nationalistes et socialisantes qui dominent alors la scène arabe⁴ ». À partir des années 50, grâce à la montée en puissance pétrolière, financière et politique de l’Arabie saoudite, la promotion de la doctrine wahhabite deviendra indissociable de l’identité du royaume. Ce dernier a, de fait, toujours mis en avant l’unité de l’oumma musulmane et promu sa propre forme de panislamisme fondée sur l’appropriation des lieux saints que sont La Mecque et Médine. Dès 1956, le prince et futur roi Fayçal déclarait que « l’islam (dans son acception wahhabite) devait être au centre de la politique étrangère du royaume ».

    Hormis la LMI, les deux autres piliers stratégiques du royaume saoudien seront l’Organisation de la conférence islamique (OCI³) et l’Organisation des pays arabes producteurs de pétrole (OPAEP). La machine qui se met en place grâce aux revenus de l’or noir sert surtout les intérêts des religieux saoudiens. Elle leur permet de diffuser la version saoudienne du salafisme à travers le financement, la rénovation et la prise en charge des frais de fonctionnement d’une multitude de mosquées monumentales et de complexes religieux, en particulier dans de nombreuses villes d’Afrique : Khartoum, Yaoundé, N’Djamena, Lagos, Abuja, Bamako, Nouakchott, Conakry, Accra, et Kampala.

    Cet empire fait de mosquées, d’écoles coraniques, d’universités et d’hôpitaux sera possible grâce à une énorme accumulation de richesses. Il contribuera à créer un environnement favorable aux formes intolérantes de l’islam dont, quarante ans plus tard, seront porteuses les jeunes générations, aussi bien dans les pays à majorité musulmane que dans les pays où l’islam est minoritaire, ainsi que dans les diasporas.

    L’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques (1979) fournira aux Saoudiens l’occasion de réveiller le djihad en sommeil depuis les années 1920 et d’envoyer à des milliers de kilomètres les Saoudiens les plus radicaux. Le Prince Sultan, alors ministre de la Défense, déclarera que tout citoyen saoudien qui partira combattre en Afghanistan contre le communisme, se verra offrir 75 % du billet d’avion par le gouvernement.

    « Les djihadistes de toutes nationalités qui partent se battre en Afghanistan contre les troupes soviétiques sont alors considérés comme des « combattants de la liberté » et nullement comme une menace future pour la liberté des sociétés musulmanes ou une source potentielle d’un futur terrorisme transnational » (…) Oussama Ben Laden et ses hommes ont ainsi été longtemps considérés comme des « combattants de la liberté » ayant contribué au retrait de l’armée soviétique et ayant donc contribué de façon décisive à la victoire des États-Unis sur l’URSS dans la guerre froide⁴“.

    L’attrait pour la cause afghane et le retrait soviétique en 1989, au moment où l’Iran est englué dans sa guerre avec l’Irak, seront autant d’éléments qui favoriseront le triomphe de l’idéologie et de la vision de l’islam saoudien. La planète se couvrira de satellites et de prêcheurs saoudiens qui envahissent les ondes. En trois décennies, l’Arabie saoudite est devenue le principal centre de diffusion du salafisme dont l’objectif est de purger la pratique religieuse de ses particularités locales et de son syncrétisme

    Depuis les librairies islamiques implantées partout dans le monde -où sont diffusés les écrits des théologiens salafistes saoudiens -, jusqu’aux tenues vestimentaires importées directement de la péninsule arabique, en passant par les chaînes satellitaires d’obédience wahhabite, il ne s’agira ni plus ni moins d’une entreprise de globalisation confessionnelle, d’uniformisation de l’islam à travers l’imposition d’une conception centralisée et totalitaire de la religiosité et des pratiques islamiques.

    Le succès de cette propagande se traduira par le développement et l’expansion de mouvements islamistes divers et variés.

    Cette lame de fond wahhabite va avoir trois conséquences majeures :
    -une sur-confessionalisation de l’identité musulmane;

    -l’instauration d’un conformisme intégriste croissant dans les moeurs quotidiennes de nombreuses sociétés africaines où, parallèlement, l’offre culturelle se réduira comme peau de chagrin;

    -la fragmentation de l’islam en différents groupes, sous-groupes et sectes, en particulier en Afrique, se réclamant tous d’un islam des origines.

    Les signes extérieurs de cette religiosité standardisée alimenteront la surenchère vestimentaire. Ils s’affichent aujourd’hui un peu partout à travers le « look » islamiste : barbe fine ou sauvage ; tenue afghane ou qamîs pour marquer l’adhésion politique à l’idéologie rigoriste du jihadisme international ; foulard, niqab ou voile sous toutes ses variantes, en particulier intégral ; gants ; abbaya ; etc. Dans beaucoup de pays musulmans, ces nouveaux habits islamistes ont supplanté les habits traditionnels ainsi que la minijupe très répandue dans les pays arabes dans les années 1970. La standardisation va également se manifester dans l’introduction progressive d’une façon de prier salafiste (bras croisés contre bras le long du corps), dans le choix des horaires de prières, et même dans la remise en question par certaines sectes puristes de la fête traditionnelle du Maoulid célébrant la naissance du Prophète.

    La transmission des préceptes religieux par les pères et par la filiation familiale va être déconsidérée au profit d’une éducation islamique officialisée qui produit ce que le psychanalyste Fethi Benslama nomme le « surmusulman » « amené à surenchérir sur le musulman qu’il est par la représentation d’un musulman qui doit être encore plus musulman. C’est la conduite d’un sujet en proie à des reproches de défection qu’il se fait à lui-même et au harcèlement des armées de prédicateurs qui l’accusent des pires crimes moraux et le vouent à l’enfer ».

    La psychologue algérienne, Cherifa Bouatta, transpose cette notion aux femmes, qui « font preuve de surenchère pour plus d’islam, plus de religion (…) Pour l’adoption d’un islam purifié, débarrassé d’adjonctions malsaines, c’est-à-dire des rites et croyances traditionnels ».

    Cette sur-islamisation considère l’islam traditionnel syncrétique (shirk) comme relevant de la djahilia (période pré-islamique dite de l’ignorance). Les parents sont ainsi dépossédés de leur parentalité, en ce sens où « ils n’ont plus rien à apprendre à des enfants devenus savants ».

    Sur le site Islam.net par exemple, on peut lire : « Si la personne n’a pas appris la science de la religion, il ne lui est pas suffisant que son père fut un savant ou que son grand-père fut un saint. Il est indispensable qu’elle apprenne elle aussi la science de la religion par transmission orale », sous-entendu dans une école coranique. On verra plus loin comment une partie du secteur éducatif partout en Afrique sera pris en main par les tenants du wahhabisme en dévalorisant la transmission du savoir religieux par les aînés.

    Ce conservatisme islamique va peu à peu imprégner le tissu social et les mœurs par le biais de l’éducation et d’associations à but religieux. Les nouvelles élites religieuses nationales vont diffuser des normes, réviser des pratiques culturelles, et imposer des valeurs morales et sociales, sur des bases islamiques.

    UN ISLAM CONFISQUÉ ET RÉMUNÉRATEUR
    C’est à La Mecque que la marque wahhabite est la plus visible. En s’arrogeant la protection des lieux saints de l’islam au XVIIIe siècle, les Saoud ont imposé leur doctrine wahhabite comme la seule autorisée à y être prêchée lors des pèlerinages qui drainent environ 2 millions de personnes.

    Dès l’origine, pour les wahhabites, ni les monuments, ni les hommes ne doivent être révérés. Selon le fondateur de cette doctrine, Ibn ‘Abd al-Wahhâb, le monde musulman doit être purifié des tombes, reliques et sanctuaires qui “divinisent des êtres humains” et représentent un polythéisme déguisé. Grâce à son alliance avec les Saoud, il pourra mettre en œuvre quelques-unes de ses ambitions, en détruisant localement les monuments dédiés à des saints musulmans.

    La conquête de La Mecque en 1803 a en effet été le théâtre de destructions massives de sites historiques, de mosquées et de tombeaux de saints de l’islam. Dans la grande mosquée, les édifices dévolus aux autres courants de l’islam ont purement et simplement été détruits par les autorités saoudiennes.

    La première tombe à être rasée a été celle de Zayd ibn al-Khattab, compagnon de Mohamed et frère du second calife Omar. La coupole de la source Zamzam, les dômes des tombes de ersonnages centraux du cimetière Jannatul Mu’alla (dont celles du grand-père et de la première épouse de Mohamed), ont fait place à un terrain vague. À Abwa, la tombe de la mère du Prophète a été rasée et brûlée. À Médine, le cimetière Jannatul Baqi, la mosquée al-Nabawi ou mosquée du prophète, ont été rasés entre 1806 et 1925.

    À l’époque, en Arabie saoudite, il y avait encore des cinémas. Ils furent tous fermés en 1979 après que des fanatiques wahhabites saoudiens aient pris en otage des fidèles dans la grande mosquée de La Mecque pour protester contre la « déliquescence des moeurs ». Sauvée par le GIGN français, la famille royale durcit alors le ton et interdit définitivement les salles de cinéma dans le royaume.

    La maison du Prophète et celle de ses compagnons ont subi le même sort. Depuis 1985, plus de 90 % des bâtiments historiques ont disparu. En 2014, les portiques ottomans d’enceinte de la Kaaba ont été démontés, sous prétexte de réaliser l’extension de la grande mosquée de La Mecque, alors que la maison de l’oncle de Mohamed, Hamza, avait déjà cédé la place à un hôtel, et que la maison de Khadidja, première épouse du Prophète, avait été remplacée par des services publiques.

    En plus des démolitions, on assiste à une véritable « dysneylandisation » de La Mecque : sur l’emplacement de la maison d’Abou Bakr, premier calife de l’islam, on trouve à présent un hôtel Hilton et un Burger King. À la forteresse Al-Ajyad, citadelle ottomane datant de 1780 pour protéger la ville sainte et ses sanctuaires, s’est substitué un hôtel ultramoderne abritant un centre commercial de cinq étages.

    À l’instar des destructions menées par Ibn ‘Abd al-Wahhâb, d’autres disciples contemporains du wahhabisme ont anéanti le patrimoine sacré et culturel, islamique, préislamique ou antique : les Talibans afghans ont détruit les bouddhas de Bâmiyân (2001) ; Ansar-eddine a mis à terre plusieurs mausolées de Tombouctou (2012) ; en Libye, les milices salafistes ont rasé des sanctuaires soufis et des mosquées abritant des saints (2011-2012) ; et l’unité spéciale de Daech s’en est pris par deux fois au site antique de Palmyre.

    En s’appropriant les lieux saints, l’Arabie saoudite s’arroge le pouvoir de les contrôler étroitement. Le ministère saoudien du Hadj traite avec tous les États et les agences de voyages agréées, pour organiser le pèlerinage annuel (Hadj). Il fixe les quotas, accrédite les agences de voyages étrangères ainsi que les guides locaux qui s’occupent des pèlerins selon leur région d’origine.

    Pour le royaume wahhabite, le pèlerinage est la seconde source de revenus après le pétrole. En 2012, il a rapporté 16 milliards de dollars. Les flux du pèlerinage explosent dans les années 1960-70 avec la généralisation de l’avion. La demande est telle qu’en 1987, l’Arabie saoudite décide d’imposer, avec l’aval de l’OCI, un système de quotas.

    Depuis lors, les pays musulmans ne sont autorisés à envoyer chaque année qu’un millier de pèlerins par million de croyants. En raison de la croissance démographique particulièrement forte dans la plupart de ces pays, cette restriction ne freine pas l’augmentation continue du nombre de pèlerins. Ils étaient un peu plus d’un million à venir de l’étranger en 1995, contre 1,8 million en 2010. En 2012, le nombre total de pèlerins présents à La Mecque dépassait pour la première fois les 3 millions³.

    En 2013, l’Arabie saoudite a encore réduit de 20 % le quota annuel de pèlerins étrangers autorisés et de 50 % celui des Saoudiens.

    L’AFRICANISATION DU WAHHABISME ET LE RENOUVEAU ISLAMIQUE
    À partir des années 1990, l’islam africain subit une fragmentation doctrinale croissante qui a inévitablement une incidence sur les actions des militants islamiques sur le terrain. Cette hétérogénéité s’illustre dans la prolifération de groupes professant des interprétations extrêmement sélectives des principes religieux, réalisant des adaptations locales particulières, et présentant une pauvre cohérence idéologique.

    En milieu urbain, on note une multiplication d’associations ou d’organisations musulmanes dont les leaders ont pour objectif de « répandre l’islam », de parfaire les connaissances religieuses des croyants, et de leur inculquer une nouvelle manière d’être musulman. Ces recompositions religieuses sont à replacer dans le contexte de libéralisation et d’ouverture politique qui a suivi l’effondrement des États autoritaires en Afrique au tournant des années 1990. La crise de ces régimes puis les processus de transition ont donné aux acteurs religieux une visibilité et une influence politique grandissantes. La question religieuse est devenue partout en Afrique un élément des luttes politiques locales.

    La fin du parti unique a ouvert la voie à l’émergence de nouveaux acteurs politico-religieux qui sont venus concurrencer des mouvements implantés depuis longtemps, notamment les ordres soufis. Ce phénomène a conduit à la pluralisation de l’offre confessionnelle : expansion des courants évangéliques et pentecôtistes pour le christianisme, courants réformistes pour l’islam. Les acteurs religieux ont cherché à occuper l’espace public à travers des discours, des revendications, des initiatives, des mobilisations.

    Cette diversification s’est accompagnée d’une éclosion d’associations para-religieuses et d’ONG confessionnelles, de radios et de télévisions religieuses. L’entrée en politique de nouveaux leaders aussi bien chrétiens que musulmans n’a fait que renforcer les situations de compétition et d’émulation religieuse.

    Au Mali, l’Association malienne pour l’unité et le progrès de l’islam (AMUPI) qui voit le jour en 1980, fera des émules dans les années 1990 lors de la promulgation de l’État démocratique. On assiste à l’éclosion d’associations islamiques, puis à la création en 2002 du Haut conseil islamique du Mali (HCIM) -actuellement présidé par l’imam salafiste Mahmoud Dicko -et composé de la plupart des associations de défense des madrasa (écoles coraniques).

    En 1981, ces écoles accueillaient 36,62 % des enfants en âge de suivre l’école primaire, et en 1987, entre un quart et un tiers des élèves. Entre 2002 et 2009, le nombre des madrasa est passé de 840 à 1631. Entre 2001 et 2009, le nombre d’enfants inscrits en premier cycle en madrasa passe de 121657 à 240579. En 2009, 60% des enfants du premier cycle étaient scolarisés en école publique, 18 % dans les écoles communautaires, 12 % dans les madrasa, enfin 10 % dans les écoles privées non confessionnelles⁵.

    Au Mali, bien que la Constitution interdise formellement toute interférence entre l’État et le religieux, les associations musulmanes se sont accaparées l’espace politique et ont su imposer leurs idées face à un gouvernement faible qui a abandonné des régions entières au sous-développement. C’est pourtant justement le principe de laïcité et de garantie constitutionnelle d’une pluralité religieuse qui a permis aux leaders religieux de s’exprimer librement. « Face à l’échec du développement, l’acquisition d’un savoir religieux permet de se repositionner spirituellement et socialement. Cette résurgence, qui accompagne la montée d’un islam politique à une échelle dépassant le seul cas du Mali, s’inscrit dans un contexte où l’accès à l’information, comme la mobilité des personnes et des biens, renforce le sentiment d’appartenance à l’oumma, où le savoir enseigné, constamment en circulation, joue un rôle de ciment¹ ».

    Les débats autour du Code de la famille malien illustrent de manière flagrante l’enjeu social et politique que constitue l’islam. La bataille pour un Code d’inspiration salafiste a été menée par les partisans des madrasa qui useront de leurs nombreux contacts dans les pays du Golfe². Le HCIM parviendra à obtenir le retrait de la « version progressiste » du Code de la famille adoptée par le parlement malien : toutes les dispositions jugées contraires aux règles de l’islam seront rejetées pour être remplacées par des amendements fondés sur la tradition islamique, comme, par exemple, l’abaissement de l’âge légal de mariage pour les femmes de dix-huit à seize ans, ou l’élargissement de la célébration du mariage aux responsables religieux.

    Aujourd’hui, le Mali ne compte pas moins de 106 associations islamiques, dont l’AMUPI, la Ligue des imams (LIMAMA), la Ligue des prédicateurs, l’Union nationale des femmes musulmanes (UNAFEM), et l’Association malienne des jeunes musulmans (AMJM). Dans la ville de Bamako, le nombre de mosquées est passé de 41 en 1960 à plus de 200 en 1985.

    Aujourd’hui, faute de chiffres précis, on peut estimer que ce nombre a au moins doublé. Au Nigeria, immédiatement après l’indépendance, le califat de Sokoto a bénéficié de l’aide financière du royaume saoudien. Les relations entre le Nigeria et l’Arabie saoudite se sont ensuite renforcées dans les années 1950-1960 lorsque Ahmadou Bello -dont l’arrière grand-père a lui-même été calife de Sokoto -a été promu Sardauna de Sokoto (zone de gouvernement local de l’État de Taraba). Il occupera même le poste de vice-président de la Ligue Islamique Mondiale.

    Grâce à sa connaissance de l’arabe et à ses connexions saoudiennes, son associé, Aboubakar Goumi, jouera le rôle d’intermédiaire entre les musulmans du Nigeria et l’establishment religieux saoudien. Ses liens sont avérés par le financement qu’il a reçu du Dar al-Ifta, une institution religieuse dirigée par Ibn-Baz, Grand Mufti d’Arabie saoudite.

    L’anti-soufisme nigérian a d’abord été le fait d’activistes politiques de la confrérie Ahmaddiya, puis du mouvement Izala (nord du Nigeria) d’Aboubakar Goumi. Fondé en 1978 dans la ville de Jos, ce mouvement s’est rapidement popularisé dans le nord du pays. Critique féroce des pratiques soufies considérées comme hérétiques et des autorités maraboutiques, il a attiré de nombreux jeunes éduqués du Nord dont l’apprentissage religieux n’était pas passé par les canaux soufis⁵. Une fois nommé Grand Qadi (juge), Goumi est devenu une figure centrale de l’interprétation de la charia (loi islamique). Les autorités saoudiennes lui ont même attribué le prix international du Roi Fahd.

    Sa disparition en 1992 n’a pas pour autant signifié la fin de la doctrine salafiste. À Kano et dans ses environs, celle-ci est si prégnante que la majorité de la population se définit elle-même comme izaliste. Bien que le salafisme izaliste soit de souche locale, il n’est plus l’apanage du Nord. Il s’est étendu au sud du Nigeria et dans la ville de Lagos par le biais des wahhabites d’inspiration saoudienne, en la personne de cheikh Aminoudin Aboubakar, un ancien Frère musulman, converti au wahhabisme. À tel point qu’en février 2011, Ousama Ben Laden a désigné le Nigeria nation de la prochaine révolution islamique.

    À l’instar de ses voisins sahéliens, le Niger connaît un fort mouvement de réislamisation qui s’est accéléré ces vingt dernières années contre les marabouts et les confréries soufies (Tijaniya et Qadiriyya bien implantée dans la région de l’Aïr).

    La première grande mosquée construite avec des fonds saoudiens est pourtant inaugurée à Niamey en 1965 avec l’aval du gouvernement de l’époque. L’idée de l’université islamique de Say est lancée par le président nigérien lui-même lors d’une visite du roi Fayçal d’Arabie saoudite en 1973. Le projet est repris par le nouveau président nigérien Seyni Kountché (1974-1987) qui offre un terrain de 900 hectares à Say. L’essentiel du financement est assuré par le Fonds islamique de solidarité, rattaché à l’Organisation de coopération islamique. Ouverte en novembre 1986, cette université a pour but de devenir une place forte de l’islam et de l’enseignement de l’arabe dans la région et de former des oulémas à destination de l’Afrique de l’Ouest. Priorité est donnée à la Faculté de la charia et des études islamiques qui compte environ 1200 étudiants originaires de 20 pays et où la majorité des enseignants est envoyée par des ONG islamiques.

    Alors que depuis l’indépendance le monopole des relations entre l’État et les ONG islamiques transnationales était aux mains de l’Association islamique du Niger (AIN), la période de libéralisation de l’espace politique et associatif qui a suivi l’instauration du multipartisme a offert à de nouveaux acteurs un espace de contestation des autorités religieuses traditionnelles et des structures islamiques nigériennes.

    La percée wahhabite au Niger commence dans les années 1980 sous l’influence du mouvement izala d’origine nigériane de Cheikh Aboubakar Goumi, par le biais des commerçants et étudiants de Maradi. À la faveur de l’ouverture politique, les Izalistes nigériens créent leur propre association, Adini-islam, qui accède à des financements du Golfe en utilisant les réseaux izalas nigérians et en sollicitant des Nigériens ayant étudié ou commercé dans les pays arabes. Ces soutiens se concrétisent par l’envoi de professeurs-missionnaires et d’ouvrages, par des bourses d’enseignement et des fonds pour la construction d’écoles ou de mosquées propres au mouvement izala. Pour élargir son audience, le mouvement crée aussi sa radio privée, Bonferey, et gagne des disciples, notamment dans les centres urbains¹.

    Les tensions qui voient le jour dans les années 1990 entre Izalistes et Tijaniya tiennent à l’agressivité des premiers qui ne cessent de vilipender les rituels soufis et de mettre en cause l’ordre inégalitaire consolidé par les notables religieux traditionnels. Les tijanes répliquent en incendiant des mosquées wahhabites et les d’affrontements violents se succèdent.

    En Guinée, le phénomène wahhabite s’est renforcé dans les années 1990 par l’intermédiaire de jeunes Guinéens venus des écoles et universités arabes où ils ont appris la langue et se targuent d’une meilleure connaissance du Coran. L’émergence de ces nouveaux acteurs religieux a peu à peu conduit à un conflit de générations avec les érudits soufis traditionnels.

    L’État guinéen a laissé prospérer les petits groupes radicaux dans la zone reculée de peuplement peul. Du coup, les tensions entre wahhabites et confréries sont particulièrement vivaces dans le Fouta-Djalon. Dans la ville de Labé, elles durent depuis une vingtaine d’années. En 2014, elles ont conduit à la destruction de la mosquée wahhabite dite « Tata 1 », dans le quartier Donghol, laquelle était financée par une organisation islmaique koweitienne, via une association guinéenne, contre l’avis de la Ligue islamique officielle contrôlée par les Tidjanes. Elle abritait également une école coranique accueillant environ 300 élèves et avait été prise en main par Diallo Al-Hamdou, un imam wahhabite auto-proclamé, ancien infirmier de profession, converti en 1999. Ayant décidé d’investir un autre quartier pour leurs prières, les fidèles wahhabites en ont été délogés par la police et contraints de cesser leur activité considérée comme illégale.

    ¹Conseil international d’assistance et de prédication islamique créé en 1988 par l’Arabie saoudite et placé sous l’autorité du cheikh d’al-Azhar au Caire. Cette fondation est composée de plus de cent organisations non-gouvernementales islamiques et d’organisations gouvernementales du monde entier.

    L’Express, 15/07/2021

    Etiquettes : Arabie Saoudite, wahabisme, Islam, Afrique, #Islam #Wahabisme

  • Les atouts de la politique étrangère du Maroc -analyse-

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    Israël, Afrique et Libye : les atouts de la politique étrangère du Maroc

    La politique étrangère marocaine a suscité une attention particulière ces derniers mois dans un contexte de tensions avec l’ Union européenne , des pourparlers sur un nouveau rapprochement avec Israël , et des positions plus fermes vis-à-vis de son implication dans le processus de paix libyen et de sa revendication sur le territoire contesté du Sahara occidental . Certains soutiennent que la reconnaissance américaine de la souveraineté du Maroc sur ce dernier a enhardi ses décideurs, tandis que d’autres décrivent les récentes réorientations de Rabat comme «agressif . » Que se passe-t-il en effet avec la politique étrangère du royaume ?

    Alors que les relations du Maroc avec ses partenaires traditionnels en Europe et avec les monarchies du Golfe se sont parfois tendues au cours de la dernière décennie, ses décideurs ont cherché à renforcer la position du royaume au niveau régional et international à travers trois stratégies visant à promouvoir ses intérêts diplomatiques, politiques, sécuritaires et économiques : diversifier les partenariats internationaux pour éviter de trop compter sur les partenaires traditionnels et d’accéder à leurs exigences ; attirer des investissements d’Asie et d’Europe en faisant du royaume une plaque tournante financière et commerciale africaine ; et positionner le pays en tant que partenaire de sécurité régionale, fournisseur de stabilité et médiateur en jouant un rôle impliqué dans le processus de paix en Libye et en normalisant partiellement les liens avec Israël. Quelles sont les implications de cette approche ?

    LIENS AGITÉS

    Les années 2000 ont marqué le renforcement des relations entre le royaume et ses homologues du Golfe, qui ont longtemps été des partenaires traditionnels de Rabat, et qui lui apportent un soutien financier et un appui dans les enceintes régionales en échange d’une coopération sécuritaire. Cependant, entre 2017 et 2021, les liens étroits du Maroc avec le Qatar et sa position neutre lors du blocus saoudien et émirati contre ce dernier ont déclenché des tensions avec Riyad et Abou Dhabi. Bien que le Maroc ait officiellement refusé de prendre parti, il a sans doute favorisé le Qatar, en envoyant des fournitures au milieu des craintes de pénurie alimentaire et en maintenant la sécurité et les relations commerciales malgré les pressions des pays de blocus, qui ont adopté une rhétorique hostile à l’égard du Maroc, annulé les voyages prévus et rappelé les ambassadeurs.

    Le royaume s’est également heurté à l’Europe, son plus grand partenaire commercial ,investisseur , etdonateur — à maintes reprises au cours de la dernière décennie, y compris avec l’Espagne etl’Allemagne sur le Sahara occidental cette année. Malgré des liens économiques profonds et une relation particulièrement étroite avec la France, les décideurs marocains ont cherché à réduire l’influence de l’UE sur le royaume en tirant parti de lale rôle du pays dans le contrôle de la migration irrégulière vers l’Europe et l’aide aux États européens commeFrance etL’Espagne déjoue les attaques terroristes sur son sol.

    NORMALISATION AVEC ISRAËL : DEUX OISEAUX, UNE PIERRE

    Au-delà de sa signification symbolique, l’accord historique de l’État marocain avec Israël et les États-Unis a des implications sécuritaires, financières et diplomatiques importantes. En échange d’une normalisation partielle – pas totale -, les États-Unis ont reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, promis 3 milliards de dollars d’investissements dans son secteur privé et a convenu d’unVente d’armes d’un milliard de dollars (en attente de l’approbation du Congrès). Une normalisation partielle pourrait également assurer à Israël des avantages majeurs en termes de commerce, d’investissement et de coopération dans des secteurs clés tels que le tourisme et la technologie.

    Malgré quelques mécontentement domestique etcritique régionale , il y aura probablement davantage de rapprochement entre le Maroc et Israël. En effet, le ministre marocain des Affaires étrangèresa exprimé l’intention du royaume de pousser la relation aussi loin que possible; et le ministre des Affaires étrangères d’Israël récemmenta annoncé qu’il se rendrait à Rabat à la mi-août. Les deux États ont signé unaccord sur la cyberdéfense en juillet 2021, et sont susceptibles d’accroître la sécurité et la coopération économique à terme. Tant que l’administration Biden ne revient pas sur la reconnaissance de son prédécesseur, Rabat n’a jusqu’à présent aucune raison de se retirer de l’accord. Cependant, il reste peu probable que le Maroc aille jusqu’à ouvrir une ambassade en Israël en raison de l’opinion nationale et régionale.

    INVESTIR EN AFRIQUE

    Depuis 2016, le Maroc a intensifié sa présence économique et diplomatique en Afrique subsaharienne. Les entreprises marocaines ont renforcé leur coopération avec leurs homologues subsahariennes dans divers secteurs, notamment dans les télécommunications, les assurances, la banque et la fabrication. En effet, sur une période de dix ans ( 2008-2018 ), les échanges maroco-africains ont augmenté de 68% ; et en 2018, 85 % des investissements directs étrangers du royaume sont allés aux États subsahariens. En 2017, le royaume a rejoint l’Union africaine plus de trois décennies après avoir retiré son adhésion pour protester contre l’admission du Sahara occidental en tant qu’État membre indépendant.

    L’implication du Maroc dans la région non seulement stimulera son économie et diversifiera sa base d’alliances, mais en fera également la porte d’entrée de l’Occident et de la Chine vers l’Afrique, ouvrant ainsi la porte à des accords commerciaux et à une coopération triangulaires. En fait, la coopération économique avec l’Afrique subsaharienne est étroitement liée à la volonté de Rabat de se rapprocher de la Chine au cours des cinq dernières années. La même année, le Maroc a rejoint l’Union africaine, la Banque de Chinea ouvert sa première succursale au Maroc, tandis que la Bank of Africa du Maroc a ouvert une succursale à Shanghai. Les décideurs marocains visent à faire de Casablanca une place financière majeure sur le continent, et les institutions financières chinoises cherchent à gérer leur activité sur les marchés africains à partir de là.

    En raison de la proximité du Maroc avec l’Europe, la Chine cherche également à établir des usines dans le royaume pour fabriquer des produits pouvant être exportés vers l’Europe. En outre, des entreprises de construction chinoises ont participé àTanger Med — un complexe portuaire industriel de 10 milliards de dollars en construction dans le nord du Maroc et le plus grand port d’Afrique. Les relations du Maroc avec la Chine ont été fructueuses en grande partie parce que la Chine n’a pas cherché à intervenir dans les affaires intérieures du royaume, contrairement à l’Europe.

    LE JEU DE LA MÉDIATION EN LIBYE

    Dans un autre mouvement visant à renforcer la position internationale du pays, les décideurs marocains se sont concentrés sur le positionnement du royaume en tant que fournisseur de stabilité régionale et médiateur, notamment en Libye. LeL’accord de Skhirat, qui a abouti à la reconnaissance internationale du Gouvernement d’entente nationale (GNA) comme seule autorité légitime de la Libye, a été signé au Maroc en 2015. Apparemment en référence à des processus internationaux comme la Conférence de Berlin , les décideurs marocains ont constamment promu l’interlibyen. dialogue, caractérisant leur position sur la Libye comme une position de neutralité active qui cherche à faciliter la communication entre toutes les parties libyennes.

    Plus récemment, le président du Haut Conseil d’État libyen, Khaled al-Mishri, et le président de la Chambre des représentants (HoR), Aguila Saleh, s’est réuni au Maroc le mois dernier pour discuter de la question des postes institutionnels clés en Libye. Rabat a accueilli un total de quatre réunions entre factions rivales pour discuter des prochaines étapes du processus politique libyen l’ année dernière , réunissant des représentants de la HoR et du Conseil suprême de l’État ainsi que des parlementaires des branches de Tripoli et Tobrouk de la HoR divisée. Au cours de l’été, les rencontres se sont multipliées entre les autorités libyennes et marocaines, nombre d’entre elles révélant qu’elles travaillaient sur une coopération sécuritaire renforcée, un potentiel partenariat militaire, des forums économiques bilatéraux et une coopération dans le domaine des énergies renouvelables.

    POINTS À RETENIR ET PERSPECTIVES : UNE POLITIQUE AUDACIEUSE ?

    Il se peut que le récent soutien américain au Maroc ait encouragé ses décideurs à durcir leurs positions sur les questions régionales et à affronter des partenaires clés. Cependant, l’approche du royaume n’est pas imprévue. Comme il l’a fait au cours de la dernière décennie, l’État mène une politique étrangère stratégique et indépendante, visant à renforcer sa position aux niveaux international et régional grâce à de nouveaux partenariats, ainsi qu’à travers une coopération sécuritaire et diplomatique approfondie avec les partenaires traditionnels. Il est important de noter que la base de soutien élargie et les outils de sécurité du Maroc ont modifié ses relations avec ses partenaires clés et ont orienté ses décideurs vers un rôle plus important aux niveaux régional et international.

    À l’avenir, l’État continuera probablement à maintenir sa neutralité dans divers dossiers de politique étrangère, y compris dans les crises régionales. Les décideurs ayant été encouragés par les récents succès diplomatiques, il semble qu’ils seront moins enclins à céder aux pressions internationales et plus enclins à tenir bon, notamment vis-à-vis de l’Europe. Bien que l’on puisse s’attendre à ce que l’État s’efforce de maintenir des relations solides avec l’UE, cela renforcera les lignes rouges qui ne peuvent pas être franchies.

    Les décideurs marocains continueront probablement à jouer un rôle impliqué dans le processus de paix libyen pour défendre leurs propres intérêts économiques et diplomatiques. La fréquence accrue des réunions négociées par le Maroc pour et avec les responsables libyens permettra au royaume de cultiver des liens économiques avec la Libye, notamment en termes d’énergie et de commerce. Plus précisément, ce rôle permettra à Rabat de contrôler plus facilement l’influence de l’Algérie rivale en Afrique du Nord.

    Au sein de la région élargie du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, l’État s’efforcera de se présenter comme un facilitateur neutre pour renforcer le soutien international et régional et ouvrir la porte à une future coopération diplomatique et économique. De même, Rabat approfondira ses liens mutuellement bénéfiques avec l’Afrique subsaharienne, devenant ainsi un partenaire plus attractif pour la Chine et l’Europe. Sur le plan de la sécurité, il intensifiera ses implications dans le Sahel où il exportera la sécurité et tentera de contenir les activités terroristes. Du côté de la normalisation, il est peu probable que l’État se retire de l’accord avec Israël et se présentera comme un facilitateur potentiel des conversations entre Israël et les Palestiniens.

    Yasmina Abouzzohour

    Chercheur invité – Brookings Doha Center

    The Brookings Institution, 27/07/2021

    Etiquettes : Maroc, Sahara Occidental, espagne, Allemagne, Union Européenne, UE, Algérie, Israël, normalisation, Afrique, Sahel,

  • La rivalité Algérie-Maroc vue par un think tank allemand

    Algérie, Maroc, Maghreb, Sahara Occidental,

    Rivalités maghrébines sur l’Afrique subsaharienne
    L’Algérie et la Tunisie cherchent à suivre le Maroc

    Isabelle Werenfels

    La pandémie de Covid-19 a placé les relations avec l’Afrique subsaharienne plus haut dans l’agenda des pays du Maghreb et a consolidé les tendances existantes. Le Maroc est l’Etat maghrébin avec la politique sub-saharienne la plus sophistiquée. Ses motivations incluent des marchés de croissance attractifs en Afrique, la frustration face à un accès restreint à l’Europe, une intégration dans l’impasse au Maghreb et le souhait de voir le Sahara occidental reconnu comme marocain. La politique sub-saharienne du Maroc a exacerbé les tensions avec l’Algérie et éveillé les ambitions en Tunisie. Alger, en tant que bailleur de fonds et acteur sécuritaire de l’Union africaine (UA) et « protecteur » du mouvement indépendantiste du Sahara occidental, cherche à contrecarrer les avancées de Rabat. Tunis, pour sa part, tente de suivre les traces de Rabat, espérant que des relations plus étroites avec l’Afrique stimuleront la croissance économique. L’Union européenne doit considérer ces tendances comme une opportunité pour l’intégration africaine et la coopération triangulaire UE/Maghreb/Sub-Sahara. Cela pourrait contrecarrer le sentiment d’inutilité croissante de l’Algérie, renforcer l’économie tunisienne, relativiser les ambitions hégémoniques du Maroc et ainsi atténuer la dynamique négative de la rivalité.

    Les politiques africaines des États du Maghreb diffèrent considérablement par leur intensité, leur visibilité, leurs motivations et leurs priorités. À un niveau plus large, ils reflètent les capacités générales de chaque État en matière de politique intérieure et étrangère. Cela est visible notamment dans la manière dont les pays commercialisent leurs politiques africaines.

    Depuis quelque temps, le Maroc a la politique africaine la plus dynamique et la plus progressiste des trois pays. Le roi Hassan II, qui a régné de 1961 à 1999, avait déjà sondé l’Afrique de l’Ouest. Mais c’est sous la direction de son fils Mohammed VI (depuis 1999) que le Maroc a activement joué un rôle économique et diplomatique clé en Afrique. Mohammed VI a pris personnellement en charge la politique africaine du pays, l’accompagnant d’une intense diplomatie de voyage et d’apparitions stratégiques, par exemple lors du 5e sommet UA-UE en 2017 à Abidjan. Rabat a obtenu des succès notables avec son approche du soft power, qui englobe des composantes économiques, de coopération au développement, de migration et religieuses. En janvier 2017, le Maroc a été réadmis à l’UA après 33 ans, contre les objections de poids lourds comme l’Afrique du Sud et l’Algérie mais fortement soutenu par de nombreux États d’Afrique de l’Ouest ainsi que le Rwanda. Le Maroc a quitté le prédécesseur de l’UA en signe de protestation en 1984 après avoir accepté le Sahara occidental comme membre.

    Le Maroc a énormément étendu sa présence en Afrique subsaharienne au cours de la dernière décennie, surtout sur le plan économique. C’est l’un des plus grands investisseurs africains du continent, aux côtés de l’Afrique du Sud, du Kenya et du Nigeria, et le plus grand investisseur africain en Afrique de l’Ouest, où les compagnies d’assurance, les opérateurs de télécommunications et les banques marocaines détiennent des parts de marché importantes. Le Maroc exporte également des technologies agricoles et des énergies renouvelables, en particulier vers l’Afrique de l’Ouest, et se tourne de plus en plus vers l’Afrique orientale et centrale, par exemple l’Éthiopie, le Rwanda et le Cameroun. Depuis 2017, Rabat sollicite également l’adhésion à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), à ce jour sans succès.

    Un moteur central de cette politique est la volonté d’ouvrir de nouveaux marchés pour les entreprises marocaines, en particulier ceux contrôlés par la famille royale. Deux aspects pertinents ici sont l’accès limité au marché unique européen et l’interaction économique marginale à travers la frontière fermée avec l’Algérie. La volonté du Maroc de faire reconnaître sa revendication sur le Sahara occidental est au moins aussi importante pour son « tour vers l’Afrique ». A cela s’ajoute la rivalité régionale avec l’Algérie qui va au-delà de la question du Sahara occidental, où l’Algérie fonctionne comme le « protecteur » du mouvement indépendantiste, le Polisario. Les deux États cherchent à exploiter les nouvelles opportunités créées par les changements dans le contexte régional plus large, telles que l’éviction du dirigeant libyen et défenseur d’une plus grande unité africaine Mouammar al-Kadhafi, qui a joué un rôle extrêmement actif dans la diplomatie africaine, et questions de sécurité.

    Voisin Algérie Irrité

    L’ascension du Maroc sur le continent pourrait être qualifiée de presque traumatisante pour l’Algérie, dont l’influence s’est considérablement affaiblie. Au cours des premières décennies après l’indépendance en 1962, l’Algérie a joui d’un grand prestige dans une grande partie de l’Afrique subsaharienne en raison de son soutien militaire, logistique et financier aux mouvements anticoloniaux. Une coopération étroite au développement avec les États africains nouvellement indépendants et un engagement important dans le Mouvement des non-alignés ont également renforcé la position de l’Algérie à travers le continent.

    Depuis sa guerre civile des années 1990, qui a coïncidé avec la fin de l’ordre de la guerre froide, Alger n’a pas réussi à restaurer sa grandeur perdue et sa politique de « profondeur stratégique » en Afrique. La sphère de la sécurité représente une exception partielle. Ici, l’Algérie joue un rôle important au sein des institutions de l’UA, et Alger s’est également engagé en tant que médiateur dans les conflits africains avec un certain succès. Les initiatives économiques sous le président Abdelaziz Bouteflika entre 1999 et 2019 – comme une ambitieuse conférence sur l’investissement à Alger fin 2016 – ont eu moins de succès. Bien que l’Algérie ait été membre fondateur de l’agence de développement de l’UA NEPAD (aujourd’hui AUDA), son engagement est resté modeste, malgré le fait qu’elle disposait de ressources matérielles considérables jusqu’à il y a quelques années.

    A partir de 2013, l’engagement de l’Algérie en Afrique a été entravé par les graves problèmes de santé de Bouteflika, qui ont mis fin à sa diplomatie itinérante. Pourtant, même avant cela, le président algérien avait montré un intérêt décroissant pour l’Afrique, bien qu’il ait appartenu il y a des décennies aux architectes de la première politique étrangère de l’Algérie et de son soutien aux mouvements anticoloniaux.

    Son successeur Abdelmadjid Tebboune, en poste depuis décembre 2019, a annoncé le « retour en Afrique » de l’Algérie lors de son premier sommet de l’UA en février 2020. Si cela est probablement motivé par une volonté de ne pas laisser entièrement le terrain au Maroc, les défis sécuritaires extérieurs conduisent également Alger. regarder vers le sud : instabilité au Mali, chaos en Libye, pression migratoire sur ses frontières sud, et présence militaire européenne et américaine au Sahel. Ce dernier Alger observe avec méfiance.

    Cependant, une stratégie africaine profilée comparable à celle du Maroc n’est actuellement pas observable. Et les perspectives d’une émergence ne sont pas particulièrement bonnes. Les décideurs algériens sont préoccupés par d’importants défis internes et économiques – pour lesquels ils n’ont pas été en mesure à ce jour de présenter des stratégies.

    La Tunisie cherche à rattraper son retard

    La Tunisie observe de plus en plus attentivement et avec envie la politique africaine du Maroc. Dans les ministères et les milieux d’affaires, on entend que la Tunisie pourrait en effet offrir une expertise comparable ou meilleure, par exemple dans les secteurs de l’informatique, de la promotion immobilière et bancaire, dans la planification technique des grands projets d’infrastructure et dans les services de santé et d’éducation.

    Après une bonne vingtaine d’années où l’Afrique subsaharienne a joué un rôle marginal, la Tunisie sort progressivement de son sommeil. Après la chute du régime de Ben Ali en 2011, le gouvernement de transition a tenté de relancer l’engagement diplomatique africain de l’époque du président Habib Bourguiba (1957-1987). Mais ce fut un bref épisode de peu d’importance stratégique. Par exemple, Tunis n’a pas pu empêcher la décision de la Banque africaine de développement en 2013 de déplacer son siège à Abidjan .

    La Tunisie a néanmoins progressivement élargi son engagement en Afrique subsaharienne, comme en témoigne son adhésion à la CEDEAO en 2017 en tant qu’observateur, et son adhésion au Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) en 2018. En 2017, le Premier ministre de l’époque, Youssef Chahed, s’est rendu au Niger, au Mali et au Burkina Faso. Le nouveau Premier ministre nommé à l’automne 2020, Hichem Mechichi, a annoncé qu’il allait intensifier la diplomatie économique en Afrique. Le président du pays, Kaïs Saïed, n’a jusqu’à présent manifesté qu’un intérêt limité pour l’Afrique subsaharienne.

    Jusqu’à présent, c’est le secteur privé qui insiste le plus pour une orientation plus claire sur l’Afrique, en premier lieu le Conseil des Affaires Tunisie-Afrique (TABC). Elle établit des contacts, organise des conférences et milite pour les réformes juridiques et administratives nécessaires pour encourager les investissements et les exportations. Compte tenu des problèmes fondamentaux de la jeune démocratie – prise de décision lente, parlement débordé et manque de continuité politique – il s’agit inévitablement d’un processus de longue haleine.

    Jeu de pouvoir institutionnel

    La confiance du Maroc, la défense par l’Algérie de son héritage et le regain d’intérêt de la Tunisie se reflètent également au sein des institutions et organisations africaines. La disparition du dictateur libyen Kadhafi en 2011 a fait de l’Algérie le poids lourd incontesté du Maghreb au sein de l’UA. Mais le Maroc contribue désormais au moins autant financièrement et attend des positions et une influence pertinentes dans les organes de l’UA.

    Pendant près de deux décennies, un Algérien a occupé le poste de commissaire de l’UA à la paix et à la sécurité, qui supervise également le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA. Le Maroc a rejoint le CPS en 2018 et a occupé sa présidence tournante en 2019. Là où Rabat est représenté dans les organes de l’UA, il y a souvent des conflits sur des formulations qui (pourraient potentiellement) se rapporter au conflit du Sahara occidental, et sur la présence de la République sahraouie en tant que membre de l’UA. Si le Maroc n’a pas réussi à ce jour à exclure le Polisario de l’UA, les fronts se sont durcis. Des pays influents comme l’Afrique du Sud maintiennent leur soutien sans équivoque au Polisario, mais treize membres de l’UA soutiennent explicitement la revendication du Maroc sur le Sahara occidental, ayant ouvert des consulats dans la partie occupée par le Maroc depuis 2019.

    L’Algérie abrite une importante institution de l’UA, le Centre africain d’études et de recherches sur le terrorisme (CAERT). Le Maroc et la Tunisie ont désormais le leur : l’Observatoire africain des migrations fondé en 2018 est basé à Rabat, l’Institut de statistique de l’UA à Tunis. En 2020, le Maroc a également remporté une victoire mineure en ce qui concerne la représentation africaine aux Nations Unies, en assurant la présidence de la mission indépendante d’établissement des faits du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies sur la Libye. Le candidat algérien au poste de représentant spécial de l’ONU en Libye a apparemment été rejeté par Washington. Cet exemple illustre comment l’influence des États maghrébins en Afrique fonctionne parfois de manière oblique et/ou repose sur des appuis extérieurs.

    Se bousculer sur les alliances de sécurité

    Les effets négatifs de la rivalité algéro-marocaine sont particulièrement évidents dans le domaine de la sécurité. L’Algérie a été l’une des forces motrices de l’Architecture africaine de paix et de sécurité (APSA) à travers son engagement au Conseil de paix et de sécurité de l’UA et au CAERT. Mais malgré les défis de sécurité partagés et urgents dans la région du Sahel/Sahara, aucune des initiatives de sécurité multilatérales n’inclut les trois États du Maghreb – à part une implication lâche dans le Partenariat transsaharien de lutte contre le terrorisme de Washington. Au lieu de cela, l’Algérie et le Maroc tentent chacun de faire leur propre marque.

    En 2010, Alger a mis en place un Comité mixte d’état-major (CEMOC) à Tamanrasset pour lutter contre le terrorisme au Sahel avec le Mali, la Mauritanie et le Niger et développer leurs capacités sécuritaires. Le Maroc et la Tunisie participent à la Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-SAD), fondée par Kadhafi et qui a également une dimension sécuritaire. Mais ni la CEN-SAD ni la CEMOC ne jouent un rôle significatif au Sahel. Les initiatives impliquant également des acteurs internationaux, comme le G5-Sahel, sont plus visibles.

    Bien que l’Algérie ait obtenu des succès dans le domaine de la résolution des conflits, par exemple avec l’ Accord d’Alger pour le Mali en 2015, le Maroc s’est battu pour ce rôle. Par exemple, l’Accord politique libyen établissant un gouvernement soutenu par l’ONU a été signé à Skhirat, au Maroc, en 2015. À l’automne 2020, les parties au conflit libyen ont à nouveau négocié au Maroc, puis en Tunisie – bien que l’Algérie ait offert à plusieurs reprises ses services en tant que médiateur et profite de la confiance des parties importantes au conflit. Ce que l’on constate encore une fois, c’est la forte capacité stratégique et de mise en œuvre de la monarchie marocaine. Même au Mali, où l’Algérie espérait se positionner rapidement comme médiateur après le coup d’État d’août 2020, le Maroc est vite arrivé pour proposer ses services.

    La Tunisie cherche à se démarquer principalement dans le maintien de la paix. En 2019, la plus petite nation du Maghreb a participé à cinq missions de l’ONU en Afrique subsaharienne, dont la MINUSMA au Mali. Le Maroc a été impliqué dans trois missions en 2019, dans deux cas avec des contingents importants. En novembre 2020, l’Algérie a adopté un amendement constitutionnel autorisant ses forces armées à participer aux opérations internationales de maintien de la paix – dont la plupart se déroulent en Afrique. Cela pourrait déclencher une course au maintien de la paix au Maghreb, avec des effets potentiellement positifs.

    Concurrence économique inégale

    Le secteur où l’Algérie et la Tunisie ont le plus de retard à rattraper est l’économie. Casablanca est en volume le plus grand centre financier du continent et le Maroc a une longueur d’avance dans le commerce et l’investissement en Afrique subsaharienne (voir Figure).

    Entre 2005 et 2019, les exportations du Maroc ont quadruplé et celles de la Tunisie ont plus que doublé. Les deux ont d’importants excédents commerciaux avec l’Afrique subsaharienne. L’Algérie, quant à elle, importe beaucoup plus d’Afrique subsaharienne qu’elle n’y exporte. Son volume d’exportation est cependant en nette augmentation depuis quelques années et ses importations en provenance d’Afrique australe se sont envolées. Cela indique des relations commerciales croissantes avec certaines économies subsahariennes.

    La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) lancée en 2019 comprend les trois États du Maghreb. Il est conçu pour entrer en vigueur progressivement, et il est initialement peu probable qu’il modifie le déséquilibre vers le Maroc. La Tunisie et l’Algérie n’ont pas (encore) de stratégie économique pour l’Afrique subsaharienne. Les autres obstacles sont le contrôle des changes et l’absence d’accords de double imposition. L’Algérie souffre également d’un manque de diversification de son secteur d’exportation et de services non compétitifs ; il reste à voir si les idées du gouvernement telles que l’offre de services de son secteur de la construction publique aux États d’Afrique subsaharienne seront mises en œuvre et trouveront une demande. La Tunisie a pour sa part pris des premières mesures concrètes, comme l’ouverture de deux nouvelles ambassades et quatre bureaux commerciaux en Afrique.

    La connectivité est la clé

    L’Algérie et la Tunisie ont toutes deux reconnu que la réussite économique du Maroc en Afrique subsaharienne a été stimulée par une politique de connectivité tournée vers l’avenir. En réponse, la Tunisie a établi de nouvelles routes aériennes vers l’Afrique subsaharienne et l’Algérie a ouvert un poste frontière vers la Mauritanie. Alger a salué ce dernier comme une étape vers l’intensification de la coopération avec l’Afrique de l’Ouest dans son ensemble. En 2020, l’Algérie a également achevé sa section de l’autoroute transsaharienne, qui devrait à terme atteindre le Nigéria ; La Tunisie est également connectée. Que cette route – si son tronçon sahélien soit achevé un jour – puisse devenir une artère de transport majeure dépendra de manière cruciale de la stabilité et de la sécurité dans la région du Sahel/Sahara.

    Les liaisons de transport du Maroc vers l’Afrique subsaharienne devraient rester inégalées à long terme, ne serait-ce qu’en raison de la situation géographique du pays. Casablanca est de loin le plus grand hub aérien du Maghreb et Tanger Med s’est imposé comme le plus grand port d’Afrique en termes de volumes de transport de conteneurs, bénéficiant de sa situation à la jonction de l’Atlantique et de la Méditerranée. Les routes maritimes de l’Algérie à l’Afrique subsaharienne sont longues, de la Tunisie encore plus longues. La Tunisie souffre d’un inconvénient supplémentaire dans la mesure où toutes ses routes terrestres passent par le territoire libyen ou algérien, rendant les exportations dangereuses ou dépendantes de la coopération algérienne. Pour la capacité d’exportation de la Tunisie vers le sud, il sera vital de développer le transport aérien – et ses ports, malgré les routes maritimes relativement longues. Encore,

    Des rivalités existent également en matière d’infrastructures énergétiques. Les plans d’un gazoduc transsaharien du Nigeria à l’Algérie existent depuis des décennies. Un accord pour un gazoduc du Nigeria via le Maroc vers l’Espagne signé en 2016 semble avoir de meilleures perspectives de réalisation.

    L’avancement de ces projets d’infrastructure dépend notamment du soutien d’États non africains. La Chine est particulièrement en vue et réfléchit de manière perceptible à une coopération trilatérale avec l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne. A ce titre, il influence la compétition maghrébine pour le rôle de « porte d’entrée vers l’Afrique ». A ce jour, l’Algérie est le soi-disant « partenaire stratégique global » de Pékin au Maghreb. Mais plus récemment, la Chine s’est de plus en plus tournée vers le Maroc, par exemple en tant que base de fabrication et d’exportation automobile pour l’Afrique dans son ensemble. La Russie, en tant que partenaire traditionnel de l’Algérie, s’intéresse également au Maroc pour une coopération trilatérale avec l’Afrique subsaharienne.

    Gagner les cœurs et les esprits

    Les tentatives tunisiennes et algériennes de suivre le Maroc dans le domaine du soft power sont encore modestes, comme en témoigne leur communication externe. L’Algérie n’a pas pu capitaliser fortement sur l’allègement de la dette d’environ trois milliards de dollars US pour quatorze États africains entre 2013 et 2018. En revanche, Rabat a réussi à générer une visibilité internationale pour ses livraisons d’équipements de protection « made in Morocco L’Afrique subsaharienne pendant la première vague de la pandémie de Covid-19.

    Dans le fond comme dans la représentation, la stratégie sub-saharienne du Maroc poursuit également une approche nettement plus sophistiquée. Tout d’abord, beaucoup plus de recherches sur l’Afrique sont menées au Maroc. Le roi Hassan II a fondé un Institut d’études africaines en 1987 ; depuis lors, un nombre croissant de groupes de réflexion marocains ont vu le jour pour travailler sur l’Afrique subsaharienne et le rôle du Maroc dans ce pays.

    La stratégie se traduit également par des politiques concrètes. Dans la politique de développement , par exemple, Rabat a une orientation Sud-Sud bien établie englobant l’aide au développement classique comme les projets d’eau. L’Algérie tente de rattraper son retard : au printemps 2020, le président Tebboune a annoncé la création d’une agence de développement pour l’Afrique. L’Agence tunisienne de coopération technique (ATCT) couvre actuellement l’Afrique avec un seul bureau en Mauritanie, mais s’appuie de plus en plus sur un soutien extérieur pour ses activités africaines, par exemple de la Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) allemande et de l’Agence turque de coopération et de coordination. (TİKA).

    La politique éducative du Maroc est également sans égal. En 2019, il a accueilli plus de 17 000 étudiants d’Afrique subsaharienne, dont environ la moitié ont reçu des bourses marocaines. L’Algérie a ouvert un institut de l’Université panafricaine (PAU) en 2014 avec le soutien de l’Allemagne, bien que son nombre d’étudiants soit relativement faible. Les chiffres complets pour les étudiants africains dans le pays ne sont pas disponibles. En Tunisie, le nombre d’étudiants des pays africains a presque diminué de moitié, passant de 12.000 (2010) à 6.500 (2018)

    En diplomatie religieuse aussi , le Maroc est incontesté. Rabat forme des imams d’une dizaine d’Etats africains et recourt fréquemment à ses ordres soufis pour ouvrir des portes. Cela s’applique particulièrement à la Tijaniyya, qui compte des millions d’adhérents en Afrique de l’Ouest. Les dirigeants de la Tijaniyya marocaine ont accompagné les délégations du roi et des entreprises en Afrique subsaharienne, et lorsque le ministre marocain des Affaires étrangères s’est rendu au Mali après le coup d’État de 2020, il a également rencontré le chef local de l’ordre. Alors que la tombe du fondateur à Fès, au Maroc, est devenue un lieu de pèlerinage pour les croyants de toute l’Afrique subsaharienne, Alger n’a pas réussi à générer un capital symbolique à partir de sa ville natale en Algérie.

    Enfin et surtout, le Maroc a dominé les autres États du Maghreb avec sa politique migratoire . Depuis 2014, elle a accordé des permis de séjour temporaires à des dizaines de milliers de migrants irréguliers d’Afrique subsaharienne, leur permettant d’accéder au marché du travail et aux systèmes de santé et d’éducation. Même si cette politique semble plus convaincante sur le papier que sur le terrain, elle a valu au Maroc une bonne volonté en Afrique subsaharienne et une meilleure visibilité que l’Algérie et la Tunisie. Bien que la Tunisie ait franchi une étape importante en 2018 en tant que premier pays arabe à adopter une législation contre le racisme, ses mesures, comme celles de l’Algérie, manquent souvent de visibilité. Le Maroc vend tout simplement ce qu’il fait de mieux, tant au pays qu’à l’étranger.

    Les limites de la politique africaine

    Au-delà de la concurrence entre eux, les ambitions africaines des États maghrébins se heurtent à des contraintes :

    Premièrement, les politiques africaines des gouvernements respectifs ne sont pas soutenues par leurs sociétés, qui se tournent généralement davantage vers l’Europe et le monde arabe. La politique africaine du Maroc est le cheval de bataille du roi mais trouve peu de résonance parmi les partis politiques. Les acteurs de la société civile se plaignent que les grandes entreprises liées à la monarchie profitent le plus alors que les effets de retombée sont absents. En Algérie aussi, l’indifférence à l’égard de l’Afrique subsaharienne prédomine, la politique africaine dépendant d’une poignée d’élites du mouvement indépendantiste, de quelques acteurs de la société civile et de quelques entrepreneurs visionnaires. Le virage de la Tunisie vers le Sud est propagé principalement par des élites dynamiques du secteur privé.

    A l’autre bout de l’équation, les ambitions maghrébines se heurtent également à des résistances de la part des gouvernements et des populations d’Afrique subsaharienne. Le racisme répandu au Maghreb – mis en lumière par la migration croissante en provenance d’Afrique subsaharienne – joue un rôle. Les Africains subsahariens sont fréquemment victimes de discrimination et de violence, y compris de la part des autorités. Depuis 2018, le Mali et le Niger connaissent des manifestations récurrentes contre la politique d’expulsion impitoyable de l’Algérie. Les États maghrébins risquent d’acquérir une réputation d’exécutants des politiques européennes contre la migration irrégulière.

    Rabat a connu les limites de sa politique africaine depuis 2017, les États d’Afrique de l’Ouest refusant d’adhérer à la CEDEAO en raison des inquiétudes concernant la domination économique – et générale – du Maroc. Dans toute l’Afrique subsaharienne, il existe des doutes fondamentaux quant à la volonté des États du Maghreb de s’intégrer pleinement – ​​et d’être prêts à renoncer à un statut spécial, par exemple dans les relations commerciales avec l’Europe. Un seul Marocain a été officiellement classé dans le bassin des candidats à l’élection des nouveaux commissaires de l’UA en 2021 (avec peu de chances de succès) et aucun Algérien ou Tunisien ne s’est pré-qualifié. Un facteur ici peut être les réserves de nombreux membres de l’UA sur les États du Maghreb.

    Néanmoins, les Etats maghrébins devraient profiter de la volonté croissante de trouver des solutions africaines pour l’Afrique. À la lumière des fermetures et des perturbations des transports associées à la pandémie de Covid-19, des voix en Afrique demandent de plus en plus la mise en place de chaînes d’approvisionnement purement continentales pour réduire la dépendance vis-à-vis des acteurs externes. Le Maroc semble surtout déterminé à assumer un rôle central et à ne pas simplement laisser les marchés attractifs de l’Afrique subsaharienne à des acteurs extérieurs comme la Chine, la Russie, la Turquie, le Golfe et les États européens.

    Union européenne : promouvoir les dynamiques positives

    La politique de l’UE à l’égard du Maghreb s’est jusqu’à présent principalement déroulée dans le cadre de ses politiques de voisinage et de la Méditerranée. Les États de l’UE, y compris l’Allemagne, coopèrent également étroitement avec les États du Maghreb. L’intérêt croissant pour l’Afrique subsaharienne tant au Maghreb qu’en Europe ouvre de nouvelles perspectives pour toutes les parties. Leur réalisation exigera des acteurs économiques et politiques allemands et européens qu’ils conceptualisent plus fortement leurs politiques en termes d’ensemble du continent, et en particulier d’intégration continentale. Ils ne doivent pas considérer l’intérêt du Maghreb en Afrique comme étant en concurrence avec son intérêt en Europe ou avec le propre intérêt de l’Europe en Afrique. Les points de départ appropriés incluent le cadre du Pacte du G20 avec l’Afrique (CwA).

    A moyen terme, l’intégration africaine pourrait fonctionner comme le moteur du processus d’intégration maghrébine que l’UE cherche à favoriser, à ce jour sans succès. Une intégration (économique) réussie en Afrique pourrait également servir à stabiliser le Maghreb, ce qui serait clairement dans l’intérêt de l’UE.

    Pour l’UE, soutenir de telles évolutions prometteuses implique tout d’abord de se concentrer davantage sur la coopération économique et au développement trilatérale. Concrètement, cela pourrait signifier employer et apprendre de l’expertise maghrébine, par exemple dans des partenariats économiques allemands et européens et des projets de développement avec l’Afrique subsaharienne. Ici, le Maghreb peut aider à construire ou à élargir des ponts financiers et technologiques entre l’Europe et l’Afrique.

    Il est donc évident, deuxièmement, pour les exportateurs expérimentés comme l’Allemagne pour offrir une expertise technique aux deux « retardataires » sur des questions telles que le développement de stratégies et l’expansion de l’infrastructure pour l’exportation de marchandises produites localement vers l’Afrique. Cela profiterait également aux industriels allemands et européens produisant au Maghreb en ouvrant des marchés comprenant environ un milliard de consommateurs. Un projet correspondant pour les petites et moyennes entreprises tunisiennes est déjà en cours, avec un financement du ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement. La coopération trilatérale peut aussi signifier la création conjointe des conditions préalables au positionnement de la Tunisie en tant que hub informatique et centre de formation en santé pour l’Afrique ; dans les deux domaines, le pays est un leader sur le continent. C’est aussi un moment opportun pour offrir à l’Algérie un soutien à l’exportation de biens et de savoir-faire : Alger s’intéresse actuellement à la diversification des exportations et à la correction de son déficit commercial avec l’Afrique. Le gouvernement subit une forte pression pour produire des résultats.

    Troisièmement , les acteurs européens doivent s’efforcer de minimiser les effets négatifs potentiels (secondaires) des politiques européennes au Maghreb. La gestion des migrations doit prendre en considération la réputation des États du Maghreb, qui est étroitement liée au traitement des migrants d’Afrique subsaharienne. Il faut également s’assurer que les politiques de gestion des frontières que l’Europe pousse en Afrique n’interfèrent pas avec l’intégration africaine. L’Europe devrait également prendre au sérieux les efforts de l’Afrique pour développer la ZLECAf : les négociations sur les accords de libre-échange bilatéraux avec le Maroc et la Tunisie devraient tenir compte des conséquences possibles pour l’intégration africaine.

    Quatrièmement, il est important de contrer la pensée maghrébine à somme nulle. Plutôt que de soutenir la politique africaine du Maroc, de l’Algérie ou de la Tunisie, l’UE devrait soutenir les éléments constructifs de chacun. Cela vaut également pour l’engagement des États du Maghreb pour la paix et la sécurité en Afrique subsaharienne. Concernant le Sahara occidental, l’Europe doit continuer à soutenir la ligne de l’ONU et ne pas souscrire à des initiatives unilatérales françaises ou espagnoles.

    Il y a beaucoup à gagner sur le plan géopolitique si l’Europe s’affirme comme un partisan fiable du rapprochement entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne et s’engage dans une coopération triangulaire. Cela ralentirait la croissance des ouvertures pour d’autres acteurs externes tels que la Chine, l’Inde, la Turquie et les États du Golfe et renforcerait l’axe euro-africain.

    Dr. Isabelle Werenfels est Senior Fellow dans la division Moyen-Orient et Afrique.

    © Stiftung Wissenschaft und Politik, 2020

    Tous les droits sont réservés

    Ce commentaire reflète les opinions de l’auteur.

    Source : Institut allemand des affaires internationales et de sécurité, 19/11/2020

    Etiquettes : Maroc, Algérie, Tunisie, Union Européenne, UE, Afrique, Afrique Subsaharienne,

  • La place économique et commerciale de l’Algérie en Afrique

    Colloque sur la place économique et commerciale de l’Algérie en Afrique : Des opportunités oui, mais…

    Les opportunités d’affaires, les investissements et les échanges commerciaux entre les différents pays du continent africain, étaient au menu d’un débat de fond, hier à Alger, organisé sous la bannière de la Confédération générale des finances (CGA), et à laquelle plusieurs diplomates, hommes d’affaires et expert économistes ont pris part.

    Abordant les différents aspects du développement économique en Afrique, dans une conjoncture particulière marquée par la pandémie de la Covid-19, les participants à la 17ème édition du colloque annuel de la CGA, tenue hier, au niveau du club de Tennis de Ben Aknoun (Alger), ont tour à tour évoqué tant les opportunités d’affaires offertes que les difficultés rencontrées sur le terrain.

    Les ambassadeurs du Nigéria et du Sénégal, MM. Mohammed AbdullahiMabdul et Serine Dieye, qui ont animé le premier panel, ont tous les deux exposé les possibilités d’investissement tant dans leurs pays respectifs que dans d’autres pays de la région. Louant les énormes potentialités du continent africain, ainsi que les facilités accordées aux investisseurs étrangers, ils n’ont pas manqué d’inviter les Algériens à s’y investir.

    Il est évident que des difficultés subsistent encore, notamment au niveau des moyens de communication, les services financiers ou encore en matière de juridiction, mais les intervenants estimaient qu’avec l’entrée en vigueur de l’accord sur la Zlecaf, un développement substantiel est attendus à l’avenir.

    Les experts ayant eu à intervenir par la suite se sont attelé à présenter les possibilités offertes à travers l’ensemble du continent africain, estimant au passage que beaucoup reste toutefois à faire pour l’Algérie qui «doit revoir sa réglementation et miser sur les privés qui doivent désormais constituer la locomotive des investissements à l’étranger et particulièrement en Afrique».

    En ce sens, Me Karim Mahmoudi, président de la CGF, estime que contrairement aux ressortissants d’autres pays comme le Maroc, la Tunisie ou encore l’Egypte, les Algériens sont moins présents dans le continent africain.

    A cette occasion, des expériences pratiques et des analyses ont été exposée aux présents, notamment par Fayçal Senator, président de New Dealet ancien cadre supérieur à la banque d’Algérie ; Nasr Eddine Lezzar, Avocat d’affaires et expert en arbitrage commercial, Algérie, ainsi que Brahim Guendouzi, professeur en sciences économiques à l’université de Tizi Ouzou. Les trois intervenants ont, chacun de son côté, présenté des cas pratiques et proposé des solutions qui permettraient à l’Algérie d’occuper une bonne place dans l’investissement en Afrique. «Une perspective possible, à condition que les conditions soient réunies», s’accordent-ils à dire.

    L. K.

    Ecotimes, 15/07/2021

    Etiquettes : Algérie, Afrique, commerce, investissement, économie,