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  • Pegasus: Des noms d’Algériens espionnés par le Maroc

    « Projet Pegasus »: Voici les noms d’Algériens espionnés par le Maroc

    Selon les données consultées par Forbidden Stories et « Le Monde », Rabat est l’un des plus gros utilisateurs du logiciel espion Pegasus, au détriment du pouvoir algérien.

    Plus de 6 000 numéros sélectionnés par le Maroc

    Dans ce pays, plus de 6 000 numéros de téléphone appartenant a des responsables politiques, des militaires, des chefs des services de renseignement, des hauts fonctionnaires, des diplomates étrangers en poste ou des militants politiques ont été sélectionnés comme cibles potentielles du logiciel espion Pegasus par le client marocain de l’entreprise israélienne NSO.

    Selon les données partagées par l’organisation Forbidden Stories et Amnesty International au Monde, le Maroc est un gros utilisateur du logiciel et ces 6 000 numéros constituent une cohorte importante, au regard des 50 000 coordonnées téléphoniques sélectionnées dans le monde, entre 2017 et 2019.

    Dans cette liste des numéros infectés, on y trouve ceux présumés de Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’ANP décédé en décembre 2019, du chef de la DGSI (services intérieurs), le général Wassini Bouaza, les frères et sœur de Abdelaziz Bouteflika : Saïd, Nacer et Zhor.

    D’autres personnalités politiques ont été sélectionnées par les services marocains : Ramtane Lamamra, l’actuel chef de la diplomatie algérienne, Abdelkader Messahel, Nourredine Bedoui ainsi que Noureddine Ayadi, qui a occupé successivement les postes de secrétaire général du ministère des Affaires étrangères puis de directeur de cabinet de la Présidence de la République, selon le Monde.

    L’ancien patron du Forum des Chefs d’Entreprise (FCE), Ali Haddad, (actuellement en détention), et l’adjudant Guermit Bounouira, secrétaire particulier de Gaid Salah, selon la même source.

    Le royaume chérifien s’est également intéressé a des journalistes et a des personnalités politiques comme Abdelaziz Rahabi et Zoubida Assoul, selon la même source.

    Dans cette opération de surveillance, le Maroc ne s’est pas limité au territoire algérien. Les numéros présumés de citoyens algériens, diplomates pour la plupart, ont été visés au moins en Afrique du Sud, en Angola, en Belgique, au Burkina Faso, au Canada, en Côte d’Ivoire, aux Emirats arabes unis, en Egypte, en Espagne, en Ethiopie, en Finlande, en Indonésie, en Iran, au Kenya, en Mauritanie, au Maroc, en Namibie, au Niger, au Nigeria, en Ouganda, en République tchèque, au Rwanda, au Sénégal, en Suède, en Suisse, en Syrie, en Tunisie, en Turquie et au Zimbabwe.

    En France, l’opérateur de Pegasus s’est sans surprise intéressé a l’ambassade d’Algérie et au numéro de l’ambassadeur d’Algérie, Abdelkader Mesdoua, ou a celui attribué au colonel Karim Hadj Sadok, l’attaché militaire.

    Echourouk online, 22/07/2021

    Etiquettes : Algérie, Maroc, Espionnage, logiciels espions, NSO Group,

  • The Guardian à propos du scandale Pegasus

    Le projet Pegasus : pourquoi des enquêtes comme celle-ci sont au cœur de la mission du Guardian

    Katharine Viner, rédactrice en chef du Guardian, revient sur notre récente enquête sur NSO Group, qui vend des logiciels espions utilisés par les gouvernements du monde entier, et explique pourquoi ce type de journalisme est si vital.

    Katharine Viner

    Lorsque le responsable des enquêtes du Guardian, Paul Lewis, m’a parlé pour la première fois d’une énorme fuite de données suggérant que des régimes autoritaires utilisaient peut-être des logiciels de piratage de smartphones pour cibler des activistes, des politiciens et des journalistes, le pire est peut-être que je n’ai pas été particulièrement surprise.

    Plus nous en apprenons sur la surveillance mondiale, depuis les révélations de Snowden du Guardian en 2013, plus le monde s’est habitué à l’idée que les gouvernements, démocratiques ou non, sont vivement intéressés par l’utilisation de la technologie et des téléphones dans nos poches pour nous surveiller.

    Les révélations de cette semaine, faites par le Guardian et 16 autres organisations médiatiques travaillant avec Forbidden Stories, une organisation médiatique à but non lucratif basée à Paris, illustrent la manière inquiétante dont les journalistes, les défenseurs des droits de l’homme, les hommes politiques et d’autres personnes peuvent être ciblés à l’aide de logiciels d’espionnage, ou « spyware ».

    L’outil de piratage de téléphone, Pegasus, peut recueillir des données, enregistrer des vidéos à l’aide de la caméra d’un téléphone, activer le microphone en secret, prendre des captures d’écran et des informations de localisation, le tout à l’insu de son propriétaire. Un téléphone peut être infecté sans même que son propriétaire ne clique sur un appel ou un message entrant.

    NSO vend son logiciel à 40 gouvernements dans le monde (elle ne précise pas lesquels), et affirme que son objectif est de les aider à enquêter sur les terroristes et les criminels. Mais la fuite d’une liste de dizaines de milliers de numéros, dont beaucoup appartiennent à des personnes n’ayant aucun lien apparent avec la criminalité, et les analyses médico-légales effectuées sur certains de leurs téléphones, suggèrent que certains gouvernements espionnent les militants pro-démocratie, les journalistes enquêtant sur la corruption et les opposants politiques.

    Les enquêtes de ce type sont lourdes sur le plan juridique et complexes sur le plan technique. Elles impliquent des dizaines de journalistes, d’experts en informatique et de juristes d’entreprise répartis sur plusieurs sites. Les personnes faisant l’objet d’une enquête sont souvent très secrètes et disposent de ressources financières et technologiques considérables. Elles ne veulent pas de l’examen minutieux auquel les journalistes courageux les soumettent. Il peut être très risqué de publier des choses que les puissants ne veulent pas voir publiées.

    Et pourtant, pour le Guardian, de telles enquêtes sont au cœur de notre mission. Grâce à notre indépendance, nous sommes en mesure d’enquêter avec audace, en faisant passer la vérité avant l’agenda d’un propriétaire, d’investisseurs ou d’actionnaires. Et comme nous sommes financés par les lecteurs, nous avons pu maintenir notre journalisme ouvert à tous, de sorte que lorsque des histoires importantes comme celle-ci se présentent, tout le monde peut les lire.

    Depuis les révélations de Snowden jusqu’à notre examen permanent des grandes technologies, le Guardian s’efforce depuis longtemps d’exposer la façon dont la technologie peut être détournée pour porter atteinte à la démocratie et aux droits de l’homme.

    Si vous appréciez cette mission, n’hésitez pas à nous rejoindre aujourd’hui. Votre soutien permettra à nos journalistes de continuer à examiner de près les gouvernements et autres acteurs qui exploitent la technologie au mépris des droits de l’homme.

    The Guardian, 23/07/2021

    Etiquettes : Pegasus, espionnage, logiciels espions, NSO Group,

  • Maroc : El Hammouchi, le pilier du système répressif marocain

    Le site d’informations français Mediapart a consacré, jeudi dernier, un article sur le patron du renseignement intérieur et extérieur du Maroc, Abdellatif Hammouchi, l’artisan de la dernière dérive marocaine liée à l’affaire du logiciel espion israélien «Pegasus», et dans lequel le journal retrace comment la monarchie a bâti au fil du temps un système répressif pour museler la société grâce à la cybersurveillance dont il use et abuse.

    Le plus grand scandale d’espionnage depuis l’affaire «Snowden» sort de l’ombre Abdellatif Hammouchi, le premier homme dans l’histoire du royaume à cumuler la direction de la sûreté nationale et la Direction générale de la surveillance du territoire. «Il est l’artisan de la dérive sécuritaire et autoritaire du Maroc», déclare un diplomate français cité par Médiapart.

    La monarchie marocaine est, selon le journal en ligne, «un régime autoritaire qui a bâti au fil des décennies un système répressif pour avoir des yeux et des oreilles absolument partout, dans chacune des strates de la société (..). Un système dont l’un des rouages essentiels aujourd’hui repose sur la cybersurveillance, grâce notamment à Abdellatif Hammouchi». Le journal rappelle dans l’article que plusieurs personnalités publiques de premier plan, françaises et étrangères, dont le président Emmanuel Macron ainsi que plusieurs ministres, apparaissent directement ciblés par les services de sécurité marocains, rattachés au pouvoir royal, notamment le renseignement extérieur. «C’est la police politique qui gouverne au Maroc, l’atmosphère est irrespirable, confiait auprès de Mediapart et L’Humanité l’intellectuel marocain Maâti Monjib, harcelé et surveillé par le pouvoir marocain. L’historien décrivait «un régime fondé sur le cynisme politique et la calomnie», grâce à l’œuvre d’un serviteur discret de l’Etat en particulier, Abdellatif Hammouchi : «les services de renseignement disposent de dossiers sur toutes les personnalités publiques. La moindre dissension vous expose, sur le champ, à la diffamation. Même des ministres pro-régime, au plus haut niveau, sont parfois diffamés. Quiconque fait un pas de côté s’expose aux foudres du Palais et au dénigrement des médias de diffamation».

    Parmi les hantises et obsessions du Maroc : la crainte que le peuple marocain, qui étouffe dans un royaume d’inégalités, se soulève, d’après la source. Natif de Taza au nord-est du pays, Abdellatif Hammouchi, 55 ans, est cité notamment dans la brouille diplomatique inédite entre Paris et Rabat, de 2014 à 2015. A l’époque, la justice française instruit trois plaintes déposées contre ce haut personnage de l’Etat marocain pour «torture» et «complicité de torture».
    Le 20 février 2014, alors qu’il est de passage à Paris, une magistrate parisienne le convoque et envoie des policiers au domicile de l’ambassadeur du Maroc à Neuilly l’interroger.

    Du jour au lendemain, le Maroc met fin à toute coopération judiciaire et sécuritaire avec la France, notamment en matière d’échanges de renseignements. Au bout d’un an, les deux pays scellent la réconciliation.

    Selon l’enquête du consortium réuni autour de Forbidden Stories et d’Amnesty International, Rabat a abusé du logiciel Pegasus pour espionner des pays rivaux.

    El Moudjahid, 24/07/2021

    Etiquettes : Maroc, Abdellatif El Hammouchi, Pegasus, espionnage, logiciels espions,

  • Présentation de l’affaire Pegasus par The Washington Post

    Le projet Pegasus – Une enquête mondiale
    Lettre de l’éditeur
    Par Sally Buzbee

    Cher lecteur,

    Aujourd’hui, le Washington Post se joint à des organismes de presse du monde entier pour vous faire part d’un sujet important. La surveillance numérique est omniprésente dans notre société, et les nouvelles technologies offrent plus que jamais le pouvoir de suivre chaque aspect de notre vie quotidienne. Le risque d’abus n’a jamais été aussi grand. Dans la plupart des pays, il n’existe pas de règles ou de normes efficaces limitant les entreprises privées qui vendent des technologies de surveillance aux gouvernements ou autres.

    C’est pourquoi nous avons consacré des ressources extraordinaires pour rejoindre le projet Pegasus.

    Le projet a été conçu par Forbidden Stories, une association de journalisme à but non lucratif basée à Paris, qui, avec Amnesty International, un groupe de défense des droits de l’homme, a eu accès à des documents qui ont servi de base à notre reportage : une liste de plus de 50 000 numéros de téléphone portable concentrés dans des pays connus pour surveiller leurs citoyens et également connus pour avoir été clients de NSO Group, une entreprise privée israélienne qui est un leader mondial dans le domaine de la surveillance privée. NSO est le développeur de Pegasus, un puissant outil d’espionnage, et affirme avoir 60 agences gouvernementales clientes dans 40 pays, qu’elle ne nommera pas. La société affirme qu’elle n’accorde de licences pour son logiciel qu’à des gouvernements contrôlés et que Pegasus est destiné à cibler les criminels – trafiquants de drogue, terroristes, pédophiles – et non les citoyens ordinaires.

    NSO affirme qu’elle n’exploite pas les logiciels dont elle concède la licence. Elle maintient qu’elle suit les normes éthiques les plus strictes et surveille ses clients en matière de violations des droits de l’homme. Néanmoins, le Pegasus Project a examiné les numéros figurant sur la liste pour identifier des dizaines de smartphones appartenant à des journalistes, des militants des droits de l’homme et d’autres personnes qui ont été infectés ou soumis à des tentatives de pénétration par le logiciel de NSO. Bien que l’objectif de la liste n’ait pu être déterminé de manière concluante, il s’agit d’un document fascinant. Sur les plus de 1 000 identités qui ont pu être confirmées, on compte au moins 85 militants des droits de l’homme, 65 chefs d’entreprise, plusieurs membres de familles royales arabes, 189 journalistes et 600 fonctionnaires et hommes politiques, répartis dans plus de 50 pays. Parmi les journalistes figurent des reporters d’investigation qui ont mené une croisade contre la corruption au sein des gouvernements, tandis que parmi les hommes politiques figurent des figures de proue de l’opposition dans des pays aux dirigeants autoritaires. Plusieurs chefs d’État et premiers ministres figuraient sur la liste.

    Forbidden Stories et Amnesty International ont eu accès à cette liste. Sur la base des rapports que nous avons établis avec le consortium, nous sommes convaincus que ces documents donnent un aperçu précis et révélateur de l’omniprésence de la surveillance privée.

    Plus de 80 journalistes de Forbidden Stories, du Monde, de la Süddeutsche Zeitung, de Die Zeit, du Washington Post, du Guardian, de Daraj, de Direkt36, du Soir, de Knack, de Radio France, de the Wire, de Proceso, d’Aristegui Noticias, du Organized Crime and Corruption Reporting Project, de Haaretz et de PBS Frontline ont participé à cette enquête. Les journalistes ont passé des mois à réaliser des reportages et des entretiens sur quatre continents. Le Security Lab d’Amnesty a effectué l’analyse des smartphones.

    Citizen Lab, un groupe de recherche indépendant de l’université de Toronto qui s’est spécialisé dans le suivi des infections par Pegasus au cours des dernières années, a examiné les méthodes d’expertise d’Amnesty et les données provenant de quatre téléphones portables et a approuvé les analyses d’Amnesty.

    NSO affirme que la liste de plus de 50 000 numéros ne montre probablement rien d’autre que la collecte innocente de données à des fins commerciales, et non de surveillance. Elle affirme que les conclusions du projet Pegasus sont erronées et sans fondement. Elle invoque des obligations de confidentialité pour ne pas identifier ses clients et affirme ne pas connaître les détails de leur collecte de renseignements.

    L’un des experts que nous citons dans notre rapport expose clairement le problème : « L’humanité n’est pas dans un endroit où nous pouvons avoir autant de pouvoir accessible à n’importe qui. »

    Le Post est fier de participer à des reportages qui mettent en lumière de telles informations.

    Cordialement,

    Sally Buzbee

    The Washington Post, 18/07/2021

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  • Recommendations de RSF pour les victimes de Pegasus

    Les recommandations de RSF pour les journalistes potentiellement “mouchardés” par Pegasus

    Après la publication de l’enquête du “Projet Pegasus” ayant révélé comment près de 200 journalistes à travers le monde ont été espionnés par onze États, Reporters sans frontières (RSF) liste un certain nombre de recommandations à destination des journalistes qui pourraient faire partie des cibles des acheteurs de ce logiciel de surveillance extrêmement performant.

    La force du logiciel espion Pegasus est qu’“Il n’existe aucun moyen efficace pour un utilisateur de contrer ce type d’attaque”. Comme l’explique l’expert en sécurité informatique au laboratoire Security Lab d’Amnesty International, Claudio Guarnieri, cet outil de surveillance très performant, conçu par la société israélienne NSO Group, est capable d’aspirer tout le contenu d’un téléphone : messages, e-mails, photos, contacts, etc. sans nécessiter une action particulière de l’utilisateur et sans laisser de trace facilement détectables…

    A défaut de pouvoir se prémunir d’une telle attaque, les journalistes travaillant sur des sujets sensibles en lien avec les onze États clients du groupe NSO (Mexique, Inde, Maroc, Indonésie, Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Kazakhstan, Azerbaïdjan, Togo, Rwanda, Hongrie) et suspectant une infection potentielle par Pegasus peuvent suivre les démarches suivantes :

    Cesser immédiatement d’utiliser son smartphone, en acheter un nouveau pour continuer de communiquer mais conserver (loin du journaliste et de son environnement de travail) l’appareil potentiellement infecté comme pièce à conviction ;

    Déconnecter tous les comptes du smartphone et changer tous les mots de passe depuis un autre appareil ;
    Se rapprocher de Forbidden Stories ou d’experts en informatique, comme ceux du Security Lab d’Amnesty International pour vérifier si votre numéro fait partie de la liste des 50.000 numéros qui ont fuité. Le groupe d’experts d’Amnesty International a mis au point un outil, le Mobile Verification Toolkit, (MVT) permettant de savoir si un smartphone a été infecté par Pegasus (Attention, son utilisation requiert de bonnes compétences techniques en informatique) Les journalistes peuvent aussi envoyer leur numéro de téléphone pour vérification à Share@amnesty.tech.

    Si vous ne pouvez pas changer de téléphone :

    Redémarrer le téléphone. Sur iPhone, les experts d’Amnesty ont constaté que cela pouvait temporairement supprimer Pegasus du système iOS ;

    Effectuer une réinitialisation d’usine du smartphone même si cela ne garanti pas la suppression de Pegasus (Attention, cela peut également détruire les preuves d’une ancienne infection) ;

    Faire la mise à jour du système d’exploitation et de toutes les applications présentent sur le téléphone ;

    Supprimer tous les appareils inconnus connectés aux différentes applications de messagerie et compte en ligne (Signal, WhatsApp, Twitter, Facebook, etc) ;

    Dresser la liste de tous les mots de passe saisis et stockés dans le smartphone, les modifier et ne jamais réutiliser les anciens mots de passe.

    Si l’un de vos contacts proches a été infecté, effectuer les mêmes recommandations.

    S’il n’existe pas à ce jour de parade fiable contre Pegasus, certains gestes et bonnes pratiques peuvent toutefois compliquer le travail d’un logiciel espion souhaitant accéder au smartphone d’un journaliste :

    Sécuriser son smartphone :

    Avoir un code d’accès pour déverrouiller son smartphone. Utiliser au minimum un code PIN à six chiffres, ou – encore mieux – une phrase robuste et unique (différente des autres codes d’accès de l’utilisateur). Avoir un code d’accès de type « 0000 » « 1234 » ou sa date de naissance n’est pas un gage de sécurité, qu’il s’agisse du téléphone comme de la carte SIM ;

    Mettre à jour son smartphone de manière régulière ;

    Installer un VPN, (Prudence cependant, le VPN ne protège que contre certains types d’attaques) ;

    Installer un antivirus (Avast, McAfee ou Kaspersky) ;

    Supprimer les applications non utilisées ;

    Éteindre son smartphone au moins une fois par jour. Ce geste simple peut suffire à contrecarrer le fonctionnement de bon nombre de programmes espions.

    Sécuriser sa messagerie et ses comptes :

    Activer l’authentification à deux facteurs pour les comptes les plus importants (Twitter, Google, Facebook, etc) ;

    Désactiver iMessage et Facetime (points d’entrée connus de Pegasus) ;

    Eviter l’utilisation de Google Home ou d’un autre assistant vocal ;

    Sur iPhone, désinstaller les applications Apple, telles que Apple Music, FaceTime et iMessage, Mail (NB: il faut désactiver iMessage avant de désinstaller l’application).

    Lors de l’utilisation du smartphone :

    Privilégier l’utilisation d’un VPN pour naviguer sur internet ;
    Ne jamais cliquer sur les liens contenus dans un message provenant d’un numéro inconnu ;
    Ne pas utiliser le wifi dans des lieux non fiables, ou l’utiliser avec le VPN activé au préalable ;
    N’installer que des applications provenant de l’App Store (iPhone) et Google Play (Android) ;
    Bloquer les notifications et les demandes d’autorisation d’accès au carnet d’adresse ;
    Ne pas autoriser son smartphone à sauvegarder les mots de passe. Utiliser un gestionnaire de mot de passe sécurisé tel que LastPass ;
    Utiliser Signal pour échanger avec une source. (Pour les journalistes gérant des informations très sensibles, il peut-être utile d’utiliser un téléphone non relié à Internet : un vieux téléphone portable, ou un smartphone dont l’accès aux données est coupé).

    Autre ressources utiles :

    Le service d’assistance d’Access Now peut établir un diagnostic et fournir des conseils techniques utiles en 9 langues.

    Le kit de premiers secours numérique donne des conseils lorsqu’un appareil se comporte de manière suspecte, tout comme le guide de surveillance self-défense.

    RSF, 23/07/2021

    Etiquettes : Pegasus, espionnage, logiciels espions, NSO group,

  • Le sentiment d’insécurité pousse le Maroc à épier ses alliés

    En 2007, la France et les Etats-Unis ont décidé d’offrir au Maroc le Sahara Occidental en guise de cadeau et « récompense » pour ses services et sa fidélité à l’agenda colonialiste. Cependant, le cadeau s’est avéré empoisonné n’étant pas accompagné de mesures effectives pour imposer leur volonté au peuple sahraoui et à son allié, l’Algérie. Certes, depuis, toutes les résolutions du Conseil de Sécurité chantent les prétendues vertus du dénommé plan d’autonomie marocain et la France veille à censurer toute phrase susceptible d’irriter l’occupant, même au détriment du principe sacré de respect aux droits de l’homme.

    Paris et Washington ont ainsi assuré un statu quo qui a pérennisé le cessez-le-feu, éloigné toute perspective de solution référendaire au même temps qu’ils garantissaient au Makhzen l’impunité à ses exactions contre la population sahraouie. Mais le Maroc souhaitait que ses alliés s’impliquent davantage dans l’imposition d’une solution qui soit favorable à ses ambitions expansionnistes. C’est qui explique sa réaction suite à un tweet rédigé par un président qui avait perdu les élections. Un tweet presque funéraire.

    Malgré toutes les assurances de ses alliés, les autorités marocaines n’ont jamais été rassurées. Une simple visite d’un responsable français en Algérie pouvait faire des ravages au Maroc au point de pousser un Premier Ministre gaulois, Jean-Marc Ayrault en l’occurrence, à déclarer que Rabat « n’a rien à craindre d’un dialogue plus étroit entre Paris et Alger ».

    La « maîtresse avec laquelle on dort toutes les nuits, dont on n’est pas particulièrement amoureux mais qu’on doit défendre», pour utiliser les propos de l’ancien ambassadeur de la France à Washington, Gérérd Araud, aujourd’hui consultant chez la société israélienne se trouvant derrière le scandale d’espionnage, NSO Group, soupçonne son amant d’infidélité et de vouloir la trahir en vue de se positionner dans le marché économique algérien.

    La volonté du président Emmanuel Macron de fonder de nouvelles relations avec l’Afrique a aggravé cette méfiance et éloigné tout espoir de Rabat de gagner la bataille du Sahara Occidental.

    Aujourd’hui, cette méfiance est doublé d’une déception : Celle de voir l’administration Biden et l’Europe suivre les pas du pyromane Donald Trump. La méfiance et la déception ont poussé le Maroc à tous les extrêmes : terrorisme, chantage à l’émigration et, dernier en date, l’espionnage tout azimut en faisant fi des règles de l’éthique.

    Abdullah El Meknassi, Paris

    Etiquettes : Maroc, Sahara Occidental, France, Etats-Unis, espionnage, logiciels espions, NSO Group,

  • Maroc : Abdellatif El Hammouchi dans de sales draps

    Scandale Pegasus : le patron des services marocains dans de sales draps

    Le patron des services intérieurs marocains est au cœur du scandale d’espionnage touchant jusqu’à Emmanuel Macron et l’entourage de Mohammed VI, ont rapporté les médias français.

    Il s’appelle Abdellatif Hammouchi, et est le chef de la Direction générale marocaine de la surveillance du territoire (DGST) est aujourd’hui dans de sales draps suite au au scandale lié aux accusations d’espionnage par le Maroc d’un téléphone appartenant au président de la République française en personne.

    Cet homme discret de 55 ans est soupçonné d’avoir joué un rôle clé dans la mise en place par Rabat d’une vaste campagne de surveillance de milliers d’hommes politiques, de journalistes, de militants et de diplomates français, marocains et algériens.

    Selon le magazine français l’Obs, après les révélations sur la présence des téléphones d’Emmanuel Macron parmi les cibles potentielles du logiciel espion Pegasus, conçu par l’entreprise israélienne NSO, le président Emmanuel Macron réunit ce jeudi, un Conseil de défense « exceptionnel dédié à l’affaire Pegasus et à la question de la cybersécurité ».

    « Le président de la République suit au plus près ce dossier et prend cette affaire très au sérieux », a annoncé le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, cité par les médias.

    Comme toujours lors de révélations sur les affaires louches propres au Makhzen, Rabat avait démenti son implication dans cette affaire.

    A.M.

    L’Evénement DZ, 22/07/2021

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  • Scandale Pegasus : L’intrusion sans limite des renseignements marocains

    Scandale Pegasus : de leur propre roi à leurs voisins algériens, l’intrusion sans limite des renseignements marocains

    Des personnalités du hirak algérien, des diplomates européens, mais aussi Mohammed VI et son entourage : les révélations du consortium de journalistes créé par Forbidden Stories montrent à quel point Pegasus avait ciblé de manière invasive le triangle France-Algérie-Maroc
    Alors que Rabat et Alger sont déjà à cran après la divulgation d’une note « sur le soutien du Maroc à un droit à l’autodétermination du peuple kabyle », une nouvelle crise se profile.
    En cause : les révélations du consortium de journalistes créé par Forbidden Stories sur le logiciel espion Pegasus. Selon les données partagées par Forbidden Stories et Amnesty International au Monde, Rabat est en effet « l’un des plus gros utilisateurs du logiciel au détriment du pouvoir algérien ».
    Et c’est particulièrement pendant l’année 2019, dès qu’explose le hirak, vaste mouvement populaire ayant conduit à la démission d’Abdelaziz Bouteflika, que plusieurs personnalités algériennes sont prises pour cibles.
    « Au total, plus de 6 000 numéros de téléphone appartenant à des responsables politiques, des militaires, des chefs des services de renseignement, des hauts fonctionnaires, des diplomates étrangers en poste ou des militants politiques ont été sélectionnés », précise le quotidien.
    Sur la liste, figurent notamment des militaires comme Ahmed Gaïd Salah, ex-chef d’état-major de l’armée décédé en décembre 2019 ; les généraux Ali Bendaoud, Wassini Bouazza ou Bachir Tartag, mais aussi la famille de Bouteflika : ses frères Saïd et Nacer et sa sœur Zhor.
    On y trouve aussi Ramtane Lamamra et Abdelkader Messahel, ex-ministres des Affaires étrangères ; Nourredine Bedoui, ex-ministre de l’Intérieur ; Noureddine Ayadi, ex-secrétaire général des Affaires étrangères et directeur de cabinet de la présidence de la République ; Ali Haddad, qui fut à la tête du syndicat patronal le plus influent sous Bouteflika, aujourd’hui en prison pour des affaires de corruption ; Abdelaziz Rahabi et Zoubida Assoul, personnalités politiques ayant joué un rôle de premier plan pendant le hirak ; ou encore Lounès Guemache, directeur du site d’informations TSA.
    Des diplomates algériens en poste à l’étranger, à l’instar de l’ex-ambassadeur d’Algérie en France Abdelkader Mesdoua était aussi concerné, tout comme l’ambassadeur de France en Algérie Xavier Driencourt, et celui de l’Union européenne.
    « Cela fait partie de la chaîne des actes d’hostilité du Maroc envers l’Algérie. Cette hostilité permanente vise donc les institutions, mais aussi désormais des personnalités indépendantes », a réagi Abdelaziz Rahabi dans Le Monde.
    « On ne peut pas dire que les personnes ciblées le soient en particulier pour leur positions hostile envers le Maroc, sinon on trouverait parmi elles des membres du Front Polisario », remarque une source des renseignements algériens contactée par Middle East Eye qui ne s’émeut pas particulièrement de ce type de pratique, « courante entre les pays ».
    « En revanche, elles ont toutes joué un rôle lors de la crise de 2019. On peut donc en déduire qu’à ce moment-là, les renseignements marocains cherchaient à comprendre ce qui était en train de se passer. »
    Radio France, qui s’est intéressé à Emmanuel Macron, dont le téléphone a aussi été infecté, se demande : « Si Rabat a bien tenté d’infecter le téléphone du président français au cours du mois de mars 2019, que cherchait-il à obtenir comme informations ? »
    À cette période, Emmanuel Macron est préoccupé par la situation tendue en Algérie, le « frère ennemi » du royaume chérifien.
    « Fait rarissime relaté par la presse à l’époque, Emmanuel Macron appelle directement l’ambassadeur de France à Alger, Xavier Driencourt, et le somme de faire un aller-retour à Paris pour évoquer la crise algérienne avec le ministre Jean-Yves Le Drian. Selon nos informations, Xavier Driencourt a suscité aussi l’intérêt du renseignement marocain à cette période, et son numéro de téléphone a été enregistré en vue d’une possible attaque par le logiciel Pegasus. »
    « Preuve que la situation en Algérie semble la préoccupation première du Maroc, le diplomate Lakhdar Brahimi, qui avait été chargé de préparer la transition pour son pays après le retrait de Bouteflika, a lui aussi été dans le viseur des services marocains, à la même période qu’Emmanuel Macron. Mais ce n’est qu’une hypothèse parmi d’autres. »
    Abdellatif Hammouchi, l’homme qui écoute Mohammed VI
    Toujours selon la cellule investigation de Radio France, partenaire du consortium qui a révélé le scandale, plusieurs personnalités marocaines ont aussi été ciblées.
    À commencer par… le roi du Maroc Mohammed VI et son entourage.
    « C’est une particularité au Maroc : la Direction générale de la sûreté nationale et la Direction générale de la surveillance du territoire, autrement dit la police et le renseignement, sont dirigés d’une main de fer par un seul homme : Abdellatif Hammouchi », peut-on lire sur le site de Radio France.
    « Et il semble avoir de la protection du roi une définition assez extensive. Car parmi les numéros de portable que le consortium du projet Pegasus a pu identifier dans la liste des personnes susceptibles d’être attaquées par le logiciel espion Pegasus au Maroc, on trouve ceux d’un grand nombre de membres de la famille royale. »
    C’est le cas de Salma Bennani, l’épouse du roi, mère des deux héritiers du trône ; le prince Moulay Hicham, l’un des cousins du roi, qui figure en quatrième position dans l’ordre de ses successeurs , surnommé le « prince rouge » en raison de ses prises de position critiques contre la monarchie » ; l’homme d’affaires et ancien gendre de Hassan II, Fouad Filali ; et de Mohamed Mediouri, beau-père de Mohammed VI et ancien garde du corps personnel de Hassan II.
    « Une question se pose donc : dans un climat d’intense suspicion, le roi a-t-il lui-même autorisé le ciblage de son entourage, y compris de son propre portable, pour assurer sa sécurité ? Ou le patron de la police et du renseignement marocain, lui-même nommé par le roi en 2015, s’est-il s’octroyé des pouvoirs qui vont au-delà de ses attributions ? Impossible de répondre à cette question. »
    Le Maroc a catégoriquement démenti lundi avoir acquis le logiciel Pegasus et son utilisation par ses services à des fins d’espionnage. Mercredi matin, il a de nouveau affirmé dans un communiqué « condamner vigoureusement la persistante campagne médiatique mensongère massive et malveillante, évoquant une prétendue infiltration des appareils téléphoniques de plusieurs personnalités publiques nationales et étrangères à travers un logiciel informatique ».
    Middle East Eye, 21/07/2021
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  • Maroc-Algérie: L’«oeil» du roi borgne

    Le nouveau scandale qui éclabousse le roi «choque» en France et est «complètement inacceptable» pour l’Europe. Mais l’Algérie sait et depuis longtemps, que la traîtrise est devenue une vertu chez les monarques chérifiens.

    Hasna YACOUB

    Dans l’affaire «Pegasus», découvrir que le Maroc espionne l’Algérie et a placé sous écoute plus de 6 000 téléphones de personnalités politiques, militaires et autres, n’est pas une surprise en soi.

    Le Royaume chérifien tente, depuis très longtemps déjà, d’affaiblir l’Algérie, non seulement pour exercer des pressions sur Alger et l’amener à plus de souplesse dans le dossier de colonisation du Sahara occidental, mais aussi pour s’ériger comme première force de l’Afrique du Nord.

    Cependant, dans ce scandale mondial d’espionnage, il y a un second degré de lecture qu’il faut faire. Le logiciel Pegasus est conçu par la firme NSO d’Herzliya, au nord de Tel-Aviv, dans la «Silicon Valley» israélienne. Créé en 2011, NSO travaille étroitement avec le gouvernement israélien qui décide par le biais d’autorisations d’exportation, à qui le groupe peut vendre des logiciels offensifs comme Pegasus?.

    C’est dire que dans cette affaire, les agents sionistes avancent, eux, masqués et s’abritent derrière le Royaume chérifien. Leur but? Faire pression sur le monde pour la reconnaissance de l’Etat hébreu? Cela pourrait en fait n’être qu’un aspect parmi bien d’autres inclus dans la théorie du «complot juif» visant la domination du monde, longtemps considérée comme un simple mythe.

    Faut-il préciser que dans le domaine du renseignement numérique, Israël est très loin en tête du classement mondial avec 3,3 compagnies pour un million d’habitants contre 0,4 aux Etats-Unis et 1,6 en Grande-Bretagne, selon l’ONG britannique Privacy International. Sous prétexte d’aider à faire du monde un lieu plus sûr en fournissant à des gouvernements légitimes une technologie qui les aide à combattre le terrorisme et le crime, les compagnies de surveillance et du tracking informatique, sous contrôle d’Israël, accèdent à la caméra, au micro ou à la géolocalisation des appareils piratés, aux contenus de messages, d’appels et de toute une série d’applications globales comme Gmail, Facebook, Skype, WhatsApp, Viber…

    Et il s’agit d’appareils de téléphone non pas de terroristes, pédophiles ou narcotrafiquants, mais ceux des chefs d’Etat, de hauts fonctionnaires militaires et tout responsable ayant un pouvoir décisionnel ou d’opposants de grande influence.

    L’objectif est clair: connaître les faiblesses des uns et des autres et les placer sous contrôle. Cela dure depuis des décennies.

    La collaboration entre le Maroc et Israël, elle aussi, n’est pas nouvelle. La normalisation de leurs relations n’est d’ailleurs que le couronnement d’une soixantaine d’années de coopération secrète. Faut-il rappeler l’épisode de 1965 lorsque Hassan II n’a pas hésité à collaborer avec le Mossad, en lui permettant d’espionner les rencontres à Casablanca entre les leaders et commandants arabes en vue d’une préparation d’une attaque contre Israël.
    Les informations obtenues ont été cruciales dans la victoire d’Israël lors de la guerre des Six-Jours en 1967.

    En Algérie, ces pages de l’Histoire ne s’oublient pas. Et si ce nouveau scandale qui éclabousse le roi «choque» selon le porte-parole du gouvernement français et est «complètement inacceptable» pour la présidente de la Commission européenne, les responsables algériens, eux, sont sereins car ils savent, depuis longtemps, que la traîtrise est devenue une vertu chez les monarques chérifiens.

    L’Expression, 22/07/2021

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  • Comment le Maroc s’est intéressé au téléphone du président Macron

    France, Maroc, espionnage, NSO Group, logiciels espions, Forbidden Stories,

    Projet Pegasus : Comment le Maroc s’est intéressé au téléphone du président français Emmanuel Macron.

    Une analyse de la base de données divulguée par les partenaires du Pegasus Project indique que le téléphone d’Emmanuel Macron a été répertorié par un opérateur des services de sécurité marocains en mars 2019.

    New Delhi : Caché dans une base de données ayant fait l’objet d’une fuite de milliers de numéros, dont certains ciblés par des logiciels espions de classe militaire, se trouve un numéro de téléphone utilisé par le président français Emmanuel Macron.

    Sont également présents sur la liste, mise en lumière par le Projet Pegasus, les numéros de 14 ministres français – dont le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et le ministre des Finances Bruno Le Maire – et de Charles Michel, premier ministre de la Belgique à l’époque.

    La présence du numéro de M. Macron sur la liste qui a fuité ne signifie pas automatiquement que l’agence qui l’a placé là a tenté de livrer Pegasus ou a réussi à infecter son téléphone, mais elle a suscité des inquiétudes quant au danger que représente l’utilisation transfrontalière de logiciels espions.

    « Si les faits sont avérés, ils sont clairement très graves. Toute la lumière sera faite sur ces révélations médiatiques », a déclaré le bureau de Macron dans une courte déclaration au Monde. « Certaines victimes françaises ont déjà annoncé qu’elles porteraient plainte, et des enquêtes judiciaires seront donc lancées ».

    L’entreprise israélienne, NSO Group, a affirmé que la base de données n’avait « aucune pertinence » pour elle. Mardi soir, dans une lettre adressée au projet Pegasus, elle a également déclaré que Macron n’était la « cible » d’aucun de ses clients et n’avait « jamais été une cible » non plus.

    « Tous les responsables gouvernementaux ou diplomates français et belges mentionnés dans la liste ne sont pas et n’ont jamais été des cibles de Pegasus », a-t-elle ajouté.

    Cependant, la majorité des numéros figurant sur la liste qui a fait l’objet d’une fuite sont regroupés dans des pays que les experts ont identifiés dans le passé comme ayant eu un opérateur actif dans les opérations de Pegasus. Les partenaires médiatiques du consortium ont également des raisons de croire que la liste comprend des numéros de personnes qui sont des personnes d’intérêt pour les clients de NSO Group.

    Pegasus est un logiciel espion de qualité militaire, qui est difficilement détectable une fois qu’il a infecté un téléphone. Il peut permettre à un opérateur de prendre le contrôle à distance d’un téléphone portable et d’extraire n’importe quel dispositif de l’appareil, des e-mails aux photos, en passant par les documents et les enregistrements d’appels.

    En 2018, le Citizen Lab de l’Université de Toronto avait identifié le Maroc comme l’un des cinq opérateurs gouvernementaux possibles de Pegasus en Afrique. Il avait signalé qu’un « opérateur distinct qui semble se concentrer sur le Maroc peut également espionner des cibles dans d’autres pays, dont l’Algérie, la France et la Tunisie ».

    Mardi, les procureurs français ont annoncé qu’ils avaient ouvert une enquête sur l’utilisation par les services de renseignement marocains du logiciel espion Pegasus sur des journalistes français. Les autorités marocaines ont démenti toutes les allégations.

    Mais il est possible que le gouvernement marocain ait jeté son dévolu encore plus haut. Le numéro de Macron figure parmi une longue liste de numéros marocains, ce qui indique que l’agence gouvernementale qui s’intéresse à des milliers de Marocains considérait également le président français comme une personne d’intérêt particulier.

    Mardi, le Maroc a exprimé son « grand étonnement » face à la publication d’ »allégations erronées … selon lesquelles le Maroc aurait infiltré les téléphones de plusieurs personnalités publiques nationales et étrangères et de responsables d’organisations internationales ».

    « Le Maroc est un État de droit qui garantit le secret des communications personnelles par la force de la constitution », précise le communiqué.

    Les partenaires médiatiques de Pegasus Project ont appris que Macron utilisait le numéro identifié dans les données divulguées depuis au moins 2017 et jusqu’à récemment.

    Dans le système français, le chef de l’État doit être en mesure de recevoir et d’envoyer des informations secret-défense « en tout lieu et à tout moment », ce qui signifie que son entourage se déplace toujours avec des installations de communication portables hautement sécurisées à différents moments.

    Selon les informations dont disposent les partenaires médiatiques de Pegasus Project, M. Macron possède également un autre téléphone sécurisé, un modèle Samsung, dont la sécurité a été renforcée par une puce fabriquée par la société française Ercom. Il ne peut partager des appels et des messages cryptés qu’avec un autre appareil également équipé, sinon il fonctionne comme un téléphone portable standard.

    La sélection de Macron comme personne d’intérêt a eu lieu juste avant son départ pour un voyage en Afrique, où il a fait escale à Djibouti, en Éthiopie et au Kenya.

    Selon la base de données qui a fait l’objet de la fuite, les numéros de deux autres responsables français clés de l’entourage de M. Macron ont également été sélectionnés : son conseiller pour les questions africaines, Frank Paris, et Alexandre Bennalla, son chef de cabinet adjoint de l’époque, qui était chargé de sa sécurité.

    Le président français se rendait également dans la région à un moment où la région d’Afrique du Nord, qui a été sous la domination coloniale de la France, était en proie à des troubles en raison de l’instabilité en Algérie, pays voisin du Maroc.

    Le dirigeant algérien de longue date, Abdelaziz Bouteflika, avait alors annoncé qu’il ne se présenterait pas aux élections, ce qui a donné lieu à d’intenses spéculations sur l’avenir du pays.

    La France étant une puissance coloniale, le Maroc aurait pu s’attendre à glaner des informations sur ses voisins auprès des gouvernements français et de leurs fonctionnaires bien informés de la situation à Alger.

    On apprend que l’ambassadeur de France en Algérie, Xavier Driencourt, avait reçu en octobre 2019 une notification par WhatsApp indiquant que la sécurité de son téléphone avait peut-être été violée en mai de la même année.

    Macron pourrait également être visé par deux autres événements diplomatiques – une réunion du G5 Sahel et un sommet de l’union africaine.

    Le président français faisait des haltes en Éthiopie, siège de l’Union africaine et centre de la diplomatie multilatérale africaine. Les nations africaines étaient également en train de ratifier un accord de libre-échange, qui aurait pu être la cible des services de renseignement extérieurs du Maroc.

    Entre-temps, Charles Michel était le premier ministre de la Belgique lorsqu’il a été sélectionné comme cible d’une surveillance potentielle par un opérateur du logiciel espion basé au Maroc, mais il était déjà question qu’il devienne le prochain président du Conseil européen.

    Dans une déclaration au partenaire belge de Pegasus Project, Le Soir, il a déclaré : « Nous étions conscients des menaces et des mesures qui ont été prises pour limiter les risques ».

    Selon certaines sources, les tentatives d’utilisation du téléphone de Michel ont été suspectées à peu près au moment où l’on parlait de son prochain mouvement. Le Premier ministre belge disposait également d’un téléphone sécurisé pour les conversations sensibles.

    Les services de sécurité marocains avaient également répertorié le numéro du père de Charles Michel, Louis Michel, qui est également un ancien ministre belge des Affaires étrangères. Début 2019, Louis Michel était membre du Parlement européen et coprésident de l’assemblée parlementaire UE-ACP, ce qui signifie qu’il avait des contacts étroits avec les dirigeants africains.

    « Je suis à la fois surpris et troublé par cette information. Je n’aurais jamais pu imaginer que les nouvelles technologies puissent être aussi intrusives et extrêmement dangereuses pour le fonctionnement normal de la démocratie. Je suis heureux d’avoir été mis au courant de cette tentative d’intrusion dans mon travail politique, qui consiste à essayer de résoudre des conflits », a déclaré Louis Michel au Pegasus Project lorsqu’il a été informé de son inclusion dans la base de données ayant fait l’objet d’une fuite.

    Le projet Pegasus est une enquête collaborative impliquant plus de 80 journalistes de 17 organisations de presse dans 10 pays, coordonnée par Forbidden Stories avec le soutien technique du Security Lab d’Amnesty International. Lisez toute notre couverture ici.

    The Wire, 22/07/2021

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