Étiquette : Maghreb

  • Algérie-Russie: En quête d’une coopération militaire stratégique

    Le chef d’état-major de l’armée algérienne, Said Shengriha, est arrivé en Russie suite à l’invitation qu’il a reçue du ministre russe de la Défense, Sergei Shoigu.

    Selon le rapport d’Ennaharonline, le ministère algérien de la défense a publié un communiqué annonçant que le chef d’état-major de l’armée algérienne, Said Shengriha, avait été invité par le ministre russe de la défense, Sergei Shoigu, à participer à la neuvième conférence de deux jours sur la sécurité internationale.

    Shengriha a reçu, jeudi 17 juin, au siège de l’état-major de l’armée algérienne, une délégation russe conduite par Dimitri Shugayev, chef du Service fédéral de la coopération militaire et technique de la Fédération de Russie.

    Au cours de la réunion, les deux parties ont discuté de la coopération militaire et technique entre les deux pays et des moyens de la développer et de la renforcer autant que possible. Ils ont également souligné la nécessité d’étendre la coopération dans les domaines communs importants et de les élever au niveau du partenariat stratégique.

    Le général de corps d’armée Saïd Chengriha a réitéré jeudi à Moscou « l’engagement indéfectible » de l’Algérie à œuvrer avec ses partenaires pour relever les défis sécuritaires auxquels est confrontée la communauté internationale, notamment dans la région du Maghreb et du Sahel, indique un communiqué du ministère algérien de la Défense.

    « (…) Je vous réitère l’engagement indéfectible de l’Algérie à œuvrer aux côtés de ses partenaires pour relever les défis sécuritaires auxquels est confrontée la communauté internationale, notamment dans la région du Maghreb et du Sahel, à travers le développement des mécanismes de coopération nécessaires, dans le cadre du respect de la légalité internationale », a déclaré Chengriha dans un discours prononcé au deuxième jour de la neuvième conférence internationale sur la sécurité, abritée par la Fédération de Russie.

    Selon un rapport d’Algeriepatriotique, la situation au Maghreb et au Sahel est telle que la puissance militaire de l’Algérie ne peut se limiter à sa seule force de frappe, même si celle-ci est formidablement efficace. Forte de ses capacités de défense éprouvées et reconnues, l’armée algérienne a entamé sa mutation vers une stratégie offensive bien avant l’introduction dans la nouvelle Constitution d’un paragraphe lui permettant d’agir au-delà de ses frontières. Pour les spécialistes militaires, le type d’armement pour lequel l’Algérie a opté au fil des ans la prédestine à faire la guerre en territoire ennemi, grâce à sa supériorité maritime et aérienne.

    Dotée de six sous-marins capables de lancer des missiles de croisière à une distance de 300 km sur plusieurs cibles terrestres avec une très grande précision, la marine algérienne a également acquis d’autres navires dont un porte-hélicoptères, ce qui montre le tournant décidé par l’Algérie. L’Algérie, constatant les évolutions géostratégiques défavorables, savait qu’un jour ou l’autre elle devrait affronter l’ennemi avant même qu’il ne s’approche de ses espaces maritimes et aériens souverains. Le renforcement de son armée de l’air avec l’avion furtif le plus puissant du monde, le Su-57, et le bombardier tactique à très longue portée, le Su-34, sera inclus dans cette nouvelle doctrine militaire algérienne construite par étapes et à moyen terme.

    Source : Press TV

    Al Manar, 26 juin 2021

    Etiquettes : Algérie, armée, Russie, Maghreb, Sahel, ANP, puissance de feu,

  • L’Institut Montaigne conseille l’Europe d’intégrer le Maghreb dans ses projections post-Covid-19

    Paris (© 2021 Afriquinfos) – L’Institut Montaigne a attiré l’attention de l’Union Européenne sur un manquement dans son plan de relance évalué à 750 milliards d’euros. L’omission du Maghreb dans ce plan (au regard de l’imbrication économique entre les deux rives de la Méditerranée) est si importante que cette non-intégration des pays du Maghreb pourrait avoir des conséquences non négligeables, met en garde l’Institut Montaigne.

    Pour les chercheurs de l’Institut Montaigne, il est impensable que l’Europe ait pu élaborer son plan de relance en omettant le Maghreb. «Quand on voit l’imbrication économique qu’il y a entre les pays du Maghreb et les pays européens, notamment les trois du Sud, Espagne, Italie et France, on ne comprend pas que le plan de relance européen – 750 milliards d’euros, la moitié en dons et la moitié en prêts – ne concerne pas ces pays. Parce qu’ils sont liés économiquement à l’activité européenne, et en même temps leur stabilité économique, sociale, mais du coup, politique, peut avoir un impact immédiat sur ce qui se passe en Europe», explique le chercheur Hakim El Karoui.

    Ce dernier a notamment produit un rapport sur les situations financières de trois pays Maroc, Algérie, Tunisie, dans lequel il indique qu’une déstabilisation des économies maghrébines en raison de la crise entraînerait des risques politiques, migratoires et in fine pour l’Europe des risques sécuritaires. Il fait ensuite savoir que ces trois pays n’ont besoin que d’une vingtaine de milliards d’euros pour redresser la barre de leurs économies actuellement mises à mal par la pandémie.

    «Il faudrait que les européens, à la fois poursuivent leur soutien à la zone (qui existe), mais comprennent qu’il y a là un phénomène conjoncturel et qu’il faut aider ces pays à passer ce phénomène conjoncturel avec des dons», précise Hakim El Karoui. La politique de dons qu’il préconise n’est pas insurmontable pour les riches économies européennes. Il s’agit aussi pour le Vieux continent de gagner des points dans une région où la Chine et la Turquie font d’importantes percées.

    S. B.

    Afriquinfos, 07 juin 2021

    Etiquettes : Union Européenne, UE, Maghreb, relance économique, plans post-covid,

  • Eléments d’histoire sur l’agriculture algérienne

    Par: Mohamed Khiati

    Partout l’histoire avance. Elle laisse de lourds héritages, mais les Hommes s’arrêtent, de temps en temps, pour marquer une halte rétrospective, pour se situer par rapport à leur histoire ; par rapport à leur passé glorieux ou lugubre, en vue d’en établir les acquis qui, du reste, constituent les références et les référents pour l’amorce du présent et l’affront du futur.

    Espace physique sur lequel, se sont entrecroisés, depuis la nuit des temps, des flux Humains, l’Algérie fut l’objet de toutes les convoitises, car terre d’attraction et de légende, le pays, tant par sa position stratégique que par sa diversité et ses richesses naturelles multiples et diverses, offre d’immenses garanties de prospérité.

    Les Algériens d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Ceux qui sont d’hier, d’aujourd’hui et de demain ont gardé et garderont toujours le même sentiment d’appartenance à la patrie. Ils sont nourris du sens de fierté. C’est l’histoire qui le confirme, à travers les âges. C’et un fait dont nul ne peut en disconvenir.

    Dans ce modeste essai, nous tenterons de traiter quelques éléments d’histoire sur l’évolution de l’agriculture algérienne avant la colonisation française notamment en ce qui concerne le mode de vie de la société, la paysannerie algérienne contemporaine, l’occupation de l’espace, les vocations naturelles et le foncier agricole.
    Déjà examiné en profondeur, le territoire algérien dans sa globalité apparaît comme écrit par des sociétés successives à tel point que dans cet espace composite, chaque legs du passé se lit avec une étonnante schématisation, font valoir de nombreux historiens et essayistes.

    Dans cet immense espace composite, le territoire agricole, apparaît comme dépendant parfaitement des aléas naturels et notamment climatiques,  » c’est le produit de transformations inséparables d’un contexte historique (mouvements démographiques, histoire politique, évolution des techniques et politiques agricoles et/ou économiques d’ensemble) qui a conditionné l’adaptation des hommes à ces contraintes » (1)

    De tout temps, les sociétés rurales se sont constituées autour de la gestion et de l’exploitation des ressources naturelles : eau, terre, pâturage, selon l’abondance des terres et la densité des populations.  » Les terres étaient réparties, partagées entre terroirs de groupements familiaux et à réserves à usage collectif en fonction des modes d’exploitation des ressources par l’activité agricole intensive et l’arboriculture, l’agriculture et l’élevage extensif.
    Cela dit et en prélude, faut-il dire que du temps de la Numidie antique, les espaces ruraux étaient déjà complémentaires et les populations adaptaient leurs cultures et pratiques agricoles aux éléments naturels offerts par les divers types de territoires de telle manière, affirment les récits historiques, que les montagnes étaient caractérisées par la pratique de l’arboriculture notamment les oliveraies ; les plaines sèches, par l’orge, les blés et les élevages. Les forêts quant à elles étaient utilisées pour le bois, la chasse et la cueillette. Tandis que les terres de cultures étaient réputées pour le maraichage, les vergers et autres cultures vivrières.


    Le retour à l’histoire confirme pour autant, cette tendance d’édification du territoire agricole. Samir AMIN dans son ouvrage  » Le Maghreb Moderne, en parlant de ce bloc indivise à l’époque de la préhistoire, devenu Le Maghreb depuis la conquête musulmane ( les Foutouhate) dont fait partie l’Algérie actuelle, souligne que :  » (le Maghreb) situé à la lisière du monde des agriculteurs méditerranéens et du domaine de parcours des éleveurs … a été depuis la préhistoire disputé entre ces deux modes de vie irréductibles. Depuis des siècles, des millénaires peut être, les nomades berbères – les Gétules des Romains- l’ont emporté sur les paysans, berbères eux aussi, confinés dans de minuscules régions, le plus souvent montagneuses  » (3)

    L’histoire, la plus ancienne, retiendra qu’à coté des berbères, populations autochtones, les Phéniciens s’installèrent pour créer des comptoirs côtiers dont, le plus célèbre, dit-on, fût Carthage. Ces derniers n’ont pas essayé d’entamer inexorablement l’arrière pays. Les phéniciens à vocation mercantiliste ne s’occupèrent pas de l’agriculture au moment où les autochtones pratiquaient une gamme variée de spéculations alliant arboriculture, maraîchages, céréales et élevage. Certains récits d’histoire font état de ce fait que depuis leur installation sur les côtes du Maghreb en général, les phéniciens ont initié la culture de la vigne et introduit les cultivars orientaux, conduisant à cette conclusion que ce sont ces vignes croisées avec les formes sauvages autochtones qui ont donné le fond de l’encépagement maghrébin le plus ancien qui, au cours des siècles a donné naissance à des variétés locales.
    Les montagnards s’occupèrent de l’exploitation du potentiel existant et des ressources disponibles en zones de montagnes de telle sorte que vergers et oliveraies occupaient de larges superficies. Par ailleurs pour des raisons liées à la guerre et à la chasse, les numides élevaient des chevaux.

    Beaucoup de récits historiques et de vestiges attestent qu’à l’époque les céréales (blé et orge de la Numidie) étaient développées avant le 3ème siècle et que Massinissa, le chef berbère, qui tenta d’asseoir la propriété individuelle et familiale des populations des massifs montagneux dans le cadre d’une politique de construction de l’Etat,  » envoya régulièrement des quantités importantes de grains et suppléait à l’insuffisance de la production en Sicile, dans l’Empire romain et en Grèce « (4).

    Mais bien que les céréales furent l’une des principales productions, il n’en demeure pas moins que l’élevage restait l’activité première de l’époque. Les cheptels d’élevage furent si importants que l’historien grec Polybe ayant vécu au 2ème siècle avant .J.C  » ne pensait pas que l’on puisse trouver rien de semblable dans tout le reste de la terre « (5)

    A cette époque même, dans la Numidie antique, les Romains tentèrent de remodeler l’espace et le territoire agricoles. Ils introduisirent la monoculture céréalière en établissant une rupture d’avec les pratiques agricoles complémentaires déjà existantes en ne faisant qu’accroître les superficies de cultures traditionnelles (céréales, vignes et oliviers), sans toutefois introduire de nouvelles spéculations. A titre d’illustration, l’époque romaine, la production viticole de l’Algérie était connue et exportée en Italie. Il s’agissait notamment de raisins de table tardifs à baies résistantes

    Or et cependant, concernant la production céréalière, l’euphémisme  » Algérie grenier de Rome » n’était en fait qu’une mystification et une vue de l’esprit. L’Algérie romaine  » n’a jamais exporté plus de 800.000 quintaux de grains, ce qui, compte tenu des techniques de stockage et de transport, paraît considérable  » fait remarquer Roger Dumont (6)

    Les algériens contemporains continuèrent de pratiquer la céréaliculture et l’arboriculture (oliviers et figuier notamment) corrélativement avec les élevages, mais Rome, avec sa frontière bien gardée -les Limes- a permis l’extension de la civilisation agraire que les autochtones, cultivateurs pour la plupart, ont pu adapter et étendre avec une grande capacité de telle sorte que même les nomades refoulés au delà des frontières, au sud des Limes, avec les sédentaires ont imprégné le pays de leur civilisation agraire.  » Dans l’ensemble du domaine méditerranéen, la culture sèche des céréales, les plantations de vigne, d’oliviers, de figuiers et d’amandiers ont donné aux plaines favorisées comme aux montagnes un aspect riant et ordonné » (7)

    Dans une grande partie de la steppe de l’Algérie orientale, ils ont su installer une vie agricole sédentaire en construisant des points d’eau et des réseaux d’irrigation dont les ruines témoignent encore aujourd’hui de leur importance.

    Par contre, les œuvres de civilisation agraire, dans l’Algérie numide occidentale furent beaucoup moins importantes, liées à ce que les Limes suivaient en gros, la limite sud du Tell, c’est à dire celle du domaine méditerranéen, laissant les Hautes Plaines aux nomades gétules. Il en découle que le territoire agricole apparaît très disparate et loin d’être homogène. Les conditions de relief et de climatologie ont par ailleurs agi en tant que facteurs de différenciation.

    L’instauration de cités, de conglomérations urbaines et de réseaux de villae (villes) et d’exploitations agricoles à leurs pourtours a permis aux sédentaires y résidant de s’adonner aux cultures et aux élevages. Les nomades, quant à eux, refoulés vers le sud, continueront à pratiquer l’élevage pastoral sur des territoires échappant à l’emprise de l’Empire romain.

    Toutefois les populations urbaines romanisées et celles ralliées à la cause romaine vont, pour longtemps, avoir une emprise sur le monde rural en s’adonnant à des prélèvements de vivres et de richesses créées. Aux romains se succèdent vandales et Byzantins. La domination vandale s’est traduite dans les faits, par l’expropriation des romains et le partage du butin conquis entre ces nouveaux vainqueurs. Les meilleures terres furent redistribuées et sur l’ensemble de l’espace agricole occupé, l’on reconduit les anciens modes de faire-valoir indirects en vigueur, avec toutefois, cette mention que les terres sont ici, confiées moyennant des redevances aux romains qui, parmi eux, ceux qui n’ont pas été dépossédés, payaient un impôt, mais néanmoins moins lourd que celui des temps du gouvernement impérial.

    A l’époque, on assistait à l’extension de la nomadisation que les conquêtes romaines et vandales n’ont pu freiner et  » les campagnes militaires des Byzantins se trouvent limitées aux couloirs de communication entre les massifs montagneux où l’indépendance des sédentaires berbères se renforce… (Et) jamais elles ne pénètrent sur les Hauts plateaux et dans le désert où les tribus chamelières nomadisent librement  » (8).

    La conquête musulmane à partir du 7ème siècle donne un nouvel essor au territoire; Le nomadisme qui était déjà une pratique ancestrale en Orient, marque une ère florissante dans ce pays du Maghreb associé toutefois, avec l’introduction de nouvelles races animales, des cultivars et des espèces végétales.

    Du mode de vie à l’ère précoloniale

    Les populations algériennes contemporaines peuplèrent les villes anciennes ou nouvelles auxquelles, ils imprimèrent un nouveau mode à la vie, avec cependant cette observation, qu’ils ne sortirent que rarement de leurs cités laissant les campagnes du Tell et particulièrement le Constantinois aux humbles paysans berbères. Les nomades, quant à eux, plus ou moins confinés dans le sud de l’ancien Limes romain, s’associèrent aux tribus arabes venus de l’Orient. Ils s’adonnèrent au pastoralisme dans de vastes zones steppiques dont les systèmes de production restent toutefois, marqués par les mêmes dominantes et les mêmes modes d’organisation commandés par la difficulté à domestiquer un milieu soumis parfaitement à l’aléa climatique.

    Arrêtons-nous ici pour dire que pendant des siècles  » les cultures n’ont dominé que dans des aires particulières et exiguës, oasis, hautes vallées atlasiques, périphérie des villes, et, plus largement, dans l’arrière pays des ports. Les oasis et les vallées de montagne, où des quinteniers (Khammès) et des paysans indépendants pratiquaient une agriculture intensive, pourvoyaient le nord du Maghreb en produits fortement valorisés, dattes, henné, noix et brou, miel…Etapes des caravanes qui convoyaient de nombreuses marchandises à travers le Sahara et jusqu’aux ports atlantiques et méditerranéens  » (9).

    M. KH.

    Le Maghreb, 03 juin 2021

    Etiquettes : Algérie, agriculture, sociétés rurales, Numidie, Maghreb,

  • Belle moisson diplomatique pour l’Algérie

    Dossiers libyen, Malien, palestinien et Sahara occidental

    La remontada Algérienne
    Belle moisson diplomatique pour l’Algérie, qui, à la faveur d’une brusque accélération des événements géopolitiques, se replace confortablement au-devant de la scène régionale et internationale.

    Brahim TAKHEROUBT

    Ils étaient nombreux les think thanks, les instituts d’analyse et les observateurs non avertis- à se faire «des soucis» sur l’état de santé diplomatique de l’Algérie. Car, avançaient-ils, le plus grand pays d’Afrique a complètement perdu la main sur les dossiers- clefs qui rythment la vie politique, sécuritaire et diplomatique de la région. Dans le dossier malien, ces think thanks n’ont-ils pas soutenu que l’Algérie est définitivement exclue et que sa voix n’est plus audible?

    De même, ajoutent ces « moulins à idées» que l’Algérie a été « totalement éjectée» de la question libyenne où elle n’a plus droit au chapitre. Pour le Sahara occidental, c’est à peine s’ils n’ont pas lâché le qualificatif de bérézina algérienne pour saluer l’action «avisée» du Maroc dont le seul haut fait d’armes est d’avoir normalisé ses relations avec Israël pour quémander un soutien américain. Bâties sur les sables mouvants du rivage, toutes ces thèses ont été emportées au premier ressac.

    À la faveur d’une brusque accélération des événements au plan régional, l’Algérie se replace confortablement au-devant de la scène diplomatique. Une impressionnante remontada géopolitique. Avec la Libye, l’heure est au réalisme politique et au business. Plus de 10 membres du gouvernement de transition ont accompagné le déplacement du Premier ministre, Abdelhamid Dbeibah, il y a deux jours, à Alger. Le Forum économique algéro-libyen, qui s’est tenu les 29 et 30 mai derniers, en présence de 700 opérateurs économiques, a constitué un saut qualitatif dans le domaine de la coopération économique et du partenariat entre les deux pays.

    Depuis le début de la crise libyenne en 2011, l’Algérie n’a pas changé sa position d’un iota, concernant la Libye depuis les raids de l’Otan contre ce pays voisin en 2011, en respectant les principes de non-intervention dans les affaires internes des pays tiers et de règlement des conflits par la voie politique. L’Algérie est restée au-dessus de la mêlée dans la crise libyenne, en se tenant à une égale distance entre les parties en conflit. Si avec le voisin libyen, la dynamique de relance est effective, le dossier malien est d’une actualité brûlante.

    Après l’éviction du président intérimaire Bah Ndaw et de son Premier ministre, lors du coup d’Etat du 24 mai dernier, la donne géopolitique a été sérieusement bousculée. Un boulevard inespéré s’ouvre devant Poutine qui ne se fera pas prier pour prendre pied en Afrique et desserrer par là même les Européens qui se resserrent contre Moscou. Bamako multiplie les appels en direction de la Russie, perçue comme un pays ami et non comme l’ancienne puissance coloniale. Macron s’en est offusqué en déclarant vouloir se retirer de ce bourbier où s’est enlisée l’armée française après une débauche de moyens et d’énergie pour un piteux résultat. C’est l’accord d’Alger qui prend alors toute son importance surtout que le nouveau prétendant à jouer les premiers rôles dans la région, la Russie, est un allié stratégique de l’Algérie.

    Elle cueille également les dividendes de sa fidélité à la cause palestinienne. L’Algérie s’en sort grandie pour son intransigeance envers l’agression de l’armée sioniste contre la Palestine. On a les images de manifestations de sympathie envers l’Algérie, retransmises à partir de Ghaza, pour son courage et la rectitude de ses positions. De même qu’elle n’a pas changé sa position envers le peuple sahraoui, dernière colonie en Afrique qui lutte pour son droit à l’autodétermination. De tous ses dossiers, l’Algérie a fait une belle moisson diplomatique qui la replace désormais comme partenaire incontournable dans la région du Sahel.

    L’Expression, 02 juin 2021

    Etiquettes : Algérie, offensive diplomatique, Libye, Mali, Sahara Occidental, Palestine, Sahel, Maghreb, Tunisie,

  • Algérie : Unité et mobilisation

    Les discours et interventions des prétendants à la députation sont souvent axés sur l’unité nationale et la stabilité du pays. En effet, ces deux thèmes reviennent quasiment en boucle que ce soit chez les partis engagés dans ces élections législatives ou chez les indépendants. Tous saisissent la particularité de la conjoncture par laquelle passe le pays, mais aussi toute la région du Maghreb et du Sahel.

    Les basses manœuvres qui visent le pays ont pour objectif de semer le chaos et diviser la nation pour l’affaiblir et affaiblir ses positions sur la scène internationale. L’Algérie dérange par ses principes immuables et non négociables et ceci ne sied pas à ses ennemis qui multiplient les attaques, les manipulations et les fake news.

    Face à ces défis, il s’agit en priorité de renforcer le front interne et œuvrer tous ensemble pour ne pas hypothéquer la souveraineté des décisions du pays, qui ne doivent être dictées par aucune force étrangère quelle que soit sa puissance. Et c’est ce message d’unité qui a été le dénominateur commun de cette campagne électorale pour les Législatives.

    L’appel au peuple pour s’unir et prendre conscience des risques qui guettent le pays reviennent ainsi inlassablement dans les interventions et les meetings des candidats à la députation et des chefs de partis. Les Algériens, dans leur écrasante majorité, sont conscients de ces défis et savent la délicatesse de cette conjoncture. Ils comprennent que des parties occultes travaillent à saper les plans et voies de gestion et de sortie de crise qui se basent essentiellement sur le retour au peuple et aux élections pour doter le pays d’institutions fortes et légitimes.

    Et pour ce, des voix s’élèvent ici et là pour remettre en doute cette vision et ce retour au seul peuple pour décider de son avenir, avec en premier lieu l’organisation de ces élections législatives nécessaires à la poursuite de l’édification des institutions de l’Etat. Une prise de conscience et une constante chez le peuple algérien qui a été rappelé par le chef d’Etat- Major de l’ANP, Said Chanegriha, qui a déclaré à Blida « Nous sommes pleinement convaincus que le peuple algérien est devenu, plus que jamais, conscient, qu’il ne peut être manipulé ou poussé dans des dédales périlleuses, qu’il se mobilisera contre tous les desseins pernicieux, pour les contrecarrer et affronter ceux qui les trament et se tiendra, comme à l’accoutumée, tel un seul homme aux côtés des institutions de l’Etat, face à ceux qui guettent le pays».

    Par Abdelmadjid Blidi

    Ouest Tribune, 02 juin 2021

    Etiquettes : Algérie, élections législatives, campagne électorale, conjoncture régionale, Maghreb, Sahel, déstabilisation, dangers, fake news, manipulations, complots, message d’unité,

  • Algérie-Libye: Un Maghreb uni au service des Maghrébins

    La Libye est de retour. Fini donc le drame incommensurable d’un peuple victime d’une intervention militaire occidentale illégitime et injustement dépossédé de ses richesses. La page douloureuse de la guerre par procuration est désormais tournée pour aborder l’ère de la réconciliation, de la stabilité et de la reconstruction nationale. A pas sûr, la nouvelle Libye avance pour se défaire à jamais des séquelles de la printanisation chaotique et sanguinaire. Le cap est résolument mis sur le rétablissement de l’ordre constitutionnel et institutionnel revendiqué, dès le déclenchement de la crise, par l’Algérie au côté de la Libye, en toutes circonstances, et soucieuse de faire taire les armes de la fitna lorsque les armes de la destruction massive ont plongé le peuple libyen dans un enfer inqualifiable.

    «Comment pouvons-nous oublier ce que le peuple frère libyen avait apporté comme soutien matériel et moral à notre Glorieuse guerre de libération nationale. Comment ne pas se remémorer avec fierté «les deux batailles d’Issine», le 3 octobre 1957 et le 25 septembre 1958, où le sang libyen s’est mêlé au sang algérien dans une image des plus suprêmes de sacrifice et dans un sens des plus nobles de la foi en un destin commun», a souligné le ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, procédant à l’ouverture du forum économique algéro-libyen, en présence du ministre du Commerce, Kamel Rezig et de son homologue libyen, Mohamed El Hawj.

    Le devoir de solidarité commande aujourd’hui la mobilisation de tous les moyens politique et diplomatique pour permettre le retour en force de la Libye sur la scène internationale et tracer la voie à un avenir commun. Il impose un partenariat maghrébin au service des peuples maghrébins dont les prémices sont perceptibles dans l’intervention prompte de la Sonelgaz pour le rétablissement du courant électrique à Tripoli, la signature d’une convention entre la Sonelgaz et la société libyenne Général Electric Compagny pour la production, le transport et la distribution de l’électricité et du gaz en Libye, et la contribution de la Sonatrach pour la reconstruction et l’entretien des champs et des ports pétroliers.

    Le Maghreb uni et à voix forte n’est pas une lubie. Il est une réalité vivante incarnée par la volonté des deux pays de lancer sans tarder les chantiers d’un partenariat gagnant-gagnant. Les perspectives se déclinent dans la mise en place d’une zone de libre-échange, l’ouverture des lignes maritime, aérienne et terrestre reliant Debdeb à Ghadamès. Les potentialités algéro-libyennes sont énormes. Elles permettent le développement d’un partenariat commercial qui ambitionne de porter les échanges commerciaux à hauteur de 3 milliards de dollars (contre 59 millions de dollars actuellement).

    Ensemble, l’Algérie des réformes économiques et la Libye stable et sûre peuvent relever le défi de l’intégration maghrébine.

    Horizons, 30 mai 2021

    Etiquettes : Algérie, Libye, Maghreb, coopération économique, échange, commerce, viste d’Abdelhamid Dbeibah en Algérie,

  • La stabilité du Maghreb, un impératif pour l’Europe (Institut Montaigne)

    Hakim El Karoui*

    La Méditerranée n’est pas une frontière : les flux d’hommes, d’idées, de marchandises, d’argent en ont fait depuis longtemps une interface beaucoup plus qu’une barrière. Les six millions de Français originaires du Maghreb font aujourd’hui que le destin de la France est lié à cette région du monde. C’est aussi le cas pour l’Espagne, avec le Maroc, et l’Italie, avec la Tunisie et la Libye. Le Sud de l’Europe est arrimé au Nord de l’Afrique, pour le meilleur – les échanges culturels, les services comme le tourisme, l’économie du care, la coopération industrielle – comme pour le pire, avec l’islamisme radical européen qui prend ses racines au Maghreb.

    L’Europe – et particulièrement la France – n’a pas nécessairement su prendre la mesure des transformations sociales qui ont provoqué les révoltes du printemps arabe il y a une décennie. Ce rendez-vous manqué ne doit pas se reproduire à l’occasion de la crise sanitaire et de ses conséquences économiques.

    Depuis de nombreuses années, les pays européens ont le sentiment de voir se rétrécir leur sphère d’influence en Afrique du Nord. D’autres pays, notamment des économies émergentes, ont su trouver leur place auprès des nouvelles élites économiques et formuler des propositions de partenariat concurrentes à celles des Européens.

    Les dés ne sont pourtant pas jetés. Il n’y a aucune fatalité à ce que les liens entre les deux rives de la Méditerranée s’estompent au profit d’une présence turque, qatarie, chinoise ou russe renforcée. Nous avons de nombreux atouts et au-delà nous partageons une histoire et un destin communs avec ces pays.

    Cette note dresse un état des lieux complet du Maroc, de la Tunisie et de l’Algérie, avant la crise du Covid-19 et depuis. L’Institut Montaigne y plaide pour que les Européens octroient un soutien massif au Maghreb, notamment à la Tunisie, sans contrepartie trop brutale, pour éviter un choc social et politique qui y menacerait le fragile édifice démocratique.

    Avant le Covid-19 et depuis : quel état des lieux économique ?

    La Tunisie, une démocratie au modèle économique à réinventer
    Symbole politique unique dans le monde arabe, la Tunisie a réussi sa transition démocratique. Ses indices de transparence sont au niveau des grandes démocraties émergentes, à l’instar de l’Inde ou du Brésil. Mais, longtemps considérée comme l’un des pays les plus compétitifs du continent africain, la Tunisie voit sa situation économique et financière se dégrader depuis les années 2010 pour atteindre -7 % de croissance en 2020.

    Le pays est désormais caractérisé par un potentiel de croissance trop peu exploité, un manque de productivité et une certaine stagnation économique. Le secteur primaire (près de 13 % des emplois tunisiens), trop orienté vers la sécurité alimentaire nationale, est insuffisamment tourné vers le commerce extérieur. La Tunisie ne dispose d’aucune rente naturelle. C’est donc sur les exportations liées aux services (principalement le tourisme) et sur les flux d’investissements étrangers (IDE), notamment dans le textile et la micro-électronique, que repose l’économie tunisienne. Malgré une forte diversification de son économie et de réels atouts comme le faible coût du travail associé à un système de formation relativement efficace, la Tunisie peine à valoriser pleinement ses atouts.

    La Tunisie connaît un fort taux de chômage, environ 15 % de la population active. Sa croissance démographique rapide, d’environ 1 % par an, ralentit la capacité d’absorption du marché du travail de sorte que les taux de chômage des 15-24 ans comme celui des diplômés s’élèvent à environ 35 % et 30 % respectivement.

    Afin de calmer la colère sociale, les autorités ont massivement eu recours à l’augmentation de l’emploi public, en titularisant notamment des personnes en contrats à durée déterminée et en recrutant massivement dans la fonction publique dans les zones les plus pauvres. Dès la fin de l’année 2016, on dénombrait déjà près de 600 000 emplois publics, contre un peu moins de 450 000 à la fin de l’année 2010. Aujourd’hui, la masse salariale représente environ la moitié de la dépense publique tunisienne. L’emploi public culmine à près de 18 % du total – un record mondial.

    Ce modèle économique a fortement été ébranlé par la crise de 2020 et le « Grand confinement ». La réponse des autorités tunisiennes a été cohérente sur le plan sanitaire mais limitée financièrement. Par exemple, le gouvernement a versé deux tiers du SMIC aux familles les plus pauvres, soit 140 euros.

    Avec un total d’environ 2 points de PIB, le plan de relance lié aux mesures d’urgence demeure modeste, comparé à la moyenne mondiale et à celle des pays émergents (respectivement, près de 3,5 et 3 points de PIB).

    Le Maroc, un modèle de croissance expansif malgré de fortes inégalités

    Le Maroc et la Tunisie partagent certaines caractéristiques de développement :

    -un modèle de croissance « ouvert » (taux d’ouverture avant-crise proche de 90 %) qui repose sur les exportations touristiques et sur la consommation ;
    -un secteur primaire important, qui représente 12,5 % du PIB et concerne un tiers de la population active.

    Le « printemps arabe » et la recrudescence de l’instabilité régionale ont largement bénéficié au Maroc. Le pays se situe une vingtaine de places devant la Tunisie dans les classements Doing Business et Global Competitive Index. Les flux touristiques le démontrent : le Maroc a enregistré une croissance nettement plus importante que la Tunisie ou même l’Égypte – où les arrivées se sont effondrées lors des manifestations de 2011 et des vagues d’attentats de 2015 et 2016.

    Mais de fortes inégalités persistent. Le Maroc souffre, comme la Tunisie, d’un taux de chômage important, principalement chez les jeunes de 15-24 ans (21,9 %). La participation des femmes au marché du travail (19,9 % in 2020) est près de deux fois inférieure à la moyenne des pays en voie de développement (45 %). Le taux d’alphabétisation des femmes est inférieur d’environ 20 points à celui des hommes. Par conséquent, les femmes marocaines sont plus nombreuses qu’ailleurs dans le secteur informel.

    Plus largement, les principaux indicateurs sociaux sont inférieurs au reste des pays du Maghreb. Mais si le Maroc peine à réduire les inégalités structurelles, le pays a rapidement mobilisé un grand nombre d’outils de financement pour gérer l’urgence sanitaire de 2020 et soutenir les populations fragiles. Dès le début de la crise de Covid-19, les autorités marocaines ont effectivement mobilisé 3 milliards de dollars, soit 3 % du PIB. Mais ce montant ne suffit pas à contenir l’accroissement rapide du ratio d’endettement et le creusement des déficits courants.

    L’Algérie, des fondamentaux économiques dépendants du cours des hydrocarbures

    Le modèle de croissance algérien est fondé sur un triptyque :

    -production et exportation des ressources, notamment en hydrocarbures qui représentent entre 20 et 25 % du PIB national et plus de 90 % des exportations ;
    -faible tertiarisation de l’activité, notamment en ce qui concerne le tourisme et les services à la personne ;
    forte présence de l’État dans l’économie.
    -La pérennité de ce modèle de croissance dépend donc fortement des cours des hydrocarbures. Or, depuis 2014, on observe une baisse tendancielle des rentes pétrolières, ce qui impacte réellement le PIB algérien.

    La baisse des recettes pétrolières a conduit à un accroissement du déficit budgétaire depuis cinq ans. En 2015, il atteignait -16 % du PIB. L’endettement public intérieur a continué à se creuser, passant à 46,3 % du PIB en 2019. Le double choc pétrolier et sanitaire du premier semestre 2020 a abouti à une contraction du secteur des hydrocarbures, une baisse de la consommation et une chute de l’investissement. La crise est financière mais aussi sociopolitique. La stabilité sociale et politique de l’Algérie repose depuis la fin des années 1990 sur ses dépenses sociales.

    Les dépenses sociales au sens large représentent environ 25 % du PIB, soit 5 points de plus que la moyenne de l’OCDE – un montant considérable. La soutenabilité de ce système de redistribution massive via les transferts sociaux en Algérie est conditionnée à un prix élevé du baril de pétrole. L’effondrement des prix du pétrole au début de l’année 2020 a ainsi mis en péril un système de transferts sociaux essentiels pour la stabilité politique du pays.

    Cette politique de transferts sociaux permet de compenser un taux d’emploi très faible, avec un taux d’activité parmi les plus bas au monde (42 % en moyenne).

    L’Algérie doit donc trouver d’autres sources de financement pour assurer la pérennité de son système.

    Avant la pandémie, les pays du Maghreb étaient porteurs de fragilités économiques et sociales. Ces dernières se sont accentuées avec la crise. Pour y faire face, cette note projette des scénarios macroéconomiques par lesquels l’Institut Montaigne évalue clairement et précisément les besoins de financement des trois pays maghrébins.

    Sortir de la crise : quels scénarios ?

    Le cas tunisien

    La Tunisie a bénéficié d’un prêt d’urgence d’environ 753 millions de dollars de la part du FMI en avril 2020. Cette somme ne suffira pas à couvrir l’entièreté du besoin de financement public du pays en 2021. 1 milliard de dollars supplémentaires pourraient lui être accordés, mais ils sont conditionnés à la mise en place de réformes structurelles négociées avec le précédent gouvernement.

    Selon les scénarios les plus optimistes, les besoins de financement tunisiens seraient compris entre 3 et 5 milliards de dollars, et entre 5 et 9 milliards de dollars pour les scénarios pessimistes. La Tunisie a besoin de trouver en urgence des financements complémentaires.

    Le cas marocain

    Le Maroc a levé environ 3 milliards de dollars en décembre 2020. Le FMI soulignait début 2021 que la dette marocaine semblait soutenable à court terme.

    Le pays doit néanmoins financer un grand plan de développement à moyen terme : renforcement de son capital humain (déficiences structurelles pour l’éducation par exemple), financement en infrastructures et industries de réseaux (notamment le réseau routier), transition énergétique et modernisation du système de protection sociale et de santé.

    Selon les scénarios optimistes, les besoins de financement par le Maroc se situeraient entre 3,5 et 6,5 milliards de dollars. Entre 6 et 11 milliards de dollars seront nécessaires selon les scénarios pessimistes, s’il ne dispose pas d’aide des bailleurs internationaux.

    Le cas algérien

    Des trois pays du Maghreb, c’est l’Algérie qui détient le déficit budgétaire le plus important : il devrait atteindre 13,5 % du PIB en 2021. L’Algérie maîtrise cependant son taux d’endettement (46,3 % de son PIB en 2019). Déclinant un soutien multilatéral (en particulier du FMI), le gouvernement finance ses transferts sociaux sans difficulté grâce à la richesse de ses ressources en hydrocarbures. Néanmoins, la pérennité de ce système social dépend fortement du paramètre très évolutif du prix des hydrocarbures.

    Soutenir le Maghreb, un impératif pour l’Europe

    Relancer le partenariat euro-méditerranéen

    Le bilan est clair : les pays du Maghreb, et particulièrement la Tunisie, ont besoin d’être soutenus financièrement dans le contexte de la crise sanitaire. Les économies de la région et la stabilité de ces pays sont sous tension. L’Europe doit pouvoir inclure le Maghreb dans son plan européen de 750 milliards d’euros. Faire bénéficier la capacité d’emprunt européenne aux trois pays du Maghreb leur permettrait d’acquérir les liquidités nécessaires à la transformation de leurs modèles de développement. À cette condition, la crise pourra constituer une opportunité à saisir pour se relancer durablement.

    Le Maghreb, nouvel enjeu stratégique

    Le Maghreb n’est plus un pré-carré européen. Les trois pays du Maghreb font l’objet d’un intérêt de la part des grands acteurs régionaux et mondiaux. L’influence de l’Europe – et particulièrement celle de la France – recule progressivement.

    Seule démocratie du monde arabe, proche de l’Europe par ses échanges commerciaux, la Tunisie représente un fort symbole politique. La France demeure un partenaire majeur de la Tunisie : environ 14 % des importations tunisiennes en 2019 (contre 21 % en 2009). Mais l’analyse des flux d’investissements directs montre que d’autres puissances s’intéressent à la Tunisie. 39 % du stock d’IDE en 2019 provenaient des pays du Golfe, dont 11 % pour le Qatar. La Turquie est également très implantée sur le marché tunisien, notamment dans le domaine des travaux publics et des infrastructures.

    Le Maroc, passerelle entre l’Europe et l’Afrique, plateforme commerciale et financière importante, économie ouverte aux échanges et insérée dans les principaux flux économiques et financiers, est au cœur des intérêts régionaux et internationaux. Le Maroc intéresse de plus en plus la Chine, dont la diaspora est assez importante sur le littoral marocain. La Chine regarde de près les implantations logistiques, notamment à Tanger, et exporte beaucoup de biens manufacturés et de matériel au Maroc. Elle a aussi construit un partenariat avec le Royaume pendant la crise du Covid-19 : envois de masques, test avancé de vaccins, distribution massive de vaccins chinois, etc. La Chine est en bonne position sur le plan des importations marocaines : elle représente 10 % du total en 2019, même si elle demeure derrière l’Espagne (15 %) et la France (12 %).

    Fondamentalement souverainiste mais très ouverte sur l’international par ses échanges commerciaux, l’Algérie se caractérise par son paradoxe. Riche en hydrocarbures et très attentive aux choix de ses partenaires économiques, l’Algérie détient les clients et les fournisseurs les plus diversifiés de la région. La Russie et la Chine sont devenues des partenaires importants de l’Algérie (17 % des importations algériennes provenaient de Chine en 2019). Longtemps concentrées sur le secteur de la défense, les relations entre Moscou et Alger ont récemment évolué avec la crise du Covid-19 vers le domaine de la santé (utilisation du vaccin russe en Algérie).

    C’est pourquoi l’Europe doit rester très attentive à la situation du Maghreb et trouver des solutions, pas seulement d’ordre financier, pour contribuer à la stabilité de ces pays. Celles-ci dépendent du bien-être des populations, davantage que le seul soutien aux régimes. Agissons tant qu’il est encore temps.

    *Normalien, agrégé de géographie, Hakim El Karoui a enseigné à l’université Lyon II avant de rejoindre le cabinet du Premier ministre en 2002. Après un passage à Bercy, il rejoint, en 2006, la banque Rothschild. Depuis le mois d’avril 2021, il dirige le bureau parisien de Brunswick. Il est également essayiste et entrepreneur social et a créé le club du XXIe siècle et les Young Mediterranean Leaders. Hakim El Karoui est senior fellow de l’Institut Montaigne et auteur de plusieurs rapports, dont Nouveau monde arabe, nouvelle « politique arabe » pour la France (2017).

    Institut Montaigne, mai 2021

    Etiquettes : Maroc, Algérie, Tunisie, Mauritanie, Libye, Maghreb, Migration, Méditerranée,

  • La stabilité du Maghreb, un impératif pour l’Europe

    Hakim El Karoui Senior Fellow – Monde arabe, Islam

    Normalien, agrégé de géographie, Hakim El Karoui a enseigné à l’université Lyon II avant de rejoindre le cabinet du Premier ministre en 2002. Après un passage à Bercy, il rejoint, en 2006, la banque Rothschild. Depuis le mois d’avril 2021, il dirige le bureau parisien de Brunswick. Il est également essayiste et entrepreneur social et a créé le club du XXIe siècle et les Young Mediterranean Leaders. Hakim El Karoui est senior fellow de l’Institut Montaigne et auteur de plusieurs rapports, dont Nouveau monde arabe, nouvelle « politique arabe » pour la France (2017).

    La Méditerranée n’est pas une frontière : les flux d’hommes, d’idées, de marchandises, d’argent en ont fait depuis longtemps une interface beaucoup plus qu’une barrière. Les six millions de Français originaires du Maghreb font aujourd’hui que le destin de la France est lié à cette région du monde. C’est aussi le cas pour l’Espagne, avec le Maroc, et l’Italie, avec la Tunisie et la Libye. Le Sud de l’Europe est arrimé au Nord de l’Afrique, pour le meilleur – les échanges culturels, les services comme le tourisme, l’économie du care, la coopération industrielle – comme pour le pire, avec l’islamisme radical européen qui prend ses racines au Maghreb.

    L’Europe – et particulièrement la France – n’a pas nécessairement su prendre la mesure des transformations sociales qui ont provoqué les révoltes du printemps arabe il y a une décennie. Ce rendez-vous manqué ne doit pas se reproduire à l’occasion de la crise sanitaire et de ses conséquences économiques.

    Depuis de nombreuses années, les pays européens ont le sentiment de voir se rétrécir leur sphère d’influence en Afrique du Nord. D’autres pays, notamment des économies émergentes, ont su trouver leur place auprès des nouvelles élites économiques et formuler des propositions de partenariat concurrentes à celles des Européens.

    Les dés ne sont pourtant pas jetés. Il n’y a aucune fatalité à ce que les liens entre les deux rives de la Méditerranée s’estompent au profit d’une présence turque, qatarie, chinoise ou russe renforcée. Nous avons de nombreux atouts et au-delà nous partageons une histoire et un destin communs avec ces pays.

    Cette note dresse un état des lieux complet du Maroc, de la Tunisie et de l’Algérie, avant la crise du Covid-19 et depuis. L’Institut Montaigne y plaide pour que les Européens octroient un soutien massif au Maghreb, notamment à la Tunisie, sans contrepartie trop brutale, pour éviter un choc social et politique qui y menacerait le fragile édifice démocratique.

    Avant le Covid-19 et depuis : quel état des lieux économique ?

    La Tunisie, une démocratie au modèle économique à réinventer

    Symbole politique unique dans le monde arabe, la Tunisie a réussi sa transition démocratique. Ses indices de transparence sont au niveau des grandes démocraties émergentes, à l’instar de l’Inde ou du Brésil. Mais, longtemps considérée comme l’un des pays les plus compétitifs du continent africain, la Tunisie voit sa situation économique et financière se dégrader depuis les années 2010 pour atteindre -7 % de croissance en 2020.

    Le pays est désormais caractérisé par un potentiel de croissance trop peu exploité, un manque de productivité et une certaine stagnation économique. Le secteur primaire (près de 13 % des emplois tunisiens), trop orienté vers la sécurité alimentaire nationale, est insuffisamment tourné vers le commerce extérieur. La Tunisie ne dispose d’aucune rente naturelle. C’est donc sur les exportations liées aux services (principalement le tourisme) et sur les flux d’investissements étrangers (IDE), notamment dans le textile et la micro-électronique, que repose l’économie tunisienne. Malgré une forte diversification de son économie et de réels atouts comme le faible coût du travail associé à un système de formation relativement efficace, la Tunisie peine à valoriser pleinement ses atouts.

    La Tunisie connaît un fort taux de chômage, environ 15 % de la population active. Sa croissance démographique rapide, d’environ 1 % par an, ralentit la capacité d’absorption du marché du travail de sorte que les taux de chômage des 15-24 ans comme celui des diplômés s’élèvent à environ 35 % et 30 % respectivement.

    Afin de calmer la colère sociale, les autorités ont massivement eu recours à l’augmentation de l’emploi public, en titularisant notamment des personnes en contrats à durée déterminée et en recrutant massivement dans la fonction publique dans les zones les plus pauvres. Dès la fin de l’année 2016, on dénombrait déjà près de 600 000 emplois publics, contre un peu moins de 450 000 à la fin de l’année 2010. Aujourd’hui, la masse salariale représente environ la moitié de la dépense publique tunisienne. L’emploi public culmine à près de 18 % du total – un record mondial.

    Ce modèle économique a fortement été ébranlé par la crise de 2020 et le « Grand confinement ». La réponse des autorités tunisiennes a été cohérente sur le plan sanitaire mais limitée financièrement. Par exemple, le gouvernement a versé deux tiers du SMIC aux familles les plus pauvres, soit 140 euros.

    Avec un total d’environ 2 points de PIB, le plan de relance lié aux mesures d’urgence demeure modeste, comparé à la moyenne mondiale et à celle des pays émergents (respectivement, près de 3,5 et 3 points de PIB).

    Le Maroc, un modèle de croissance expansif malgré de fortes inégalités

    Le Maroc et la Tunisie partagent certaines caractéristiques de développement :

    un modèle de croissance « ouvert » (taux d’ouverture avant-crise proche de 90 %) qui repose sur les exportations touristiques et sur la consommation ;
    un secteur primaire important, qui représente 12,5 % du PIB et concerne un tiers de la population active.
    Le « printemps arabe » et la recrudescence de l’instabilité régionale ont largement bénéficié au Maroc. Le pays se situe une vingtaine de places devant la Tunisie dans les classements Doing Business et Global Competitive Index. Les flux touristiques le démontrent : le Maroc a enregistré une croissance nettement plus importante que la Tunisie ou même l’Égypte – où les arrivées se sont effondrées lors des manifestations de 2011 et des vagues d’attentats de 2015 et 2016.

    Mais de fortes inégalités persistent. Le Maroc souffre, comme la Tunisie, d’un taux de chômage important, principalement chez les jeunes de 15-24 ans (21,9 %). La participation des femmes au marché du travail (19,9 % in 2020) est près de deux fois inférieure à la moyenne des pays en voie de développement (45 %). Le taux d’alphabétisation des femmes est inférieur d’environ 20 points à celui des hommes. Par conséquent, les femmes marocaines sont plus nombreuses qu’ailleurs dans le secteur informel.

    Plus largement, les principaux indicateurs sociaux sont inférieurs au reste des pays du Maghreb. Mais si le Maroc peine à réduire les inégalités structurelles, le pays a rapidement mobilisé un grand nombre d’outils de financement pour gérer l’urgence sanitaire de 2020 et soutenir les populations fragiles. Dès le début de la crise de Covid-19, les autorités marocaines ont effectivement mobilisé 3 milliards de dollars, soit 3 % du PIB. Mais ce montant ne suffit pas à contenir l’accroissement rapide du ratio d’endettement et le creusement des déficits courants.

    L’Algérie, des fondamentaux économiques dépendants du cours des hydrocarbures

    Le modèle de croissance algérien est fondé sur un triptyque :

    production et exportation des ressources, notamment en hydrocarbures qui représentent entre 20 et 25 % du PIB national et plus de 90 % des exportations ;
    faible tertiarisation de l’activité, notamment en ce qui concerne le tourisme et les services à la personne ;
    forte présence de l’État dans l’économie.
    La pérennité de ce modèle de croissance dépend donc fortement des cours des hydrocarbures. Or, depuis 2014, on observe une baisse tendancielle des rentes pétrolières, ce qui impacte réellement le PIB algérien.

    La baisse des recettes pétrolières a conduit à un accroissement du déficit budgétaire depuis cinq ans. En 2015, il atteignait -16 % du PIB. L’endettement public intérieur a continué à se creuser, passant à 46,3 % du PIB en 2019. Le double choc pétrolier et sanitaire du premier semestre 2020 a abouti à une contraction du secteur des hydrocarbures, une baisse de la consommation et une chute de l’investissement. La crise est financière mais aussi sociopolitique. La stabilité sociale et politique de l’Algérie repose depuis la fin des années 1990 sur ses dépenses sociales.

    Les dépenses sociales au sens large représentent environ 25 % du PIB, soit 5 points de plus que la moyenne de l’OCDE – un montant considérable. La soutenabilité de ce système de redistribution massive via les transferts sociaux en Algérie est conditionnée à un prix élevé du baril de pétrole. L’effondrement des prix du pétrole au début de l’année 2020 a ainsi mis en péril un système de transferts sociaux essentiels pour la stabilité politique du pays.

    Cette politique de transferts sociaux permet de compenser un taux d’emploi très faible, avec un taux d’activité parmi les plus bas au monde (42 % en moyenne).

    L’Algérie doit donc trouver d’autres sources de financement pour assurer la pérennité de son système.

    Avant la pandémie, les pays du Maghreb étaient porteurs de fragilités économiques et sociales. Ces dernières se sont accentuées avec la crise. Pour y faire face, cette note projette des scénarios macroéconomiques par lesquels l’Institut Montaigne évalue clairement et précisément les besoins de financement des trois pays maghrébins.

    Sortir de la crise : quels scénarios ?

    Le cas tunisien

    La Tunisie a bénéficié d’un prêt d’urgence d’environ 753 millions de dollars de la part du FMI en avril 2020. Cette somme ne suffira pas à couvrir l’entièreté du besoin de financement public du pays en 2021. 1 milliard de dollars supplémentaires pourraient lui être accordés, mais ils sont conditionnés à la mise en place de réformes structurelles négociées avec le précédent gouvernement.

    Selon les scénarios les plus optimistes, les besoins de financement tunisiens seraient compris entre 3 et 5 milliards de dollars, et entre 5 et 9 milliards de dollars pour les scénarios pessimistes. La Tunisie a besoin de trouver en urgence des financements complémentaires.

    Le cas marocain

    Le Maroc a levé environ 3 milliards de dollars en décembre 2020. Le FMI soulignait début 2021 que la dette marocaine semblait soutenable à court terme.

    Le pays doit néanmoins financer un grand plan de développement à moyen terme : renforcement de son capital humain (déficiences structurelles pour l’éducation par exemple), financement en infrastructures et industries de réseaux (notamment le réseau routier), transition énergétique et modernisation du système de protection sociale et de santé.

    Selon les scénarios optimistes, les besoins de financement par le Maroc se situeraient entre 3,5 et 6,5 milliards de dollars. Entre 6 et 11 milliards de dollars seront nécessaires selon les scénarios pessimistes, s’il ne dispose pas d’aide des bailleurs internationaux.

    Le cas algérien

    Des trois pays du Maghreb, c’est l’Algérie qui détient le déficit budgétaire le plus important : il devrait atteindre 13,5 % du PIB en 2021. L’Algérie maîtrise cependant son taux d’endettement (46,3 % de son PIB en 2019). Déclinant un soutien multilatéral (en particulier du FMI), le gouvernement finance ses transferts sociaux sans difficulté grâce à la richesse de ses ressources en hydrocarbures. Néanmoins, la pérennité de ce système social dépend fortement du paramètre très évolutif du prix des hydrocarbures.

    Soutenir le Maghreb, un impératif pour l’Europe

    Relancer le partenariat euro-méditerranéen

    Le bilan est clair : les pays du Maghreb, et particulièrement la Tunisie, ont besoin d’être soutenus financièrement dans le contexte de la crise sanitaire. Les économies de la région et la stabilité de ces pays sont sous tension. L’Europe doit pouvoir inclure le Maghreb dans son plan européen de 750 milliards d’euros. Faire bénéficier la capacité d’emprunt européenne aux trois pays du Maghreb leur permettrait d’acquérir les liquidités nécessaires à la transformation de leurs modèles de développement. À cette condition, la crise pourra constituer une opportunité à saisir pour se relancer durablement.

    Le Maghreb, nouvel enjeu stratégique

    Le Maghreb n’est plus un pré-carré européen. Les trois pays du Maghreb font l’objet d’un intérêt de la part des grands acteurs régionaux et mondiaux. L’influence de l’Europe – et particulièrement celle de la France – recule progressivement.

    Seule démocratie du monde arabe, proche de l’Europe par ses échanges commerciaux, la Tunisie représente un fort symbole politique. La France demeure un partenaire majeur de la Tunisie : environ 14 % des importations tunisiennes en 2019 (contre 21 % en 2009). Mais l’analyse des flux d’investissements directs montre que d’autres puissances s’intéressent à la Tunisie. 39 % du stock d’IDE en 2019 provenaient des pays du Golfe, dont 11 % pour le Qatar. La Turquie est également très implantée sur le marché tunisien, notamment dans le domaine des travaux publics et des infrastructures.

    Le Maroc, passerelle entre l’Europe et l’Afrique, plateforme commerciale et financière importante, économie ouverte aux échanges et insérée dans les principaux flux économiques et financiers, est au cœur des intérêts régionaux et internationaux. Le Maroc intéresse de plus en plus la Chine, dont la diaspora est assez importante sur le littoral marocain. La Chine regarde de près les implantations logistiques, notamment à Tanger, et exporte beaucoup de biens manufacturés et de matériel au Maroc. Elle a aussi construit un partenariat avec le Royaume pendant la crise du Covid-19 : envois de masques, test avancé de vaccins, distribution massive de vaccins chinois, etc. La Chine est en bonne position sur le plan des importations marocaines : elle représente 10 % du total en 2019, même si elle demeure derrière l’Espagne (15 %) et la France (12 %).

    Fondamentalement souverainiste mais très ouverte sur l’international par ses échanges commerciaux, l’Algérie se caractérise par son paradoxe. Riche en hydrocarbures et très attentive aux choix de ses partenaires économiques, l’Algérie détient les clients et les fournisseurs les plus diversifiés de la région. La Russie et la Chine sont devenues des partenaires importants de l’Algérie (17 % des importations algériennes provenaient de Chine en 2019). Longtemps concentrées sur le secteur de la défense, les relations entre Moscou et Alger ont récemment évolué avec la crise du Covid-19 vers le domaine de la santé (utilisation du vaccin russe en Algérie).

    C’est pourquoi l’Europe doit rester très attentive à la situation du Maghreb et trouver des solutions, pas seulement d’ordre financier, pour contribuer à la stabilité de ces pays. Celles-ci dépendent du bien-être des populations, davantage que le seul soutien aux régimes. Agissons tant qu’il est encore temps.

    Institut Montaigne, mai 2021

    Etiquettes : Maghreb, Printemps arabe,

  • En attendant la levée des brevets, le Maghreb veut produire ses propres vaccins contre le Covid-19

    A l’instar de la Tunisie, où l’on fabrique déjà le vaccin contre le BCG, plusieurs pays africains possèdent des dispositifs industriels pour fabriquer des doses contre le Covid-19. Mais la “recette” ne suffit pas, un accompagnement des labos maîtrisant cette technologie apparaît primordiale pour produire rapidement les vaccins nécessaires.

    C’est un bilan d’étape que livre le site d’information ONU Info en cette mi-mai 2021 : le continent africain n’a reçu entre février et mai “qu’un quart des 66 millions de doses prévues par le dispositif Covax”, soit 18,2 millions. Rappelons que ce programme co-dirigé par l’OMS permet aux 92 pays les plus pauvres d’obtenir des vaccins grâce à des fonds réunis par des donateurs. Mais les partages déjà effectifs depuis les pays riches vers les plus démunis se font à un tout petit débit par rapport aux besoins attendus. S’ajoutent à cela les problèmes de formation et de communication qui entravent les campagnes de vaccination. Bref, l’Afrique est dépendante d’une production vaccinale qui se fait ailleurs. Pourtant, dans le continent, certains pays paraissent capables de fabriquer des vaccins anti-Covid…

    Selon le magazine Jeune Afrique, 7 pays du continent conçoivent déjà des vaccins humains et 11 des vaccins animaux. C’est le cas du Maroc, de l’Algérie, de la Tunisie, de l’Afrique du sud et de l’Egypte. Il pourrait être envisagé que plusieurs d’entre eux, maîtrisant ces compétences, se partagent la fabrication des composants nécessaires à un vaccin anti-Covid. Dont l’une des étapes cruciales consiste en le très délicat de fill/finish. Soit dans la terminologie de l’industrie pharmaceutique, le conditionnement des liquides dans des contenants aseptiques, leur fermeture, leur étiquetage et enfin leur emballage. Un processus qui est maîtrisé par l’Egypte avec ses 18 groupes pharmaceutiques, explique Jeune Afrique. Les opérations de fill/finish s’avèrent plus lentes que la production elle-même du composé vaccinal. Souvent, c’est cette phase finale qui se transforme en un goulet d’étranglement et retarde les campagnes vaccinales.

    Le débat quant à une levée des brevets sur les vaccins contre le Covid-19 a connu de nouveaux rebondissements quand le président américain Joe Biden a déclaré y être favorable au début du mois de mai. Si des pays déjà dotés d’unités de production de vaccins comme la Tunisie ou le Maroc avaient accès à la recette du vaccin, pourraient-ils le produire en nombre suffisant pour leur population, voire même fournir les précieuses doses à leurs voisins africains ?

    *”Transfert des technologioes”

    En Tunisie, cela ne serait pas si évident, selon le Dr Nizar Laabidi, chef de production de l’Institut Pasteur de Tunis, interrogé par la correspondante du quotidien émirati The National. Le scientifique dirige l’une des rares filières de fabrication de vaccin BCG au monde, où travaillent une cinquantaine de chercheurs et de techniciens. “C’est bien connu, le BCG est l’un des vaccins les plus compliquée à produire”, explique au National le Dr Laabidi, fin connaisseur du transfert technologique puisqu’il a aidé les Sud-Coréens à monter leur propre unité de production de BCG. Là où le bas blesse, c’est que la “recette” d’un vaccin ne suffit pas. Il y a d’abord le problème de l’argent, un vrai obstacle pour se procurer les composants – et l’Institut Pasteur de Tunis en manque. Mais au-delà du manque en matériels et de personnels, c’est le savoir-faire qui est impossible à acquérir en si peu de temps. La rétro-ingénierie peut fonctionner pour reproduire un médicament à partir de l’étude du produit fini, mais elle ne fonctionnerait pas pour élaborer un vaccin, estime Nizar Laabidi : pour lui, seul un transfert des technologies des vaccins contre le Covid-19 permettrait à son pays de se libérer de la dépendance extérieure.

    Du côté du Maroc, ce pays est un “candidat crédible” pour se lancer dans la fabrication à grande échelle de vaccins selon le quotidien national L’Opinion. Mais selon les spécialistes interrogés par ce média – un épidémiologiste, un virologue et un industriel -, les technologie de vaccins à ARN messager demeurent trop complexes. Le pays devraient miser sur la fabrication locale de vaccins traditionnels, c’est-à-dire les vaccins atténués ou à vecteur viral, tels que le Spoutnik-V, l’AstraZeneca ou le Sinopharm. Le quotidien rappelle d’ailleurs que le Maroc a misé sur une collaboration avec la Chine et plus particulièrement avec l’entreprise Sinopharm. Un échange de bons procédés a été mis en place : le Maroc fournit des cohortes pour les essais cliniques du vaccin chinois contre le savoir-faire de l’entreprise chinoises pour reproduire son vaccin. Mais il semblerait selon Ali Sedrati, le président de l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique, que l’”on assiste à un retard dans l’exécution des engagements qui ont été pris, dont on ignore les raisons”.

    Sciences et Avenir via Réalités Online

    Etiquettes : Maghreb, Algérie, Maroc, Tunisie, coronavirus, covid 19, pandémie,


  • Le Maroc, une monarchie dangereuse

    LA MONARCHIE MAROCAINE AGUICHE DES PUISSANCES ÉTRANGÈRES POUR S’IMPOSER AU MAGHREB
    Donald Trump fait miroiter au Makhzen, sa souveraineté sur le Sahara occidental et obtient la reconnaissance d’Israël par la monarchie marocaine.

    Hier, jeudi, le président américain Donald Trump a mis en ligne trois tweets successifs consacrés au Maroc et au Sahara Occidental, à l’établissement de relations diplomatiques entre le royaume chérifien et Israël et à la reconnaissance au XVIIIe des États-Unis par le makhzen.

    Primauté du droit international

    Dans le premier tweet, le locataire de la Maison-Blanche édite : « Aujourd’hui, j’ai signé une proclamation reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. La proposition d’autonomie sérieuse, crédible et réaliste du Maroc est la SEULE base d’une solution juste et durable pour une paix et une prospérité durable ! ». En fait, ce n’est pas tant la recherche d’une solution juste et durable qui explique cette initiative du président américain qui n’est pas à son premier déni du droit international -transfert de l’ambassade US à Jérusalem, implantation de colonies israéliennes sur les territoires palestiniens, sortie unilatérale du traité sur le nucléaire iranien conclu sous la supervision du Conseil de sécurité…-. Or jusqu’à preuve du contraire, en matière de relations supranationales, c’est le droit international qui fait force de loi. Qu’à cela ne tienne !

    L’explication partielle de ce premier e-message est dans le deuxième tweet, post dans lequel Donald Trump explique : « Une autre percée HISTORIQUE aujourd’hui ! Nos deux GRANDS amis, Israël et le Royaume du Maroc, ont convenu de relations diplomatiques complètes – une énorme percée pour la paix au Moyen-Orient ! ». Tant dans sa substance que dans ses objectifs, le marchandage est on ne peut plus clair : Tu reconnais Israël, je te donne le Sahara occidental !

    Cela dit, il faut relativiser la portée juridique d’une proclamation présidentielle aux États-Unis, surtout lorsqu’elle émane d’un président en fin de parcours (hors texte). Mais il ne faut pas pratiquer la politique de l’autruche, non plus. C’est une alerte assez sérieuse à mettre en relation avec ce qui se passe le long des frontières sud de l’Algérie.

    Les lobbies, véritables chefs d’orchestre

    Sans doute alerté par son entourage sur les conséquences de sa maladresse dont une possible réplique populaire qui pourrait emporter le roi du Maroc lui-même et son régime, le président américain s’est fendu d’un troisième tweet, écrit à la hâte, pour dire que l’établissement de relations diplomatiques entre le royaume du Maroc et Israël n’est pas la seule raison « du cadeau » fait par la Maison-Blanche au Makhzen, mais que « Le Maroc a reconnu les États-Unis en 1777. Il convient donc de reconnaître leur souveraineté sur le Sahara occidental ». Une pirouette d’une finesse à toute épreuve ! Cela dit, le mal est déjà fait. Tout un chacun a déjà pris connaissance des raisons réelles, mais sans doute pas les seules, de cette sortie, pour le moins tonitruante de Donald Trump.

    Mais en fait, quel est le bénéfice que pourrait tirer le président Trump de cette cabale, car c’en est une ? Dans sa fuite en avant, le président américain est devenu le plus zélé des VIP d’Israël. Grand perdant de l’élection du 3 novembre dernier, Donald Trump cherche désespérément et par tous les moyens à annuler ce scrutin. L’échéance du 20 janvier 2021, date d’investiture de son successeur potentiel, le démocrate Joe Biden, approche à grands pas et le président sortant a besoin de tous les soutiens pour espérer retourner, à son avantage, une situation quasiment établie et en toute logique, il ne peut surtout pas faire l’impasse sur le poids des lobbies, véritables chefs d’orchestre de cette tragi-comédie. L’expérience récente nous montre que Donald Trump est un président qui se soucie avant tout de sa petite personne. Tous les effets d’annonce recherchés sont instrumentalisés à cette fin et uniquement à cette fin. Il prétend se battre contre l’état profond et contre l’instauration d’un gouvernement mondial, mais c’est plutôt son pouvoir personnel qui l’obnubile et le lobotomise.

    De nouveau sur le devant de la scène

    À ce propos, il est intéressant de constater que depuis la présidentielle de novembre dernier, aucune de ses sorties ne trouve écho dans les médias américains, alors que tous les projecteurs sont braqués sur les faits et gestes de son successeur élu. Il était devenu invisible, inaudible, sujet de non-information, donc quasiment inexistant jusqu’à se faire censurer plus de 60 fois -depuis mai dernier- par des plateformes big tech comme Twitter et Facebook ; Une chape de plomb qui affecte son égo démesuré et dont il souffre énormément.

    Avec cette proclamation et surtout la monnaie d’échange donnée par la monarchie marocaine, il est comme par enchantement redevenu le faiseur de paix, hyper-médiatisé y compris au-delà des frontières américaines.

    Aucune des trois parties prenantes à cette machination, contre les peuples sahraoui et palestinien, ne brille par sa morale ou son souci de justice, mais elles feignent toutes d’oublier que tant au Sahara occidental qu’en Palestine, il existe un peuple et que le dernier mot revient à chacun de ces deux peuples et à personne d’autre.

    Une monarchie dangereuse

    Pour ce qui la concerne, la monarchie marocaine est, elle aussi dans une fuite en avant. Depuis des décennies, ce régime incongru est sous une perfusion alimentée par une mendicité internationale institutionnalisée. Mais rien n’y fait, le couperet d’une explosion sociale menace et peut, à tout moment, faire tomber ce régime décadent et dangereux. L’invasion du Sahara occidental dès 1975, représente l’un des leviers d’exportation de l’aporie dans laquelle se débat le Makhzen. Mais après la RASD, ce sera la Mauritanie, ensuite une partie Mali… dont certains cercles proches du palais royal revendiquent à nouveau l’annexion. Les velléités d’expansion associées aux courbettes indécentes à l’adresse de certaines puissances et à la mendicité internationale institutionnalisée sont avancées comme les potions de survie du régime de Rabat.

    Ce régime a toujours assuré les arrières du colonialisme en assurant une sorte de service après-vente de caniveaux. Rappelez-vous le coup de poignard -pudiquement appelé guerre des sables- donné à l’Algérie en 1963, alors que ce pays, ruiné par sept ans de conflit armé contre la machine de guerre coloniale, venait à peine de sortir de 130 ans d’une oppression unique en son genre. Dans la foulée, la monarchie boulimique revendiquait également une partie du Mali et la Mauritanie. Elle réédite le coup, en 1975, avec le Sahara occidental qui venait de se débarrasser de la domination espagnole.

    En agressant militairement l’Algérie, en septembre 1963, Le Makhzen tentait un coup de poker, sans doute, pour détourner l’opinion intérieure des revendications d’une monarchie constitutionnelle -en lieu et place de l’absolutisme de l’époque- et d’organisation d’élections libres, formulées par l’Union nationale des forces populaires, mais pas uniquement. Le régime de Rabat a cette propension à faire la danseuse du ventre de ses suzerains et se définit principalement par rapport à ce rôle ; ce qui, en partie, explique certaines largesses à son égard au point ou l’un des pays donneurs sempiternel de leçons s’oppose, au sein du Conseil de sécurité, à l’extension du mandat de la mission de l’ONU pour le Sahara occidental, aux Droits de l’Homme !

    Confronté aux positions de principe de l’Algérie, à propos du Sahara occidental, qui sont les seules à garantir la stabilité, la coopération, la paix et la construction d’un Maghreb uni, la monarchie marocaine, soumet ce pays à un chantage intenable consistant à le provoquer et à agiter constamment le spectre de l’implication, dans son délire expansionniste et dans la région d’acteurs qui sont étrangers à celle-ci. Pour ce faire, le monarque fait le choix d’inviter à sa messe noire des acteurs et des cercles qui nourrissent de vieilles rancunes à l’endroit d’Alger. La perversité de ces insanités est on ne peut plus regrettable. Elle est surtout dangereuse et peut, à tout moment, entrainer deux peuples épris de paix dans une spirale infernale et dévastatrice. Aucun Maghrébin ne mérite de mourir pour les turpitudes d’un tel régime !

    Nécessité d’une stratégie implacable

    L’Algérie aurait dû, depuis longtemps, travailler sur une stratégie cohérente et structurelle visant à priver la monarchie marocaine de jouer à ce jeu dangereux et suicidaire. Car après tout, de tels agissements mettent en danger sa sécurité et c’est cela le véritable problème du Maghreb. Ça n’a pas été fait ! C’est le tribut des années Bouteflika et de la régence de fait, exercée par son frère, mais il faut immédiatement se mettre à la tâche pour inverser la tendance. Car en face, le régime de Rabat s’est entouré d’une cour de courtisans, de véritables prestidigitateurs dont la principale mission consiste à détricoter tous les principes lisibles du droit international, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, de libre arbitre et de bon voisinage et de produire un monde fictif aux contours très erratiques où plus aucun engagement clair n’est possible. Cette posture enferme inévitablement ses animateurs dans une incapacité d’universalisation de la critique du colonialisme et les conduit à un déni voire à une trahison de l’histoire récente de leur propre pays. Rien d’étonnant, dès lors de constater que, outre le monarque belliqueux, ces leudes d’un autre temps font preuve d’une docilité indécente envers leurs véritables maîtres, les suzerains du régime.

    Reste que par ces compromissions, la monarchie marocaine qui, ironie du sort, préside la commission el-Qods, au sein de ce qu’on pourrait encore appeler la Ligue arabe, s’engonce dans une sorte traitrise devenue culturelle et s’enlise dans un bourbier qui peut lui être fatal. Elle a fait le choix délibéré de sacrifier la paix, la stabilité et les règles de bon voisinage dans la région sur l’autel de convoitises ne reposant sur aucune légitimité. Elle paiera le prix fort !

    Dahmane SOUDANI

    Repères

    Qu’est-ce qu’une proclamation présidentielle américaine ?

    Les proclamations émises par le président américain se divisent en deux grandes catégories :

    les proclamations cérémonielles, qui désignent des célébrations spéciales ou célèbrent les fêtes nationales
    les proclamations substantielles, qui concernent généralement la conduite des affaires étrangères et d’autres fonctions exécutives assermentées.
    Bien que par le passé, les proclamations substantielles ont eu plus d’effet que les proclamations cérémonielles, sauf autorisation du Congrès, aucune proclamation présidentielle n’a force de loi.

    MaghNord, 11 déc 2020

    Etiquettes : Maghreb, Maroc, Algérie, Sahara Occidental, Sahel, normalisation, Donald Trump,