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  • Richesses naturelles et industrialisation au Maghreb

    Le destin commun du monde méditerranéen est une donnée de l’histoire. Mais entre le nord et le sud de la Méditerranée, bien des incompréhensions issues de la méconnaissance se maintiennent. Par la fréquence et la qualité de ses publications, le Centre de recherche et d’études sur les sociétés méditerranéennes (C.R.E.S.M.) met à la disposition du public francophone une abondante série d’études historiques, actuelles ou prospectives sur la vie économique, sociale et politique du Maghreb indépendant. Deux ouvrages récents devraient aider à combler le fossé des malentendus.

    Le premier porte sur la question des matières premières énergétiques et minérales au Maghreb : principalement sur le fer, les hydrocarbures et les phosphates (1). Thème d’actualité que les auteurs abordent conscients du poids stratégique considérable des richesses du sous-sol dans le procès de développement national des Etats maghrébins : ceux-ci ne se résignent à l’exportation massive de produits brutes qu’avec le souci d’acquérir les capitaux et la technologie nécessaires à la fabrication sur place de produits finis. L’aperçu historique sur les pratiques coloniales en matière de ressources minières et le rappel des données géographiques essentielles qui ouvrent le recueil permettent de mieux comprendre l’analyse des stratégies propres à chacun des pays.
    L’indépendance ne saurait se limiter à la seule maîtrise de la production plus importante est celle de la transformation des matières premières et surtout de leur commercialisation. Une étude de synthèse montre la diversité des formules associatives entre Etats producteurs et compagnies privées et leur récente évolution. Le marché des matières premières s’est constitué à l’échelle mondiale ; les regroupements internationaux, tel l’OPEP, y interviennent de façon croissante : élargissant ses perspectives, l’ouvrage se clôt donc sur l’analyse de l’influence que peuvent exercer les stratégies maghrébines sur le réaménagement en cours de l’ordre économique mondial et met une fois de plus en relief le rôle de « fer de lance du tiers-monde » qu’y joue l’Algérie.
    L’utilisation des ressources naturelles aux fins d’industrialisation, pour laquelle ont opté les pays du Maghreb, pose un problème de transfert de technologie sur quel mode et avec quel partenaire ? Dans un ouvrage qui a la clarté de présentation d’un manuel (2), Dimitri Germidis analyse minutieusement la position de la France vis-à-vis du Maghreb dans ce domaine. Soulignant la différence de choix entre l’Algérie et ses deux voisins — la première aspirant à l’autonomie technologique quand les deux autres ne souhaitent que s’intégrer au processus international de production — il indique que, malgré une vive concurrence et de nombreuses vicissitudes, les entreprises françaises conservent une place de choix dans l’industrialisation de ce pays. Au terme d’une étude menée par pays et par branche industrielle, il ne manque pas d’évoquer le danger latent d’une dépendance technologique du Maghreb, dans la perspective d’une nouvelle division internationale du travail où la France abandonnerait les activités industrielles peu sophistiquées, se réservant celles qui font appel à une main-d’œuvre très qualifiée et apportent une forte valeur ajoutée.
    C’est précisément de dépendance que traite le deuxième volume du C.R.E.S.M. (3). Ses chercheurs poursuivent l’objectif original et ambitieux de repérer, au sein du Maghreb arabe, les phénomènes de dépendance idéologique et de transfert de modèle en provenance du centre franco-européen. Dans quelle mesure et par quels engrenages des pays indépendants sont-ils conduits à reproduire les schémas culturels, institutionnels ou économiques de métropoles dont ils ont secoué, non sans de lourds sacrifices, la tutelle coloniale ? Partant de la constatation que la pénétration coloniale a durablement déstabilisé et déstructure les systèmes sociaux autochtones, les auteurs en viennent à privilégier le rôle des classes moyennes maghrébines pour le maintien et la reproduction du système capitaliste, tout en reconnaissant les difficultés d’un choix différent en l’état actuel du rapport des forces internationales. Ces trois points constituent le fil rouge que l’on peut suivre tout au long du recueil malgré la diversité des thèmes abordés : mimétisme juridique et institutionnel, développement de l’émigration, discours politique des quotidiens maghrébins. Ce dernier article, qui fait appel aux techniques les plus modernes de l’analyse de contenu et de la cybernétique, conclut à l’unité idéologique fondamentale de la presse maghrébine. Les différences ne sont pas tant marquées entre, les journaux de tendances ou de régimes opposés qu’entre une presse de langue arabe et une autre de langue française, soulignant l’importance, par-delà les frontières, de ce clivage de culture et de classe.
    Ces livres, en révélant l’incessante confrontation entre des mécanismes de dépendance et l’affirmation nationale, entre un héritage historique assumé et une domination imposée, éclairent l’ampleur des difficultés auxquelles doivent aujourd’hui faire face les Etats du Maghreb, dans leur effort de développement comme dans leur intervention sur la scène internationale.

    Christophe Batsch

    (1) Les Stratégies. des matières premières au Maghreb, ouvrage collectif, Centre national de la recherche scientifique, Paris 1976, 205 pages, 42 F.

    (2) Le Maghreb, la France et l’enjeu technologique, Dimitri Germidis, éditions Cujas, Paris, 1976, 219 pages. 34 F.

    (3) Rapports de dépendance au Maghreb, ouvrage collectif, Centre national de la recherche scientifique, Paris, 1976, 320 pages, 70 F.

    Le Monde diplomatique
  • Hillary Clinton et le leadership du Maroc, Alger et son rêve futile d’un axe algéro-américain

    Par Mounadil AlDjazaïri

    Mme Clinton était tout récemment en Algérie et sa visite a inspiré au quotidien algérois L’Expression ce titre suggestif :
    L’axe algéro-américain se précise
    J’ignore comment on peut parler d’axe formé par deux Etats aussi dissemblables, l’un étant un pays de plus de 313 millions d’habitants, avec une économie qui, même si elle semble sur le déclin, reste au 1er rang mondial et doté d’une puissance militaire inégalée, tandis que l’autre est un pays de 37 millions d’habitants, encore sous-développé et dont la puissance militaire tient peut-être plus de l’inventaire de matériels que de réelles capacités combatives.
    Rien dans le discours de Mme Clinton ne peut suggérer l’existence d’un tel axe même si elle a exprimé son «plaisir personnel et profond d’être en Algérie et d’avoir l’occasion de représenter le Président Barack Obama et le gouvernement des Etats-Unis en Algérie».
    (Ouf, pas de révolution du nar-nar en vue en Algérie) et indiqué que sa visite en Algérie avait pour objet
    «d’évoquer des questions communes, de discuter du renforcement de la coopération bilatérale et d’échanger les idées sur les événements qui se déroulent actuellement dans la région».
    De là à parler d’un «axe», il y a un pas que je me garderais bien de franchir.
    Il faut quand même relever que Mme Clinton, si elle a parlé d’Algérie, a fait référence à un «peuple maghrébin ».
    Vous me direz que ce peuple maghrébin existe et je suis d’accord. L’existence d’un peuple maghrébin ancré dans un territoire et cimenté par une histoire et une culture communes est une réalité qui n’a pas encore de traduction politique.
    Mais cette traduction politique est l’affaire des intéressés, pas de Mme Clinton. Or, son emploi de l’expression «peuple maghrébin» est tout sauf innocent et nous donne sans doute une indication sur les desseins de Washington pour la région maghrébine : une intégration politique sous la houlette et dans l’intérêt des Etats Unis qui passera par la réactivation opportune d’une Union du Maghreb Arabe maintenant dominée par les véritables amis de Washongton, à savoir le Maroc, la Tunisie et la Libye « révolutionnaire ».
    Ecoutons Henry S. Ensher, ambassadeur des États-Unis à Alger, interviewé par Hadjer Guenanfa pour Tout sur l’Algérie :
    Q- On parle de plus en plus de l’ouverture des frontières entre l’Algérie et le Maroc. Vous avez même proposé, dans une déclaration à la presse, une médiation américaine…
    R- Jamais ! Il n’y aura pas de médiation. Les Algériens sont nos amis et les Marocains aussi. La décision relève des prérogatives des deux gouvernements. Cela dit, on pense que la consolidation des relations entre ces deux pays sera bénéfique pour eux mais aussi pour les États-Unis
    Q- L’ouverture des frontières permettra de relancer l’Union du Maghreb arabe. Comment voyez‑vous cette relance ?
    R- L’Union du Maghreb arabe (UMA) aura un rôle significatif en matière de sécurité, de développement économique et d’intégration régionale. Le rôle de l’UMA sera bénéfique.
    De fait, Mme Clinton est arrivée à Alger en provenance de Tunis avant de conclure son périple à Rabat.
    Rabat où Hillary Clinton a consacré le leadership marocain selon le journal L’Economiste.
    Mais leadership de quoi au juste ? Du fameux axe ?
    Pas vraiment puisque selon Mme Clinton,
    «Le Maroc est aujourd’hui en pôle position pour jouer le rôle de leadership afin de mettre fin à ce qui se passe en Syrie»
    Le leadership marocain n’a donc rien à voir avec le fameux «axe» et assez peu de choses à voir avec le « peuple maghrébin » mais bien plutôt avec la volonté hégémonique des Etats Unis dans le monde arabe.
    Donc leadership signifie ici, le plus fidèle des serviteurs des intérêts des américains dans l’Occident et l’Orient arabes.
    On pourrait ajouter que ce leadership concerne aussi la démocratisation puisque :
    L’Administration américaine, a-t-elle ajouté, oeuvre avec les gouvernements de la région arabe dans le but d’enclencher une dynamique de réformes
    Et à ce propos, le journal L’Economiste nous précise que
    L’exemple marocain en matière de réformes et de démocratie a d’ailleurs été salué par la secrétaire d’Etat américaine. Dans la foulée, elle a rendu hommage à la jeunesse marocaine et au Roi qui a su répondre très tôt à ses attentes.
    Mme Clinton n’a pas dit ce qu’elle comptait faire pour la démocratisation du royaume de Jordanie sans parler de celui d’Arabie Saoudite…
    En attendant, la rencontre qu’elle devait avoir avec des représentants de la société civile marocaine a été annulée sans qu’on en connaisse la raison.
    Elle n’a pas évoqué, comme de juste, le sort des deux jeunes condamnés pour atteinte au caractère sacré de la personne du monarque.
  • Révolution du jasmin ou révolution du sang? A propos d’une révolution confisquée.

    Par Mounadil Al Djazaïri

    Les effluves de la révolution du jasmin ont non seulement masqué l’odeur du sang versé mais il semble qu’elles aient tourné la tête à un certain nombre de commentateurs. Côté arabe, c’est encore un enthousiasme en panne de superlatifs quoique commencent à se manifester les premiers indices de la désillusion.
    On les pardonnera bien volontiers. Mais que dire de l’article d’Olivier Roy qui écrit dans le New York Times:
    La caractéristique nouvelle de cette révolution populaire pacifique pour renverser une dictature dans le monde arabe est qu’elle n’a rien d’islamique.
    Les choses ne se sont pourtant pas passées de manière absolument pacifique et, surtout, la révolution populaire a été interrompue, peut-être provisoirement, par un pronunciamiento à l’instigation des Etats Unis.
    Et il faut simplement observer que si le mouvement de protestation est et était éminemment politique dans sa signification, il n’en était qu’au début de sa phase de politisation au moment où le président Ben Ali a été renversé. Dans des circonstances qui rappellent d’ailleurs celles qui avaient amené le même Ben Ali à déposer feu l’ex « Combattant suprême » Habib Bourguiba qui lui même avait évincé le monarque Lamine Bey.
    Ce petit détour historique est utile pour comprendre que même si les pays arabes ont d’énormes points communs, et ceux du Maghreb encore plus puisqu’il s’agit du même peuple, il n’empêche qu’ils n’ont pas une histoire identique et qu’il est improbable que l’exemple tunisien diffuse par simple « contagion » ou mimétisme (à la différence de certains comportements comme l’immolation par le feu qui ont diffusé même hors du monde arabe)..
    Le mouvement populaire tunisien est par ailleurs parti de régions qu’on peut qualifier de périphériques, à l’écart de l’énorme métropole qu’est Tunis à l’échelle du pays, de la pointe est de la Numidie, ce territoire qui cultive de temps immémoriaux le goût de la justice et de l’égalité.
    Mouvement politique donc, mais pas politisé. Et l’absence qu’évoque Roy de slogans en faveur d’un état islamique ou anti américains [alors que jusqu’à présent, c’est la France qui joue un rôle majeur en Tunisie !] nous rappelle simplement ce fait brut que la révolte est celle des pauvres et des jeunes qui cherchent précisément à avoir la possibilité de vivre plus dignement.
    Il n’y a pas eu non plus appel de la part des manifestants à nationaliser ou au contraire à privatiser des entreprises. Nous avons d’abord été devant un mouvement qui disait que c’en était assez de la république des copains et des cousins incarnée par le Rassemblement Constitutionnel Destourien (R.CD) et qu’on voulait la république de tous.
    Comment? C’est une autre affaire et c’est là normalement qu’interviennent les partis politiques qui peuvent proposer telle ou telle mise en forme idéologique de la contestation ainsi qu’une pratique en vue d’atteindre les objectifs assignés par l’idéologie.
    Or, en dehors de deux partis de figuration, les partis étaient interdits d’activité en Tunisie, interdiction que le gouvernement de M. Ben Ali a fait scrupuleusement respecter. Nous sommes donc devant une scène politique congelée depuis des années à l’intérieur du pays et qui a survécu en exil avec la présence à l’étranger de partis de gauche et du parti islamiste. Ces organisations n’ont bien entendu guère pu encadrer une jeunesse des classes populaires qui s’est trouvée à la pointe de la lutte. On relèvera en passant qu’aucun de ces partis n’a eu un impact significatif sur la communauté tunisienne en France, une communauté qui était par ailleurs fermement encadrée par le Rassemblement R.CD le parti au pouvoir aujourd’hui dissous. Il est vrai que beaucoup de muets ont soudainement retrouvé la parole…
    Si on en revient au contenu des slogans protestataires/insurrectionnels ; rappelons qu’en Iran par exemple, la société avait de longue date été travaillée idéologiquement par les Mollahs mais aussi par d’autres mouvances même si ce sont les Mollahs qui ont fini par l’emporter. En Algérie, le Front Islamique du Salut ou ses précurseurs avaient bien labouré le terrain idéologique avant d’obtenir les succès électoraux que l’on sait.
    La scène politique tunisienne a donc été congelée pendant des années et on va bien voir quels plats tenteront encore les citoyens Tunisiens une fois décongelés et lesquels seront encore comestibles. C’est là une inconnue majeure même s’il semble bien que Washington incline pour un rôle significatif des islamistes. La presse anglo-saxonne tend en effet à multiplier les articles sur le mouvement islamiste al-Nahda et, comme le signale le World Socialist Web Site, le New York Times vient même de lui consacrer un papier très favorable 
    Si la révolution a été confisquée en Tunisie, elle n’est cependant pas terminée. Les choses se noueront vraiment quand chacun des camps aura pu se mettre vraiment en ordre de marche et que les rapports de force sur le terrain pourront être évalués. En dehors du peuple révolté et de ses exigences mises en action plus qu’en mots, nous avons pour l’instant surtout l’expression des représentants des élites tunisoises, c’est-à-dire pour l’essentiel des membres de professions libérales ou des professeurs. C’est un syndicat enseignant qui appelle à la grève demain et pas un syndicat des ouvriers du bâtiment, du textile ou de l’hôtellerie.
    Comme souvent dans les révolutions, il y plus d’une révolution en même temps qui renvoient à des acteurs (à des classes sociales dirait un marxiste) différents.
    Le meilleur (ou le pire) est sans doute encore à venir pour ce pays. Si le meilleur vient, espérons le, à l’emporter, ce sera à coup sûr un exemple salutaire pour tous les peuples de la région.
  • Pourquoi l’Algérie rompt avec un demi-siècle de non-ingérence?

    Dalia Ghanem*

    Des modifications constitutionnelles permettraient à Alger de participer aux opérations de maintien de la paix et d’envoyer des unités de l’armée à l’étranger.

    La semaine dernière, un avant-projet de la constitution algérienne révisée a été publié. Selon ce schéma, l’Algérie peut, «dans le cadre des Nations Unies, de l’Union africaine et de la Ligue des États arabes», participer aux opérations de maintien de la paix. En outre, le président peut décider d’envoyer des unités de l’armée à l’étranger après un vote majoritaire des deux tiers du parlement.

    S’ils étaient adoptés, ces deux amendements constitueraient un changement important. Depuis son indépendance de la France en 1962, l’Algérie a promu une politique de non-ingérence, poursuivant la médiation, l’inclusion et le dialogue avec tous les acteurs – y compris les islamistes tels que le Ennahda tunisien – sur l’intervention militaire.

    Lever un tabou

    Dans la nouvelle architecture régionale caractérisée par une multitude de menaces à ses frontières, l’Algérie tente de se repositionner en s’écartant de ses principes rigides non interventionnistes. Alors que le recadrage de cette doctrine peut prendre plus de temps et d’efforts, un tabou important est levé.

    Cela aura un effet dissuasif, décourageant potentiellement les acteurs étatiques et non étatiques de prendre des mesures indésirables ou de se livrer à une agression militaire contre les voisins directs de l’Algérie. Cela rendra également les actions de l’Algérie moins prévisibles, ce qui lui donnera un avantage tactique. Plus important encore, cela permettra à l’Algérie de projeter sa puissance militaire et de prendre les devants si une action bien préparée et bien dirigée par l’Afrique doit voir le jour dans la région.

    Alors, l’Algérie s’apprête-t-elle à devenir un acteur pertinent dans la gestion des multiples crises dans son voisinage direct?

    Ce qui est certain, c’est que le pays tente de maximiser la protection de son arrière-cour dans une région tumultueuse, où la Libye, entre autres États, a été une source de problèmes de sécurité.

    Il est trop tard pour que l’Algérie fasse une réelle différence en Libye. Ses efforts pour parvenir à un règlement politique ont échoué.

    Le début de la crise libyenne en 2011 était une occasion manquée – un moment qu’Alger aurait pu façonner grâce aux efforts diplomatiques et militaires. Au lieu de cela, son principe fondamental de non-intervention a ouvert les portes à une opération militaire mal conçue de l’OTAN, sachant qu’elle ne provoquerait pas une réponse algérienne décisive.

    Intervention à l’étranger

    Cette position a facilité l’ingérence étrangère et les indiscrets de divers acteurs régionaux et internationaux (Égypte, Émirats arabes unis, Qatar, France, Italie, Russie et Turquie), en plus du maréchal libyen Khalifa Haftar, dont l’offensive de plusieurs mois pour saisir Tripoli du gouvernement d’accord national (GNA) – bien qu’Alger ait qualifié la capitale de «ligne rouge que personne ne devrait franchir» – en est un bon exemple.

    On peut en dire autant des manœuvres diplomatiques infructueuses, comme l’opposition de l’Algérie en janvier à l’intervention d’Ankara en Libye. La Turquie a finalement envoyé des troupes pour soutenir le GNA.

    Les amendements constitutionnels suggèrent qu’Alger a tiré des leçons de ses erreurs en Libye depuis 2011. Ils lui permettraient d’être plus proactif si un autre conflit éclatait dans un État voisin. Parmi les pays limitrophes de l’Algérie figurent le Mali, le Niger et la Mauritanie, tous considérés comme des États fragiles, susceptibles de déclencher un conflit.

    Dans un tel scénario, l’Algérie pourrait désormais intervenir pour dissuader les menaces potentielles ou l’aventurisme militaire de tiers. Les adversaires de l’Algérie peuvent désormais peser plus soigneusement leurs options en matière d’intervention ou d’ingérence soit dans son voisinage direct, soit chaque fois que ses alliés sont menacés.

    Des études ont montré que les perceptions sont essentielles au succès ou à l’échec des efforts de dissuasion. Déployer une puissance militaire importante directement sur le chemin des acteurs étatiques et non étatiques non seulement briserait la prévisibilité de la politique étrangère algérienne, mais enverrait également un message fort et clair.

    Changement stratégique

    Pour ce faire, le gouvernement algérien doit planifier et préparer sa population à ce changement stratégique. Le côté de la planification est clair, car le pays dispose d’un budget de défense substantiel et a consacré des années au renforcement des capacités logistiques et à la formation des troupes.

    Quant au public, un débat national sérieux peut être nécessaire pour convaincre les citoyens de la nécessité du changement doctrinal. Cela impliquerait des messages sans ambiguïté à d’autres États que l’Algérie a non seulement les capacités, mais aussi la volonté de mettre à exécution les menaces si nécessaire. Toute perception de faiblesse compromettra les efforts de dissuasion.

    Compte tenu de son histoire diplomatique, de sa puissance militaire et de ses ambitions régionales, ce changement pourrait permettre à l’Algérie de remplir efficacement son rôle autoproclamé de courtier en énergie et de stabilisateur régional – le premier pas vers un changement de sa politique étrangère plus en phase avec la volonté de l’Algérie de être reconnu comme un fournisseur de sécurité régionale.

    Il est encore trop tôt pour dire s’il y aura un changement significatif dans la politique étrangère de l’Algérie, mais une chose est sûre: la rigidité doctrinale de la non-intervention n’est plus valable pour la sécurité et les intérêts nationaux de l’Algérie.

    L’Algérie doit mobiliser des ressources proportionnées à ses capacités réelles et afficher une ferme volonté de réagir si elle n’a pas d’autre choix.

    *Dalia Ghanem est une étudiante algérienne résidente au Carnegie Middle East Centre à Beyrouth, où son travail étudie la violence politique et extrémiste, la radicalisation et le djihadisme en mettant l’accent sur l’Algérie. Elle est l’auteur de nombreuses publications sur l’Algérie et a été conférencière invitée sur ces questions dans diverses conférences et commentatrice régulière dans les médias imprimés et audiovisuels arabes et internationaux.

    Source : Middle East Eye, 19 mai 2020 (traduction non officielle)

    Tags : Algérie, armée, Afrique, Maghreb, Afrique du Nord,

  • Alger, carrefour diplomatique de la paix

    Le ballet diplomatique suscité par l’initiative d’Alger pour le règlement de la crise libyenne a incontestablement produit une plus grande visibilité de l’Algérie sur la scène politique régionale et internationale, longtemps absente pour des raisons inhérentes à la situation interne induite par la chute de l’ancien régime. Les références phares de ce regain d’activité diplomatique sont les escales de la Conférence de Berlin le 19 janvier dernier, et la récente réunion annuelle de l’Union africaine (UA) d’Addis-Abeba, la capitale éthiopienne.

    Par deux fois, le Président Abdelmadjid Tebboune a eu à prononcer des allocutions dans lesquelles il a réaffirmé – en sa qualité de nouveau Président élu – les principes qui régissent les relations de l’Algérie dans le concert des nations, dont la permanence de ses engagements pour la paix à travers le dialogue et le règlement pacifique des différends.

    Devant ses pairs africains, il a annoncé la création d’une Agence algérienne pour la coopération africaine et internationale, une initiative qui va dans le sens des préoccupations de développement inscrites à l’ordre du jour du 33ème Sommet de l’UA. Car s’il faut bien faire taire les armes, encore faut-il que les effets soient l’amélioration des conditions socioéconomiques des populations africaines, durement affectées par la pauvreté qui pousse à l’exode massif transfrontalier. Un décret à paraître dans le Journal Officiel sera promulgué prochainement.

    Cette agence des modèles de coopération inter-États existe, mais son actualisation s’impose. Par ailleurs, en échos au discours de Abdelmadjid Tebboune, le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres, vient de nommer un envoyé spécial pour le Sahara Occidental. Il s’agit de l’ancien ministre slovaque des Affaires étrangères, Miroslav Lajkac, appelé à succéder à Horst Kohler, après des mois de vacance du poste. Le volet économique a ainsi fait l’objet, jeudi dernier, de discussions élargies aux deux délégations, au ministère des Affaires étrangères, entre les ministres algérien Sabri Boukadoum et mauritanien Ismail Ould Cheikh Ahmed, qui a été auparavant reçu par le chef de l’État.

    A une question du Soir d’Algérie, invitant l’envoyé spécial mauritanien à livrer son sentiment sur le niveau des relations économiques algéro-mauritaniennes, il a insisté sur leur excellence ainsi que l’importance stratégique des rapports qu’entretiennent les deux pays. A titre d’exemple, il rappellera la tenue récemment à Nouakchott de la Foire consacrée aux produits algériens qui fut, selon ses dires, un franc succès. Prix et qualité ont été les arguments qui ont suscité un grand engouement des consommateurs mauritaniens.

    Une grande caravane, partie d’Algérie, a acheminé ces produits sur le marché mauritanien, voire même au Sénégal, nous dit Ould Cheikh Ahmed qui a profité de l’occasion pour annoncer la construction d’une ligne de chemin de fer qui reliera le Sud algérien à Nouadhibou, deuxième grande ville de Mauritanie.

    Dans le point de presse tenu conjointement avec son homologue algérien, il a abordé d’autres questions de politique régionale, notamment la crise libyenne, au sujet de laquelle il soulignera une convergence de vues avec les positions de l’Algérie ,et que son pays soutiendra les démarches dans tout le processus de règlement.

    Sabri Boukadoum, qui nous a confié qu’il retrouve en la personne de Smail Ould Cheikh Ahmed un vieux compagnon de sa présence à l’Onu, a eu aussi à revenir sur le problème libyen et sa dernière visite à Benghazi appelée à être suivie, dans les prochains jours, par une escale à Tripoli, capitale du Gouvernement d’union nationale. Il en a profité pour rendre compte de la complexité libyenne de la crise et notamment du fait du rôle des divers acteurs, dont les tribus. C’est d’ailleurs un point essentiel abordé par le chef de la diplomatie grec, Nico Dendia, à l’occasion de sa visite de travail à Alger où il a été reçu à la présidence, compte tenu de ses démêlés avec la Turquie à propos de Chypre, qui se dit concernée par les événements qui ont lieu en Méditerranée orientale. Le maréchal Khalifa Haftar a rendu visite à ce pays à la veille de la tenue de la Conférence de Berlin le 19 janvier dernier. Le ministre des Affaires étrangères grec, qui abordera aussi la question de la relance des échanges économiques avec l’Algérie, n’a pas manqué de noter la convergence de vues sur la question de la Libye avec pour maître mot, le dialogue.

    Ainsi, l’offensive diplomatique enclenchée avec l’implication directe dans la recherche d’une solution au conflit libyen et la sécurité au Sahel, marque des points, preuve s’il en est, qu’Alger est en passe de devenir La Mecque des bonnes volontés…

    Brahim Taouchichet

    Le Soir d’Algérie, 15 fév 2020

    Tags : Algérie, Libye, Maghreb, Afrique du Nord, diplomatie,

  • La Mauritanie reconnaissante à l’Algérie pour le transport des étudiants mauritaniens en Chine

    La Mauritanie a exprimé sa profonde reconnaissance à la République algérienne démocratique et populaire sœur pour avoir pris en charge le transport des étudiants mauritaniens résidant dans la province du Hubai en Chine Populaire.

    Elle a loué, dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères, de la Coopération et des Mauritaniens de l’Extérieur rendu public dimanche après- midi et dont une copie est parvenue à l’Agence Mauritanienne d’Information, cette réaction positive qu’elle a perçue des autorités au niveau du ministère des affaires étrangères chinois et du bureau des affaires extérieures de la province du Hubai en République Populaire de Chine.

    Voici le texte intégral de ce communiqué :

    « Lorsqu’il a appris, à travers notre ambassade à Pékin, qu’il y a un avion affrété par les autorités algériennes pour rapatrier ses concitoyens, le ministre des affaires étrangères, de la coopération et des mauritaniens de l’extérieur, M. Ismail Ould Cheikh Ahmed a aussitôt contacté par téléphone son homologue algérien, M. Sabri Boukadoum à la suite duquel la République Algérienne démocratique et populaire sœur a décidé de prendre en charge le transport de nos étudiants résidant dans la province du Hubai en République Populaire de Chine, et dont quatre ont fait le choix de quitter Wuhan et deux d’y rester.

    Le ministère tient à exprimer sa profonde reconnaissance à ses frères en Algérie et se réjouit de la réactivité efficace et du traitement diligent de toutes les questions soumises par notre ambassade à Pékin aux fins d’évacuation de nos étudiants par les services du ministères chinois des affaires étrangères, notamment du bureau des Affaires étrangères de la région de Khouli en République Populaire de Chine.

    Agence Mauritanie d’Information, 2 fév 2020

    Tags : Algérie, Mauritanie, Chine, Maghreb, coronavirus,

  • Pourquoi le Maroc impose le visa aux mauritaniens

    Le Maroc, en vue de dissimuler son animosité envers la Mauritanie et les tensions qui caractérisent leurs relations, prétend que celles-ci sont au beau fixe. Cependant, les déclarations mielleuses sont battues en brèche par la négative marocaine de supprimer l’obligation du visa d’entrée. La question au million est « pourquoi le Maroc impose le visa aux citoyens mauritaniens ? ». Pourtant, les algériens en sont exonérés alors que les relations entre Rabat et Alger n’ont jamais connu d’apaisement en raison du conflit du Sahara Occidental.

    Il est inexplicable que les mauritaniens aient besoin d’un visa pour voyager vers le Maroc alors que c’est un pays maghrébin ! Pour voyager au Sénégal, ils n’en ont pas besoin de visa, ça facilite les échanges avec ce pays. Il y aurait plus d’échange entre la Mauritanie et le Maroc si Rabat acceptait d’enlever le visa qui est une barrière importante devant les échanges commerciaux entre les deux pays et favoriserait le développement en facilitant l’implantation d’entreprises marocaines et donc la création d’emplois. En plus, cela faciliterait les possibilités de voyage intra-Maghreb.

    L’imposition du visa entre le Maroc et la Mauritanie met à nu la diplomatie marocaine qui est toujours assujetie aux alléas du contentieux du Sahara Occidental qui pousse Rabat à sacrifier ses relations avec un pays frère qui parle la même langue et partage la même histoire, mais qui refuse de violer le principe de neutralité dans le conflit qui opose le royaume de Mohammed VI aux sahraouis.

    L’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche a bousculé le conflit autour de l’ancienne colonie espagnole. Le statu quo dont s’accommodait le Maroc risque d’être brisé par la décision américaine de mettre fin au financement de la MINURSO, la mission des Nations Unies opérant au Sahara Occidental. La nouvelle conjoncture a mis la pression sur Rabat. Soudain, les autorités marocaines se voient dans l’obligation de trouver une solution au dossier qui bloque l’intégration maghrébine depuis plus de 43 ans. A cet égard, la position de Nouakchott est vitale en tant que partenaire dans la recherche d’une solution. Raison pour laquelle, le Maroc a multiplié les actions d’extorsion visant la Mauritanie.

    Tags : Mauritanie, Maroc, Sahara Occidental, Front Polisario, ONU, visa, Maghreb,

  • La trahison est inscrite dans l’ADN de la monarchie alaouite

    Israël ne remerciera jamais assez le Maroc, précisément le roi Hassan II, pour sa victoire préventive contre ses ennemis arabes pendant la guerre des Six Jours de 1967, selon les révélations fracassantes d’un ancien chef des renseignements militaires israéliens. Révélation faite à Times Of Israël et Yediot Aharonot. 
    La nouvelle est certes sensationnelle mais elle n’est pas, au fond, étonnante pour peu que l’on se rappelle que l’Histoire enseigne que la trahison est inscrite dans l’ADN de la monarchie alaouite. Mais d’abord les faits, sur la base de confidences du général major Shlomo Gazit, ex-patron des services de renseignements militaires et de déclarations de Rafi Eitan, homme politique israélien et ancien officier des renseignements. 
    Aussi hallucinant que cela puisse paraitre, en 1965, le roi Hassan II a, purement et simplement, transmis à Israël des enregistrements d’une rencontre cruciale entre les dirigeants arabes. Réunis à Casablanca, ils discutaient de leur préparation à la guerre contre Israël. La complicité active du monarque chérifien a permis aux dirigeants israéliens d’apprendre, sur le vif, à quel point les rangs arabes étaient divisés. Mais surtout que les pays arabes étaient assez mal préparés à la guerre. Pourtant, selon les mêmes confidences, les responsables politiques et militaires israéliens étaient préalablement persuadés que l’Etat hébreu perdrait toute guerre engagée par une coalition militaire arabe ! Mais grâce à la félonie du roi, les enregistrements qu’il a gracieusement fournis aux Israéliens, minutieusement recoupés à d’autres renseignements rassemblés dans les années précédant la guerre de 1967, Israël a pu lancer sa blitzkrieg victorieuse au matin du 5 juin 1967. 
    Les pays arabes, Egypte en tête, perdirent ainsi une guerre qu’ils ne pouvaient même pas engager. Sur le plan purement pratique, le traître Hassan II avait secrètement enregistré la réunion de 1965. Il avait initialement autorisé une équipe mixte des renseignements intérieurs et extérieurs, le Shin Bet et le Mossad, à opérer en toute aisance. L’opération en question porte le nom de code exotique de «Oiseaux», et qui a consisté à occuper un étage entier du luxueux hôtel de Casablanca où se déroulait la conférence. 
    Outre le fait de leur avoir permis d’agir librement et discrètement sur le théâtre d’opération, le judas et mouchard Hassan II leur a donné «les informations nécessaires», et ne leur a «rien refusé» après la conférence. Grâce donc à l’espion Hassan II, l’opération «Oiseaux» fut, selon Meir Amit, chef du Mossad à l’époque,«l’une des gloires suprêmes du renseignement israélien». Cette qualification des faits est contenue dans un mémo confidentiel adressé au Premier ministre Levi Eshkol. Les israéliens ont d’autant fait une moisson extraordinaire et décisive que les dirigeants arabes s’étaient secrètement réunis à l’hôtel de Casablanca, avec leurs chefs des renseignements et des armées. Et qu’ils devaient discuter de savoir s’ils étaient prêts à une guerre contre Israël, et, dans ce cas, pour décider de créer ou non un commandement arabe commun. Le besoin de se rassembler pour la guerre fit alors l’objet d’un accord. Grâce aux enregistrements, et à d’autres sources, «nous savions à quel point ils étaient peu préparés à la guerre, et nous avons conclu que le Corps des blindés égyptiens était dans un état pitoyable et qu’il n’était pas prêt au combat», a affirmé le même Shlomo Gazit. 
    Ces révélations tardives confirment ainsi le degré de déloyauté et la propension à la trahison consubstantielle à la monarchie alaouite. Le reniement et la scélératesse de la monarchie ont commencé d’abord avec l’Emir Abdelkader. Après l’avoir soutenu et refusé de le livrer aux Français, le sultan Moulay Abderrahmane (1822-1844), finit par le trahir. Par le traité de paix qui lui était imposé après la bataille d’Isly, le Sultan reconnut finalement la présence française en Algérie (traité de Lalla Maghnia en septembre 1844) et s’engagea par conséquent à ne plus soutenir l’Emir Abdelkader qui fut alors considérablement affaibli. 
    Le 22 octobre 1956, cinq chefs du FLN historique prennent un vol de Rabat au Maroc à destination de Tunis, afin de participer à un sommet sur l’avenir du Maghreb organisé par le président Bourguiba. Le SDECE français y voit une occasion inouïe à ne pas laisser passer. Il envoie alors des avions de chasse pour détourner l’avion sur un aéroport militaire. Sur ce coup, le Palais royal fit au moins preuve de complicité passive, pour ne pas dire qu’il a laissé agir les services français en toute liberté et que ses propres services ont aidé activement leurs homologues français. De quelque manière que ce soit, la trahison y est ! 
    Plus tard, ce fut le coup de poignard dans le dos, avec la Guerre des Sables en 1963. Et, en 1975, autre trahison stratégique : celle de refuser de mettre sur pied avec l’Algérie et la Mauritanie une armée commune pour expulser l’Espagne du Sahara occidental et de Sebta et Melilla. Pour organiser ensuite la Marche Verte et coloniser les territoires sahraouis de Saguia El Hamra et le Rio de Oro ! Sans compter bien plus tard, le soutien actif apporté au mouvement terroriste algérien durant les années 1990. Traitre un jour, traitre toujours !