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  • Maroc: Du nucléaire pour la production d’électricité?

    Maroc: Du nucléaire pour la production d’électricité?

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    Est-ce une course à l’atome au Maghreb ? Le Maroc se lancerait dans la production d’électricité à partir de l’énergie nucléaire. Cette annonce faite par le ministre marocain de la Transition énergétique risque de susciter l’intérêt d’Alger, qui pourrait être tentée de suivre les traces de son voisin.

    Ce n’est pas la première fois qu’on le dit, mais cette fois c’est sérieux : le Maroc s’apprête à miser sur l’énergie nucléaire. C’est ce qu’a annoncé au début du mois Leila Benali, la ministre de la Transition énergétique devant la Chambre des conseillers (Sénat marocain). « Le Maroc a investi dans le solaire et l’éolien et envisage maintenant de le faire dans le nucléaire pour répondre à ses besoins futurs en électricité », a déclaré la ministre. « Maintenant, une décision nationale doit être prise pour commencer à produire de l’électricité à partir de l’énergie nucléaire », a-t-elle ajouté.

    Le ministère dirigé par Benali a déjà publié un rapport sur l’option nucléaire en 2015 qui a été consigné dans les tiroirs. Aujourd’hui, la ministre l’a dépoussiéré et l’a mis à jour. « Le document comprend des recommandations pour opter pour le nucléaire, de l’infrastructure à la législation nécessaire », a-t-elle révélé dans son intervention.

    Depuis 2009, le Maroc dispose d’un petit réacteur nucléaire de deux mégawatts dans la forêt de Maâmora, près de Rabat, dans le cadre d’un projet de recherche convenu avec les États-Unis en 1980. Il y a un mois, le 14 mai, la ministre marocaine avait déjà signé un protocole d’accord sur la coopération en matière d’énergie avec son homologue saoudien, le prince Abdulaziz bin Salman. Le mémorandum d’entente annonce que les deux pays développeront des projets de conception, de construction et d’exploitation de centrales nucléaires, ainsi que de gestion des déchets générés par cette industrie.

    Rafael Grossi, directeur de l’AEIA, s’est rendu à Rabat le 20 juin et a rencontré la ministre Benali. A l’issue de la réunion, il a déclaré : « L’expérience du Maroc en matière de science nucléaire est un atout précieux pour le développement du pays. » « Le débat a porté sur l’économie marocaine, les perspectives de l’énergie nucléaire et les petits réacteurs modulaires » Plusieurs facteurs peuvent expliquer pourquoi les autorités marocaines sont désormais prêtes à franchir le pas. La fermeture par l’Algérie, en octobre, du gazoduc Maghreb-Europe, qui passait par son territoire avant d’aboutir à Cadix, leur a donné un certain sentiment de vulnérabilité énergétique, malgré le fait que le pourcentage de gaz algérien qu’ils consommaient était très faible.

    Avant que le gazoduc ne soit coupé, le Maroc avait déjà fait un gros pari sur les énergies renouvelables. Le gouvernement du pays prévoit qu’en 2030, 52% de l’électricité qu’il produira devra provenir d’énergies renouvelables.Se lancer dans l’aventure du nucléaire civil nécessite, en revanche, un soutien politique international sans obstacles. A cet égard, le Maroc a approfondi ses liens avec les Etats-Unis, notamment depuis fin 2020, après la reconnaissance par Washington de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, et depuis, il entretient une relation étroite avec Israël.

    La presse officielle marocaine a réagi positivement à l’annonce de Benali. « Compte tenu de notre dépendance énergétique, du faible prix du kWh et du caractère exceptionnel des incidents survenus, la balance penche nettement en faveur de l’option nucléaire », écrit Adnan Debbarh, chroniqueur pour Le 360 un site d’information considéré comme proche du palais royal. Cette même presse indique que la première centrale nucléaire serait installée au bord de l’Atlantique, près de Sidi Boulbra, à une centaine de kilomètres au nord d’Agadir sans indiquer quelle entreprise pourrait la construire. Il y a plus de dix ans, l’entreprise publique russe Atomstroyexport a publiquement exprimé son intérêt pour la construction d’une centrale nucléaire au Maroc, mais dans la situation actuelle de guerre en Ukraine, il semble exclu que ce soit elle qui soit choisie.

    Le principal risque de l’option nucléaire civile marocaine n’est pas qu’elle finisse par être dénaturée pour en faire une option militaire, comme l’Iran est soupçonné de le faire, car le Maroc n’a pas cette tentation. Le plus grand risque est que son voisin algérien veuille suivre la même voie et que les deux « poids lourds » du Maghreb se mettent au nucléaire. À plusieurs reprises, les ministres algériens de l’énergie ont évoqué la possibilité de construire des centrales, mais ces projets ne se sont jamais concrétisés. En 1991, les États-Unis ont soupçonné l’Algérie de vouloir fabriquer la bombe atomique avec l’aide de la Chine. Un rapport du Cesid (services secrets espagnols), révélé par « El País », confirmait cette hypothèse. Washington demande alors à plusieurs pays amis, dont la France et l’Espagne, gouvernée par Felipe González, de prendre des dispositions avec Alger pour l’en dissuader. « Il ne s’agissait pas d’un atome militaire », a déclaré le ministre algérien des Affaires étrangères, Mohamed Salah Dembri, lors de la cérémonie d’inauguration en 1993 du petit réacteur nucléaire expérimental d’Es Salam, construit avec l’aide de la Chine à Birine, à environ 250 kilomètres au sud d’Alger.

    Si l’annonce marocaine se réalise et que l’Algérie imite son exemple, l’Espagne verra que tant au nord – la France a prévu de construire 14 petites centrales nucléaires – qu’au sud, cette énergie connaît une résurgence, alors qu’en Espagne un moratoire nucléaire est en vigueur depuis 1983.

    Par Ignacio Cembrero

    El Confidential, 23 juin 2022

    #Maroc #Algérie #Energienucléaire #Electricité

  • Conflit Alger-Madrid: Paris et Berlin partagent le butin

    Conflit Alger-Madrid: Paris et Berlin partagent le butin

    Algérie, Espagne, Allemagne, France, Union Européenne, Sahara Occidental, Maroc, Gaz, Maghreb,

    La France et l’Allemagne pressent la crise de l’Espagne avec l’Algérie au détriment de l’Europe
    La crise du Sahara occidental sert à repositionner les deux grandes puissances européennes au Maghreb, qui profitent du boycott algérien de Madrid pour se partager le butin.

    Eugenio García Gascón

    Ce n’est un secret pour personne que la politique étrangère européenne est un désastre lorsqu’il s’agit de l’occupation israélienne, de l’Iran et de l’Afrique du Nord, et que cela est dû au fait que Berlin et Paris font passer leurs intérêts nationaux de clocher avant ceux de l’Europe dans son ensemble, dictant des politiques clairement anti-européennes que les autres membres d’un Club de plus en plus en crise doivent taire pour ne pas déplaire aux dirigeants allemands et français.

    C’est le cas depuis des temps immémoriaux et ce sera le cas tant que Paris et Berlin maintiendront leurs positions cyniques et forceront leurs partenaires à sauter à travers des cerceaux, encore et encore, sans explication publique, bien que dans un langage non verbal clair et compréhensible. Un bon exemple en est les mouvements lugubres que l’on observe au Maghreb depuis un certain temps et qui deviennent particulièrement transparents aujourd’hui.

    La grave erreur commise par le président Pedro Sánchez avec le Sahara occidental a donné le signal de départ pour que d’autres pays se précipitent pour prendre la place de l’Espagne. Ces dernières semaines, de nombreuses capitales européennes ont commencé à prendre position pour partager le gâteau algérien, et parmi elles, outre la voisine Rome, se trouvent Berlin et Paris, ce qui n’est pas une simple coïncidence.

    Au lieu d’aider le partenaire espagnol à surmonter la crise avec l’Algérie, l’Allemagne et la France se sont lancées dans une chasse aux contrats que les entreprises espagnoles détenaient jusqu’à présent, signe que les deux grandes puissances mènent une politique de vautours. Les mêmes dirigeants qui font tout un foin lorsqu’ils parlent publiquement de l’unité de l’Europe profitent en fait effrontément d’une crise comme celle qui sévit en Espagne et en Algérie.

    Cette crise est la preuve que l’Europe est sur la mauvaise voie, et peut servir d’avertissement non seulement aux partenaires les plus faibles, mais aussi à l’axe Paris-Berlin, pour leur dire que leurs ambitions sèment des mines dans la construction d’une Europe qui peut encore être nécessaire, mais que si l’on regarde la façon dont les choses évoluent, y compris les élections législatives françaises du week-end, il est raisonnable de penser que de profonds changements attendent le continent, parmi lesquels un effondrement ne peut être exclu.

    Il ne faut pas ignorer que la chute de l’Europe est dans l’intérêt de grandes puissances telles que la Russie, les États-Unis et Israël, mais la partie la plus grave de l’équation est le comportement cynique de Paris et de Berlin, qui non seulement ne favorise pas une unité européenne progressiste et unie, mais aussi détricote un rêve qui a duré quelques décennies mais qui devient chaque jour plus flou et précaire.

    La crise du Sahara occidental a provoqué un rapprochement entre l’Allemagne et la France et l’Algérie, mais aussi un certain rapprochement, encore trop vague, entre l’Espagne et le Maroc, un pays qui a solidement démontré, et continue de démontrer, qu’il n’est pas un partenaire fiable. C’est comme si Madrid avait vu que Paris et Berlin lui prenaient ses affaires en Algérie sans sourciller et qu’elle cherchait à les remplacer par des affaires marocaines.

    Vendredi, le président Emmanuel Macron a téléphoné à son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune précisément pour « développer les relations » entre les deux pays, étant entendu que ce sera principalement dans le domaine économique, étant donné la décision d’Alger de geler les relations avec l’Espagne. C’est un coup de poignard à Madrid, mais c’est aussi une réponse au jeu « suprémaciste » joué par Paris et Berlin, auquel les autres États européens doivent se plier sans protester.

    L’Algérie conditionne son rapprochement avec Madrid au départ de Pedro Sánchez de la Moncloa, ce qui prendra encore du temps. L’Allemagne, la France et l’Italie ont donc un temps précieux devant elles pour supplanter les entreprises espagnoles, et c’est ce qu’elles font. Cela révèle que l’Europe est sur la mauvaise voie, surtout maintenant que les partis les plus extrêmes de droite et de gauche viennent de montrer les dents lors des élections françaises.

    Paris tente de combler le vide de l’Espagne en Algérie au moment même où ses relations avec Rabat sont glaciales et où les visites de hauts responsables français et marocains dans l’autre pays sont depuis longtemps gelées. Macron n’a pas parlé à Mohammed VI au téléphone depuis près d’un an, et le roi du Maroc vient de se rendre à Paris pour une visite privée sans rencontrer le président français.

    L’intérêt du Maroc

    Selon le quotidien Al Quds al Arabi, cette situation explique pourquoi le Maroc souhaite relancer ses relations avec l’Espagne. Elle estime que la France ne s’est pas occupée de ses affaires pendant sa présidence de l’UE au premier semestre 2022. Mais il convient de souligner que Rabat n’a jamais été un partenaire fiable et que ses politiques ont fortement évolué d’un côté comme de l’autre lorsqu’il l’a jugé bon.

    Une politique européenne unie aurait probablement permis d’éviter les problèmes avec le Maroc et l’Algérie, mais ni Paris ni Berlin n’ont montré le moindre intérêt à cet égard, orientant plutôt leurs actions en fonction des performances économiques nationales.

    Pedro Sánchez semble en avoir pris note et renforce la coopération avec le Maroc, comme en témoigne l’achat de gaz naturel sur le marché international qui arrive à Huelva avant d’être acheminé vers le Maroc, qui a perdu le gaz algérien également à cause de l’imbroglio du Sahara occidental. Le contexte n’invite pas à l’optimisme à court, moyen et long terme.

    Sans aucun signe de volonté de Paris et de Berlin de changer de direction, et avec des nuages noirs s’accumulant après chaque élection européenne, il est probable que tous les Européens finiront bientôt par payer un prix élevé pour les décisions de la France et de l’Allemagne.

    Público, 21 juin 2022

    #Algérie #Espagne #France #Allemagne #Gaz #SaharaOccidental #Maroc #Europe #UE

  • Sánchez, l’Europe et le Sahara occidental

    Sánchez, l’Europe et le Sahara occidental

    Sahara Occidental, Maroc, Algérie, Espagne, Europe, OTAN, Etats-Unis, néocolonialisme, France, Maghreb,


    Jesus L. Garay
    Membre de l’Asociación de Amigos y Amigas de la RASD (Association des amis de la RASD)

    Nous avons besoin de toute la force de la solidarité et de toute la volonté politique démocratique pour arrêter ce coup néocolonialiste, pour démonter les arguments fallacieux d’opportunité politique et de fausse compassion humanitaire que le PSOE a déployés, et pour lancer une mobilisation sociale et politique efficace.

    Trois mois après la divulgation par le Maroc de la lettre de Pedro Sánchez dans laquelle le gouvernement espagnol modifie sa position officielle sur la question du Sahara occidental, les échos des réactions provoquées par ce revirement, loin de s’apaiser, continuent d’occuper le devant de la scène politique et médiatique, cette fois dans le sillage de la suspension par l’Algérie du traité d’amitié et de coopération avec l’Espagne.

    La décision du gouvernement espagnol a sans aucun doute de nombreuses implications qu’il serait impossible d’aborder brièvement, tout comme il est impossible de traiter la multitude d’erreurs qui ont été et sont commises en commentant les différents aspects de cette question.

    Les implications de la position du gouvernement sur la politique interne de l’État ont surtout été discutées ; mais au-delà des déclarations et des motions génériques, si quelque chose est devenu clair sur cette question, c’est que les partis qui composent ou soutiennent ce gouvernement sont incapables – ou peut-être manquent-ils simplement de volonté réelle – de revenir sur la décision de reconnaître implicitement la souveraineté marocaine sur la colonie espagnole. De même, il semble que les organisations sociales n’aient pas été en mesure de canaliser la sympathie et la solidarité que la cause sahraouie suscite dans la grande majorité de la population en une expression claire de rejet ou d’indignation. Toutefois, comme le montre la décision de l’Algérie, il n’est jamais trop tard pour prendre l’initiative.

    Cependant, les dernières décisions de l’Algérie mettent en lumière une dimension qui a été presque étouffée par le bruit causé par les formes et le timing de la décision du gouvernement. En effet, au niveau international, les déclarations de soutien à l’occupation marocaine révèlent que la décision n’est pas le résultat d’un simple  » coup de chaud  » de M. Sánchez, comme certains médias tentent de le décrire – bien qu’il y ait clairement une part d’improvisation – ni, comme cela se fait notamment sur les réseaux sociaux, une simple capitulation devant le chantage brutal du Maroc – ce qui est également le cas.

    La position actuelle du gouvernement espagnol est le résultat d’un effort stratégique de grande envergure visant à consolider un équilibre des forces au Maghreb arabe qui soit définitivement favorable aux intérêts néocoloniaux de l’Occident capitaliste. Cet effort, mené initialement par les États-Unis, comme il sied à leur statut de puissance hégémonique, a trouvé son expression ultime dans la déclaration d’un président sortant, Donald Trump, acceptant la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental en échange de la restauration complète des relations entre le Royaume du Maroc et l’État d’Israël.

    Dans l’ordre international actuel, cependant, le contrôle géopolitique de cette région d’Afrique du Nord ne relève pas directement des États-Unis, mais de l’Europe. Non pas l’Europe des droits et des valeurs démocratiques qu’on veut nous vendre, mais l’Europe de la nécropolitique migratoire, filiale de l’OTAN et héritière du colonialisme le plus récent, qui a glissé ces dernières années vers l’extrême droite idéologique.

    Bon nombre des réactions des décideurs politiques à la rupture des relations entre l’Algérie et l’Espagne démontrent qu’au fond, le point de vue de l’Europe sur l’Afrique n’a guère changé depuis la conférence de Berlin de 1885 et que, comme les États-Unis avec l’Amérique latine, elle continue de traiter le continent africain comme son arrière-cour : une sorte d’immense domaine d’où extraire les ressources nécessaires à son développement économique et social et où les habitants et les dirigeants africains devraient se contenter de faire ce travail efficacement.

    La liste des assassinats, des coups d’État et des interventions militaires pour contrôler les mouvements indépendantistes ou simplement pour « modérer » des politiques jugées potentiellement dangereuses pour les intérêts de l’Europe n’est pas close. La France, le Royaume-Uni et l’Allemagne s’efforcent ouvertement et clandestinement de conditionner la vie politique et économique des peuples d’Afrique, car l’orientation de l’économie européenne qu’ils dirigent en dépend largement.

    Certes, la pratique néocoloniale européenne est en contradiction ouverte avec le cadre juridique créé après la Seconde Guerre mondiale, la soi-disant légalité internationale, ce qui explique pourquoi, dans une large mesure, les interventions sont de type « secret » ou simplement passées sous silence par l’opinion publique. Et oui, l’Espagne, bien qu’elle soit le seul pays européen qui possède encore une colonie reconnue en Afrique, le Sahara occidental, joue un rôle marginal dans cette entreprise. Comme le maintien dans l’OTAN, cela fait partie du prix qu’elle a dû payer en échange de son adhésion à l’UE.

    Dans ce contexte, le Maghreb arabe est devenu l’un des théâtres les plus évidents de la confrontation entre les intérêts néocoloniaux et les droits des peuples africains, le Sahara occidental étant probablement le champ de bataille le plus décisif à cet égard. Si le Maroc parvient finalement à s’approprier le territoire stratégique du Sahara occidental et à contrôler ses actifs, l’Occident aura largement réussi à équilibrer la principale puissance de la région, qui est actuellement l’Algérie.

    Le seul problème est la résistance opposée par le petit peuple sahraoui, qui utilise le droit international en sa faveur. En effet, le peuple sahraoui, au moins depuis la création du Front Polisario, a fondé la légitimité de sa lutte sur le droit international. Cela a été un atout important pour affronter le colonialisme et réaffirmer leur volonté de réaliser le droit à l’autodétermination et à l’indépendance. Ainsi, chaque fois que les forces néocoloniales ont tenté de justifier ou de perpétuer leurs méfaits, chaque organisme et tribunal international a ratifié la légitimité de la résistance sahraouie et condamné les pratiques coloniales.

    La soi-disant légalité internationale est, curieusement, une création de ceux qui soutiennent l’occupation du territoire, le pillage de ses ressources et la tentative d’anéantir la population d’origine. C’est-à-dire, le groupe politico-économique de gouvernements et de sociétés qui financent et fournissent les moyens et les armes pour l’occupation du Sahara Occidental. Dans ce lobby de la mort et du pillage, les gouvernements et les entreprises espagnols ont, pour des raisons historiques et géographiques, un rôle de premier plan.

    Cela fait 50 ans que l’équilibre est instable entre la légitimité et les intérêts économiques et géopolitiques. C’est une lutte dans laquelle aucun des deux camps ne peut être considéré comme le vainqueur définitif. Le néocolonialisme a tenté de faire capituler le peuple sahraoui par des bombardements de réfugiés civils, des disparitions massives, l’invasion de colons, le pillage massif des ressources, toutes sortes de tactiques pour retarder l’application des résolutions de l’ONU, les mensonges et le silence, et le soutien flagrant de l’Espagne, de la France et des États-Unis au régime génocidaire de Mohamed VI, mais la résistance sahraouie continue, soutenue par le droit international. La vente d’armes, le vol gigantesque de phosphates et de poissons, le business agricole avec le roi du Maroc, l’énergie fossile et verte du Sahara occidental exploitée par des entreprises comme Siemens-Gamesa, apparaissent ainsi comme des faits accomplis mais impossibles à justifier ou à légaliser.

    La clé pour sortir de cette cruelle impasse pourrait résider dans une série d’arrêts de la Cour de justice de l’Union européenne qui, depuis 2016, réduisent la marge de manœuvre de ces pratiques coloniales, en déclarant nuls et non avenus les accords économiques avec le Maroc sur lesquels elles reposent. Tout au long de l’année 2023, il est prévu que la plus haute instance judiciaire européenne tranche définitivement le litige en faveur des arguments du Front Polisario, ce qui devrait amener l’UE à repenser ses relations avec le Maroc dans son ensemble. Non seulement les relations commerciales, mais toutes les questions touchant au territoire du Sahara occidental, que le Maroc considère comme sien et qui constitue non seulement la principale source de richesse du royaume alaouite, mais, comme nous l’avons expliqué, le seul espoir, tant pour le Maroc que pour l’Europe, de pouvoir affronter son principal rival sur l’échiquier du Maghreb.

    La décision du gouvernement espagnol s’inscrirait donc dans un plan visant à imposer la réalité de l’occupation par un consensus politique international, quelle que soit la décision des tribunaux européens. La construction d’un tel consensus dans le cas européen nécessite l’implication directe des deux principaux gouvernements, la France et l’Allemagne, et, dans le cas du Sahara occidental, de la puissance coloniale de référence, l’Espagne – comme le serait la Belgique dans le cas de la République du Congo ou le Portugal dans le cas du Mozambique. Une fois ce consensus de « realpolitik » construit, il serait facile de réunir la majorité des gouvernements européens – même si ce n’est peut-être pas aussi facile que dans le cas de la guerre en Ukraine – et, avec les États-Unis, d’imposer la loi du plus fort dans ce coin du monde.

    C’est pourquoi nous avons besoin de toute la force de la solidarité et de toute la volonté politique démocratique pour arrêter ce coup néocolonialiste, pour démonter les arguments fallacieux d’opportunité politique et de fausse compassion humanitaire déployés par le PSOE et pour lancer une mobilisation sociale et politique efficace. Car ce ne sont pas seulement la liberté et les droits d’un peuple africain qui sont en jeu, mais aussi la possibilité pour les gouvernements et les entreprises d’imposer leur volonté au-dessus de la loi, qu’ils prétendent eux-mêmes promouvoir.

    NAIZ, 10 juin 2022

    #SaharaOccidental #Maroc #Algérie #Espagne #Europe #OTAN #EtatsUnis #France #Néocolonialisme #Maghreb

  • Le conflit algéro-marocain s’étend comme une tache d’huile

    Algérie, Maroc, Sahara Occidental, Maghreb, Etats-Unis, Israël, Grand Maroc, espionnage, Pegasus,

    Le Maghreb reste soumis à la tension entre Alger et Rabat, qui a définitivement compromis l’intégration régionale. Plus grave encore, elle tient en otage de nombreux États de la région.
    KHADIJA MOHSEN-FINAN

    Le conflit entre l’Algérie et le Maroc ne date pas d’hier. Au départ, il s’agissait d’une frontière conçue par la France et beaucoup plus favorable à l’Algérie. Le Maroc s’est senti lésé et, dès 1956, a revendiqué une partie de ce territoire, arguant qu’il faisait partie du « Maroc historique ». Ferhat Abbas, président du gouvernement provisoire de la République algérienne, ne s’y oppose pas, mais rencontre Hassan II en juillet 1961, et les deux signent un accord dans lequel ils s’engagent à renégocier le statut de la partie occidentale de l’Algérie une fois le pays devenu indépendant. Mais au moment de l’indépendance, un an plus tard, et avant même la ratification de l’accord, la coalition dirigée par Ben Bella, soutenue par l’Armée de libération nationale (ALN), expulse Ferhat Abbas du gouvernement et refuse de restituer le territoire qui, selon la formule approuvée, avait été « libéré avec le sang de tant de martyrs ».

    Hassan II s’est senti trahi, et dès lors, une rivalité sourde est née entre deux classes politiques, algérienne et marocaine, qui s’étaient auparavant montrées solidaires dans la lutte pour mettre fin à la colonisation française. Ben Bella veut se présenter comme le garant de tout le territoire hérité de la colonisation française, tandis que le Maroc se sent enfermé dans son territoire, beaucoup plus petit que celui de son voisin. Hassan a ensuite présenté la carte du Grand Maroc, conçue par le parti de l’Istiqlal, qui vise à faire comprendre que les frontières du Maroc sont définies en fonction de la loyauté manifestée au Sultan du Maroc à travers les âges. Entre les terres acquises avec  » le sang des martyrs  » et l’accent mis sur les droits historiques, s’amorce une longue confrontation entre deux conceptions du territoire, du droit et de l’histoire, avec l’opposition entre deux États et deux systèmes politiques radicalement différents dans le contexte international de la guerre froide : l’Algérie, proche de l’Union soviétique, et le Maroc, libéral et ouvertement porté vers les États-Unis et le monde occidental.

    À partir de 1975, le soutien de l’Algérie au Front Polisario, le mouvement indépendantiste né deux ans plus tôt pour récupérer l’ancienne colonie espagnole du Sahara occidental, aggrave la tension déjà permanente entre Alger et Rabat. En d’autres termes, deux conflits se sont ajoutés et superposés : entre Alger et Rabat pour le leadership dans la région et celui du Sahara occidental, dernier conflit de décolonisation sur le continent africain. Ce mélange des deux conflits a rendu le conflit du Sahara impossible à résoudre, et en 1991, l’ONU a été chargée de trouver une solution.

    Le référendum d’autodétermination pour décider qui a la souveraineté sur le Sahara occidental, que le Front Polisario et l’Algérie souhaitaient et que le Maroc a accepté en 1981, est désormais impossible à organiser. Le Maroc ne voit aucune raison de risquer de perdre la souveraineté qu’il exerce déjà depuis 1975 sur 80 % du territoire sahraoui en le soumettant à une consultation ; d’abord parce qu’il ne reconnaît pas l’identité sahraouie. Depuis 2007, Rabat propose une autonomie au sein d’un Maroc souverain, mais l’autre partie rejette cette proposition.

    L’incapacité de l’ONU à résoudre ce conflit, faussé par le différend algéro-marocain, a conduit à la paralysie. Les deux parties belligérantes, chacune à sa manière, ont tenté de contourner le processus des Nations unies. Le Front Polisario a lancé une bataille juridique contre l’exploitation et la commercialisation par le Maroc des ressources naturelles du Sahara occidental. Par deux fois, en 2016 et 2018, la Cour européenne de justice lui a donné raison. Cependant, Rabat, grâce à sa capacité à faire pression sur la Commission européenne, a réussi à renégocier l’accord de pêche qui avait été invalidé après l’arrêt de la Cour européenne.

    Pour sa part, le Maroc utilise une stratégie différente. Son plan pour contourner l’ONU est d’amener le plus grand nombre possible d’Etats à reconnaître le Sahara Occidental comme marocain. Après avoir obtenu la reconnaissance de plusieurs États africains, il a remporté une victoire majeure en décembre 2020, lorsqu’il a signé un accord avec Donald Trump stipulant que Rabat normaliserait ses relations avec Israël en échange de la reconnaissance par Washington de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Le soutien inconditionnel de Washington à Rabat sur une question aussi sensible a déséquilibré la relation entre le Maroc et l’Algérie et introduit un nouvel acteur au Maghreb : Israël.

    Ce double parrainage américano-israélien transforme la situation régionale et donne le dessus à Rabat. L’Algérie, face à l’agressivité de ces grands bailleurs de fonds, a adopté une posture défensive en disant : « Nous avons le Mossad à nos portes ». La révélation de l’utilisation par le Maroc du logiciel d’espionnage Pegasus donne raison à l’Algérie : 6 000 numéros de téléphone algériens ont été espionnés, dont ceux de membres de la classe politique.

    Le fait que la stratégie de Rabat ait porté ses fruits a encore irrité Alger. L’Allemagne, les Pays-Bas et l’Espagne ont reconnu que le plan d’autonomie proposé par le Maroc est sérieux et représente la meilleure issue possible à un conflit qui n’a que trop duré.

    Alger a réagi au succès du Maroc en utilisant son arme principale, le gaz. Le contrat entre Sonatrach et l’Organisation nationale de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) du Maroc, qui devait expirer fin octobre, n’a pas été renouvelé, et Madrid a reçu l’ordre de ne pas revendre de gaz algérien au Maroc. Mais l’Algérie va encore plus loin et, pour punir l’Espagne de son soutien au Maroc, a gelé le traité d’amitié et de coopération hispano-algérien signé en 2002.

    Plus de 60 ans se sont écoulés depuis l’indépendance, et le Maghreb est toujours soumis à la tension entre Alger et Rabat, qui a définitivement compromis l’intégration régionale. Plus grave, elle prend en otage de nombreux Etats de la région et laisse le Maghreb en marge des grandes dynamiques des relations internationales.

    La guerre en Ukraine a mis en évidence l’anachronisme de ce différend. Les autorités des deux pays partagent les vues de Vladimir Poutine sur de nombreuses questions. Comme lui, ils pensent que le pouvoir reste sur le territoire. Lorsqu’ils s’arment de manière aussi disproportionnée et se menacent mutuellement, ils démontrent qu’ils pensent que la guerre n’est qu’une affaire de deux États et qu’elle n’affecte pas la société. Et ils croient que les alliances sont durables, alors qu’aujourd’hui elles ne sont que temporaires, autour de problèmes spécifiques.

    Khadija Mohsen-Finan est politologue et spécialiste du Maghreb.

    Traduction de María Luisa Rodríguez Tapia.

    El Pais, 13 JUIN 2022

    #Algérie #Maroc #SaharaOccidental #Maghreb #Israël #EtatsUnis #Pegasus #Espionnage

  • UE-Algérie. Le beurre et l’argent du beurre

    UE-Algérie. Le beurre et l’argent du beurre

    Algérie, UE, Union Européenne, Espagne, Maghreb, Maroc, Sahara Occidental,

    Toujours preste à tenter de défendre ses intérêts, la Commission de l’Union européenne devrait comprendre que l’Algérie a aussi le droit de défendre les siens. De plus, quand une des nations de l’Union se rebelle et s’éloigne des directives et des décisions fixées et sort du rang de la communauté européenne, elle se plie à la rébellion d’Etats sans s’offusquer. Les exemples de la Hongrie et de la Pologne à ce titre sont indicateurs des positions contraires prises pour affirmer des libertés conformes à l’intérêt de leurs peuples. L’Algérie est loin de cet extrême, mais elle considère tout de même sur la base de cette vérité que dans des relations commerciales avec un pays tiers, elle ne peut légitimement accepter qu’on lui exige le beurre et l’argent du beurre.

    Les clarifications et les assurances apportées par la diplomatie algérienne à partir de Bruxelles vendredi sont de bon augure démontrant que l’Algérie n’est pas un Etat voyou. Loin s’en faut. Elle tient et respectera toujours ses engagements sauf que ses engagements ne peuvent avoir un sens que si ses interlocuteurs étrangers ne s’égarent pas dans des calculs et des arrière-pensées s’apparentant à de la flibusterie.

    Le gouvernement socialiste espagnol, dans des calculs qui lui sont propres, s’est arrogé le droit de passer outre la bienséance internationale et de bafouer les résolutions onusiennes et sa responsabilité historique. Libre à lui d’emprunter cette voie, mais il ne peut exiger de l’Algérie de le suivre sur ce chemin pour être prise en otage et être victime d’un proxénétisme qui ne dit pas son nom. La souveraineté de chacun est bien sûr sacrée, mais chacune ne peut être garantie au détriment d’une autre. Celui qui s’isole seul pour faire ses comptes, trouvera toujours un faux solde positif.

    A l’évidence, l’Espagne a changé ses options dans ses relations avec le Maghreb. Elle ne peut accuser l’Algérie d’en tenir compte bien que les Algériens gardent intacte leur entière disposition pour une coopération saine et équitable.

    par Abdou BENABBOU

    Le Quotidien d’Oran, 12/06/2022

    #Algérie #UE #Espagne #Maghreb #SaharaOccidental

  • Alger, capitale du tiers monde

    Algérie, Russie, Ukraine, Union Européenne, gaz, énergie, Maghreb, Maroc, GME, Turquie,

    La guerre de la Russie contre l’Ukraine a des répercussions importantes aux quatre coins du monde, où la confrontation entre Moscou et l’Occident dicte l’agenda, obligeant les membres de la communauté internationale à choisir leur camp. Ce tout nouveau contexte international n’est rien de moins qu’une guerre froide 2.0, une réédition de l’état de tension qui a alimenté les relations internationales dans le monde bipolaire d’après 1945. Malgré des différences significatives (la principale étant l’ordre multipolaire de notre époque, qui doit nécessairement tenir compte de la montée en puissance de puissances telles que la Chine et l’Inde), des similitudes frappantes apparaissent, notamment les innombrables nuances de gris entre le noir et le blanc communément utilisées pour résumer le conflit en Ukraine. Si l’on s’éloigne de cette approche occidentalo-centrée, le Maghreb offre certainement tout le spectre du non-alignement qui, au siècle dernier, avait fait d’Alger la capitale du tiers monde, pour citer l’auteur Elaine Mokhtefi.

    Ces derniers mois, on a vu de plus en plus de dignitaires étrangers dans la Ville Blanche, certains d’entre eux étant motivés par la nécessité de diversifier les approvisionnements énergétiques. Dans l’ensemble, les plans de l’Algérie pour devenir le principal centre énergétique de l’Europe souffrent de défis structurels, y compris le désaccord actuel avec le Maroc. Fin mars, la visite du secrétaire d’État américain Anthony Blinken, qui s’inscrivait dans le cadre d’une tournée régionale incluant également Rabat, devait permettre de lever des obstacles importants à cette fin, suite à la fermeture du gazoduc Maghreb-Europe (MEGP), victime de la guéguerre maghrébine à la fin de l’année dernière. En vain, apparemment, car l’Algérie se méfie toujours du soutien de Washington au Maroc sur la question du Sahara occidental, entre autres.

    De manière plus générale, l’Algérie a fait preuve de prudence en naviguant dans le paysage divisé qui a suivi l’invasion de l’Ukraine par la Russie, en cultivant des relations tant avec Moscou qu’avec l’Occident. Cet exercice d’équilibre est devenu particulièrement clair en mai lorsque la visite du ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, a été immédiatement suivie d’un court séjour à Alger du lieutenant-général Hans-Werner Wiermann, directeur général de l’OTAN. Hans-Werner Wiermann, directeur de l’état-major général international de l’OTAN. Au cours des entretiens, qui ont également porté sur la coopération bilatérale, le général de division Saïd Chengriha, chef de l’Etat-major international de l’OTAN, s’est rendu à Alger. Saïd Chengriha, chef d’état-major de l’armée algérienne, a réaffirmé l’attachement de son pays à une politique neutraliste, qui apparaît de plus en plus comme un trait commun dans la région et au-delà.

    Le spectre de Bandung, relancé avec pertinence par certains auteurs, ne hante pas seulement le Maghreb mais a des ramifications étendues qui décrivent bien la fluidité de la géopolitique régionale. Avant de se rendre en Italie pour renforcer le partenariat bilatéral dans le secteur de l’énergie, le président algérien Abdelmajid Tebboune était également en Turquie, qui a également adopté une position pragmatique pendant le conflit en Ukraine, offrant ses bons offices aux deux parties et récoltant les fruits de son ambivalence. Ces deux visites peuvent être considérées comme le signe d’une politique étrangère de plus en plus proactive visant à consolider le statut et la centralité de l’Algérie, dans la perspective d’un siège non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU en 2023-2024. Cependant, la visite de Tebboune à Ankara attire certainement plus d’attention car elle montre que, bien que la détente reste le leitmotiv dans la région pour le moment, la convergence entre Alger et Ankara pourrait potentiellement devenir structurelle, facilitée par une position anti-normalisation commune.

    Umberto Profazio
    Associate Fellow pour le programme Conflit, Sécurité et Développement de l’IISS et analyste Maghreb pour la Fondation du Collège de Défense de l’OTAN, il publie régulièrement sur des sujets tels que les développements politiques, la sécurité et le terrorisme dans la région de l’Afrique du Nord.

    NATO Defense College Foundation, 03/06/2022

    Lire aussi : L’Algérie, plus grand bénéficiaire de la guerre en Ukraine -Washington Post-

    Lire aussi : Les conséquences sur l’Algérie du conflit en Ukraine

    Lire aussi : Entre la Turquie et l’Algérie, c’est l’entente cordiale

    #Algérie #Maroc #UE #OTAN #Russie #Ukraine #Energie #Turquie

  • Algérie-Maroc: 60 ans de relation conflictuelle -3 et fin-

    Algérie-Maroc: 60 ans de relation conflictuelle -3 et fin-

    Algérie-Maroc: 60 ans de relation conflictuelle -3 et fin- – Sahara Occidental, Israël, Etats-Unis, Maghreb,

    Par Khadija Mohsen-Finan*

    L’axe Washington-Tel-Aviv-Rabat rebat les cartes

    En décembre 2020, le Maroc et les États-Unis signent un accord qui stipule que Rabat normalise ses relations avec Israël en contrepartie de la reconnaissance par Washington de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. L’appui franc de Washington à Rabat sur un dossier aussi sensible que celui du Sahara occidental déséquilibre la relation entre le Maroc et l’Algérie. Il introduit aussi un acteur nouveau sur la scène politique maghrébine : Israël

    Ce double parrainage, américain et israélien, reconfigure la scène régionale et donne à Rabat une longueur d’avance sur Alger. Désormais, leur rivalité n’a plus pour théâtre le Maghreb, mais l’Afrique, un terrain ancien pour une Algérie qui s’était distinguée par sa diplomatie et son rôle d’intermédiaire sur la scène africaine. Mais ce pays a connu une longue léthargie, notamment due à la maladie du président Abdelaziz Bouteflika à partir de 2013. Une perte d’influence qui a profité au Maroc qui a réintégré l’Union africaine (UA) en 2017, qui a investi massivement dans le secteur économique, et qui a développé une diplomatie religieuse. L’influence acquise ces dernières années par le Maroc en Afrique lui a permis de compter de nombreux Etats africains qui se sont ralliés à sa position sur le Sahara occidental. Elle a aussi permis au Maroc de venir en aide à Israël qui voulait retrouver son statut d’observateur au sein de l’UA, perdu en 2002. L’Algérie avait pourtant essayé de s’opposer à la réintégration d’Israël, rappelant aux membres de l’UA que cette instance a toujours appuyé la cause palestinienne.

    Pour Israël, son statut au sein de cette instance africaine constitue une première étape pour un déploiement géostratégique en Afrique de l’Ouest. En contrepartie de son aide, et plus largement de la normalisation de sa relation avec l’Etat hébreu, le Maroc entend bénéficier d’investissements importants. Rabat souhaite intensifier sa coopération sécuritaire qui existait déjà avant les accords d’Abraham. Les révélations faites sur l’utilisation massive du logiciel espion Pegasus par le Maroc en atteste : 6.000 numéros de téléphone algériens ont été espionnés, dont ceux des acteurs de la classe politique.

    Cette proximité affichée entre Rabat et Tel-Aviv irrite le pouvoir algérien, d’autant que les acteurs politiques israéliens n’hésitent pas à stigmatiser l’ennemi traditionnel de leur allié marocain. En août 2021, et alors qu’il était en visite à Rabat, Yaïr Lapid, le ministre israélien des Affaires étrangères, déclarait, en présence de son homologue marocain Nasser Bourita qu’il était « inquiet du rôle joué par l’Algérie dans la région, du rapprochement d’Alger avec l’Iran et de la campagne menée par Alger contre l’admission d’Israël en tant que membre observateur de l’UA ». RamtaneLaamamra, le ministre algérien des Affaires étrangères, n’a pas manqué de répondre à ces accusations, déclarant que « jamais, depuis 1948, on n’a entendu un membre du gouvernement israélien proférer des menaces contre un pays arabe à partir du territoire d’un autre pays arabe ».

    Il est vrai que les propos de Yaïr Lapid succédaient à ceux de Omar Hilale, ambassadeur du Maroc à l’ONU. Les 13 et 14 juillet 2011, lors d’une réunion des Non-alignés à New York, il avait en effet distribué une note disant que le « vaillant peuple kabyle mérite, plus que tout autre, de jouir pleinement de son droit à l’autodétermination ». La tension est à son comble, d’autant que pour Alger, le Maroc qui soutient ouvertement, voire cautionne le Mouvement pour l’autonomie en Kabylie (MAK), est également impliqué dans les incendies de l’été 2021 en Kabylie.

    Le 17 août, le Haut Conseil de sécurité dirigé par le chef de l’Etat algérien décidait de « revoir » les relations de son pays avec le Maroc, et le 24 août, Alger annonçait la rupture de ses relations diplomatiques avec le Maroc.

    Le gaz algérien comme moyen de pression sur le Maroc

    Alger tente de réagir aux succès diplomatiques de son voisin et rival marocain en usant de l’une des dernières cartes à sa disposition, celle du gaz.

    Depuis 1996, le Maroc est un pays de transit pour le gaz algérien exporté en Espagne et au Portugal, transportant ainsi 10 milliards de mètres cubes de gaz chaque année. Le Maroc couvrait ainsi 97% de ses besoins en prélevant directement du gaz transitant sur son territoire comme droit de passage et en l’achetant à un tarif préférentiel à l’entreprise d’Etat Sonatrach. Le contrat entre Sonatrach et l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (Onee) qui arrivait à échéance le 31 octobre 2021 n’a pas été renouvelé.

    Selon Alger, cette rupture avait pour objet de protester contre des « pratiques à caractère hostile qui portent atteinte à l’unité nationale ». Pour mieux nourrir le conflit qui oppose les deux Etats, le 31 octobre, l’Onee publiait un communiqué pour dire que l’impact de cette décision sur le système politique marocain est « insignifiant » car le pays a pris ses dispositions, et même si les deux centrales électriques qui fonctionnent grâce au gaz algérien venaient à s’arrêter, le consommateur ne s’en rendrait pas compte.

    En dépit de cette affirmation, le Premier ministre marocain Aziz Akhannouch s’est empressé d’entamer des discussions avec Madrid pour envisager les modalités d’approvisionnement du Maroc en gaz naturel. La négociation n’est pas facile car la crise diplomatique du printemps 2021 n’est pas totalement oubliée par les Espagnols. Elle avait été causée par l’accueil par l’Espagne du chef du Front Polisario qui venait pour des soins. La sanction marocaine à cet accueil intervenait un mois plus tard, à la mi-mai, lorsque plus de 10.000 migrants arrivaient à Ceuta, à la faveur d’un relâchement des contrôles par les autorités marocaines. Mais l’Espagne, qui est le premier partenaire économique du Maroc, a dit vouloir « faire un geste pour garantir la sécurité énergétique du Maroc ».

    Le 3 février 2022, le gouvernement espagnol annonçait que le Maroc pourra acheter du gaz naturel liquéfié sur les marchés internationaux, le faire livrer dans une usine de regazéifaction de l’Espagne et utiliser le gazoduc du Maghreb (GEM) pour l’acheminer sur son territoire.

    Pour autant, cette « stratégie du gaz » n’a pas réussi à affaiblir le rival marocain. Le 18 mars 2022, Pedro Sanchez, le chef du gouvernement espagnol, annonçait le rapprochement de son pays avec le Maroc. Il reconnaissait en effet que le plan d’autonomie proposé par Rabat en 2007 pour clore le conflit saharien représentait « la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution du différend ». Pedro Sanchez cédait ainsi à l’intense pression exercée par le Maroc, menaçant notamment l’Espagne de ne plus contrôler les flux de migrants qui débarquent sur son territoire. La menace est réelle puisque depuis le début de l’année 2022, le nombre de migrants arrivés aux Canaries à partir du Sahara occidental contrôlé par le Maroc a augmenté de 115% par rapport à la même période en 2021.

    Ce rapprochement entre Madrid et Rabat, qui a pris les Algériens par surprise, isole un peu plus l’Algérie au plan régional. Désormais, le Maroc souhaite bénéficier de la reconnaissance de sa « marocanité » du Sahara occidental par plus grand nombre de capitales occidentales. Une manière de contourner le droit international et l’ONU, en affaiblissant considérablement l’Algérie, déjà en perte de vitesse au plan régional et international.

    Cette stratégie des alliances mise en place par le Maroc pour venir à bout de ce conflit du Sahara, et inaugurée à Washington en décembre 2021, se développe aujourd’hui dans un contexte différent. En effet, l’invasion russe en Ukraine a dicté un nouvel ordre international et une nouvelle définition de la notion d’alliance.

    Repenser le conflit entre Alger et Rabat dans le nouveau contexte international

    L’invasion de l’Ukraine par la Russie a mis en exergue l’anachronisme du contentieux entre l’Algérie et le Maroc pour le leadership régional. La guerre en Ukraine montre en effet que les classes politiques algérienne et marocaine partagent les vues de Vladimir Poutine sur de nombreux aspects. Comme lui, elles pensent que la puissance est encore territoriale. Elles pensent aussi que la guerre concerne deux Etats, abstraction faite de leurs sociétés. Elles pensent enfin que les alliances sont durables, or, elles sont désormais ponctuelles et portent sur des dossiers précis.

    Le 2 mars 2022, le vote de la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies exigeant de la Russie un arrêt immédiat de la guerre a révélé à quel point les Etats votaient en fonction de leurs intérêts nationaux et régionaux. Au Maghreb, seule la Tunisie, soucieuse de relancer les négociations avec le FMI pour un emprunt, a voté en faveur de cette résolution. L’Algérie, alliée de longues date de la Russie, s’est abstenue. Car si la Russie continue de lui fournir pratiquement tout son armement, l’Ukraine représente également un allié stratégique pour Alger. Kiev lui fournit des équipements de son complexe militaro-industriel qui est hérité de l’Urss. Mais l’Algérie, qui entend ménager son ami russe qui lui fournit près de 70% de son armement, exprime aussi sa capacité à approvisionner le marché européen en gaz naturel. Toufic Hakkar, le PDG de la Sonatrach, déclarait que « la Sonatrach est et restera un partenaire et un fournisseur fiable du gaz pour le marché européen et est constamment disponible à soutenir ses partenaires de long terme en cas de situation difficile ». En s’abstenant de voter la résolution onusienne, l’Algérie tente de conserver sa fidélité et sa loyauté à la Russie tout en montrant qu’elle pourrait être disposée à répondre aux sollicitations des pays occidentaux. Une manière d’affirmer qu’elle est susceptible de jouer un rôle au plan international, qui viendrait contredire la thèse de son isolement.

    Quant au Maroc, il était absent le jour du vote. Une absence qui traduit un embarras certain. En effet, Rabat souhaite amener la Russie, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, à une neutralité positive sur le Sahara occidental. D’où une prudence dans la formulation, le Maroc parlant « d’escalade militaire » et non d’invasion et exprimant des regrets pour les « morts et les souffrances des deux côtés ».

    Mais ce jeu d’équilibrisme a des limites, et c’est finalement l’Ukraine qui a tranché en rappelant son ambassadeur à Rabat.

    Ces quelques exemples montrent à quel point les alliances sont dictées par les intérêts nationaux immédiats, sans qu’il y ait partage de valeurs qui obéissent à la théorie des blocs.

    Alger et Rabat, qui se préoccupent des Etats pouvant leur être utiles dans leur lutte au plan régional, sont encore dans une logique de guerre, et s’arment de manière disproportionnée par rapport à une menace difficile à identifier ou à mesurer.

    Selon le Stockholm International Peaceesearch Institute (Sipri), après l’Egypte, l’Algérie et le Maroc sont les plus importants acheteurs d’armes en Afrique. Entre 2010 et 2020 l’Algérie a consacré 90 milliards de dollars en achat d’armement, tandis que le Maroc en aurait dépensé trois fois moins pour la même période. Mais pour 2022 les budgets militaires des deux Etats ont augmenté. Le Maroc a acheté des drones armés turcs de types Bayraktar TB-2, et l’Algérie négociait encore dernièrement avec Moscou l’achat de missiles aériens S500 et la quatrième génération de l’avion de combat SU-57. Maroc et Algérie achètent du matériel de guerre à la Chine, que ce soit des missiles de défense anti-aérienne pour le Maroc, ou encore un système de guerre électronique pour l’Algérie. Dans un climat de grande tension et de rupture diplomatique entre les deux Etats, l’importance d’un tel armement de guerre fait craindre une guerre sur le terrain.

    Recommandations

    • Il est nécessaire de réfléchir à un nouvel ordre régional. Celui qui a été imposé au Maghreb après les indépendances, opposant Alger à Rabat et se focalisant sur le conflit du Sahara occidental, est aujourd’hui anachronique. Que signifie, dans le contexte actuel, la rivalité entre deux régimes politiques opposés, alors que la guerre froide est terminée et que la théorie des blocs n’existe plus ?

    • La guerre en Ukraine montre que la guerre ne se fait plus uniquement entre Etats. Les sociétés sont concernées et participent à l’élan de guerre et à la résistance. Elles doivent être consultées.

    • La puissance des Etats ne se mesure plus en termes de territoire ou d’arsenal militaire. Alger et Rabat gagneraient à cesser de s’armer de manière inutile et coûteuse. Leur comportement belliqueux pèse sur le développement du Maghreb et sur la coopération en son sein.

    • Il est difficile d’imaginer une victoire totale dans cette guerre qui empoisonne la région. Les classes politiques gagneraient à dépasser ce contentieux et à envisager sérieusement des échanges au plan horizontal.

    • Enfin, l’ONU devrait trouver un règlement au conflit du Sahara occidental, le dernier conflit de décolonisation en Afrique. Seule une solution politique serait acceptable entre les parties, aucune d’entre elles n’ayant perdu le combat. Cette situation de ni paix ni guerre est insupportable pour les Sahraouis. Mais elle est également préjudiciable pour tout le Maghreb.

    (*) Docteure en sciences politiques, historienne et spécialiste du Maghreb et des questions méditerranéennes

    Lapresse.tn, 28/04/2022

    #Algérie #Maroc #SaharaOccidental #FrontPolisario #EtatsUnis #Israël #Maghreb

  • L’avenir du Sahara incertain face au nouvel ordre mondial

    L’avenir du Sahara incertain face au nouvel ordre mondial

    L’avenir du Sahara incertain face au nouvel ordre mondial – Maroc, Sahara Occidental, Front Polisario, Algérie, Maghreb, Etats-Unis, Israël

    Le 19 mars, l’Espagne a reconnu la revendication du Maroc sur le Sahara occidental. Cette région a été colonisée par l’Espagne jusqu’en 1975. Depuis lors, elle demande l’indépendance tandis que le Maroc revendique le Sahara occidental comme faisant partie de son propre territoire. Pour en savoir plus sur cette question du point de vue du Sahara Occidental, le rédacteur en chef du Kootneeti, Niranjan Marjani, s’est entretenu avec M. El Bachir Ahmed (nom changé), un chercheur du Sahara Occidental.

    Niranjan Marjani : Pourriez-vous, s’il vous plaît, nous parler du contexte du Sahara Occidental ? Comment la région a été colonisée et quel en est le statut après le retrait de l’Espagne en 1975 ? Quelles sont les raisons de la demande d’indépendance du Sahara Occidental ?

    El Bachir Ahmed : Le Sahara Occidental est situé à l’ouest du Maghreb et partage une frontière avec : le Maroc au nord ; au nord-est de l’Algérie avec laquelle elle partage une courte frontière ; et enfin la Mauritanie à l’est, et dans tout le sud, tandis que toute sa frontière occidentale surplombe l’Atlantique. Sa superficie est d’environ 266 000 km².

    Au moment de son occupation par l’Espagne en 1884, le territoire du Sahara Occidental était essentiellement occupé par des tribus guerrières, maraboutiques et tributaires, organisées et indépendantes les unes des autres. Entre-temps, les différentes expéditions marocaines sur ce territoire n’ont pas abouti à une soumission effective des populations indigènes aux sultans du Maroc. Dans cette optique, en 1767, la signature du traité de Marrakech entre le sultan marocain Muhammad bin Abdullah et le roi espagnol Carlos III, dans lequel le sultan marocain reconnaît qu’il n’a aucune souveraineté après Wadi Noun en référence au Sahara occidental depuis le fleuve de Oued Noun en fait au sud de la ville marocaine de Guelmim.

    La société actuelle du Sahara Occidental est formée par la fusion des deux ethnies arabes et populations berbères, avec un élève noir d’Afrique sub-saharienne qui forme la base de la société du Sahara Occidental. Il faut savoir, que la Mauritanie partage avec le peuple du Sahara Occidental la même culture du « Baydan » (les blancs) et le même dialecte Hassaniya.

    Conformément à l’Acte de Berlin, le gouvernement espagnol annonce son protectorat sur le Rio de Oro et la région adjacente. Ainsi, en 1887, la région fut placée sous l’autorité du gouverneur général des îles Canaries. C’est dans cette perspective que l’Espagne a continué à coloniser le Sahara Occidental. Mais l’occupation espagnole du Sahara occidental devint effective aux yeux des autres grandes puissances coloniales européennes à partir des accords suivants : les accords du 27 juin 1900, l’accord du 3 octobre 1904 et l’accord du 12 novembre 1912, dans lesquels la France reconnaissait l’Espagne droits sur Rio de Oro, Saquia El Hamra et les terres comprises entre 27°40 de latitude Nord et le cours de l’Oued Draa.

    En 1950, le général Franco a effectué sa première visite au Sahara Occidental afin de démontrer la vitalité du Sahara Occidental pour son régime, pour convaincre le monde occidental, que le Sahara Occidental pouvait avoir une importance stratégique dans la lutte occidentale contre le communisme.

    Avec la revendication marocaine sur le Sahara Occidental après son indépendance en 1956, l’Espagne a déclaré le Sahara Occidental comme province d’Espagne numéro 53. Suite à cette politique, de nombreux indigènes sahraouis ont été établis au sein du conseil provincial. L’Espagne a installé la nouvelle Djemma, connue sous le nom d’Assemblée des Sahariens, qui représentait toutes les tribus du Sahara occidental. La citoyenneté espagnole a été accordée à tous les indigènes.

    Dans ce contexte, l’Espagne a construit une coopération forte entre la France et le Maroc concrétisée en 1958 par l’opération baptisée Ecouvillon pour mettre fin à la résistance des tribus du Sahara Occidental. Et à partir de ce moment, nous pouvons dire que le Sahara Occidental est passé totalement sous la domination de l’Espagne.

    L’exploitation active des phosphates au début des années 1960, pour participer au développement de la région et stimuler la croissance de l’économie espagnole a vu un grand flux d’immigrants de l’Espagne vers le Sahara Occidental.

    Indiscutablement, le conflit du Sahara occidental est né comme un héritage du colonialisme. Ce territoire a été qualifié de territoire non autonome par les Nations Unies en 1963 alors que le Sahara Occidental était encore une colonie espagnole.

    En effet, depuis 1965, les Nations Unies ont fait des efforts pour mettre fin à la décolonisation du Sahara Occidental, sur la voie du respect du droit des peuples du Sahara Occidental à en disposer, généralement par le biais d’un référendum libre où ils peuvent choisir leur destin.

    Cependant, ni l’Espagne, qui a occupé le Sahara Occidental de 1884 à 1976, ni le Maroc aujourd’hui n’ont respecté le droit international de la décolonisation. C’est la raison de la décolonisation inachevée au Sahara Occidental.

    Le peuple sahraoui est le peuple nomade. Ils ne croient pas aux frontières. Ces personnes ont été utilisées par le Maroc pour lutter contre la domination coloniale française au Maroc et en Mauritanie en utilisant le concept de Jihad dans la religion musulmane contre les chrétiens.

    Ainsi, le peuple sahraoui s’est senti menacé pour la première fois de son existence, lorsque les autorités espagnoles, françaises et marocaines ont discrètement accepté de mener des attaques meurtrières contre la population sahraouie au cours de l’année 1958, communément appelées l’opération des écouvillons.

    Ce chantage politique a été scellé entre le Maroc et l’Espagne par un accord dans lequel l’Espagne a donné une tranche de la région de Tarfaya au Sahara Occidental au Maroc. Lorsque l’Espagne cède la ville de Tarfaya au Maroc en 1959, les Sahraouis se sentent blessés dans cette nouvelle équation géopolitique.

    L’autre cause importante fut l’indépendance de la Mauritanie en 1962, sur le flanc sud du Sahara occidental, un territoire qui partage la même culture, le même dialecte et les mêmes liens tribaux. Nous assistons dès lors à la naissance du nationalisme sahraoui, en formant un mouvement pour sauver l’identité sahraouie des cendres de l’oubli. Ce sont les principales raisons de la résistance sahraouie pour son indépendance jusqu’à aujourd’hui.

    NM : Comment analyseriez-vous l’Espagne reconnaissant la revendication du Maroc sur le Sahara Occidental ? Selon vous, quels sont les facteurs à l’origine de ce pas de l’Espagne ?

    EBA : La décision de Madrid de soutenir les positions de Rabat au Sahara Occidental semble davantage motivée par sa volonté de renouer des liens avec le Maroc, que de contribuer à faire avancer la paix, en changeant une chose par une autre.

    A noter que d’autres pays européens comme la France ont longtemps décrit le plan comme « une base de discussion sérieuse et crédible ». Et dans un effort pour réparer ses propres liens tendus avec Rabat, Berlin s’est également dirigé dans cette direction en décembre dernier, le qualifiant de « contribution importante ». Mais en promouvant le plan marocain comme la base « la plus sérieuse, la plus crédible et la plus réaliste » pour résoudre le conflit du Sahara Occidental, l’Espagne devient le plus ardent défenseur des positions marocaines en Europe.

    La décision du gouvernement espagnol de modifier sa position historique par rapport au Sahara Occidental a généré un rejet dans de multiples secteurs de la population espagnole et de l’arc parlementaire.

    Il convient de noter que l’Espagne est, aux yeux des Nations unies, la puissance administrante du Sahara occidental et que, par conséquent, elle a l’obligation juridique et politique de prendre toutes les mesures nécessaires afin de garantir l’autodétermination effective de le peuple sahraoui.

    Sans oublier, que le plan marocain d’autonomie est entaché d’un vice de forme sans entrer dans le débat sur le fond qui est loin d’être démocratique.

    En effet, une partie du territoire est sous occupation marocaine et une autre est contrôlée par la République arabe sahraouie démocratique (RASD), Etat membre de l’Union africaine. Pour cette raison, ce plan d’autonomie est également impossible à appliquer dans la partie inoccupée du territoire du Sahara Occidental.

    C’est-à-dire que nous vivons un moment où le camp occidental est acquis pour le Maroc et non pour la loi. Les nouvelles relations du Maroc avec Israël du point de vue de l’Espagne semblent menacer la stratégie espagnole au niveau non seulement du Sahara Occidental, mais aussi des deux villes espagnoles Ceuta et Melilla principalement en termes d’immigration et de sécurité. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’Espagne a changé sa position.

    A cela s’ajoute la rivalité algéro-marocaine en Afrique du Nord où l’Espagne n’est plus acquise au Maroc ; parce qu’il suit la politique de l’Union européenne en matière de gaz ; et où l’Algérie est un puissant État gazier qui peut utiliser cette arme dans des circonstances futures.

    Ainsi l’Espagne croit en la stratégie américaine qui voulait faire de l’Espagne le principal transitaire de pétrole et de gaz pour l’UE, et l’hypothétique gaz du Nigeria vers l’Espagne est une autre raison, où le Maroc jouera le rôle d’intermédiaire, sachant que ce gaz devrait passer à travers le Sahara Occidental.

    L’autre facteur à notre avis est interne. Les deux villes Ceuta et Melilla sont favorables à l’électorat de droite. Le président Sánchez veut remporter des sièges dans ces deux villes lors des prochaines élections sans s’allier avec d’autres partis politiques.

    NM : Plus tôt en 2020, les États-Unis avaient reconnu la revendication du Maroc sur le Sahara occidental, en échange de l’établissement de relations diplomatiques entre le Maroc et Israël. C’était une phase où un certain nombre de pays arabes ont changé leur position envers Israël. Où se situe le Sahara occidental dans la compétition géopolitique de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord ?

    EBA : Le 10 décembre 2020, le président sortant des États-Unis, Donald Trump, a officiellement annoncé qu’Israël et le Royaume du Maroc normaliseraient leurs relations bilatérales, étant le quatrième pays arabe à reconnaître Israël à la suite des accords d’Abraham.

    Dès que le président Donald Trump a tweeté le 10 décembre 2020 qu’il signait une « proclamation » reconnaissant l’occupation marocaine illégale du Sahara Occidental, des condamnations ont éclaté à l’intérieur et à l’extérieur des États-Unis considérant la décision du président sortant contraire au droit international.

    Il convient de noter qu’en 2004, Robert B. Zoellick a déclaré que l’accord de libre-échange existant entre les États-Unis et le Maroc ne s’appliquait pas au Sahara Occidental.

    Mais le Maroc veut diluer la question du Sahara occidental dans les problèmes du Moyen-Orient, afin de profiter des pays monarchiques du Golfe, et d’investir dans l’animosité algéro-israélienne et l’animosité arabe algérienne. Premièrement, isoler l’Algérie en aidant principalement le peuple sahraoui avec l’Afrique du Sud, et deuxièmement, bloquer le processus de décolonisation au Sahara Occidental en utilisant le lobbying des pays arabes et d’Israël. C’est une nouvelle approche géopolitique avec l’intervention de différents acteurs.

    NM : Pourriez-vous nous parler du Front Polisario et de son rôle ?

    EBA : Le Front Polisario succède au Mouvement de libération du Sahara qui existait dans les années 1960, sous l’impulsion de Mohammed Bassiri, et dont le soulèvement a été écrasé par les troupes franquistes.

    Refusant l’occupation marocaine et mauritanienne, le Front Polisario engage aussitôt la lutte. En février 1976, il proclame la République arabe sahraouie démocratique (RASD), un État non reconnu internationalement mais reconnu par environ 84 pays principalement d’Afrique et d’Amérique latine, qui revendiquent la souveraineté du territoire. Des dizaines de milliers de Sahraouis, fuyant les bombardements marocains, se sont réfugiés dans des camps installés autour de Tindouf, dans le sud-ouest algérien.

    En effet, le début des années 1970 verra des changements marqués s’opérer dans la région. Les voisins immédiats du Sahara occidental ont fini par former un front commun, après le règlement par le Maroc de son différend frontalier avec l’Algérie, ainsi que sa reconnaissance de la souveraineté de la Mauritanie.

    Ce bloc a décidé de faire pression sur l’Espagne, tandis que de l’autre côté, les Nations unies appelaient de plus en plus l’Espagne à organiser un référendum d’autodétermination pour le peuple du Sahara occidental.

    Le Front de libération de Saguia el Hamra et Rio de Oro (Front Polisario), est né le 10 mai 1973 et a été soutenu par l’Algérie. Le 20 mai de la même année, le front Polisario attaque le commissariat espagnol d’El Khanga et encouragé par ce geste, ouvre les hostilités vis-à-vis de l’occupation et pour la fierté nationale.

    NM : Quelle est exactement la nature de l’implication de l’Algérie au Sahara Occidental ?

    EBA : Il faut d’abord savoir que l’Algérie a été l’objet d’une guerre surprise du Maroc en 1963, à savoir la Guerre des Sables, alors que l’Algérie venait d’accéder à l’indépendance. Pour le Maroc plusieurs régions de l’ouest de l’Algérie, la Mauritanie et le Sahara Occidental sont marocaines jusqu’aux confins du Sénégal, une partie du « grand Maroc ».

    En 1969, le traité d’Ifrane est signé pour régler les différends frontaliers entre l’Algérie et le Maroc afin d’effacer les stigmates de la Guerre des Sables de 1963 et des escarmouches qui l’avaient précédée.

    Quelques années plus tard, le 15 juin 1972, un accord bilatéral ratifie le tracé de la frontière entre les deux pays. Par ce texte, Alger et Rabat s’engagent à respecter les frontières héritées de la période coloniale, reprenant celle-ci comme l’un des principes fondateurs de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA, devenue depuis l’Union Africaine) l’appelant comme l’intangibilité de les frontières héritées de la période coloniale. Mais le Maroc ne le reconnaît pas jusqu’à aujourd’hui dans sa constitution. Cette situation est dangereuse pour la stabilité et l’avenir du Maghreb.

    Outre la question des territoires, il y a aussi une question de géopolitique. Les deux régimes ont des alliances différentes, et l’Algérie voit dans le Maroc un État impérialiste et colonial.

    Que les Algériens veuillent un débouché sur l’Atlantique pourrait aussi en être une des causes, sans oublier que la doctrine algérienne de sa politique étrangère respecte le droit international de décolonisation, puisque l’Algérie est le résultat d’une guerre meurtrière de décolonisation.

    NM : Quel serait le statut des résolutions de l’ONU sur le Sahara Occidental ? La résolution 690 du Conseil de sécurité a créé la MINURSO en 1991. Plus tard en 2016, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 2285 et a appelé le Maroc et le Front Polisario à mener des négociations plus intensives et plus substantielles. En 2021, l’ONU a adopté la résolution 2602 et a prolongé le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2022.

    EBA : C’est en 1984 que le Maroc s’est retiré de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) pour protester contre l’admission de la RASD dans cette organisation. En décembre 1985, l’Assemblée générale des Nations unies adopte la résolution 40/50 sur le Sahara, invitant le président de l’OUA de l’époque et le secrétaire général des Nations unies à œuvrer en vue d’amener les parties à négocier dans les meilleurs délais. C’était en conformité avec la résolution de l’ONU (citée ci-dessus) et pour créer les conditions d’un cessez-le-feu et élaborer les modalités d’organisation d’un référendum au Sahara Occidental.

    En avril 1991, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté la résolution 690 (1991) approuvant la constitution sous son autorité de la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO). Celui-ci comprend trois composantes : l’unité civile, l’unité de sécurité et l’unité militaire.

    Jusqu’à présent, seul l’accord de cessez-le-feu pour le règlement de la paix a été suivi favorablement. Le blocage de la deuxième partie a conduit les Nations unies à faire de nouvelles propositions : en 2001 et 2002.

    A l’origine de ce blocage se trouve la question des électeurs : les personnes habilitées à voter. En effet, le Maroc veut à tout prix que les électeurs éligibles soient en sa faveur. Pour cela il a tout fait pour bloquer le processus référendaire, afin de ne pas passer par les urnes comme un choix démocratique.

    Cette situation joue en faveur du Maroc et qui a conduit au blocage du plan de règlement de paix de l’ONU aidé en cela par les Etats-Unis et la France, tous deux membres permanents du Conseil de sécurité.

    Les Nations unies ont commencé à explorer d’autres voies dites de « troisième voie » ou un accord-cadre, qui accorde une plus grande autonomie au Sahara occidental tout en le rattachant au Maroc pour cinq ans après quoi un référendum sera organisé sur le territoire.

    Pour les résolutions 2285 de 2016 et celle de 2602 de 2021, l’ONU semble favorable à une solution qui privilégie davantage le Maroc que les Sahraouis en affirmant que les deux parties doivent négocier une proposition politique juste et mutuellement acceptable ce qui ne peut être atteint, sans la volonté politique réelle du Conseil de sécurité. Ainsi, cette situation encourage une impasse continue.

    NM : Quelles sont les perspectives d’avenir pour le Sahara Occidental ?

    EBA : Le soutien de l’Espagne au plan d’autonomie du Maroc de 2007 vise à régler la crise dans laquelle Madrid et Rabat sont plongées depuis des mois et représente une « violation grave du droit international ».

    L’avenir du Sahara Occidental est de plus en plus incertain face au nouvel ordre mondial. Après la guerre en Ukraine, les choses semblent se remodeler. Le Maroc a pu balkaniser la situation politique, en s’alliant à Israël (qui représente un puissant lobbying politique auprès des décideurs politiques américains), et en même temps, Israël sera un allié militaire sur le terrain. Sans compter que les entreprises israéliennes persisteront à récolter les fruits des relations du Maroc avec Israël pour explorer et exploiter les énormes richesses que recèle le territoire du Sahara Occidental. Il se compose de matériaux précieux tels que le phosphate, le fer, l’or, ainsi que le poisson ou l’agriculture et d’autres matériaux rares, etc.

    L’objectif principal est de perpétuer le conflit, ou de forcer le peuple sahraoui à accepter le fait accompli. Cette situation conduira nécessairement à une guerre en Afrique du Nord. Il faut savoir qu’actuellement il y a une guerre entre le Front Polisario et les forces militaires marocaines, mais son intensité est faible, juste sur le mur de sable qui sépare le territoire du Sahara Occidental en deux parties, l’une sous Contrôle marocain (80%) et une autre partie sous contrôle du Polisario (20%).

    En effet, une guerre probable entre l’Algérie et le Maroc conduira à des alliances avec plusieurs États et conduira à la mondialisation du conflit. L’objectif principal pour le Maroc, la France et l’Espagne est de changer la nature de la question du Sahara occidental, d’un conflit de décolonisation et de droits, à un conflit de guerre géopolitique entre les grandes puissances (où le territoire sahraoui est un champ de bataille).

    De nos jours, les relations internationales sont guidées par des actions politiques plutôt que par l’adhésion des États aux principes du droit international. Par conséquent, le droit international continuera d’être bafoué au Sahara Occidental, car les questions de décolonisation et d’autodétermination des peuples s’inscrivent davantage dans le temps historique que dans l’actualité européenne ou dans des calculs géostratégiques spécifiques.

    The Kootneeti, 21/04/2022

    #SaharaOccidental #Maroc #FrontPolisario #Algérie #Maghreb #EtatsUnis #Israël

  • Enjeux énergétiques dans le monde : La paix passe par Alger

    Enjeux énergétiques dans le monde : La paix passe par Alger

    Enjeux énergétiques dans le monde : La paix passe par Alger – Maroc, gaz, Espagne, Italie, Ukraine, Maghreb, Russie,

    Au cœur des enjeux énergétiques qui animent le monde
    La paix passe par Alger
    L’Algérie a fort à faire pour stopper des velléités guerrières à son encontre et consolider des axes déjà établis.

    Les évolutions géopolitiques sont en passe de bouleverser les rapports internationaux. Cela n’échappe à personne et encore moins aux Algériens qui voient leur État prendre des décisions inédites, comme la rupture des relations avec le Maroc, la renégociation des prix du gaz destiné à l’Espagne ou encore très récemment, l’augmentation des quantités d’hydrocarbures fournies à l’Italie. Il devient très clair que le monde s’engage dans un nouveau cycle et les gestes des uns et des autres peut amener le danger aux portes du pays. Aussi les réactions rapides et énergiques de l’Algérie s’expliquent-elles en rapport avec ses intérêts propres, mais également dans le respect du droit international dont la diplomatie algérienne fait sienne.

    Visée depuis plusieurs années par une guerre de 4e génération, l’Algérie ne s’est pas laissé faire et adopté une posture offensive qui lui a permis de rayonner diplomatiquement sur la région et empêcher des desseins mortifères de se réaliser. Il reste cependant que la guerre qui fait rage en Ukraine est clairement un facteur aggravant quant au risque indirect qu’elle fait peser sur la stabilité du Maghreb et donc de l’Algérie.

    Ce conflit a déjà eu des répercussions profondes sur les relations entre la Russie et le bloc occidental, conduit par les Etats- Unis d’Amérique. Les conséquences économiques, politico-diplomatiques et le réarmement de l’Europe ne tardera pas à installer, de fait, un climat de guerre froide, dans une région-moteur du monde. La cassure provoquée par cette guerre, au coeur du Vieux Continent, aura à n’en pas douter des retombées sur plusieurs régions de la planète. Affirmer que le monde entre dans une nouvelle ère d’incertitude à tous les niveaux, c’est peu dire.

    Le face-à-face violent entre l’Occident et la Russie, dont l’Ukraine est le premier champ de bataille n’est pas près de finir. En somme, l’humanité sera irrémédiablement entraînée dans un nouveau cycle de frayeurs, autrement plus inquiétant que les 44 années de guerre froide qui a opposé les USA à l’URSS. On n’en est qu’au tout début d’un processus, dont les implications sont encore insoupçonnables.

    Dans l’échiquier géopolitique mondial, l’Algérie, comme beaucoup d’autres nations, devra se positionner au mieux de ces intérêts. En cela, les autorités du pays sont conscients des enjeux. La récente sortie du chef d’état-major de l’ANP signale l’impératif d’une extrême vigilance. «Ce que le monde d’aujourd’hui enregistre comme mutations géopolitiques profondes et défis sécuritaires complexes n’est en réalité que le prélude à des changements majeurs», a affirmé Saïd Chanegriha, comme pour alerter ses troupes, mais également l’opinion nationale sur les ambiguïtés qui vont certainement se faire jour et entraîner, d’une manière ou d’une autre, le pays dans une voie, dont on ne connaît pas aujourd’hui, les tenants et encore moins les aboutissants. Le chef d’état-major souligne que les implications du nouvel ordre mondial «auront sans aucun doute des impacts et des répercussions sur l’ensemble des États du monde, sans exception». De fait, l’Algérie est totalement partie prenante de ce qu’il adviendra de la planète à l’aune de l’agenda des Occidentaux et des Russes.

    Il reste que si la guerre en Ukraine paraît comme le socle qui portera la nouvelle politique, il est entendu que beaucoup d’États profiteront de la nouvelle donne annoncée pour faire passer leurs projets. En cela l’Algérie a fort à faire pour stopper des velléités guerrières à son encontre et consolider des axes déjà établis. La présence d’Israël aux frontières ouest du pays est, en soi, un facteur déstabilisant qui pourrait servir des desseins inavouables, adossés au nouvel ordre mondial. Le Maroc qui n’a de cesse de multiplier les provocations, l’Espagne qui cède au chantage de Rabat, la Libye où sévissent de nombreuses organisations avec des fils à la patte, constituent autant de défis pour un pays au centre d’une région en mutation que les forces antagoniques du nouvel ordre mondial voudraient avoir dans leur giron. L’instabilité des pays entourant l’Algérie, associée à l’appétit expansionniste doublé d’une nature maffieuse du régime marocain, n’arrange pas les choses. C’est dire que la géopolitique régional est loin d’être un fleuve tranquille.

    Il reste que dans cette guerre, l’Algérie possède pas mal d’atouts et un certain nombre d’amis précieux et déterminants. D’ailleurs, le chef d’état-major ne se trompe pas en rappelant les capacités dont dispose le pays pour «traverser avec succès l’épreuve d’adaptation à ces retombées». Conditionné par «la construction d’une économie nationale forte, capable d’assurer notre sécurité alimentaire, et la consolidation de la souveraineté géostratégique», comme le souligne le chef d’état-major, la résistance de l’Algérie a donc un coût, mais surtout un objectif clair et net.

    Saïd BOUCETTA

    L’Expression, 13/04/2022

    #Algérie

  • France-Elections: Les “émigrés” livrés à l’extrême droite

    France-Elections: Les “émigrés” livrés à l’extrême droite

    France-Elections: Les “émigrés” livrés à l’extrême droite – Maghreb, racisme, xénophobie, Maroc, Algérie,

    La France livrée à l’extrême droite : l’hypothèse reléguée depuis un demi-siècle au rang de plaisanterie relève désormais d’un registre plus sérieux auquel est conviée l’immigration et avec elle les français de confession musulmane. Marine Le Pen n’est plus l’épouvantail avec lequel on éloigne les oiseaux-électeurs du champ politique.

    Tous les sondages la donnent au second tour de l’élection présidentielle face à Macron, avec un score plus resserré que celui de 2017. La dirigeante du Rassemblement National a continué de creuser son sillon électoral au point de hisser l’extrême droite au rang de force politique majeure. D’un scrutin à l’autre, elle a amélioré ses performances et si la victoire est encore différée elle a des chances de survenir dans un futur pas très lointain.

    Le dernier sondage avant le scrutin de ce dimanche la crédite de 25% (+2) d’intentions de vote contre 26% (-2) pour le président sortant. Au second tour, Emmanuel Macron l’emporterait à avec seulement 51% des suffrages contre 49%. L’autre candidat de l’extrême droite, Eric Zemmour semble avoir décroché. Il n’est plus qu’à 8,5%. La dynamique initiale s’est essoufflée, au point où il est considéré comme ayant été un lièvre chargé d’aiguiller le débat électoral en France vers l’extrême droite à savoir la stigmatisation du musulman et de l’étranger.

    En exagérant les problèmes de l’islam et de l’immigration avec la prédiction apocalyptique d’un grand remplacement qui va rayer les Français “de souche” de la carte des peuples, il fait apparaître Marine Le Pen comme moins “dissensuelle” et donc plus capable de diriger le pays. Et paradoxalement, le débauchage d’anciens frontistes, comme la nièce Marion Maréchal, semble avoir été perçus comme des actes de trahison impardonnables. Les ralliés sont devenus des boulets. En 1995, les Français n’avaient pas pardonné à ceux qui avaient trahi Jacques Chirac pour Balladur. Ils ont élu Chirac.

    La candidate de la Droite républicaine est résignée et a même implicitement admis sa défaite en déclarant qu’elle ne donnerait pas de consigne de vote au second tour. Vainqueure de la Primaire, Valérie Pécresse a vite gaspillé les espoirs de son camp à cause d’une lamentable entrée en campagne ponctuée par de nombreux impairs sur les dossiers de la relance économique. La présidente de la Région Île-de-France n’est pas parvenue à soulever l’enthousiasme des foules et a paru manquer de souffle.

    Du souffle, il y en a chez Jean-Luc Mélenchon. Le héraut de La France Insoumise profite de l’exaspération des militants qui ne comprennent pas l’émiettement des forces de gauche et la guerre des égos que mènent les chefs. Il a déjà obtenu le soutien de Christiane Taubira qui a l’air d’avoir retenu la leçon de 1995 en contribuant à la défaite de Lionel Jospin et au passage de Jean-Marie Le Pen au second tour. Une première. Jean-Luc Mélenchon pointe à 17%. Il fait tout pour ramener vers lui les électeurs Verts, Communistes et Socialistes. Ce sera une chance de porter la gauche au second tour, voire même de gagner cette présidentielle. Il joue sur le bilan controversé du président sortant qui a favorisé les classes aisées et réprimé durement le mouvement social des Gilets jaunes.

    La guerre en Ukraine n’a pas produit d’effets sur les intentions des électeurs. Marine Le Pen et Jean-Luc Melenchon qui ont des liens avec le président russe ne sont pas sanctionnés par les électeurs. Sur ce thème, la France n’est pas rangée entièrement derrière son président. La guerre a d’ailleurs largement éclipsé la campagne électorale. L’élection se jouera donc sur des sujets internes: le pouvoir d’achat, le chômage, les retraites, la réduction de la pauvreté. Après une campagne atone, un risque de forte abstention est redouté.

    Par De Paris, Nidal Aloui

    Le Jeune Indépendant, 09/04/2022

    #France #Elections #Présidentielles #Maghreb #Maroc #Algéri