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  • Le conflit du Sahara occidental, le Maroc et l’Algérie

    Le conflit du Sahara occidental, le Maroc et l’Algérie – Front Polisario, Maghreb, Union Européenne, UE, Russie, Israël, migration,

    Comment le conflit du Sahara occidental alimente de nouvelles tensions entre le Maroc et l’Algérie.

    Résumé
    -Les tensions entre le Maroc et l’Algérie ont augmenté ces derniers temps, et le risque de conflit armé est désormais plus élevé.
    -Cette escalade trouve son origine dans le conflit sur le statut du Sahara occidental, où le Maroc semble estimer que sa revendication de souveraineté bénéficie d’un soutien international.
    -Le Maroc et l’Algérie entretiennent des relations importantes avec Israël et la Russie respectivement, mais ils ont également en commun des partenaires importants qui pourraient jouer un rôle dans la prévention de l’aggravation de l’impasse.
    -Le Maroc et l’Algérie ont des intérêts en Europe que l’UE et les États membres peuvent utiliser pour minimiser les tensions, et réduire le risque d’instabilité et d’augmentation des flux migratoires à travers la Méditerranée.
    -Pour y parvenir, les Européens devraient établir une relation plus équilibrée avec le Maroc, sans aliéner l’Algérie, tout en cherchant à consolider leur engagement avec l’Algérie.

    Introduction
    Le Maroc et l’Algérie, les pays dominants du Maghreb, sont enfermés dans une impasse diplomatique. Leur rivalité remonte à plusieurs décennies, mais elle a pris une tournure dramatique au cours de l’année dernière. Depuis août 2021, l’Algérie a rompu ses relations diplomatiques avec le Maroc, coupé les livraisons de gaz qui passaient auparavant par le Maroc pour atteindre l’Espagne, et accusé les forces marocaines d’avoir tué trois citoyens algériens dans le territoire contesté du Sahara occidental. Les tensions entre ces deux pays lourdement armés ont suscité des inquiétudes dans la région et en Europe, qui craignent que le Maroc et l’Algérie ne dérivent vers un conflit ouvert, risquant de déstabiliser massivement l’Afrique du Nord avec toutes les conséquences que cela impliquerait pour l’Union européenne.spa

    L’escalade est intervenue après que les relations déjà médiocres entre les deux pays ont été perturbées par une série de développements, notamment un changement de position des puissances extérieures. Un moment décisif a été la décision du président Donald Trump de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en décembre 2020 en échange de la normalisation des relations du Maroc avec Israël. Elle a placé le pays le plus puissant du monde dans le camp du Maroc sur une question d’importance fondamentale pour le royaume, à un moment où les tensions sur le Sahara occidental s’étaient déjà ravivées après la rupture d’un cessez-le-feu de longue date entre le Maroc et le mouvement indépendantiste Front Polisario. Le réchauffement des liens entre le Maroc et Israël fait entrer pour la première fois cette puissance régionale polarisante dans le délicat équilibre des pouvoirs au Maghreb. De son côté, l’Algérie a récemment mené des exercices militaires conjoints en Ossétie du Sud avec la Russie, qui fournit depuis longtemps une grande partie des armes de l’Algérie.

    Il existe de nombreux cas dans l’histoire récente du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord dans lesquels l’implication de puissances extérieures a conduit à l’escalade du conflit. Cependant, il y a également des raisons de penser que l’impasse entre l’Algérie et le Maroc pourrait rester contenue. Les deux pays ont des raisons d’éviter un conflit ouvert, notamment le besoin urgent de se concentrer sur les préoccupations économiques nationales. Un autre facteur important est que de nombreux partenaires extérieurs importants ont des liens avec les deux pays et ont intérêt à atténuer les tensions plutôt que de les attiser.

    Les États européens et l’UE figurent en bonne place parmi ces partenaires. Ils jouent un rôle clé en Afrique du Nord en raison de leurs liens historiques, de leur proximité et de leurs liens économiques avec la région. L’UE et ses États membres pourraient contribuer à réduire les tensions entre le Maroc et l’Algérie – mais pour ce faire, ils doivent maintenir une position équilibrée dans leurs relations avec les deux pays. Au lieu de cela, les dirigeants européens semblent souvent peu disposés à s’opposer aux exigences du Maroc, encourageant ainsi ses politiques maximalistes et sapant leur crédibilité auprès de l’Algérie. Plus récemment, l’Espagne a changé de politique pour approuver le plan d’autonomie du Maroc pour le Sahara occidental, suite à une campagne de pression marocaine soutenue qui comprenait l’envoi de vagues de migrants sur le territoire espagnol.

    Laisser le Maroc définir les termes de ses relations avec l’UE risque d’encourager le pays à s’affirmer encore plus et de projeter une image de faiblesse stratégique qui va à l’encontre de l’objectif de l’UE de devenir une puissance géopolitique. Elle compromet également sa capacité à jouer un rôle modérateur en Afrique du Nord et menace ainsi de nuire aux intérêts européens plus larges dans la région. L’UE devrait recalibrer ses politiques afin de mieux réaliser ses ambitions à long terme dans ses relations avec le Maroc et l’Algérie, notamment en influençant la dynamique de l’escalade entre les deux rivaux.

    L’évolution des relations algéro-marocaines

    Les mouvements indépendantistes algériens et marocains ont entretenu des liens étroits, mais lorsque l’Algérie a rejoint le Maroc en tant qu’État indépendant en 1962, les relations entre les pays se sont rapidement détériorées[1]. La cause immédiate des frictions était un différend frontalier portant sur un morceau de territoire désertique que les administrateurs coloniaux français avaient attribué à l’Algérie et que le Maroc cherchait à récupérer après l’indépendance des deux pays. Les tentatives marocaines de s’emparer de ce territoire en 1963 ont entraîné une brève flambée de combats entre les deux pays, surnommée la « guerre des sables ». Après quelques semaines, alors que l’on craignait que l’implication de puissances extérieures ne conduise à une nouvelle escalade, les parties ont convenu d’un cessez-le-feu grâce à des négociations menées par l’Éthiopie et le Mali. Néanmoins, les tensions ont persisté. Cela s’explique en partie par les différences idéologiques entre la monarchie conservatrice du Maroc et le rôle prépondérant de l’Algérie en tant que soutien des mouvements révolutionnaires du tiers-monde, mais un facteur plus important était probablement leur rivalité géopolitique pour le rôle de leader dans la région. Selon l’historien britannique Michael Willis, les tensions persistantes entre le Maroc et l’Algérie sont « enracinées dans des différences sur des questions plus profondes que l’idéologie »[2].

    Depuis 1975, la question dominante entre les deux pays est le conflit du Sahara occidental. Après le retrait des forces de l’ancienne puissance coloniale espagnole et le transfert du contrôle du territoire au Maroc et à la Mauritanie, l’Algérie a apporté son soutien aux revendications d’autodétermination du peuple sahraoui et au mouvement Polisario qui lutte en son nom. L’Algérie avait été réticente à soutenir la position du Polisario avant le retrait de l’Espagne et semblait même disposée à accepter les revendications du Maroc en échange du règlement de son propre différend frontalier avec ce pays. Cependant, une fois que le Maroc s’est emparé de la majeure partie du Sahara occidental, l’Algérie a commencé à fournir un soutien militaire au Polisario et a permis à ses dirigeants (ainsi qu’à de nombreux réfugiés sahraouis) de s’établir sur le territoire algérien ; il y a même eu des escarmouches en 1976 entre les forces marocaines et algériennes sur le territoire. Comme Hugh Lovatt et Jacob Mundy l’ont écrit pour l’ECFR, l’Algérie était motivée en grande partie par « la menace stratégique qu’elle voyait de plus en plus dans un Maroc enhardi et expansionniste ». L’Algérie a également été l’un des principaux soutiens diplomatiques de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), l’État proclamé par le Polisario en 1976.

    Avec le soutien de l’Algérie, le Polisario a pu causer de sérieux problèmes aux forces marocaines au Sahara occidental, mais le conflit s’est stabilisé au milieu des années 1980 après la construction par le Maroc d’un énorme mur de sable, ou berme, le long de la frontière du territoire qu’il contrôle. Dans la dernière partie de la décennie, les tensions entre l’Algérie et le Maroc se sont apaisées. Les relations diplomatiques, que le Maroc avait rompues en 1976, ont été rétablies en 1988. Cette réconciliation partielle a à son tour rendu possible l’accord d’une nouvelle organisation régionale regroupant les cinq pays du Maghreb (Algérie, Libye, Mauritanie, Maroc et Tunisie), l’Union du Maghreb arabe (UMA), en 1989. En 1991, le Maroc et le Polisario ont convenu d’un plan de règlement pour le Sahara occidental sous les auspices de l’ONU, impliquant un cessez-le-feu sous surveillance de l’ONU et l’engagement d’organiser un référendum sur le statut du territoire dans les deux ans.

    Cependant, le référendum promis n’a jamais eu lieu, en partie à cause de différends sur les personnes autorisées à voter. L’incapacité à progresser sur la question du Sahara occidental et la réaffirmation du contrôle interne par les militaires algériens (traditionnellement hostiles au Maroc) à la suite de l’annulation des élections de 1992 et de l’assassinat du président algérien six mois plus tard, ont entraîné une détérioration progressive des relations entre l’Algérie et le Maroc. Après que le Maroc a accusé l’Algérie d’être impliquée dans une attaque terroriste à Marrakech en 1994 et a imposé une obligation de visa aux Algériens se rendant au Maroc, l’Algérie a fermé la frontière entre les deux pays. Elle n’a jamais été rouverte, malgré les appels périodiques du Maroc à rétablir des relations normales. Loin de fournir un forum pour un engagement plus profond, l’UMA a été largement paralysée par la rivalité entre l’Algérie et le Maroc.

    Comme il est devenu clair que le plan de règlement ne fournirait pas la base pour résoudre le statut du Sahara Occidental, les Nations Unies ont renouvelé leur recherche d’un accord négocié. Les envoyés successifs de l’ONU ont essayé de trouver un accord mutuellement acceptable – mais ont eu peu à montrer pour leurs efforts. Le Maroc et l’Algérie ont été en désaccord sur le format des négociations : Le Maroc, considérant le Polisario comme une création largement algérienne, a cherché à inclure l’Algérie ainsi que la Mauritanie dans les pourparlers, tandis que l’Algérie a insisté pour que des discussions bilatérales aient lieu entre le Maroc et le Polisario, ce dernier étant le représentant légitime du peuple sahraoui. En 2018 et 2019, grâce à une concession algérienne, des pourparlers ont eu lieu à Genève sous forme de table ronde, l’Algérie et la Mauritanie y participant avec le statut d’observateurs.

    Les causes de la rupture

    En 2017, le Maroc a réintégré l’Union africaine après une interruption de 33 ans, après avoir quitté son prédécesseur, l’Organisation de l’unité africaine, en 1984 pour protester contre l’admission de la RASD en tant que membre de l’organisation. Le retour du Maroc a été le signe d’une nouvelle énergie diplomatique et d’une confiance dans sa politique régionale, à un moment où la politique étrangère algérienne semblait stagner en raison de l’incapacité de son président malade, Abdelaziz Bouteflika. Le Maroc a également réussi à persuader une vague de plus de 20 pays arabes et africains d’ouvrir des consulats sur le territoire, indiquant ainsi leur acceptation de la revendication de souveraineté du Maroc.

    Ces démarches diplomatiques ont été suivies par une réouverture des hostilités entre le Maroc et le Polisario en novembre 2020. Le Polisario a annoncé la fin du cessez-le-feu après que les forces marocaines ont traversé la zone tampon de Guerguerat, patrouillée par l’ONU, pour déloger des manifestants sahraouis qui, selon le Maroc, bloquaient le trafic de marchandises sur la route principale reliant le Maroc à la Mauritanie en passant par le Sahara occidental. Malgré l’action du Polisario, la décision de Trump, le mois suivant, de reconnaître la souveraineté marocaine sur le territoire semblait confirmer que la nouvelle affirmation du Maroc portait ses fruits. Mais, pour l’Algérie, le rapprochement du Maroc avec Israël est apparu comme une menace directe : Le Premier ministre algérien, Abdelaziz Djerad, a déclaré que l’Algérie avait été « visée » par « l’arrivée à ses portes de l’entité sioniste ». Lorsque le ministre israélien des affaires étrangères Yaïr Lapid s’est rendu au Maroc, il a critiqué le rôle de l’Algérie dans la région et s’est inquiété de ses liens avec l’Iran.

    Dans ce contexte, deux autres actions marocaines ont semblé confirmer les affirmations algériennes selon lesquelles l’Algérie était confrontée à une plus grande menace de la part de son voisin. La publication d’une enquête journalistique détaillée sur l’utilisation mondiale du logiciel de piratage téléphonique Pegasus a montré que le Maroc avait espionné de manière extensive des cibles algériennes, ciblant plus de 6 000 personnes – une action particulièrement mal perçue car le logiciel a été développé par une société israélienne, NSO Group. Dans le même temps, le Maroc a lancé une campagne visant à renverser le soutien algérien au Polisario en promouvant la cause du mouvement séparatiste dans la région de Kabylie en Algérie. En juillet 2021, l’ambassadeur du Maroc auprès des Nations unies, Omar Hilale, a distribué une note affirmant que « le vaillant peuple kabyle mérite, plus que tout autre, de jouir pleinement de son droit à l’autodétermination. »

    Ce fut la goutte d’eau qui a conduit l’Algérie à rappeler son ambassadeur, puis à rompre ses relations diplomatiques. Un diplomate algérien aurait déclaré que le Maroc avait touché à deux des plus grands tabous de la politique algérienne : son souci de l’unité nationale et sa politique envers Israël. L’Algérie a également accusé le Maroc et Israël d’avoir collaboré avec le groupe séparatiste kabyle MAK pour déclencher une série d’incendies de forêt qui ont causé d’importants dégâts au cours de l’été 2021. L’Algérie a pris de nouvelles mesures contre le Maroc à l’automne 2021, en fermant son espace aérien aux avions marocains et en mettant fin aux livraisons de gaz par le gazoduc Maghreb-Europe qui relie l’Algérie, le Maroc et l’Espagne – et qui fournissait le gaz utilisé pour environ un dixième de l’approvisionnement en électricité du Maroc.

    Manœuvres militaires

    L’élément le plus alarmant de cette impasse est la reprise des combats au Sahara occidental et la possibilité que l’Algérie et le Maroc entrent en conflit direct. Le Polisario a mis fin au cessez-le-feu en réaction à l’incursion du Maroc dans la zone tampon, mais sa décision répondait également à une impatience à plus long terme parmi les jeunes combattants du Polisario, frustrés par l’incapacité de la diplomatie à obtenir des résultats. Depuis lors, le conflit est resté à un faible niveau d’intensité, selon l’ONU. Les combattants du Polisario ont déclaré aux journalistes qu’ils avaient attaqué à plusieurs reprises des bases marocaines le long du mur de sable, mais rien n’indique que leurs actions aient causé de graves problèmes au Maroc. De son côté, le Maroc aurait utilisé des drones fournis par la Turquie et la Chine pour attaquer les combattants du Polisario dans la zone qu’ils contrôlent, notamment le chef de la gendarmerie du Polisario, Addah Al-Bendir, tué en avril 2021.

    En novembre 2021, un convoi commercial de chauffeurs routiers algériens traversant la partie du Sahara occidental contrôlée par le Polisario a été touché par un attentat à la bombe apparent, tuant trois hommes. Dans une déclaration, l’Algérie a affirmé que l’attaque avait été menée par les forces marocaines à l’aide d’ »armes sophistiquées », laissant entendre qu’il s’agissait d’une attaque de drone. Le Maroc a nié toute responsabilité. Il s’agit d’un moment de danger dans l’impasse algéro-marocaine, et l’Algérie a averti que les meurtres « ne resteraient pas impunis ». Cependant, malgré sa rhétorique belliqueuse, l’Algérie n’a jamais fourni de preuve que le Maroc avait mené l’attaque, et elle ne semble pas avoir effectué d’acte de représailles. Rien n’indique non plus que l’Algérie ait intensifié de manière significative les livraisons d’armes au Polisario depuis la rupture du cessez-le-feu. Selon le Polisario, le soutien algérien se renforce, mais il y a peu de preuves de la livraison d’armes sophistiquées[3]. Les rapports sur les opérations du Polisario continuent de décrire une force de combat qui s’appuie sur un armement vieux de plusieurs décennies.

    Tout échange militaire direct entre l’Algérie et le Maroc mettrait en conflit deux des plus grandes forces militaires d’Afrique. Une course aux armements entre les deux rivaux est déjà en cours, et tous deux ont des liens avec des fabricants d’armes de pointe. L’Algérie est un géant militaire : son budget de défense en 2020 était de 9,7 milliards de dollars, le plus important d’Afrique. Un peu moins de 70 % du matériel militaire algérien provient de la Russie. Elle devait recevoir cette année une commande de 14 avions d’attaque Su-34 et aurait discuté de l’achat du chasseur furtif Su-57. Le budget du Maroc est plus modeste, avec 4,8 milliards de dollars en 2020, mais cela représentait déjà une augmentation de 54 % depuis 2011, et les dépenses de défense devraient passer à 5,5 milliards de dollars en 2022. En outre, le Maroc est en pleine mise à niveau de ses forces, y compris un accord de défense aérienne de 500 millions de dollars avec Israël. Le Maroc et Israël ont signé un accord de défense en novembre 2021 qui engage les deux pays à coopérer en matière d’échange d’informations, de projets communs et de ventes d’armes.

    Le jeu d’équilibre de l’Algérie

    Malgré ces tendances, il serait erroné de voir une dynamique inévitable d’accroissement des tensions entre l’Algérie et le Maroc, ou que celles-ci soient principalement alimentées par la Russie et Israël. Du côté algérien, l’attachement de longue date du pays au principe de souveraineté et sa tradition de résistance à toute obligation susceptible de contraindre sa liberté d’action limitent l’influence qu’il a permis à la Russie d’obtenir. L’Algérie a refusé une série de demandes russes visant à obtenir l’autorisation de construire une base navale dans la ville côtière algérienne d’Oran. Elle a également acheté des armes à l’Allemagne et à l’Italie. Lors du vote de l’Assemblée générale des Nations unies sur une résolution condamnant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’Algérie a préféré s’abstenir plutôt que de soutenir la Russie. Le Maroc n’a pas voté du tout, espérant manifestement ne pas s’aliéner les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU dont il pourrait avoir besoin pour le Sahara occidental. Cela signifie que les positions des rivaux nord-africains n’étaient pas très différentes.

    L’approche adoptée par l’Algérie en matière d’exportations de gaz à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie témoigne également d’une volonté d’équilibrer ses relations avec la Russie et d’autres partenaires, en plus de servir ses propres intérêts économiques. L’Algérie fournissait 11 % du gaz européen avant la guerre et, dès le début de celle-ci, elle a proposé d’augmenter ses livraisons via le gazoduc transméditerranéen reliant l’Algérie à l’Italie afin de compenser toute insuffisance des livraisons européennes en provenance de la Russie. Le directeur de la compagnie gazière publique algérienne Sonatrach, Toufik Hakkar, a déclaré dans une interview au journal algérien Liberté que l’Algérie était « un fournisseur de gaz fiable pour le marché européen et qu’elle était prête à soutenir ses partenaires à long terme au cas où la situation se détériorerait ». Toutefois, après que ses commentaires ont été largement rapportés, Sonatrach s’est plainte qu’ils avaient été déformés par le journal – un signe apparent que l’Algérie n’était pas prête à rompre trop publiquement avec la Russie.

    Depuis l’arrivée d’Abdelmadjid Tebboune à la présidence de l’Algérie en décembre 2019, le pays a tenté de revitaliser sa politique étrangère. Cela a impliqué une réponse plus forte aux mouvements marocains, mais aussi le renouvellement des liens avec des partenaires qui ne soutiendraient pas une nouvelle escalade. L’une des priorités de M. Tebboune a été de redonner à l’Algérie une place plus centrale dans la diplomatie arabe en organisant un sommet réussi de la Ligue arabe. Reporté de mars 2022, le sommet a maintenant été confirmé pour novembre 2022. Tebboune a intérêt à ce que de nombreux dirigeants arabes y assistent, ce qui l’incitera à éviter toute action provocatrice à l’encontre du Maroc.

    L’Algérie a également renforcé ses liens avec la Turquie et entretient des liens de longue date avec la Chine. Ces deux pays entretiennent de bonnes relations avec le Maroc et ne profiteraient pas d’une augmentation des tensions entre les deux rivaux nord-africains. L’Algérie a également une relation de sécurité bien développée avec les États-Unis, qui a persisté malgré la reconnaissance par Trump de la revendication du Maroc sur le Sahara occidental. Rien qu’en mars 2022, de hauts responsables américains du département de la défense et du département d’État se sont rendus en Algérie pour un dialogue militaire et un dialogue stratégique conjoints. Enfin, l’Algérie est fortement dépendante de l’Europe pour son commerce extérieur : l’UE est le premier partenaire commercial de l’Algérie et représente 46,7 % des exportations algériennes (principalement des hydrocarbures).

    Ainsi, la politique étrangère algérienne est marquée par une « géométrie variable », selon les termes de l’analyste franco-algérien Akram Belkaid. Le pays combine une position robuste par rapport au Maroc (ainsi que dans sa rhétorique envers l’ancienne puissance coloniale, la France) avec une approche plus pragmatique avec d’autres partenaires, tout en préservant toujours un certain degré d’autonomie. Le chercheur Adlene Mohammedi a récemment écrit que « malgré des discours parfois controversés, la politique étrangère de l’Algérie se caractérise essentiellement par la discrétion et la prudence. » Ce positionnement signifie qu’il est peu probable qu’elle pousse sa confrontation avec le Maroc à un niveau tel qu’elle met en péril d’autres relations de politique étrangère. De manière cruciale, il fournit également une ouverture pour les partenaires, y compris l’Europe et les États-Unis, pour promouvoir la désescalade.

    La politique étrangère algérienne ne peut être comprise indépendamment de la politique intérieure du pays. Le mouvement de protestation du Hirak qui a explosé en 2019 s’est calmé face à une répression ciblée contre les militants. Cependant, le soutien populaire au régime semble limité : une indication est que la participation aux élections législatives de juin 2021 n’a été que de 23 %. Traditionnellement, les élites dirigeantes algériennes considéraient la politique dure à l’égard du Maroc comme un moyen de rallier le soutien nationaliste au régime algérien, mais il n’est pas clair dans quelle mesure cela reste le cas. Si l’establishment politique et l’armée qui le soutient ont toujours eu des opinions fortement anti-marocaines, la méfiance de la population à l’égard des autorités et sa préoccupation pour les problèmes socio-économiques sont susceptibles de limiter les avantages politiques qu’une position agressive contre le Maroc peut apporter.

    D’après le politologue Zine Labidine Ghebouli, la politique étrangère algérienne et l’opinion publique sur le rôle du pays sont en pleine évolution[4]. Alors que les parties les plus conservatrices de la population restent attachées à une vision traditionnelle du rôle de l’Algérie axée sur le soutien à l’autodétermination, il existe également une partie croissante de l’opinion qui est plus sceptique à l’égard des récits officiels et plus sensible à la nécessité d’un soutien économique et d’un investissement accru. Alors que l’opposition algérienne à Israël reste très répandue, il n’est pas certain que le gouvernement considère une nouvelle confrontation avec le Maroc comme un atout politique incontestable.

    Il est certain que l’Algérie réagira à toute nouvelle mesure marocaine qui pourrait être considérée comme une provocation. Elle a continué à envoyer des convois commerciaux à travers le Sahara Occidental à la suite de la récente attaque, et il ne fait aucun doute qu’une nouvelle attaque contre des citoyens algériens recevrait une réponse forte. Mais en l’absence de toute nouvelle escalade du côté marocain, l’Algérie pourrait bien se contenter de maintenir ses initiatives contre le Maroc au niveau de la rhétorique.

    Le Maroc – une stratégie d’affirmation de soi

    Ces dernières années, et en particulier depuis la reconnaissance par Trump de sa souveraineté sur le Sahara occidental, le Maroc agit avec une affirmation de plus en plus marquée, non seulement à l’égard de l’Algérie mais aussi de l’Europe. En mars 2021, le Maroc a rompu sa coopération diplomatique avec l’Allemagne et a ensuite rappelé son ambassadeur en réponse à ce qu’il a décrit comme « l’attitude destructrice » de l’Allemagne sur le Sahara occidental, qui a notamment demandé une audience à huis clos du Conseil de sécurité de l’ONU après la décision de Trump. En avril 2021, le Maroc s’est également engagé dans une querelle diplomatique avec l’Espagne suite à la décision de Madrid de permettre au leader du Polisario Brahim Ghali d’entrer en Espagne pour être traité pour le covid-19. Dans le cadre de sa réponse, le Maroc a parfois facilité le passage de migrants en territoire espagnol sur la côte nord-africaine, notamment dans les villes de Ceuta et Mellila.

    En novembre 2021, le roi Mohammed VI a prononcé un discours dans lequel il a affirmé avec force que la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental ne ferait jamais l’objet de négociations, la décrivant comme « une vérité aussi pérenne qu’immuable ». Il a également averti que le Maroc n’accepterait jamais aucune initiative économique ou commerciale qui exclurait le Sahara Occidental. Ceci a des implications évidentes pour les relations du Maroc avec l’Europe. Deux mois plus tôt, la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJEU) avait jugé que deux accords de commerce et de pêche entre l’UE et le Maroc étaient invalides parce qu’ils s’étendaient aux produits originaires du Sahara Occidental sans que le consentement du peuple sahraoui ait été demandé pour ces accords. Le Conseil de l’Union européenne a voté pour faire appel de la décision, mais il est probable que la décision sera confirmée. Il est difficile de voir comment les accords pourraient être révisés de manière à satisfaire à la fois les demandes du Maroc et les conditions de la cour.

    Néanmoins, les politiques énergiques du Maroc ont obtenu certains résultats. Plus particulièrement, il a été révélé en mars 2022 que le premier ministre espagnol avait écrit une lettre au Roi Mohammed VI disant que le plan d’autonomie du Maroc pour le Sahara Occidental était « la base la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour résoudre le conflit. Cela a marqué un changement majeur dans la position de l’Espagne, puisqu’elle était auparavant restée neutre entre les propositions du Maroc et du Polisario et avait seulement appelé à une solution négociée sous les auspices de l’ONU. La démarche espagnole s’inscrit dans le cadre d’une réconciliation avec le Maroc, ouvrant ce que les autorités espagnoles ont appelé une « nouvelle étape » dans les relations entre les deux pays.

    On pourrait arguer que le changement de position de l’Espagne a peu d’impact sur le fond, puisqu’un accord devra encore être trouvé par le biais de négociations. Mais la décision de l’Espagne risque d’envoyer un signal au Maroc, lui indiquant qu’il bénéficie d’un soutien international croissant pour son approche intransigeante. L’Allemagne avait auparavant réglé son différend avec le Maroc en des termes plus neutres, avec une déclaration décrivant le plan d’autonomie du Maroc comme « une contribution importante ». Le président Joe Biden a également permis que la reconnaissance de la souveraineté marocaine par Trump soit maintenue, bien que son administration ait largement suivi une politique consistant à éviter le sujet et à soutenir la reprise des négociations sous l’égide de l’envoyé des Nations unies récemment nommé, Staffan de Mistura. Les États-Unis semblent avoir obtenu le soutien du Maroc pour la nomination de Mistura en partie en évitant de revenir sur la décision de Trump.

    Vers une approche européenne plus équilibrée

    Toute nouvelle détérioration des relations entre l’Algérie et le Maroc pourrait avoir des conséquences importantes pour l’Europe. Un conflit entre les deux pays entraînerait probablement une forte augmentation de la migration vers l’UE, et surtout vers l’Espagne. Il aurait un impact profondément déstabilisant dans l’ensemble des régions du Maghreb et du Sahel, faisant reculer les espoirs européens de développement économique en Afrique du Nord, qui pourrait jouer un rôle important dans la transition verte de l’Europe, entre autres intérêts. Un conflit pourrait également permettre à des groupes extrémistes de gagner du terrain.

    La récente montée des tensions entre le Maroc et l’Algérie découle d’une série de changements qui ont bouleversé le statu quo antérieur. Le meilleur espoir pour l’Europe d’aider à stabiliser leurs relations réside dans le maintien d’une approche équilibrée vis-à-vis des deux pays, afin d’éviter d’encourager davantage l’affirmation marocaine ou la défensive algérienne. Bien sûr, l’UE a des liens plus développés avec le Maroc qu’avec l’Algérie – et cela est particulièrement vrai pour la France et l’Espagne, qui ont des liens commerciaux forts et comptent sur la coopération marocaine en matière de migration et de contre-terrorisme. Cependant, il y a des raisons de se méfier d’une adhésion trop étroite à la position du Maroc. Pour l’Europe, faire des concessions face aux tactiques musclées du Maroc risque de récompenser une approche qui incorpore un élément de chantage par la militarisation de la migration. En outre, l’engagement européen avec le Maroc n’a pas réussi à obtenir le soutien marocain à la résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies sur l’invasion russe de l’Ukraine – une question d’importance critique pour l’Europe.

    Le Maroc pourrait également être dans une position plus faible que sa position affirmée semble le suggérer. La guerre en Ukraine a déjà un impact sérieux sur l’économie du pays. Le Maroc est un grand importateur de céréales et d’hydrocarbures, dont le prix a fortement augmenté en raison du conflit. Le Maroc souffrait déjà de la pire sécheresse depuis des décennies, ce qui a eu un impact considérable sur la production agricole nationale. L’industrie touristique du pays est également encore en train de se remettre de l’impact du covid-19.

    Ces facteurs rendent le soutien européen et la poursuite des flux commerciaux du Maroc vers l’Europe particulièrement importants. Si la CJUE confirme le récent arrêt sur les accords commerciaux et de pêche, il serait coûteux pour le Maroc de perdre les avantages de son accord d’association avec l’UE, qui est la destination de 64 % des exportations marocaines. Le Maroc pourrait finalement être contraint de faire un compromis sur son insistance à ce que tout accord commercial inclue le Sahara Occidental ; dans tous les cas, le jugement de la cour impose une limite à ce que l’UE peut accepter. Cela pourrait fournir une occasion de réinitialiser les relations de l’Europe avec le Maroc, en s’éloignant d’une posture qui semble souvent excessivement déférente. Si l’Europe ne riposte pas à l’affirmation marocaine, le Maroc sera encouragé à redoubler ses exigences et ne sera pas incité à respecter les préoccupations européennes.

    L’UE et ses Etats membres devraient adopter une politique envers le Maroc qui soit basée sur une évaluation des intérêts à long terme de l’Europe envers le pays et le Maghreb plus largement. L’Europe peut reconnaître les avantages de la coopération et les contributions marocaines dans des domaines tels que la migration et la sécurité, mais dans le même temps, elle peut indiquer clairement qu’elle n’est pas prête à approuver la position du Maroc sur le Sahara occidental et qu’elle attend également une coopération sur d’autres préoccupations européennes. Dans le cadre de cette politique, l’Europe devrait encourager la retenue marocaine dans l’utilisation de la force contre les forces du Polisario et souligner l’importance d’éviter une nouvelle escalade dans les relations du Maroc avec l’Algérie. Elle devrait essayer d’atténuer le sentiment du Maroc qu’il peut atteindre ses objectifs au Sahara occidental en s’affirmant davantage, une perception qui sous-tend ses tensions avec son voisin.

    Les relations européennes avec l’Algérie sont beaucoup moins profondes que celles avec le Maroc. Le pays est à bien des égards un partenaire plus problématique et plus délicat : son gouvernement ne bénéficie pas d’un soutien populaire, son climat commercial décourage les investissements européens et il n’a pas respecté les engagements pris dans son accord d’association avec l’UE en 2002. Néanmoins, l’UE reste un partenaire important pour l’Algérie, et elle pourrait gagner encore en influence si le pays s’engage dans la transition économique et énergétique qui sera nécessaire pour assurer sa prospérité future.

    Il est dans l’intérêt de l’Europe de développer ses liens avec l’Algérie et d’éviter de pousser le pays à dépendre davantage de puissances extérieures telles que la Russie. L’UE et ses Etats membres seront les mieux placés pour le faire s’ils ne s’alignent pas davantage sur la position du Maroc sur le Sahara occidental. Le récent changement de position de l’Espagne a incité l’Algérie à rappeler son ambassadeur pour des consultations et à revoir le prix qu’elle facture à l’Espagne pour le gaz, bien qu’il ne soit pas encore clair dans quelle mesure une rupture des relations en résultera. Les pays européens devraient éviter toute nouvelle action qui semble prendre parti dans le conflit, ce qui perturberait davantage l’équilibre des pouvoirs perçu entre le Maroc et l’Algérie d’une manière potentiellement déstabilisante. Dans le même temps, l’UE devrait essayer de persuader l’Algérie de revenir au format quadripartite pour les pourparlers sur le Sahara Occidental, dans le cadre d’un effort pour soutenir la volonté de l’envoyé de l’ONU de relancer les négociations. Les responsables européens devraient également essayer de persuader l’Algérie de ne pas intensifier son soutien militaire au Polisario et d’éviter toute nouvelle rhétorique incendiaire à l’égard du Maroc.

    Il n’existe aucune perspective immédiate de pourparlers bilatéraux visant à désamorcer l’impasse entre le Maroc et l’Algérie, et il est peu probable que les pays européens soient acceptés par l’une ou l’autre des parties en tant que médiateurs. Mais l’UE et ses États membres pourraient jouer un rôle dans la réduction des tensions s’ils peuvent contribuer à encourager une approche plus modérée des deux côtés. Pour ce faire, ils doivent envisager leurs relations avec les deux pays dans un contexte régional et éviter toute action supplémentaire qui pourrait alimenter l’affirmation marocaine et amener l’Algérie à penser que l’Europe a pris parti contre elle. Une telle approche permettrait non seulement à l’Europe d’être la mieux placée pour désamorcer les tensions régionales, mais fournirait également la base la plus constructive pour les relations bilatérales avec le Maroc et l’Algérie dans les années à venir.

    A propos de l’auteur
    Anthony Dworkin est chargé de mission au Conseil européen des relations étrangères. Il dirige les travaux de l’organisation dans les domaines des droits de l’homme, de la démocratie et de l’ordre international. Entre autres sujets, Dworkin a mené des recherches et écrit sur le soutien de l’Union européenne au multilatéralisme, la transition politique en Afrique du Nord et les cadres européen et américain de lutte contre le terrorisme.

    Remerciements
    L’auteur tient à remercier Zine Labidine Ghebouli pour sa connaissance de la politique étrangère algérienne. Au sein de l’ECFR, il souhaite remercier Julien Barnes-Dacey, Hugh Lovatt et Tarek Megerisi pour leurs commentaires sur une version antérieure, ainsi qu’Adam Harrison pour l’édition.

    Cet article a été rendu possible grâce au soutien du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord de l’ECFR par la Fondazione Compagnia di San Paolo.

    [1] Pour un compte rendu des relations entre l’Algérie et le Maroc, voir Michael Willis, Politics and Power in the Maghreb : Algeria, Tunisia and Morocco from Independence to the Arab Spring (Hurst, 2012), pp. 265-292.

    [2] Willis, Politics and Power in the Maghreb, p. 292.

    [3] Entretien de l’ECFR avec un haut responsable du Polisario, capitale européenne, octobre 2021.

    [4] Entretien de l’ECFR avec Zine Labidine Ghebouli, 28 février 2022.

    The European Council on Foreign Relations, 08/04/2022

    #SaharaOccidental #Algérie #Maroc #UE #Migration


  • Le Maghreb en 2021 : Fractures et  rapprochements

    Le Maghreb en 2021 : Fractures et rapprochements

    Le Maghreb en 2021 : Dynamiques de fractures et logiques de rapprochements – Algérie, Maroc, Mauritanie, Tunisie,

    Les lignes bougent au sein de l’arc nord-africain. Les pays du Maghreb achèvent une année 2021 très agitée, qui ouvre sur plein de méconnues. A l’évidence, le Maghreb a connu durant cette année des évolutions politiques et géopolitiques significatives. Il ressort, en effet, que cette région a été marquée par des évolutions inédites sous le sceau d’une crise multiforme et d’arrangements entre les Etats selon leurs intérêts.

    A l’orée du nouvel an, trois grandes données semblent caractériser la géopolitique maghrébine. Il y a, d’abord, l’aggravation des relations algéro-marocaines, rompues par Alger depuis le 24 août dernier et corsée par l’assassinat de trois camionneurs algériens sur l’axe routier Nouakchott-Ouargla le 1er novembre dernier. Incontestablement, la question la plus débattue et discutée est la dégradation de la relation déjà problématique entre Alger et Rabat. Car, si les deux pays ont rompu leurs relations à l’initiative d’Alger, leur contentieux a provoqué un bouleversement majeur dans la région, accompagné par l’émergence d’Israël et son rôle que lui a confié la normalisation de ses relations avec le royaume du Maroc. D’autant plus que l’irruption d’Israël dans le paysage maghrébin a eu des répliques même à l’échelle africaine dans la mesure où les «partenaires» de l’entité sioniste œuvrent à lui accorder une place au sein de l’organisation panafricaine. Le Maghreb durant l’année qui s’achève, c’est aussi la crise politique en Tunisie et la recherche d’un souffle économique qui s’accompagne d’un rapprochement avec Alger, qui cherche aussi à se positionner favorablement sur son flanc sud-ouest en multipliant les initiatives en direction de la Mauritanie, pays avec lequel, outre la nécessaire coordination sécuritaire, elle espère des échanges économiques et commerciaux consolidés.

    «La crise de gouvernance qui a vu le Président Kaïs Saïed s’emparer du pouvoir est l’aboutissement de mois de blocage institutionnel et de luttes politiques intestines. Celle-ci a largement opposé le Président au Premier ministre Hicham Mechichi et au président du Parlement Rached Ghannouchi au sujet de la répartition entre le pouvoir législatif et le rôle respectif de l’exécutif bicéphale – le Président et le Premier ministre», selon l’expert de l’Afrique du Nord, Anouar Boukhars.

    Ce dernier a fait observer au Centre d’études stratégiques de l’Afrique que, «depuis sa victoire écrasante au second tour de la présidentielle en 2019, Saïed, un homme politique sans étiquette, connu pour son mépris de la politique partisane, s’est amèrement plaint d’être paralysé par le système politique tunisien et ses règles constitutionnelles limitant le champ de ses pouvoirs à la défense et la politique étrangère».

    En Libye, l’impasse semble totale dans la mesure où l’espoir de voir le pays se doter d’institutions légitimes à la date du 24 décembre s’est évaporé laissant planer toutes les incertitudes. Le constat est que la Libye, qui n’arrive pas à boucler sa transition qui a connu du succès, a buté sur un calendrier électoral que chacune des parties veut à son profit. Ce qui risque de faire durer, malheureusement, l’impasse durant l’année 2022 pour un pays en crise politique depuis une décennie, aggravée par des interférences étrangères. «Ces élections pourraient permettre à la Libye de retrouver une certaine stabilité sous réserve que les acteurs internationaux, présents en Libye, se retirent, et ainsi de mettre fin à 10 années de conflit en territoire libyen», avait déjà fait observer Pascal Boniface, Directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), lequel a souligné que «ce conflit a déchiré et détruit le pays tout en déstabilisant l’ensemble de la région».

    PAR NAZIM BRAHIMI

    Reporters, 30/12/2021

    #Algérie #Maroc #Mauritanie #Tunisie #Israël #Maghreb #UnionAfricaine

  • Le Maroc, un supplétif au service de l’impérialo-sionisme

    Le Maroc, un supplétif au service de l’impérialo-sionisme -Algérie, Israël, Maghreb, Sahara Occidental,

    La monarchie marocaine est depuis des décennies volontairement immobile, comme pétrifiée à la construction du Maghreb arabe en adoptant un caractère en géronte imperméable aux idées nouvelles d’épanouissement, de paix et de sécurité régionales et allergique au bon voisinage car tout simplement le voisin de l’Ouest se cache derrière le conflit du Sahara occidental et se refuse à dépasser les divergences futiles et à résister ensemble aux pressions impérialo-sionistes qui s’exercent dans la région avec une virulence particulière, notamment à travers le danger israélien désormais présent partout en Afrique et menaçant l’ensemble du Monde arabe grâce à la complicité du Maroc. La priorité des priorités, ici c’est naturellement cette agression continue du Maroc à l’égard de l’Algérie, qui fort du soutien israélo-américain, voire même de la France et des monarchies arabes, se présente comme un  » sous-sionisme  » se croyant capable d’imposer, comme il le fait au Sahara occidental, sa loi à l’ensemble de la région.

    La diplomatie algérienne n’a de cesse d’estimer qu’il est temps pour le Maroc de sortir de sa léthargie pour procéder à une évaluation de son aventure coloniale au Sahara occidental. Une autocritique objective s’impose au regard du mécontentement du peuple marocain à l’égard de l’occupation militaire du Sahara occidental. La réaction du roi Mohamed VI à ce sujet ne devra être non point la surenchère accusant l’Algérie de partie prenante dans le conflit entre le Maroc et le Front Polisario mais la réalité et les échecs enregistrés par le Makhzen sur le terrain. Hélas ! Le roi Mohamed VI n’a jamais voulu tirer profit de cet échec au Sahara occidental et demeure comme à ses coutumes sur l’orbite des conflits marginaux avec l’Algérie œuvrant ainsi au profit des ennemis de notre pays.

    Dans sa fuite en avant, le Maroc a opté pour la normalisation de ses relations avec l’entité sioniste en échange d’une possible internationalisation de la reconnaissance de la marocanité du Sahara occidental et beaucoup plus d’un silence sur la cause du peuple palestinien mais ce n’est pas tout : le deal porte sur des clauses secrètes visant la déstabilisation de l’Algérie. De fait une jonction existe entre Rabat et Tel-Aviv. Encore discrète dans un passé récent, cette collusion se développe désormais au grand jour.

    Pièces maîtresses dans le dispositif à la fois colonial et sioniste, le Maroc et l’entité sioniste ne se contentent pas d’étouffer le droit international à l’égard des peuples palestinien et sahraoui. Forts de puissantes complicités qui ne se cachent plus, elles aussi, ils étendent la menace et l’insécurité à l’ensemble des pays africains, entravent gravement leurs efforts de développement et mettent en péril jusqu’à leur existence nationale à l’instar de ce qui se passe au Moyen-Orient. La preuve, l’occupation par le Maroc du Sahara occidental depuis 1975 succède à celle de la Palestine depuis 1948 par Israël. Elle précède les menaces que l’entité sioniste fera bientôt peser sur le continent africain si elle est admise en tant que membre observateur au sein de l’Unité africaine (UA).

    Tel-Aviv en se rapprochant du Maroc n’a qu’un seul but : remodeler la carte de la région : tel est le véritable objectif de cet  » amour  » de circonstance entre les deux pays. Telle est aussi la véritable signification de l’adversité affichée à l’égard de l’Algérie. Cette alliance semble avoir des objectifs plus ambitieux : la mise en œuvre d’un vaste plan stratégique où le Maroc occupe la place de sous-traitant afin d’impulser à l’Afrique un remodelage géopolitique à l’avantage de l’Etat hébreu, c’est désormais ce qui est convenu entre les stratèges des deux pays.

    Le drame est que ce n’est pas un projet purement marocain. C’est plutôt l’aboutissement du partenariat stratégique américano-israélien dont le lien est devenu de plus en plus vaste au fil des croisades contre le Monde arabe et l’Afrique, au point que c’est maintenant le monde à l’envers, c’est le Maroc qui fait office de supplétif qui donne l’impulsion à cette hégémonie impérialo-sioniste.

    B. C.

    Lemaghreb.dz, 29/12/2021

    #Maroc #Israël #Algérie #Palestine #MoyenOrient #Normalisation #SaharaOccidental

  • Diplomatie algérienne: Les défis extérieurs de 2022

    Diplomatie algérienne: Les défis extérieurs de 2022 – Algérie, Sommet Arabe, Palestine, Maroc, Isra¨le, Sahara Occidental, Afrique, Maghreb,

    Les évènements qui ont marqué le Maghreb et la région du Sahel durant 2021, indiquent parfaitement la nature des défis que l’Algérie affrontera l’an prochain.

    Dans son discours à la cérémonie d’ouverture de la Conférence des chefs de missions diplomatiques et consulaires algériennes, le 8 novembre, le président Abdelmadjid Tebboune a, en quelque sorte, annoncé la couleur : «Les défis qui se posent à nous sont plus graves dans le contexte des crises multidimensionnelles que connaît notre région et des foyers de tension dans plusieurs États voisins, notamment au Sahara occidental avec la reprise des hostilités militaires armées entre le Front Polisario et les forces d’occupation marocaines». Il a évoqué «les menaces directes visant à affaiblir l’Algérie, par le biais d’une guerre de quatrième génération dans le cadre d’un vaste plan ciblant, au-delà de l’Algérie, l’Afrique et le Moyen-Orient».

    La place de la diplomatie algérienne
    La riposte aux menaces sur l’Algérie repose en partie sur nos diplomates. La nomination, le 7 juillet 2021, de Ramtane Lamamra comme ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger- après avoir occupé ce poste de 2013 à 2017 et brièvement en 2019- avait surpris les Algériens. Mais très vite, tout le monde a compris les raisons du retour de Ramtane Lamamra. L’action diplomatique algérienne est passée -tous l’ont constaté- à une vitesse supérieure, après une longue période au ralenti. Elle est nettement plus offensive et plus efficace qu’avant, avec plus de visibilité. C’est le Président Tebboune qui le déclarait en août 2021 devant les responsables de médias: la diplomatie algérienne a recouvré «sa véritable place». Il révélait que les responsables africains «se sont plaints de l’absence de l’Algérie».

    Les premiers résultats
    Un des résultats les plus significatifs de ce «retour de l’Algérie» est, sans doute, la remise en question de l’octroi du statut d’observateur à Israël dans l’Union africaine (UA), et l’inscription de cette affaire à l’ordre du jour du prochain Sommet des chefs d’État africains prévu en février 2022. C’est le fruit des nombreuses rencontres de Ramtane Lamamra avec ses homologues africains et arabes, durant ses tournées non stop immédiatement après sa nomination. Autre fait marquant: en août 2021, à la suite d’une série de provocations et d’actes hostiles du Maroc, l’Algérie a décidé la rupture immédiate de ses relations diplomatiques avec ce pays voisin. Trois mois après, le 24 novembre, Israël a signé avec le Maroc, un accord-cadre de coopération sécuritaire dirigé contre notre pays. C’est la preuve que la présence active de l’Algérie sur la scène diplomatique contrarie l’entité sioniste, et bénéficie naturellement à la Palestine, comme en témoignera, quelques jours plus tard, la visite d’État de son président, Mahmoud Abbas à Alger.

    L’Algérie dérange les intérêts du néo-colonialisme
    Les tentatives d’affaiblir l’Algérie par la guerre de 4ème génération qui lui est menée directement, ont notamment pour motif, précisément, d’empêcher, où, au moins, gêner la diplomatie algérienne, face à une agressivité sans précédent des pays ex-colonisateurs et leurs alliés. L’Algérie dérange, parce que ses positions ne cadrent pas avec les plans des puissances néocoloniales. Notre pays ne tolère aucune ingérence étrangère dans ses affaires internes, de quelque partie que ce soit, à plus forte raison lorsqu’il s’agit de la France, ancien pays colonisateur, a rappelé Ramtane Lamamra. Mieux, dans ses activités à l’international, l’Algérie s’en tient à son soutien de principe au droit des peuples à l’autodétermination qui concerne actuellement la Palestine et le Sahara occidental. Très attaché à la paix et à la sécurité, notre pays plaide pour le règlement pacifique des conflits, et pour des relations internationales justes et équilibrées. L’Algérie est très active dans le mouvement des pays non alignés et a fait part de sa disponibilité à abriter son prochain sommet. Dans le même esprit, l’Algérie œuvre à promouvoir les valeurs du multilatéralisme. Elle prône une réforme du Conseil de sécurité pour donner sa place à l’Afrique. La Tunisie voisine rejoint les positions de la diplomatie algérienne sur les questions qui touchent le continent africain et le monde arabe.

    Un Sommet pour la Palestine à Alger
    L’Algérie veut amener le monde arabe à en finir avec ses attitudes de compromission avec Israël qui, en retour, n’offre absolument rien et poursuit sa même politique coloniale et d’apartheid à l’égard des Palestiniens. Cette question sera au cœur du Sommet de la Ligue arabe, prévu à Alger, en mars prochain. Ce sera l’évènement phare de l’activité diplomatique algérienne pour l’année 2022. Notre pays a placé la barre très haut en projetant d’en faire le Sommet de la Palestine et celui de la réintégration de la Syrie au sein de la Ligue arabe et en même temps celui de la réforme de cette institution. L’Algérie a fait savoir qu’elle «ne cautionnera pas la division arabe». Comme une condition sine qua non, est posée l’exigence que ce Sommet soit «unificateur et inclusif». En résumé, selon le souhait exprimé par le président Tebboune, lors de son entrevue périodique avec des responsables de médias nationaux, fin novembre, le Sommet doit constituer «un nouveau départ pour un monde arabe déchiré». Cela passe par le renouvellement des engagements des pays arabes dans le soutien à la cause palestinienne, sur la base de l’Initiative arabe de paix, fondée sur le principe de «la terre contre la paix», qui fixe comme préalable à cette paix l’établissement de l’État de Palestine, avec comme capitale El-Qods. L’Algérie renoue avec son rôle fédérateur centré sur les intérêts des peuples du monde arabe et prioritairement le peuple palestinien dans sa lutte pour le recouvrement de ses droits nationaux. C’est la hantise de l’entité sioniste et c’est ce qui explique sa présence au Maroc, à notre frontière ouest. Ramtane Lamamra a toutes les raisons d’affirmer que l’Algérie se considère comme un État en confrontation avec l’entité sioniste.

    L’arme marocaine de la provocation
    Se croyant renforcé par la présence israélienne sur son sol, le Maroc maintient ses provocations contre l’Algérie. Le 1er novembre, date hautement symbolique pour notre pays, trois Algériens ont été tués au Sahara occidental, victimes d’une attaque marocaine avec une «arme sophistiquée». Le but était d’entraîner l’Algérie dans le conflit armé qui oppose le Front Polisario, en lutte pour l’indépendance du Sahara occidental, au Maroc, pays occupant. La position de la diplomatie algérienne est conforme à celle des Nations unies qui considèrent le Sahara occidental comme une colonie. C’est le dernier foyer colonial en Afrique. Pour l’Algérie, comme pour les Nations unies, la décolonisation du Sahara occidental doit être envisagée en permettant au peuple sahraoui d’exercer son droit inaliénable à l’autodétermination et à l’indépendance. C’est le message délivré par la diplomatie algérienne spécialement au sein de l’UA dont la République arabe sahraouie démocratique (RASD) est membre fondateur.

    L’Afrique face à la menace terroriste
    Les autorités algériennes sont conscientes des tentatives de déstabilisation qui visent l’UA. Son renforcement et sa protection figurent parmi les priorités du travail de notre diplomatie, a fait savoir le président Tebboune. L’Algérie, par la voix de Ramtane Lamamra, a exprimé sa profonde préoccupation devant les proportions prises par le phénomène du terrorisme dans plusieurs régions d’Afrique, notamment dans la région sahélo-saharienne, le bassin du lac Tchad, en Afrique centrale et récemment en Afrique du Sud.
    Les liens entre le terrorisme, l’extrémisme violent et le crime organisé transnational continuent à se consolider sur le continent, a fait remarquer notre ministre des Affaires étrangères. L’Algérie est directement concernée par tout ce qui se passe dans les pays de sa proximité immédiate. Tout ce qui touche les intérêts, la sécurité et la stabilité de la Tunisie, la Libye, le Mali, le Niger, touche, dans le même temps, les intérêts, la sécurité et la stabilité de l’Algérie, répètent à chaque occasion les hauts responsables algériens.

    Objectif de la diplomatie algérienne : la paix
    «L’Algérie n’a de haine pour aucun pays», a tenu à préciser le président Tebboune. L’ensemble des orientations qu’il a données aux diplomates algériens, se focalise sur une préoccupation majeure, immédiate: la paix dans la région, en Libye, au Mali et dans le Sahel, qu’il faut rétablir en urgence, et qu’il faut préserver ensuite sur le long terme. Une paix durable, indispensable au développement économique et social. Le défi est gigantesque.

    Le rôle de la communauté algérienne à l’étranger
    La diplomatie algérienne compte sur la contribution de la communauté nationale à l’étranger. La nouvelle appellation « ministère des Affaires étrangères et de la Communauté nationale établie à l’étranger » n’est pas fortuite. Elle correspond à une orientation stratégique qui donne toute son importance à la démarche visant à créer des passerelles avec les membres de cette communauté en vue de lui permettre de contribuer à la construction nationale. La prise en charge de ses préoccupations et de ses aspirations est un élément fondamental de cette démarche nouvelle.
    M’hamed Rebah

    Le Courrier d’Algérie, 29/12/2021

    #Algérie #Maghreb #Année2022 #Maroc #Palestine #SaharaOccidental #SommetArabe

  • Ghazouani en Algérie. Redessiner la carte géopolitique régionale?

    Ghazouani en Algérie. Redessiner la carte géopolitique régionale?

    Ghazouani en Algérie. Redessiner la carte géopolitique de la région ? – Mauritanie, Maroc, Sahara Occidental,

    L’Afrique du Nord en pleine ébullition
    Il ne se passe pas une semaine sans qu’il y ait un changement ou une nouvelle en Afrique du Nord, notamment en Algérie, au Maroc, au Sahara occidental et en Mauritanie, qui façonnent, jour après jour, les événements à venir qui se produiront sans aucun doute dans un avenir proche.

    Selon des sources gouvernementales mauritaniennes, le président mauritanien Mohamed Ould Ghazouani se rendra en Algérie au cours de la semaine prochaine, la visite étant prévue les 26 et 27 décembre.

    Au cours de cette visite, le Président Mohamed Ould Ghazouani s’entretiendra avec son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune, et la délégation qui l’accompagne, composée de plusieurs de ses ministres, s’entretiendra également avec leurs homologues algériens sur les domaines de coopération conjointe entre les deux pays.

    La visite d’Ould Ghazouani en Algérie n’est en aucun cas considérée comme fortuite. Elle semble s’inscrire dans le cadre des changements géopolitiques déjà en cours en Afrique du Nord, avec l’irruption de l’État d’Israël dans la région. Il y a toutefois des spéculations selon lesquelles le gouvernement mauritanien pourrait essayer de faire comprendre au gouvernement algérien sa position distante par rapport à l’opération géopolitique, militaire et économique que la monarchie marocaine a entreprise avec l’État d’Israël.Une trajectoire difficile

    Mohamed Ould Ghazouani a une trajectoire biographique sinueuse. Il appartient à une famille soufie réputée. Il est le fils d’un chef spirituel de la tribu des Ideiboussat.

    Ould Ghazouani a rejoint l’armée mauritanienne à la fin des années 1970. Il a poursuivi sa formation d’officier au Maroc. Il a obtenu un baccalauréat, une maîtrise en administration et en sciences militaires, et a suivi plusieurs certificats et cours de formation à la guerre.

    Il a été considéré comme le modernisateur de l’armée mauritanienne durant la décennie où il est devenu chef d’état-major des armées. Au cours de cette période, il a noué des liens étroits avec la France, avec le gouvernement de laquelle il s’est engagé à combattre AQMI, une sorte d’armée de guérilleros d’Al-Qaïda en Afrique du Nord.

    En octobre 2018, il a été nommé ministre de la défense de la Mauritanie. Quelques mois plus tard, Ghazouani a annoncé qu’il allait se présenter à la présidence du pays pour remplacer le président Ould Abdelaziz, qui, selon la constitution mauritanienne, ne pouvait pas se représenter à la présidence. Considéré pendant des années comme son « adjoint », Abdelaziz a lui-même organisé son équipe de campagne électorale.

    Le 22 juin 2019, il devient président élu de la Mauritanie après une élection présidentielle contre cinq candidats. Il a pris ses fonctions le 1er août.

    En cette année 2020, l’ancien président mauritanien Ould Abdelaziz, dont Mohamed Ould Ghazouani était un pupille, a été arrêté et accusé de corruption pendant son mandat présidentiel.

    Canarias semanal, 19/12/2021

    #Mauritanie #Maroc #Algérie Afrique_du_Nord #Sahara_Occidental #Maghreb #AQMI

  • L’Algérie, la Tunisie et le nouveau Maghreb

    L’Algérie, la Tunisie et le nouveau Maghreb – Abdelmadjid Tebboune, Kaïs Saïed,

    La visite d’Etat en Tunisie du président Tebboune a montré toute l’importance d’un contrat historique entre les deux pays et même au-delà. Tous les peuples du Maghreb aspirent à voir la dynamique algéro-tunsienne faire tache d’huile. Le rapprochement stratégique opéré à travers le séjour tunisois de Abdelmadjid Tebboune est une bataille qu’il va falloir gagner. La nouvelle guerre pour un Maghreb souverain et uni, commence à peine. L’on a saisi, en tout cas, dans les propos de l’un et l’autre président tout le chemin qui reste à parcourir pour sortir de la logique des voeux pieux. Les deux pays entendent s’engager effectivement sur la voie de la concrétisation de volontés politiques.

    Très imprégnés des enjeux de l’heure, Abdelmadjid Tebboune et Kaïs Saïed font montre d’une détermination à la hauteur des exigences historiques du moment. La région du Maghreb n’est plus ce qu’elle fut durant les années 60, 70 et 80. Les défis sont autrement plus importants et les menaces, monstrueuses. Les deux pays qui ont vécu ces dernières décennies des violences inouïes, en savent quelque chose. Même s’ils s’en sont sortis renforcés de ces épreuves, la menace qui se dessine en cette troisième décade du XXIe siècle est sans doute plus terrible encore. C’est la conviction du chef de l’Etat algérien qui propose à son homologue tunisien de donner un prolongement stratégique à la fraternité qui lie les deux peuples et les deux pays.

    Alger et Tunis doivent se protéger contre les nouvelles forces de destruction. Ces dernières ont déjà pris pied au Maghreb et opèrent, désormais, à visage découvert. Le pacte maroco-israélien vise à anéantir l’esprit de liberté et de solidarité qui anime les sociétés de la région envers la Palestine. Une pareille entreprise aura pour effet direct, l’asservissement des peuples. On commence à le voir au Maroc et il est impensable que cela puisse déteindre sur les autres pays du Maghreb. Mais discourir seulement, ne fait pas gagner des guerres. Et celle qu’engage l’Algérie et la Tunisie se mène sur le terrain de l’intégration économique. Et ce n’est pas suffisant.

    À ce propos, il y a une véritable prise de conscience et la Déclaration de Carthage a évoqué l’urgence «d’adopter une vision ambitieuse pour l’instauration d’un nouvel espace régional unificateur, complémentaire et intégré», destiné à remplacer la défunte UMA. L’idée est lancée.

    Le président Tebboune y tient plus que tout. Ce sera la grande bataille des hommes libres contre le fléau sioniste. Une perspective que saluent les Tunisiens qui voient en la personne de Abdelmadjid Tebboune le défenseur d’un Maghreb prospère et intégré.

    Saïd BOUCETTA

    L’Expression, 18/12/2021

    #Algérie #Tunisie #Maghreb #Tebboune #KaisSaied

  • Mensonges de l’ambassadeur Ed Gabriel sur l’Algérie -21/03/2012

    Mensonges de l’ambassadeur Ed Gabriel sur l’Algérie -21/03/2012

    Rapports de l’ambassadeur Ed Gabriel sur l’Algérie -21/03/2012- Edward Gabriel, Maroc, Maghreb, Mali, Sahel,

    Les informations contenues dans ce rapport proviennent de sources publiques et privées, et aucune des informations contenues dans ce document n’a été corroborée par des tiers.
    RAPPORT MENSUEL SUR LA SITUATION EN ALGERIE
    21 mars 2014
    Résumé exécutif
    Tendances politiques

    Toujours incapable de se tenir debout et peinant à s’exprimer clairement, le président Bouteflika a officiellement déposé ses documents de candidature à l’élection présidentielle du 17 avril.
    Les manifestations contre un quatrième mandat pour Bouteflika ont pour la plupart été assez limitées jusqu’à présent, mais montrent quelques signes de coalescence avec d’autres mouvements de protestation sur des questions socio-économiques.
    Plusieurs organisations importantes de la société civile qui ont soutenu les précédentes campagnes présidentielles de Bouteflika se sont montrées réticentes à le soutenir cette fois-ci, ce qui semble refléter un manque de consensus total au sein même de la structure du pouvoir.
    Le chef du DRS, Tewfik, semble avoir pesé de tout son poids en faveur de l’option d’un quatrième mandat, et il est probable qu’il ait joué un rôle déterminant dans l’installation de l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia, connu pour être proche du DRS, au poste de chef de cabinet de Bouteflika, afin de contrebalancer l’influence dominante du frère du Président et « grand chambellan » Saïd.
    Abdelmalek Sellal, qui a cédé le poste de premier ministre au ministre de l’énergie Youcef Yousfi pour devenir le directeur de campagne de Bouteflika, a encore compliqué les choses en faisant des commentaires désobligeants sur la communauté berbérophone Chaoui de la région nord-est des Aurès, qui abrite le noyau de l’élite militaire algérienne.


    Relations extérieures
    Luttant contre des groupes djihadistes dans le nord du Mali, capables de se déplacer facilement vers et depuis leur base arrière dans le sud de la Libye, l’armée française réorganise son déploiement dans les États du Sahel.
    La coordination entre l’armée et les services de renseignement français et leurs homologues américains au Sahel et au Maghreb semble être florissante.
    En revanche, une certaine méfiance persiste entre la France et l’Algérie dans la région du Sahara et du Sahel. La situation n’est pas arrangée par les manœuvres algériennes dans le nord du Mali, qui visent en partie à contrer l’influence croissante du Maroc.
    Le redéploiement français et la présence américaine croissante dans la zone ont alimenté des reportages alarmistes dans les médias algériens sur de supposés complots contre l’Algérie, dans lesquels le Maroc est dépeint comme aidant les puissances occidentales dans leurs efforts pour déstabiliser et découper le pays.
    Ces reportages semblent toutefois être largement motivés par des impératifs de politique intérieure et pourraient se calmer une fois l’élection présidentielle passée.

    Sécurité
    En dépit d’informations non confirmées selon lesquelles un terroriste solitaire originaire du sud du pays aurait planifié des attaques contre les ambassades occidentales dans la capitale algérienne, Alger est restée calme.
    Plusieurs incidents ont eu lieu le long des frontières orientales de l’Algérie avec la Tunisie et la Libye, dont un au cours duquel un chargement de MANPADS de contrebande aurait été capturé.
    Les forces de sécurité algériennes semblent s’améliorer dans la collecte de renseignements opérationnels du côté libyen de la frontière, ce qui leur a permis d’intercepter au moins deux incursions de groupes armés.
    Tendances politiques

    Le 22 février, lors d’une visite à Oran, le Premier ministre Abdelmalek Sellal a finalement brisé le suspense et confirmé que le Président Bouteflika se représentera aux élections du 17 avril. Deux jours plus tard, des images du Président recevant un émissaire de l’émir du Koweït ont été diffusées sur la télévision d’État, dans lesquelles il apparaissait légèrement plus vivant que lors de sa précédente apparition télévisée, catastrophique, à la fin de l’année dernière, mais une fois encore sans son ; le 3 mars, le journal télévisé montrait Bouteflika remettant les signatures de parrainage et autres documents nécessaires pour officialiser sa candidature au Conseil constitutionnel et comprenait même une très courte séquence[1] dans laquelle on l’entendait parler brièvement, d’une voix tremblante et à peine audible – les premiers mots que les Algériens ordinaires avaient entendus de la bouche du chef de l’État depuis son discours de Sétif du 8 mai 2012. Quinze jours plus tard, M. Sellal a quitté ses fonctions de Premier ministre pour devenir directeur de campagne de M. Bouteflika (un rôle qu’il a occupé lors des élections présidentielles de 2004 et 2009), et le ministre de l’Énergie, M. Youcef Yousfi, lui a succédé au poste de Premier ministre. Dans le même temps, l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia a été nommé directeur de cabinet de M. Bouteflika et Abdelaziz Belkhadem a retrouvé son ancien poste de ministre d’État et représentant personnel du Président ; tous deux font partie de l’équipe de campagne de M. Bouteflika.

    Aussi attendue qu’elle ait été, la confirmation par Sellal de la candidature de Bouteflika à la réélection a été accueillie avec consternation dans de nombreux milieux. Trois des autres candidats – l’ancien Premier ministre Ahmed Benbitour, le général à la retraite Mohand Tahar Yala et Soufiane Djilali du parti Jil Jadid – ont immédiatement crié à l’injustice et annoncé leur retrait de la course à la présidence (bien qu’Ali Benflis, sans doute le challenger le plus sérieux, ait choisi de rester dans la course et ait affirmé sa conviction que l’armée « restera neutre »). Un nouveau groupe se faisant appeler Barakat ! (« Ça suffit ! »[2]), qui ne semble avoir de liens avec aucun parti politique établi, a été créé par des militants de la société civile pour protester contre la candidature de Bouteflika à un quatrième mandat, et si ses tentatives répétées d’organiser des manifestations à Alger ont pour la plupart été étouffées sans ménagement par les forces de sécurité[3], il a réussi à inspirer un nombre croissant de protestations (pour la plupart de faible ampleur) dans d’autres villes. Les étudiants des universités de Tizi Ouzou et de Bejaïa ont également manifesté par centaines contre la candidature de Bouteflika à la réélection, et les mêmes slogans ont été repris par les manifestations de chômeurs dans la ville méridionale de Ouargla et par le mouvement en cours des anciens membres mécontents de la Garde Communale.

    Pendant ce temps, les « organisations de masse » et les organismes de la société civile qui se sont précipités pour soutenir Bouteflika lors de ses précédentes campagnes présidentielles semblent dans l’ensemble beaucoup moins désireux de le faire cette fois-ci. Bien que l’UGTA (la fédération syndicale officielle de l’Algérie) et le Comité de coordination des enfants des martyrs de la guerre d’indépendance (CNEC) se soient prononcés en faveur d’un quatrième mandat bien avant que la candidature de Bouteflika ne soit publiquement confirmée, il est frappant de constater que l’Organisation nationale des Moudjahidine (organisation nationale des vétérans de la guerre d’indépendance – historiquement la pièce maîtresse de la soi-disant « famille révolutionnaire », qui a par le passé toujours soutenu le candidat du régime) n’a pas initialement soutenu clairement Bouteflika. Dans une déclaration publiée le 12 mars, l’ONM s’est contenté d’appeler l’électorat à « accomplir son devoir national et à choisir la personne la plus apte à conduire le pays vers une transition socio-économique et culturelle » ; commentant cette déclaration, le président de l’ONM, Saïd Abadou, a déclaré au quotidien arabophone El Khabar que « ce qui nous importe, c’est que cette élection se déroule dans les meilleures conditions possibles. Pour le reste, quel que soit le vainqueur, nous lui souhaitons la bienvenue ». Il semblerait que l’ONM ait été rapidement interpellé, puisque le lendemain, l’agence de presse officielle APS citait le porte-parole de l’organisation expliquant que » [notre] soutien à Bouteflika est une question qui a été réglée » (même si cette formulation est quelque peu ambiguë). De même, Mahmoud Chaâlal, chef de l’Union Nationale des Zaouias d’Algérie (l’une des deux fédérations nationales de loges soufies, qui a soutenu avec enthousiasme Bouteflika lors des élections présidentielles de 2004 et 2009[4]) a déclaré aux journalistes le 7 mars que » notre mouvement adoptera une position de neutralité et ne soutiendra aucun candidat » à l’élection présidentielle, avant d’être désavoué, suite à des « pressions » non précisées, par un communiqué publié au nom de l’UNZA le 18 mars, appelant « tous les adeptes des zaouïas et des courants soufis à se présenter en force le jour du scrutin pour élire le serviteur du Saint Coran, Mr. Abdelaziz Bouteflika, afin de lui permettre de mener à bien son programme politique ». Quant à la Fédération des Chefs d’Entreprise, première organisation patronale algérienne, elle a décidé, lors de son assemblée générale du 13 mars, après deux tentatives infructueuses d’accord entre ses membres sur la question, de soutenir Bouteflika, sans toutefois atteindre le quorum requis pour le vote à main levée.

    Ces tergiversations sont symptomatiques de profondes divisions au sein de ces organisations quant à l’opportunité d’accorder à Bouteflika un quatrième mandat successif. Une source proche des rangs intermédiaires du DRS et ayant une longue expérience du modus operandi du régime algérien affirme que ces divisions reflètent des scissions similaires au sein de chacune des ailes de la structure du pouvoir – l’armée, le DRS, peut-être même la Présidence elle-même. L’option du quatrième mandat est passée à la vapeur en l’absence de tout consensus entre les différents clans et groupes d’intérêt sur un candidat alternatif, affirme la source. Le fait que des organisations telles que l’ONM et l’UNZA soient mises au pas suggère que le DRS en tant qu’institution soutient la réélection de Bouteflika, ce qui serait cohérent avec les rapports précédents de sources bien informées selon lesquels le commandant du DRS, le Lt-Gen. Mohamed « Tewfik » Médiène s’est rangé derrière l’option du quatrième mandat. La nomination d’Ahmed Ouyahia – qui est connu pour être l’homme de Tewfik – au poste de chef de cabinet du Président semble également indiquer la participation active de Tewfik, et pourrait avoir pour but d’établir un plus grand consensus au sein de la structure du pouvoir en introduisant un contrepoids, si ce n’est une mise à l’écart active, du frère du Président, Saïd Bouteflika, dont on se méfie largement (selon une source distincte à la Présidence, il aurait pris le rôle de grand chambellan, contrôlant l’accès au Président et l’accès du Président à l’information). Il y a même eu des suggestions – que la source proche des officiers de rang intermédiaire du DRS qualifie de crédibles – selon lesquelles Ouyahia est prépositionné par Tewfik pour occuper le poste à créer de vice-président après l’élection, et donc pour succéder à Bouteflika à sa mort.

    Mais cela ne signifie pas que les doutes de tous les éléments au sein du DRS et d’autres ailes du pouvoir ont été dissipés, affirme la même source, citant le cas de la chaîne de télévision indépendante Atlas TV, contrainte de fermer après qu’une escouade de gendarmes en uniforme et en civil ait pénétré dans ses locaux et confisqué des caméras et d’autres équipements de diffusion le 11 mars, apparemment en réponse à sa couverture des manifestations de Barakat ! et aux sympathies présumées de son directeur des programmes, Hafnaoui Ghoul[5], pour Ali Benflis. Atlas TV, explique la source, est effectivement détenue[6] par le Maj-Gen. Mhenna Djebbar, l’ancien chef de la Direction Centrale de la Sécurité des Armées lorsqu’elle faisait encore partie du DRS, qui aurait été poussé à la retraite en janvier, et qui serait fortement opposé à un quatrième mandat pour Bouteflika.

    Il n’est pas tout à fait certain que ces efforts visant à contenir la dissidence au sein même de la structure du pouvoir s’avéreront efficaces. S’ils ne le sont pas, des dissidents tels que Djebbar pourraient continuer à exploiter et à encourager la dissidence au sein de la population en général, avec un risque accru de dérapage dans le mois qui reste avant l’élection présidentielle. Les décisions prises par les autorités ces derniers jours[7] de permettre à Barakat ! d’aller tenir une petite manifestation à Alger sans être inquiétées et d’autoriser une réunion publique de groupes politiques appelant au boycott de l’élection présidentielle dans la capitale le 21 mars semblent dénoter un certain degré de confiance de la part du régime, qui pense avoir la situation sous contrôle. Mais une vigilance accrue serait de mise dans les jours et les semaines à venir, surtout si les protestations publiques contre la candidature de Bouteflika commencent à faire boule de neige et à se mêler aux protestations socio-économiques.

    La situation est encore compliquée par une vilaine flambée de violence sectaire et régionaliste. Dans la ville de Ghardaia et dans les zones périphériques du sud de la vallée du Mzab, les tensions communautaires entre les communautés locales arabes sunnites et ibadites berbérophones sont très vives depuis le début de l’année et ont à nouveau éclaté à la mi-mars en émeutes extrêmement violentes au cours desquelles au moins trois personnes ont été tuées et d’innombrables magasins du centre de Ghardaia ont été incendiés. Cela a déclenché des manifestations impromptues de la part des Ibadites vivant à Alger, qui ont demandé l’envoi de l’armée pour rétablir la paix. Le 16 mars, le Premier ministre par intérim, Youcef Yousfi, le ministre de l’Intérieur, Taïeb Belaïz, et le commandant de la gendarmerie, le général de division Ahmed Bousteïla, se sont envolés pour l’Algérie. Le 16 mars, le Premier ministre par intérim Youcef Yousfi, le ministre de l’Intérieur Taïeb Belaïz et le commandant de la gendarmerie Ahmed Bousteïla se sont rendus à Ghardaïa pour montrer que le gouvernement prenait la situation au sérieux, mais ils ont été contraints de faire escale à Batna, dans le nord-est du pays, sur le chemin du retour vers Alger, le lendemain, en raison des manifestations de colère et des émeutes des membres de la minorité berbérophone chaouie, enragés par les propos tenus par Abdelmalek Sellal à la télévision nationale, qui semblait insulter leur communauté[8]. Sellal étant le directeur de campagne de Bouteflika, la colère à l’égard de sa gaffe s’est naturellement mêlée à l’opposition au quatrième mandat de Bouteflika, provoquant la création d’un nouveau groupement se faisant appeler B’zayed (« Assez » en dialecte local) en opposition aux deux. Compte tenu des récentes tensions au sein du pouvoir, l’incident est d’autant plus dommageable politiquement que les Chaouis, contrairement aux autres berbérophones de Kabylie et du Mzab, ont historiquement fourni une grande partie de l’élite militaire post-indépendance.

    Les relations extérieures

    Douloureusement conscients de la nature transnationale des groupes armés auxquels ils sont confrontés dans le nord du Mali depuis le début de l’opération Serval en janvier 2013, et de plus en plus préoccupés par le vide sécuritaire dans le sud de la Libye, les militaires français se sont discrètement lancés dans une réorganisation de leurs forces en Afrique du Nord à la fin de l’année dernière. Décrit comme une « régionalisation de la bande sahélienne », ce mouvement est largement motivé par la nécessité de tenir compte du fait que les groupes djihadistes actifs dans le nord du Mali ont pu se déplacer vers et depuis des bases arrière dans le sud de la Libye via un corridor qui traverse le territoire du Niger et de l’Algérie.

    Dans l’impossibilité d’intervenir ouvertement dans le sud de la Libye même et avec encore moins de possibilité de franchir la frontière algérienne, les militaires français envisagent désormais un seul théâtre d’opérations s’étendant sur les trois États de la région prêts à coopérer : le Mali, le Niger et le Tchad. Les forces françaises disposeront désormais de quatre bases principales dans la zone[9] : N’Djamena (avions de combat Rafale et Mirage 2000, appuyés par des ravitailleurs et des forces terrestres – ainsi que l’état-major qui assure le contrôle des opérations dans tout le Sahel), Niamey (moyens de renseignement, dont deux nouveaux drones Reaper et des avions de patrouille Atlantique 2, ainsi que des avions de combat), Gao (forces terrestres, ainsi qu’un important détachement d’hélicoptères) et Ouagadougou (base arrière discrète des forces spéciales françaises Sabre). En plus de ces quatre bases principales, l’armée française établit des bases avancées plus au nord, plus près des zones où les groupes djihadistes sont susceptibles d’être engagés : à Tessalit, à l’extrême nord du Mali, tout près de la frontière algérienne, à Faya-Largeau au nord du Tchad, et une troisième au nord-est du Niger. Ces bases avancées doivent servir de points de chute vers lesquels les véhicules de combat légers et autres matériels peuvent être acheminés par voie aérienne, ainsi que de centres de collecte de renseignements humains et/ou électroniques. Au total, ce déploiement au Sahel mobilisera en permanence environ 3 000 militaires français, appuyés par une trentaine d’avions.

    Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, s’est rendu à Washington en janvier, en partie pour expliquer ce redéploiement à l’administration américaine, et il semblerait que la coopération entre les forces américaines et françaises dans la région soit florissante. Une division géographique et technique du travail semble avoir émergé, les États-Unis se concentrant sur la moitié nord de la Libye et sur la collecte de renseignements par satellite et d’autres renseignements techniques, tandis que les Français couvrent les régions plus au sud et fournissent davantage de renseignements humains (informés par la connaissance locale de leurs anciennes colonies du Sahel). Un long reportage du quotidien français Le Monde (12/03/14), largement basé sur des conversations avec des militaires et des officiers de renseignement français, a mis en évidence cette coopération, notant qu’il existe des consultations quotidiennes entre les représentants de la CIA, de la NSA et de la DGSE (renseignement extérieur) et de la DRM (renseignement militaire) françaises. Le chef d’état-major général, l’amiral Edouard Guillaud, aurait même déclaré que « lorsqu’il s’agit de faire face à Al-Qaïda, nous sommes en contact quasi horaire avec nos interlocuteurs américains de l’AFRICOM et du Special Operations Command (SOC) ». L’armée américaine collabore avec les Français dans le cadre de missions de surveillance par drones à partir de Niamey, et Le Monde suggère que le SOC travaille en collaboration avec les forces d’opérations spéciales françaises basées à Ouagadougou.

    En revanche, l’article du Monde se termine par une note de regret quant au rôle de l’Algérie :

    Paris n’a pas réussi à impliquer les pays européens autant qu’il l’aurait souhaité dans le sud de la Libye, où une intervention militaire est exclue. Mieux vaut s’appuyer sur les voisins de la Libye […]. Mais pour que l’action régionale soit efficace, il manque encore l’acteur majeur qu’est l’Algérie. Début 2013, l’Algérie a bien fermé sa frontière avec le Mali et soutenu Serval dans l’Adrar des Ifoghas en fournissant du carburant, des signes que Paris a jugé très positifs. Mais en fin de compte, [même] l’attaque d’In Amenas n’a pas changé la ligne traditionnelle de l’Algérie, qui rejette tout examen étranger de sa gestion du terrorisme.

    Les sources militaires et de renseignement du Monde semblent s’arrêter juste avant de se demander à voix haute si Alger fait partie de la solution ou du problème au Sahel. De même, le blog français Secret Défense, habituellement bien informé, regrette que « sur le papier, Alger et Paris combattent les mêmes groupes djihadistes, mais les réalités du terrain et les sensibilités des deux côtés font que cela n’a pas conduit à une coopération étroite et confiante ». L’Algérie pourrait donc rester l’angle mort de la ‘régionalisation du Sahel’ de la France. »

    Plus précisément, Le Monde cite un fonctionnaire du ministère français de la défense qui se plaint qu’Alger a ramené dans le jeu Iyad Ag Ghali, chef de la faction islamiste touareg Ansar Dine et, jusqu’à récemment, allié d’AQMI dans le nord du Mali, ce qui complique encore la coopération régionale en matière de lutte contre le terrorisme. Avant de se lancer dans son alliance éphémère avec AQMI en 2012, Ag Ghali avait une longue histoire de contacts avec le DRS algérien. Depuis la chute de l’îlot jihadiste dans le nord du Mali sous les coups de marteau de l’opération Serval, il semble avoir repris ses contacts avec Alger, et se serait installé avec sa famille dans le village de Tinzaouten, du côté algérien de la frontière, avec la bénédiction du DRS. Les efforts d’Alger pour rétablir son influence dans la situation complexe du nord du Mali, et pour contrer l’implication croissante du Maroc dans son arrière-cour, l’ont également conduit à soutenir la création d’un nouveau groupe dissident par Ibrahim Ag Mohamed Assaleh, ancien membre important du MNLA séparatiste touareg. Le nouveau groupe, qui s’appelle Conseil du Peuple pour l’Azawad, a été officiellement créé à Hassi Labyad, dans le désert du nord du Mali, le 18 mars, lors d’une cérémonie à laquelle ont assisté quelque 700 personnes, dont des membres d’autres groupes ethniques, selon Ibrahim Ag Mohamed Assaleh. Le leader du nouveau mouvement a explicitement indiqué que le rapprochement du leader du MNLA, Bilal Ag Acherif, avec le Maroc était l’une des principales raisons de la scission, déclarant au magazine Jeune Afrique basé à Paris qu’il était opposé à Bilal Ag Acherif :

    Essayer de mettre la lutte légitime du peuple de l’Azawad au service d’autres fins, notamment celles de certains Etats, qui ne correspondent pas aux nôtres. […] Je parle notamment du conflit entre Rabat et Alger, dans lequel nous ne devons pas nous impliquer […]. Ce n’est pas tant qu’il soit trop proche de Rabat. Nous avons une frontière commune avec l’Algérie. S’il n’y avait pas eu la colonisation française, il n’y aurait même pas de frontière entre l’Azawad et l’Algérie. Notre peuple est présent de part et d’autre de cette ligne. Mais nous n’existons pas du tout au Maroc. […] Il a demandé au roi du Maroc de faire une médiation. Au lieu de solliciter cette nouvelle médiation […], nous devrions accepter celle de l’Algérie.

    L’implication marocaine dans la zone saharo-sahélienne – réelle ou imaginaire – a été liée à un supposé complot occidental contre l’Algérie dans une multitude d’articles de la presse algérienne[10]. Le quotidien francophone L’Expression a été particulièrement virulent à ce sujet, publiant pas moins de trois articles très alarmistes – sous les titres « L’Algérie est-elle réellement en danger ? », « Moscou alerte Alger » et « Les dessous d’un plan de déstabilisation de l’Algérie » – en l’espace de moins de quinze jours. Le ton général est nettement paranoïaque :

    La France va établir une base militaire dans le nord du Mali, près de la frontière algérienne. Elle est déjà présente en force en Mauritanie.

    Les Marines américains ont choisi le sud de la Tunisie, l’Italie et l’Espagne pour établir leurs bases afin d’intervenir en Afrique du Nord en cas de force majeure. Et il y a une si bonne excuse ! La lutte contre le terrorisme […] est une couverture pour le véritable objectif de l’Occident : assiéger l’Algérie, grand producteur de pétrole et de gaz naturel. Il serait naïf de ne pas croire à un complot stratégique et géopolitique contre le seul État qui n’a pas subi les aléas du printemps arabe.

    […]

    Les contours d’un complot machiavélique contre l’Algérie se précisent. Moscou, en la personne de son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, a pris la peine d’alerter les autorités algériennes.

    [ … ]

    Lors d’une brève visite en Tunisie il y a quelques jours, le ministre russe des Affaires étrangères a affirmé que des « parties étrangères » commercialisent un « printemps algérien » dans le but réel de mettre à bas l’Algérie. Sans les nommer, le diplomate russe a ajouté que ces mêmes parties « ont ouvert plusieurs fronts près des frontières algériennes, en Libye, en Tunisie et au Mali. » [ … ]

    Le ministre russe des Affaires étrangères a directement incriminé ceux qui sont à l’origine des bouleversements délibérément provoqués en Tunisie, en Libye et au Mali, d’où vient la plus grande menace contre l’Algérie. Il estime que les conspirateurs du nouvel ordre mondial élaborent leurs plans sur la base d’une politique d’influence, en se concentrant sur les groupes minoritaires et les réseaux terroristes [11].

    [ … ]

    Même le Maroc est de la partie. Le récent voyage [du roi Mohamed VI] au Mali ne témoigne-t-il pas d’un agenda prédéterminé ? La main du Makhzen n’est pas étrangère à ce qui se passe à Ghardaïa, où les révoltes des populations locales ont à nouveau éclaté. Des barons de la drogue et des membres du MUJAO sont derrière tout cela, selon des sources très bien informées. Le but, évidemment, étant de créer un environnement instable afin de déstabiliser le pays.

    […]

    Pour atteindre ses objectifs, l’Oncle Sam fait d’abord l’éloge de l’Algérie, la présentant comme un pays pivot dans la lutte contre le terrorisme en Afrique du Nord, un leader. Tout en flattant les compétences et la puissance militaire de l’Algérie, [Washington] est en train de réunir tous les ingrédients nécessaires.

    (…) Même si les Etats-Unis mettent en avant la coordination de la lutte contre le terrorisme comme prétexte à leur mobilisation en Afrique, il est difficile de croire qu’ils ne s’intéressent pas à une région d’Algérie riche en gaz de schiste, en gaz conventionnel et en autres minerais comme l’uranium. Des clans locaux complices sont déjà sur le terrain, prêts à allumer le moteur de la déstabilisation.

    A première vue, de telles analyses – qui passent sans commentaire dans un grand quotidien algérien – n’augurent rien de bon pour l’avenir de la coopération sécuritaire algérienne avec la France et les Etats-Unis. Cependant, si l’on peut dire que les articles de L’Expression expriment une mentalité d’assiégé qui semble exister au sein de certaines parties de la structure du pouvoir en Algérie, il convient de noter que la rhétorique particulièrement exagérée semble être générée au moins autant par la situation politique intérieure actuelle que par les développements au-delà des frontières de l’Algérie. Les sombres références aux « clans complices » agissant de concert avec les ennemis de l’Algérie témoignent de la rivalité persistante entre les factions antagonistes au sein et autour de la structure du pouvoir, tandis que les épouvantails de la déstabilisation et des « complots étrangers » (qui ont bien sûr occupé une place de choix dans le discours lu au nom de Bouteflika par le ministre des Anciens combattants Mohamed Cherif Abbas le 18 février, mettant en garde contre toute critique du DRS) sont devenus des arguments centraux du régime contre ceux qui osent protester contre l’option du quatrième mandat. Dans ce contexte, il semble donc probable – si le régime parvient à traverser les quelques semaines cruciales à venir sans provoquer de troubles graves – que cette rhétorique s’estompera une fois l’élection présidentielle passée.

    Sécurité

    Les niveaux de violence en février ont été globalement comparables à ceux des mois précédents, avec 11 incidents liés à la sécurité, dont cinq opérations djihadistes. Les niveaux d’activité ont toutefois fortement augmenté au cours de la dernière semaine de février et sont restés élevés jusqu’à présent en mars, avec 17 incidents liés à la sécurité, dont quatre opérations djihadistes, jusqu’au 19 mars.

    ALGER et ses environs sont restés calmes, bien que les médias tunisiens aient affirmé le 11 mars que les forces de sécurité algériennes recherchaient un « terroriste », apparemment originaire de la ville de Djelfa, dans le sud du pays, qui préparerait une attaque contre les ambassades américaine ou canadienne à Alger. Bien que cette information n’ait pas été corroborée par d’autres sources, elle rappelle le document attribué au chef d’AQMI au Sahara, Djamel Okacha (alias Abou Yahia El Hamam), qui circule depuis le début de l’année sur les forums Internet djihadistes et qui promet des attaques terroristes contre des intérêts occidentaux, notamment des ambassades, en Algérie, en Tunisie et dans d’autres pays de la région.

    Immédiatement à l’est de la capitale, la Kabylie a connu une forte activité ces dernières semaines, principalement des opérations de l’armée. Les forces de sécurité ont mené deux importantes missions de recherche et de destruction, l’une dans la zone de Sidi Ali Bounab entre les wilayas de Boumerdès et de Tizi Ouzou fin février-début mars, et l’autre dans la zone d’Azeffoun-Iflissen-Aghribs au nord de la wilaya de Tizi Ouzou à partir du 11 mars et toujours en cours. Chacune d’entre elles a donné lieu à de nombreux affrontements avec les djihadistes, faisant 14 morts parmi eux.

    Plusieurs incidents ont eu lieu le long de la frontière orientale de l’Algérie, tant au nord qu’au sud :

    Un total de 40 missiles a été saisi par l’armée algérienne près de la frontière avec la Libye, a déclaré une source de sécurité à l’agence de presse chinoise Xinhua le 26 février. Les armes auraient été transportées par des « membres d’Aqmi » en direction du nord du Mali, qui ont été interceptés par l’armée algérienne dans la localité de Djanet, dans la province d’Illizi. Une quarantaine de missiles Katioucha et un certain nombre de missiles sol-air SA-7[12] ont été saisis, selon la source de Xinhua. Au cours de cette opération, les forces de l’armée ont réussi à arrêter deux des membres du groupe, dont l’un a été grièvement blessé, tandis qu’un nombre indéterminé a fui vers la Libye voisine. Bien que Xinhua n’ait pas précisé la date exacte de l’opération, le quotidien algérien arabophone Echorouk a indiqué qu’elle s’était déroulée aux alentours du 24 février, et a affirmé que les contrebandiers étaient « probablement » des membres du mouvement des Fils du Sud pour la justice islamique d’Abdessalam Tarmoune. Le quotidien algérien de langue arabe El-Khabar a indiqué que les véhicules avaient été détectés avant de franchir la frontière, alors qu’ils se trouvaient dans les environs de la ville libyenne de Ghat.

    El-Khabar a déclaré le 12 mars que les forces de sécurité ont démantelé, au cours de la première semaine de mars, une cellule terroriste dans la région de Tarat, wilaya d’Illizi, à la frontière avec la Libye. Le groupe de quatre à six hommes était dirigé par un certain Abou Tareq Mehdi, demi-frère d’Ahmad Tlemci, « chef du Mujao », qui travaillait à la création d’une filière djihadiste de contrebande composée de Touaregs locaux pour surveiller les routes de contrebande entre la Libye et le Niger « en partenariat avec des milices en Libye ».
    Le 18 mars, l’armée algérienne aurait intercepté et tué « cinq miliciens libyens » au sud de Deb Deb, wilaya d’Illizi, à la frontière avec la Libye. Quatre kalachnikovs et une mitrailleuse lourde ont été récupérées lors de l’opération. Comme pour l’interception de la cargaison de missiles près de Djanet, des rapports de presse ont suggéré que le groupe avait été détecté par un avion de surveillance algérien avant de traverser en Algérie depuis Ghadames, en Libye.

    Plus au nord, à la frontière avec la Tunisie, les forces de sécurité ont déjoué le 13 mars une tentative d’un groupe djihadiste d’installer un faux poste de contrôle sur la RN-10 dans la wilaya de Tébessa, près du poste frontalier de Bouchebka. Les soldats ont repéré le groupe djihadiste et se sont dirigés vers lui, le poussant à fuir, laissant derrière lui deux voitures. L’armée a lancé une mission de recherche et de destruction dans la zone.
    Le lendemain, 14 mars, l’armée aurait intercepté et tué sept djihadistes dans la même zone autour de Bouchebka, wilaya de Tébessa. Selon certaines informations de presse, deux autres djihadistes ont été arrêtés et deux soldats ont été blessés dans l’opération. Le groupe serait passé en Algérie depuis la Tunisie. Trois jours plus tard, la police tunisienne a abattu trois djihadistes présumés près de Jendbouba, de l’autre côté de la frontière ; il n’est pas clair s’il existe un lien direct entre les deux incidents.

    Un incident a été signalé à la FRONTIÈRE SUD, au cours duquel les forces de sécurité ont tendu une embuscade à un « dangereux djihadiste » et l’ont arrêté dans la ville de Timiaouine, wilaya d’Adrar, près de la frontière avec le Mali, le 12 mars.

    Ailleurs dans le SUD du pays :

    Le 25 février, selon El-Khabar, l’armée algérienne a découvert une cache d’explosifs dans le désert près de Reggane wilaya d’Adrar, contenant « 1 420 bidons d’explosifs prêts à être utilisés. » Trois hommes ont été arrêtés « après une longue traque ».
    L’aviation militaire algérienne a bombardé le 8 mars un groupe djihadiste dans la zone située entre les wilayas d’Ouargla et d’Illizi, détruisant un véhicule tout-terrain et tuant trois personnes à bord.
    FIN

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    #Algérie #Maroc #Bouteflika #Mali #Sahel #Sahara

    Source: Marocleaks, 19/12/2021

  • Laïchoubi: « L’Algérie veut faire bouger les lignes »

    Laïchoubi: « L’Algérie veut faire bouger les lignes »

    Laïchoubi: « L’Algérie veut faire bouger les lignes » – Maghreb, Méditerranée, Israël, Maroc, Russie, Chine, Afrique,

    Pour l’ancien ministre, diplomate et conférencier international, Mohamed Laichoubi, «pour comprendre les lignes directrices et les grandes lignes de la diplomatie algérienne, il suffit de se référer à la vison de l’Etat algérien vis à vis des grandes crises qui secouent la planète, à l’image de la féroce compétition qui oppose les USA à la Chine, l’Union européenne et l’Europe de l’Est à la Russie et le troisième grand théâtre d’opération qu’est le Maghreb et le Sahel», a-t-il déclaré.

    S’exprimant sur les ondes de la Chaîne 3 de la Radio nationale, Mohamed Laichoubi explique que la stratégie de politique étrangère, menée sous la férule des États-Unis, vise d’abord à contenir la montée en puissance de la Russie et de la Chine, trois puissances qui se battent justement pour conquérir des espaces dans notre région et en Afrique, aux richesses immenses», a-t-il souligné. «Et comme l’Algérie est un acteur majeur dans la région, elle a intérêt à ce que cette redistribution des cartes ne se fasse pas à son détriment, ce qui explique cette diplomatie de combat à laquelle nous assistons depuis des mois», a encore indiqué l’ancien diplomate, pour lequel «les enjeux du nouveau monde se jouent dans cette région à laquelle appartient l’Algérie».

    Toujours selon le conférencier international, «le noyau dur de l’Occident constitué par les USA et le Royaume-Uni, fait qu’Israël veut s’imposer comme l’un des gendarmes majeurs en Méditerranée et au Moyen-Orient», a-t-il argumenté, ajoutant «qu’aujourd’hui, dans une sorte de relations hiérarchisées, le Maroc joue pleinement son rôle de sous-traitant de l’Etat hébreu et de son intrusion dans notre région», a-t-il affirmé.

    Rebondissant sur le dynamisme retrouvé de la diplomatie algérienne, l’invité de la Radio, a estimé, au sujet de la visite d’Etat du président Tebboune en Tunisie, que cela «était le fruit de l’arrivée de nouveaux dirigeants dans les deux pays, mais une lecture commune plus intelligente des événements et surtout des moyens de ne pas les subir», a-t-il indiqué.

    «La problématique de la décolonisation est un enjeu de survie, un discours que l’Algérie régénère continuellement pour trouver un écho favorable auprès des peuples opprimés en Afrique et ailleurs», a également souligné Mohamed Laichoubi, exprimant sa crainte de voir l’Afrique «se transformer en un grand théâtre de conflits larvés ou ouverts ; pis encore, des dirigeants africains, voulant aller vers une plus grande autonomie de décision, sont carrément menacés de coups d’Etat par des puissances occidentales», a-t-il révélé. «L’introduction du groupe russe Wagner en Afrique est justement vue par certains pays africains comme un moyen de leur assurer une sécurité contre ces mêmes puissances occidentales néocolonialistes», a expliqué l’ancien diplomate.

    Toujours selon ce dernier, «Israël est dans une stratégie d’extension territoriale, tout comme les pays du Moyen-Orient dits « normalisés » qui sont eux aussi en quête de nouvelles terres», a-t-il révélé. «L’Algérie est non seulement passée à l’offensive sur le terrain diplomatique, mais comme à ses heures de combat durant la révolution, l’Algérie veut faire bouger les lignes et imposer une autre vision du monde», a également estimé Mohamed Laichoubi, pour lequel «l’Algérie a compris les enjeux majeurs d’aujourd’hui pour définir de nouvelles stratégies et des priorités, à commencer par celle d’imposer son existence sur le plan international et se faire respecter», a-t-il dit.

    «Outre ses velléités connues visant à entretenir le plus longtemps possible des hostilités entre pays dans notre région en grand danger, il est clair que l’entité sioniste veut faire faire le sale boulot par les autres, à commencer par le Maroc», a-t-il conclu.

    par El-Houari Dilmi

    Le Quotidien d’Oran, 16/12/2021

    #Algérie #Maroc #Israël #Maghreb #Russie #Chine #EtatsUnis #RoyaumeUni #Afrique #Wagner

  • Les liens algéro-tunisiens se resserrent

    Les liens algéro-tunisiens se resserrent

    Les liens algéro-tunisiens se resserrent – Algérie, Tunisie, Abdelmadjid Tebboune, Kaïs Saïed, Maghreb,

    Le Premier ministre tunisien Najla Bouden Romdhane a rencontré jeudi son homologue algérien en visite Ayman Benabderrahmane pour discuter de la coopération entre les deux pays, selon un communiqué du gouvernement.

    Les deux parties ont discuté des moyens de consolider leurs relations stratégiques bilatérales et des perspectives d’amélioration de la coopération bilatérale dans un large éventail de domaines, notamment le commerce, l’industrie, l’investissement, l’énergie, les transports, les infrastructures et le développement des zones frontalières.

    “Cette visite représente une opportunité d’aborder la réalité de la coopération et d’œuvrer à sa reconduction au cours de la période à venir dans plusieurs domaines”, a déclaré Benabderrahmane, qui dirige une délégation de haut niveau en Tunisie.

    La Tunisie et l’Algérie sont en parfait accord sur toutes les questions régionales, a déclaré le ministre tunisien des Affaires étrangères, Othman Jerandi en Novembre dernier.

    Jerandi s’est exprimé à la suite d’une rencontre avec le président algérien Abdelmadjid Tebboune à Alger. “J’ai exprimé au président Tebboune combien nous respectons et aimons l’Algérie et le peuple algérien, ainsi que notre attachement aux relations fraternelles existantes entre les deux pays”, a déclaré Jerandi, cité par la télévision d’Etat algérienne.

    Au cours de la réunion, les responsables ont discuté des “moyens de développer et de renforcer les relations mutuelles entre la Tunisie et l’Algérie”, a expliqué le ministre des Affaires étrangères.

    Le responsable tunisien a salué ce qu’il a qualifié de “relations personnelles qui lient les présidents Tebboune et son homologue tunisien Kais Saied”, ajoutant que leurs relations sont basées sur “le respect mutuel et la fraternité”.

    Une union sacrée qui contraste avec la situation sécuritaire dans le reste du Maghreb tourmentée depuis des décennies par l’occupation marocaine du Sahara Occidental et plus récemment de la déstabilisation de la Libye par des parties étrangères.

    Le renouvellement de l’accord de fourniture de gaz avec la Tunisie et la connexion des deux économies (complémentaires) ont renforcé les liens entre les deux nations mis à mal temporairement lors de la présidence de Marzouki.

    Aldjazair.org, 13/12/2021

    #Algérie #Tunisie #Maghreb #Maroc #Sahara_Occidental

  • Selon Riyad, l’économie du Maroc repose sur la prostitution

    Selon Riyad, l’économie du Maroc repose sur la prostitution – Arabie Saoudite, Fahid Al Shamri, Maghreb, sexe, tourisme sexuel

    Un journaliste saoudien, dans une vidéo, affirme que le Maroc vit avec les fonds provenant de la prostitution des Marocaines à l’étranger.

    Lorsqu’il parle du Maroc, le journaliste saoudien, Fahid Al Shamri, n’y va pas avec le dos de la cuillère. En parlant de la crise, le journaliste revient sur la chute du secteur du tourisme dans plusieurs pays. « Je voudrais aborder l’effondrement du tourisme dans les pays des ‘chapeaux’. Les pays des chapeaux sont les Etats où les gens portaient autrefois des chapeaux », affirme Al Shamri qui évoque l’effondrement économique de ces pays au beau milieu de la pandémie du coronavirus. Pour le Saoudien, les pays notamment méditerranéens ont mis tous leurs œufs dans le même panier, là où ils auraient dû se concentrer sur le développement de l’agriculture. Parmi les pays cité, la Grèce qui est devenue « l’un des pays les plus pauvres du monde ». Al Shamri égratigne également la Jordanie et l’Egypte, touchés de plein fouet par la crise du Covid-19 après avoir « construit des stations balnéaires pour attirer les touristes européens qui leur ‘pissent dessus’ ».

    Une diatribe énervée. Mais le journaliste saoudien s’intéresse également aux pays du Maghreb. S’il est un pays de la zone nord-africaine qui a misé sur le tourisme, c’est bien le Maroc. Fahid Al Shamri rappelle que le royaume vit notamment de sa diaspora, qui préfère travailler à l’étranger. Pour lui, les fonds envoyés par la diaspora proviennent de la prostitution : le Maroc, dit-il, « envoie ses femmes à l’étranger pour se prostituer ». Devant le tollé provoqué par sa sortie médiatique, le journaliste saoudien a dû s’excuser : « Je ne ressens aucune haine envers le Maroc, ni pour le gouvernement marocain. J’ai du respect pour les honorables Marocains », dit-il avant d’assurer que sa critique se dirigeait plutôt vers « tous les pays qui ont été colonisés par les Turco-Mongoles ».

    Maghreb-info, 13/05/2020

    #Maroc #Arabie_Saoudite #Fahid_al_shamri #Prostitution #Tourisme_sexuel #Sexe