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  • Une fondation allemande réagi à un rapport sur le Maroc

    Une fondation allemande réagi à un rapport sur le Maroc

    Une fondation allemande réagi à un rapport sur le Maroc – Allemagne, rapport, Maghreb, SWP, Isabelle Werenfels,

    La Fondation Science et Politique/Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité a réagi à un rapport sur le Maroc.

    Dans une publication sur son site, la Fondation souligne son indépendance et dément toute relation de Isabelle Werenfels avec les services secrets allemands. Voici le texte intégral de son communiqué :

    Rectification de faux rapports concernant notre chercheur principal Dr Isabelle Werenfels

    Dans un article intitulé « Un rapport des services secrets allemands révèle les ambitions de Berlin en Afrique du Nord » publié le 1er décembre 2021 par Tunisie-Telegraph.com et sous une forme légèrement modifiée le 2 décembre 2021 par rue.20.com et diffusé depuis davantage largement dans les États du Maghreb, il est affirmé que des extraits d’un document des services secrets allemands prétendument écrit par le Dr Isabelle Werenfels ont été publiés dans les médias allemands. Mme Werenfels serait en outre une employée du Service de renseignement étranger d’Allemagne (Bundesnachrichtendienst). Toutes les affirmations et citations des articles initiaux sont fausses.

    La vérité est que le Dr Isabelle Werenfels est une universitaire respectée qui a effectué des recherches sur les États du Maghreb à la Fondation Science et Politique/Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité (SWP) depuis 2001, où elle était à la tête de la Direction du Proche/Moyen Orient de 2014 à 2018.

    Le SWP est une institution de recherche indépendante qui conseille le Bundestag allemand et le gouvernement fédéral ainsi que les institutions et organisations européennes et internationales sur les questions de politique étrangère et de sécurité.

    Il est financé en grande partie par le bureau du chancelier fédéral allemand et est indépendant dans la conduite de ses activités de recherche et de conseil (voir https://www.swp-berlin.org/en/swp/about-us/fundamentals ). Il publie les résultats de ses chercheurs de manière transparente sur son site Web à l’ adresse https: // www.swp-berlin.org .
    Le SWP est très soucieux de s’assurer que la coopération en matière de recherche avec des partenaires importants se poursuit sur une base de confiance.

    #Maroc #Allemagne #Isabelle_Werenfels #Institut_allemand_affaires_internationales_sécurité #SWP

  • Alliance Israël-Maroc : Prémices d’un nouvel ordre régional

    Alliance Israël-Maroc : Prémices d’un nouvel ordre régional

    Alliance Israël-Maroc : Prémices d’un nouvel ordre régional – Algérie, Maghreb, Sahara Occidental, ONU, Union Africaine,

    La signature par le ministre israélien Benny Gantz et le ministre marocain de l’Administration de la Défense nationale d’un protocole d’accord militaire, mercredi 24 novembre 2021 à Rabat, a suscité la réaction du chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune qui l’a qualifié d’«infâme» et de «déshonorant». «C’est la première fois depuis 1948 qu’un ministre de cette entité visite un pays arabe et y profère des menaces à l’encontre d’un autre pays arabe. Un tel acte entache d’opprobre le pays hôte», a précisé le Président Tebboune lors de son entrevue périodique avec des représentants de médias nationaux.

    Le moins qu’on puisse dire est que les propos du chef de l’Etat sont restés au niveau de la morale qui devrait guider la relation entre deux pays voisins, quelles que soient les divergences de vue et d’intérêt qui les oppose. Jeudi 25 novembre, à l’issue de l’adoption de la loi de finances 2022, Salah Goudjil, le président du Conseil de la Nation (Sénat) a eu des déclarations plus tranchées : «C’est l’Algérie qui est visée», a-t-il affirmé. «Les ennemis se mobilisent de plus en plus pour porter atteinte à l’Algérie», a-t-il encore dit, ajoutant qu’«aujourd’hui, les choses sont claires». Mercredi 24 novembre, jour de signature du protocole d’accord sécuritaire entre le Maroc et Israël, le sénateur FLN Abdelouahab Benzaïm est allé plus loin : «Le Maroc s’est déclaré aujourd’hui ennemi de l’Algérie. Je l’ai dit par le passé et je le redis maintenant, aujourd’hui, chaque Marocain qui se présente à nous, a deux casquettes, israélienne et marocaine. Nous sommes face à un ennemi qui se déclare comme tel. C’est sur cette base que nous devons nous comporter avec lui», a-t-il dit.

    Le contraste entre les mots du président Tebboune et celui du Conseil de la Nation est sans doute relatif au statut de l’un et de l’autre au sein de l’Etat algérien. Il ne change rien quant au fond de l’inquiétude qu’éprouve l’Algérie face à la normalisation des relations israélo-marocaines et au rapprochement militaire qu’ils viennent d’opérer.
    En effet, il s’agit d’une donnée géopolitique et sécuritaire totalement nouvelle. Ses conséquences sont de fermer pour longtemps toute idée de dialogue entre Alger et Rabat et toute perspective de médiation pour ceux d’entre les Etats et les organisations qui tenteraient une initiative diplomatique dans ce sens. Elles sont de déployer davantage l’étendard de guerre au Sahara occidental et de solliciter comme jamais auparavant des organisations comme l’ONU et l’Union Africaine (UA) qui aura à connaître de rudes batailles alors que la question de la candidature d’Israël comme Etat observateur n’est pas encore tranchée. C’est donc un nouvel ordre régional qui se dessine avec des effets certains à l’échelle du continent africain.

    Par Lyes Sakhi

    Reporters, 28/11/2021

    #Maroc #Israël, #Algérie #Maghreb #Benny_Gantz #Accord_sécurité #Accord_défense

  • Abdel Bari Atwan : Au tour du Maghreb, la destruction

    Abdel Bari Atwan : Au tour du Maghreb, la destruction

    Maroc, Algérie, Israël, Normalisation – Abdel Bari Atwan : Au tour du Maghreb, la destruction

    Le politologue Abdel Bari Atwan en appelle à la conscience des Marocains dans la guerre du Makhzen contre l’Algérie

    Dans une vidéo diffusé sur sa chaîne YouTube, Abdel Bari Atwan interpelle la conscience des Marocains et les met en garde contre l’ennemi sioniste, qui, après avoir détruit le Machrek, se tourne vers le Maghreb, spécialement contre l’Algérie, qui constitue la plus grande entrave à ses plans de domination.

    Abdel Bari Atwan est un politologue de renommé internationale et un journaliste palestinien qui a compté parmi les intellectuels arabes les plus influents tant au Machrek qu’au Maghreb. Il avait notamment dirigé le journal « al-Quds al-Arabi », l’un des trois grands quotidiens écrits en langue arabe édités à Londres, de 1989 à 2013. Pendant de longues années, il a été considéré comme l’un des éditorialistes les plus importants de la presse arabophone et une figure très écoutée et très populaire dans le monde arabe, intervenant souvent notamment sur Al Jazeera et la BBC, comme il a été un membre influent du Conseil national palestinien (Parlement palestinien) depuis 1990.

    Abdel bari Atwan se demande pourquoi le Maroc cherche à se doter rapidement de drones israéliens, d’un système de défense anti-missiles, comme il cherche à se procurer chez Tel Aviv des informations stratégiques, puis construire des ateliers de fabrication d’engins militaires. « Tout cela est bien, dit-il, mais contre qui fait-il tout cela ? Le Maroc va-t-il faire la guerre au Sénégal ? Ou peut-être à l’Espagne ? Ou à la France ? La réponse est non ! Le Maroc veut la guerre contre l’Algérie, simplement.

    « Pourquoi tout d’un coup cette surenchère militaire ? Pourtant, les relations étaient « correctes » pour ne pas dire cordiales. Il y avait des relations diplomatiques stables, des échanges, des vols entre les deux pays. Il est vrai qu’il y avait des problèmes en suspens entre l’Algérie et le Maroc, mais on avait fait en sorte de transcender ces problèmes et de vivre des relations de bon voisinage.

    « L’Algérie émergeait d’une décennie de terrorisme destructeur, et le Maroc de son côté tentait de remonter la pente par le biais d’un développement sérieux ; il y avait au moins entre Rabat et Alger un Smig dans le rapprochement et le vivre ensemble. Mais brusquement, l’Israélien est venu pour semer la discorde et la fitna entre les deux pays. Brutalement.

    « Aujourd’hui, nous vivons une situation de crise ; il y a une tension entre les deux pays, une mobilisation militaire extraordinaire à la lisère des frontières. A tout moment, pour peu qu’une étincelle jaillisse, une guerre destructrice peut éclater.

    « Le Maroc, qui dit vouloir défendre son unité territoriale, cherche à se doter d’une armée de drones. Mais je dis ceci aux Marocains : en cas de guerre, quelle sera votre unité territoriale ? A quoi cette unité du territoire peut-elle servir quand le Maroc va être saigné à blanc et ses forces dispersées, au moment ou le simple citoyen marocain vit des moments économiques et sociaux pénibles ?

    « Pourquoi laisseriez-vous Israël allumer les feux de la fitna entre vous ? Ce n’est ni votre problème ni celui de l’Algérie, mais c’est le problème d’Israël. Israël a un problème avec l’Algérie : elle ne souhaite pas avoir de vis-à-vis puissant en Afrique. Voilà toute la question. L’Algérie est un grand continent à elle toute seule, avec une superficie de plus de 2 200 000 km2. Israël cherche à émietter l’Algérie. Vous avez vu se qui s’est passé avec la guerre en Irak, en Syrie et en Libye ? Ne sommes nous pas entrain d’entasser nous-mêmes le bois qui sert à bruler notre propre demeure pour faire plaisir à l’Israélien qui ni veut ni la paix ni la sécurité dans la région?

    « Le fait est que, après avoir fait éclater le Machrek, les Israéliens cherchent à porter la ruine et la dévastation au Maghreb. L’objectif, détruire l’Unité maghrébine, fragmenter et mener à la partition. Voilà le plan sioniste caché pour le Maghreb arabe et pour le Maroc et l’Algérie plus précisément… »

    L’Express, 01/12/2021

    #Maroc #Algérie #Israël #Normalisation #Maghreb #Machrek

  • Les pays du Maghreb sèment un lapin à l’UE pour la Chine

    Les pays du Maghreb sèment un lapin à l’UE pour la Chine

    Union pour la Méditerranée, Algérie, Maroc, Tunisie – Les pays du Maghreb sèment un lapin à l’UE pour la Chine

    Entre la Chine et l’Union européenne, les pays du Maghreb préfèrent la première. Cela se déduit de son absence au 6e Forum régional de l’Union pour la Méditerranée (UPM), qui s’est tenu ce lundi à Barcelone. Bien que l’événement ait enregistré un nombre record de participants, avec 20 ministres des Affaires étrangères des 42 pays qui font partie de l’organisation, un seul d’entre eux a été africain, le chef de la diplomatie égyptienne Sameh Shoukry, dont le compatriote Nasser Kamel est le secrétaire Général de l’UPM. Le Maroc n’a envoyé qu’un directeur général, l’Algérie et la Tunisie leurs ambassadeurs respectifs en Espagne et en Mauritanie et en Libye à personne.

    Tant le ministre marocain des Affaires étrangères, Naser Burita, que l’Algérien, Ramtane Lamamra, se sont excusés de leur absence en revendiquant la célébration, aujourd’hui et demain à Dakar (Sénégal), du Forum pour la coopération entre la Chine et l’Union africaine, un sommet biennal dans le que le président Xi Jinping est intervenu par visioconférence. Ils ont manqué non seulement la réunion euro-méditerranéenne, mais aussi la réunion ministérielle UE-voisinage Sud qui, avec l’aide du commissaire Oliver Várhelyi, a débattu de la mise en œuvre du nouvel agenda du partenariat entre l’UE et la Rive Sud, qui il a été approuvé en février dernier.

    Le haut-commissaire de l’UE pour la politique étrangère, Josep Borrell, a reconnu l’influence croissante de la Chine en Afrique, mais a nié que les pays africains se désintéressent de l’Europe. La différence entre les investissements européens et chinois sur le continent voisin continue d’être « flagrante », a-t-il souligné, faisant allusion au stock d’investissement historique accumulé. Autre chose, la tendance de ces dernières années : les investissements chinois en Afrique sont passés de 75 millions de dollars en 2003 à 2 700 en 2019 ; les échanges commerciaux tournent déjà autour de 200 000 millions par an et les crédits chinois aux pays africains depuis le début de ce siècle dépassent les 150 000 millions, selon une étude de l’Université Johns Hopkins.

    Ce qui n’est en aucun cas, selon Borrell, c’est le manque d’intérêt de l’UE envers l’Afrique. Le 17 février, le sommet entre l’Union africaine et l’UE se tiendra à Bruxelles, qui a été suspendu en 2020 en raison de la pandémie, et l’Europe aide à démarrer des centres de production de vaccins au Sénégal, au Rwanda et en Afrique du Sud, à ce sous -L’Afrique saharienne cesse d’être le trou noir de la vaccination mondiale, a-t-il souligné.

    Pour sa part, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a confirmé que le gouvernement enverra cette semaine un avion de 288 sièges au Mozambique, pour rapatrier les Espagnols et autres Européens piégés par la suspension des vols en raison de la nouvelle variante omicron du covid. Au total, selon le ministre, un peu plus de 200 Espagnols sont détenus en Afrique australe, environ 150 en Afrique du Sud, à qui il a proposé une assistance consulaire pour faciliter leur retour en avion commercial pendant que les vols avec ce pays sont maintenus.

    L’absence des ministres des Affaires étrangères algérien et marocain, ainsi que de la Grèce et de la Turquie, a détourné l’attention du conflit enraciné au Moyen-Orient. Le chef de la diplomatie jordanienne et coprésident de l’UPM, Ayman Safadi, a demandé de l’aide pour prendre en charge les 1,3 million de réfugiés syriens dans son pays, affirmant que le fardeau du problème ne peut pas incomber aux pays d’accueil et qu’il donne eux L’éducation et une vie digne, c’est « investir dans la sécurité », puisque leur abandon les jette dans les bras du djihadisme.

    Safadi a également été l’avocat de Bachar El Assad, qu’il souhaite réintégrer dans la communauté internationale, assurant que la guerre en Syrie « pourrait se terminer par une solution politique ». Et il a prévenu que la paix ne viendrait au Moyen-Orient que grâce à la reconnaissance d’un État palestinien avec sa capitale à Jérusalem. Ce message n’a pas été entendu par son homologue israélien, puisque ce pays n’a envoyé qu’un représentant de son ambassade à Madrid au forum.

    Albares, en tant qu’hôte, a mis cinq propositions sur la table : organiser un séminaire d’experts pour renforcer la coopération des pays méditerranéens avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et échanger les bonnes pratiques en matière de « traitement, prévention et utilisation des vaccins » ; promouvoir une stratégie de numérisation qui « contribue à combler les écarts socio-économiques et agit comme un moteur » pour la croissance ; mutualiser les capacités nationales en protection civile (face à la multiplication des incendies de forêt catastrophiques comme ceux de l’été dernier en Grèce, en Turquie ou en Algérie) ; « Explorer l’intégration comme moyen de relance économique » ; et tenir en Espagne une réunion des chefs de toutes les organisations internationales à dimension méditerranéenne.

    Borrell a, pour sa part, souligné que le Maghreb est l’une des régions les moins intégrées économiquement au monde et que l’écart qui sépare les deux rives, loin de se réduire, se creuse : depuis 1990, les revenus des pays du sud ont augmenté. il a doublé, tandis que celui du nord a été multiplié par trois et est déjà 13 fois plus élevé. « Malgré tant de conférences et de réunions, nous continuons d’avoir un écart qui se creuse de plus en plus et qui est intenable », a-t-il prévenu. Pour cette raison, « les flux migratoires ne disparaîtront pas » et ce qu’il faut faire, c’est les ordonner pour que la Méditerranée ne continue pas à être une frontière meurtrière, a-t-il conclu.

    El Pais, 29/11/2021

    #Espagne #UpM #Barcelone #Maghreb #Maroc #Algérie #Tunisie #Libye

  • Turcs mais pas Turcs. Les limites du turquisme au Maghreb

    Turcs mais pas Turcs. Les limites du turquisme au Maghreb

    Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Turquie – Turcs mais pas Turcs. Les limites du turquisme au Maghreb

    Chaque empire laisse une présence de lui-même après sa dissolution. Dans ses provinces ce sont bien souvent des traces matérielles plutôt que spirituelles, alors que pour l’ancienne souche dominante il s’agit avant tout d’une perception de soi, d’une manière de s’imaginer et de se projeter dans le monde toujours avec l’idée d’un droit à la domination. Tout sujet qui prétend être l’héritier pourrait choisir de souffler sur ces présences pour réveiller leurs racines anciennes.

    L’Empire ottoman s’est étendu, pour une phase de son histoire, également au Maghreb. L’existence de minorités turcophones dans cette région demande réflexion, compte tenu de la posture impériale turque croissante sur la scène géopolitique. Leur présence est-elle un facteur de puissance pour la Turquie ? Peut-être de quelle manière ? Une telle analyse implique plusieurs niveaux, à savoir ce que cela signifie d’être turc et quels sont le projet et la trajectoire actuels de la Turquie.

    Il faut dire tout de suite que ces minorités, appelées Kouloughlis (environ deux millions en Algérie et en Tunisie), sont assimilées dans ces pays et ne se prêtent pas à être le levier géopolitique des intérêts turcs au Maghreb. Ils le sont avant tout pour des raisons historiques, pour la formation de l’Empire ottoman et ses limites stratégiques, mais aussi pour leur comportement au cours des siècles.

    Les Ottomans ne conquièrent pas le Maghreb à la suite d’un projet réfléchi et mis en œuvre. Le Maghreb « pleut » sur lui, sous forme d’adhésion des potentats locaux et l’empire intervient davantage pour aider une faction et en marginaliser une autre, plutôt que pour transformer ces lieux en véritables provinces.

    De l’Empire ottoman, le Maghreb a été divisé en régences de Tripoli, Tunis et Alger, plus un sultanat indépendant de facto du Maroc. L’adhésion est avant tout fonctionnelle de devoir se défendre de l’Espagne, qui est beaucoup plus proche et plus dangereuse.

    Au moment d’une plus grande adhésion de cette région à l’empire, les élites turques transfèrent une partie de leurs membres au sommet de ces régences. De l’union de ces Turcs avec des éléments locaux, naîtront les kouloughlis , terme qui, démontrant précisément la méfiance ottomane dans leur substantielle loyauté, signifie, du point de vue turc, fils de serviteurs , tandis que du point de vue du point de vue des élites locales c’est un nom prestigieux, traduit par fils de soldats (surtout de janissaires).

    Avant de prouver leur non-adhésion partielle au projet ottoman, les kouloughly ont accès à tous les bureaux. Surtout à l’odjak, l’armée, qui signifie en fait, en turc, la maison et la famille, et les trois régences du Maghreb elles-mêmes sont identifiées en turc comme garp adjokari ( odjack de l’ ouest). Cela prouve qu’ils sont d’abord intégrés dans les principales articulations du turquisme, qui se projette toujours à travers l’État et l’appareil militaire. Cependant, plus ils s’enracinaient au sommet plus ils se sentaient éloignés de l’empire, jusqu’à ce qu’ils déclenchent une révolte en 1629. Cette révolte fut étouffée et les kououghlis furent marginalisés, notamment par l’armée, et contraints de ne jouer que le rôle de corsaires. .

    Au fil du temps, ils parviennent effectivement à atteindre à nouveau certains endroits clés, mais ils recommencent rapidement à servir les intérêts de leur « maison et famille » locales, à tel point qu’ils aident à réprimer le corps des janissaires turcs, qui s’est révolté en 1817. Dans le même temps cependant , ils s’allient à eux pour faire face à l’invasion française, manifestant moins un anti-turcisme qu’un nationalisme local. Certes, des éléments de distinction de cette minorité, comme preuve de leur ancienne lignée, subsistent. Par exemple, la culture de l’Islam sunnite de l’école Hanafi , contrairement à l’école Maliki, plus strictement maghrébins, mais en général ils sont une minorité qui s’est avérée, avant même la naissance des nations algérienne ou tunisienne ou marocaine, un ancêtre des consciences nationales maghrébines et certainement pas l’avant-garde de la projection turque au Maghreb . Cela dépendait aussi de la nature même de l’Empire ottoman, un empire terrestre, qui sous-estime énormément, non pas tant la force en mer, mais la transformation de la force en domination des mers et leur utilisation comme une forme de défense plus complète. A cet effet, l’assimilation de la côte nord-africaine, si elle était vraiment réalisée, aurait été fondamentale.

    Pour en revenir à aujourd’hui, même la Turquie n’essaie pas de tirer parti de ces communautés. La raison réside dans la nature très problématique du concept d’être turc. Seuls les Turcs peuvent être Turcs, et même pas les Turcs en soi, car on devient Turc. Il ne s’agit donc pas de l’ethnie classique, entendue comme terre et sang (possédés), mais marche, migration et sang (effusion).

    Le Turc est tel parce qu’il bouge, parce qu’il migre depuis le début, depuis les montagnes de l’Altaï, et partout où il va, il conquiert et verse le sang, alors il devient un guerrier, il devient de plus en plus fort. Il ne vise pas à faire l’autre turc, mais à harmoniser sa différence avec sa propre force. Renforcer les différences (faisant ainsi semblant de laisser libre) renforce le Turc, qui se forge dans la lutte, dans un cercle continu de marche, de lutte et de soumission, jusqu’à l’harmonie finale, le mystère de la domination, qu’est la Kizilelma , la pomme rouge . En ce sens, être turc, ou plutôt devenir turc, est un état d’esprit, un sentiment qui n’est pas émotionnel, mais spirituel, qui rapproche le mythe de la marche originelle et de la conquête finale.

    Sentiment, pas limite ; devenir turc ne s’arrête pas à l’Anatolie, qui n’est pas la Turquie au sens strict, mais est la Turquie d’aujourd’hui. Le mythe est en effet dans l’âme, les Turcs le portent tout entier dans chaque conquête. Les Turcs d’aujourd’hui vivent en Anatolie, mais ce ne sont pas des Anatoliens, ce sont des Turcs. Là où sont les Turcs, c’est en Turquie, mais ce ne sont pas des Turcs parce qu’ils sont en Turquie. La Turquie est dans l’âme.

    Les minorités post-ottomanes ne peuvent pas être turques, car comme nous le verrons elles ne se sentaient pas turques, mais romaines/ottomanes lorsqu’elles sont arrivées au Maghreb. C’est pourquoi ils n’intéressent pas la Turquie.

    La stratégie turque actuelle, de style kémaliste et beaucoup plus stratégiquement consciente, par rapport à l’Empire ottoman (car la Turquie d’aujourd’hui est néo-ottomane dans la propagande, mais kémaliste dans la planification et la trajectoire), consiste à s’insinuer là où il y a déjà déconstruction, à restaurer la floraison, ou le bien-être turc, mais c’est la floraison qui est turque, pas l’élément humain indigène. A partir de Kemal, qui a défendu la Libye de l’invasion italienne, la Turquie libère ou défend des occupants, s’insinuant ainsi dans les sentiments anti-occidentaux maghrébins. Les locaux peuvent devenir turcs, mais pas turcs. Autonomes qui se croient libres.

    L’erreur de considérer l’attitude turque comme néo-ottomane a été en quelque sorte promue par Erdogan lui-même, qui a maintes fois, à des fins internes, parlé de son rôle comme néo-ottoman, mais il n’a pas parlé de géopolitique, mais plutôt de géopolitique. délégitimer ses adversaires, se faisant l’héritage de la forme impériale la plus accomplie jamais atteinte par un État turc. Il visait à dénigrer ses adversaires, comme s’ils étaient des traîtres, car ils ne font pas partie de cette glorieuse histoire. Erdogan lui-même imaginait pourtant pouvoir mettre en œuvre la nouvelle trajectoire kémaliste en profitant de la carte plus facile, mais moins géopolitique, à sa disposition, la religion musulmane, soutenant les Frères musulmans dans les pays arabo-islamiques, espérant pouvoir enseigner la laïcité et à travers eux convaincre, entre tous,

    Le plan visant à transmettre le pouvoir par la religion a échoué et a poussé le blocus du Golfe encore plus loin dans un sens anti-turc. Se présenter comme l’héritier des Ottomans dans un monde arabe, qui a un mauvais souvenir de cette domination , était une erreur supplémentaire. Pour cela Erdogan revient à la véritable figure de la projection du pouvoir turc, le culte de l’État, car là où arrivent les Turcs, il y a toujours un État, qui prend la forme de reconstruction ou d’influence des appareils, principalement dans les forces armées. Car justement le Turc devient Turc en combattant. Ce sont alors les appareils, plus encore que les forces politiques, dont les Frères musulmans, qui doivent devenir Turcs et accueillir les Turcs.

    La réaction actuelle du président tunisien, qui a expulsé les frères musulmans, jusque-là soutenus par la Turquie, de la vie parlementaire et gouvernementale du pays, ne contredit pas la nouvelle approche turque, car la confrérie tunisienne était un dernier vestige de celle-ci. erreur et déjà payé avec Morsi en Egypte. La Turquie montre maintenant qu’elle ne veut plus le faire.

    L’expansionnisme turc est la reconstruction ou l’influence des appareils. Apporter un État est le pendant d’un peuple qui a la migration dans son ADN, c’est la seule stabilité, le seul enracinement qu’il puisse concevoir, alors qu’il ne conçoit pas de s’arrêter dans une terre spécifique en tant que terre, mais dans cette terre s’il devient un état déterminé. Parce que l’État appartient au peuple plus qu’à la terre. L’état est l’émanation directe et la création du peuple, c’est l’ancien cheval des chevaliers/archers, le cheval sur lequel on se repose et voyage, et c’est ce que les Turcs peuvent emporter avec eux et reconstruire partout où ils vont.

    Il reste une contradiction dans la posture turque, qui sait que la Turquie est là où sont les Turcs, mais pour l’instant la seule vraie Turquie, qui existe, est en Anatolie, et le projet géopolitique à mettre en œuvre est réaliste s’il part de là. C’est pourquoi Erdogan et les générations de stratèges kémalistes tentent de chérir l’erreur de l’Empire ottoman, qui a été de s’imaginer romain et donc d’imaginer un centre, Constantinople, d’où ne pourrait pas rayonner sa propre puissance, comme un centre géopolitique toujours il y a, parce que ce n’était pas un centre ottoman.

    L’Empire ottoman, centré sur Constantinople, et en tant que Romain comme ils l’imaginent, conduit à raisonner en termes d’Orient et d’Occident, et illusionne un peuple migrateur qu’il a enfin trouvé un point d’atterrissage, un centre déjà fait, et coordonne, précisément un est et un ouest à ce centre, l’Anatolie à l’est et les Balkans à l’ouest. Le centre n’était pas en Anatolie, mais un centre, s’il était turc, devait l’être. Les Turcs, en revanche, s’imaginent être des Ottomans/Romains, et en effet pour eux le centre n’existe que si l’Est et l’Ouest existent et sont additionnés. Pour cela, ils conquièrent les Balkans avant même d’avoir pris Constantinople et reviennent ensuite la prendre. Parce que le centre n’a de sens qu’en fonction des coordonnées. Conquérir ceux dont le centre tombe et le centre est Constantinople.

    Après cette première erreur, ils commettent l’erreur de ne pas comprendre la valeur de la mer, car ils sont un peuple migrateur et terrestre, d’autant plus qu’ils imaginent Rome comme un empire de terre, non achevé en Méditerranée. L’État kémaliste démontre au contraire, en déplaçant immédiatement la capitale à Ankara, d’imaginer une centralité et une solidité de l’Anatolie comme une Turquie effective, et ce ne sont plus l’Orient et l’Occident romains qui donnent sens au centre, mais c’est le centre qui donne sens aux coordonnées et les coordonnées sont maintenant principalement au nord et au sud. Après tout, les murs est et ouest actuels sont en fait infranchissables pour le moment. À l’ouest, la Grèce protège la mer Égée par la possession du Dodécanèse (avec l’aide des Émirats arabes unis, d’Israël, de la France, de l’Égypte), tandis qu’à l’ouest, bien qu’ayant pris des mesures dans le Caucase, cependant, il se heurte à des puissances actuellement impossibles à vaincre, comme la Russie et l’Iran, l’Anatolie doit donc être protégée au nord et au sud. Au nord de la Russie via la mer Noire et au sud via la domination en Méditerranée.

    C’est ici que l’importance de l’Afrique du Nord entre en jeu dans la nouvelle stratégie kémaliste, car l’Afrique du Nord est la possibilité de dominer la mer par le littoral. En effet, la Turquie est consciente que la mer est la première ligne de défense, mais elle ne la sent pas encore en elle-même, elle se sent obligée de reproduire le modèle avec lequel elle a toujours conquis sa gloire, qui est la route terrestre. Pour cette raison, pour l’instant, dominer les côtes est le seul moyen qu’ils ont d’atteindre la mer, au lieu d’atterrir sur les côtes de la domination de la mer. La Libye n’est donc pas seulement la première tranchée avec laquelle consolider la frontière de la patrie bleue (et contourner Chypre), c’est aussi le premier point d’où rayonner la domination en Afrique du Nord, pour faire tout un arc de défense de Gibraltar à Suez , seulement après qu’il soit aussi le point terrestre d’où projeter la puissance, arrivant d’un côté en Somalie et de l’autre au Sénégal, c’est-à-dire vers les océans, traversant les détroits, d’un côté Gibraltar et de l’autre de Suez et Bab el Mandeb, arrivant à nouveau par voie terrestre. C’est une limitation fondamentale de la stratégie turque.

    Une autre limitation est que l’Afrique du Nord n’est pas actuellement sous le contrôle total de la Turquie. En fait, elle possède la moitié de la Libye, mais la Tunisie s’est rebellée contre l’infiltration de la puissance turque vers le Maghreb et l’Algérie elle-même n’a pas encore glissé dans ses bras. Ne parlons pas de l’Egypte. Un autre gros problème du soft power turc en Afrique du Nord et ailleurs aujourd’hui est de savoir qu’il ne peut plus s’appuyer pleinement sur l’islam de fraternité pour s’insérer dans les dynamiques locales, mais en même temps il n’a pas réussi à trouver une nouvelle mission. Pour l’instant, il essaie de se présenter comme un pouvoir islamo-laïc, en dehors des canaux des frères musulmans, mais est-il possible de façonner les appareils et l’État, avec toutes les structures connexes, sans déclinaison islamo-politique ? Un résultat inattendu.

    La dernière et la plus grande limitation est le fait que la Turquie a jusqu’à présent réussi à poursuivre ses ambitions dans l’ombre de la bienveillance américaine, un hégémon au-delà duquel et contre lequel la Turquie ne peut se permettre d’agir. Hégémon qui assigne des limites précises à la puissance turque, contrebalance la Russie, notamment en Libye et en Afrique du Nord en général, l’agace dans le Caucase, s’étirant peut-être à agacer les Chinois, mais la véritable concrétisation des projets turcs ne peut manquer de prévoir un affrontement avec les La puissance américaine et en même temps ne peuvent pas se permettre un tel affrontement. La trajectoire géopolitique des Turcs est en effet encore trop peu fondée sur les ressources et trop sur le mythe, qui en tant que tel est une catégorie qui relève davantage du rêve.

    Des erreurs ottomanes, les Turcs ont appris la nécessité de se centrer dans un lieu et d’en faire un centre d’irradiation de leur puissance, au lieu de se déplacer indéfiniment ; en ce sens, l’Anatolie est effectivement devenue la Turquie, et ils ont également compris l’importance de la mer, car l’Anatolie se défend de la mer bleue / de la patrie, mais ils n’ont pas encore réussi à penser comme un peuple qui est en mer et s’appuie sur le ressources limitées dont ils disposent.

    Les Turcs sont toujours un grand peuple pour l’instant, mais avec une trop grande ambition.

    par Andrea Forte

    Difesa Online, 28/11/21

    #Turquie #Maghreb #Maroc #Algérie #Libye #Empire_ottoman

  • Evolution du rapport de force entre l’Algérie et du Maroc

    Sahara Occidental, Maghreb, Mauritanie, Front Polisario – Evolution du rapport de force entre l’Algérie et du Maroc

    Au Maghreb, un énième rebondissement a lieu entre le Maroc et l’Algérie. L’Algérie annonce mettre fin aux relations diplomatiques entre les deux pays. En cause, des « actes hostiles » perpétrés par le Maroc d’après Ramtane Lamamra, le ministre des Affaires étrangères algérien. Pour comprendre les évènements qui se déroulent en ce moment entre Alger et Rabat, une grille de lecture historique est nécessaire ; ces deux nations ayant déjà une relation conflictuelle depuis des décennies.

    Une relation bilatérale hostile dès l’indépendance de l’Algérie. 

    Contrairement à l’Algérie qui a subi une guerre d’indépendance du 1er novembre 1954 au 19 mars 1962 sur son territoire, le Maroc a négocié et obtenu l’indépendance pacifiquement dès le 7 avril 1956. Cette nuance représente potentiellement la première rivalité entre le Maroc et l’Algérie, bien qu’elle ait été intériorisée. Malgré une mobilisation et un soutien actif de la part du Maroc pour que son voisin algérien obtienne l’indépendance le 5 juillet 1962, des heurts ont eu lieu le 8 octobre 1963 entre les Forces Armées Royales marocaines (FAR) et l’Armée Nationale Populaire algérienne (ANP).

    Ces heurts sont la conséquence des revendications territoriales marocaines sur une partie du territoire algérien et ont donné lieu à un affrontement militaire surnommé la « Guerre des Sables ». Les hostilités ont cessé le 5 novembre 1963 laissant les frontières inchangées, et un cessez-le-feu est entré en vigueur le 20 février 1964, notamment grâce à l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA). Cet affrontement a eu pour conséquence un alignement de l’Algérie au bloc de l’est communiste, avec l’URSS comme principal fournisseur d’armement militaire ; et le Maroc au bloc de l’ouest capitaliste, tourné vers l’occident américain et européen. Cette divergence idéologique a son importance pour comprendre les rapports de force entre les deux pays.

    La poursuite des revendications territoriales marocaines sur le Sahara occidental. 

    Après presque un siècle d’occupation espagnole, Francisco Franco, chef d’Etat de l’Espagne, décide de mettre fin à la colonisation du Sahara occidental, qui prend effet le 14 novembre 1975. Hassan II, le souverain marocain, convoite ce territoire avec la Mauritanie qui lui est refusé par la Cour internationale de la Haye. Le roi marocain entame alors, le 6 novembre 1975, une « marche verte » pacifique avec 350 000 marcheurs volontaires pour prendre le contrôle de la région ambitionnée, provoquant la première rupture diplomatique entre l’Algérie et le Maroc de 1976 à 1988. En effet, l’Algérie ne souhaite pas voir son voisin marocain s’emparer de ce territoire, notamment en raison de son fort potentiel économique.

    En parallèle, le Front Polisario, mouvement politique et armé du Sahara occidental créé le 10 mai 1973, s’oppose aux prétentions marocaines et va jusqu’à proclamer une République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) le 27 février 1976 à Bir Lahlou. Le Front Polisario, soutenu par la Libye et l’Algérie démarre alors une guérilla contre le Maroc et la Mauritanie. Les troupes mauritaniennes se replient en 1979, et Rabat en profite pour consolider sa position en construisant un mur de 2 500 km entre 1980 et 1987. Ce dernier sera nommé « mur des sables » au Maroc, et à contrario, « mur de la honte » en Algérie. L’affrontement des deux antagonistes s’embourbe, les médiations échouent jusqu’à la signature d’un cessez le feu sous l’égide de la Mission des Nations Unies pour l’Organisation d’un Référendum au Sahara Occidental (MINURSO) le 6 septembre 1991. Cette entité a pour mission de maintenir la paix sur la région et d’organiser un référendum d’autodétermination pour les sahraouis, fortement contesté par le Maroc, qui préfère parler d’une autonomie sous sa souveraineté.

    Le terrorisme, une nouvelle source de conflictualité. 

    Le 24 août 1994 a lieu un attentat à l’hôtel Atlas-Asni dans la ville de Marrakech. Rabat accuse son frère ennemi Alger d’avoir impliqué ses services secrets dans cette attaque sur le territoire. La réponse marocaine est immédiate avec l’expulsion des algériens ne possédant pas de carte de séjour, et l’instauration des visas pour entrer sur le territoire. L’Algérie riposte rapidement par la fermeture de sa frontière avec le Maroc.

    Un espoir de réconciliation algéro-marocain rapidement avorté. 

    Le 17 février 1989 est initiée la création de l’Union du Maghreb Arabe (UMA), une organisation politico-économique composée par l’Algérie, le Maroc, la Libye, la Tunisie et la Mauritanie. Cependant, cette structure se révèlera être dans une situation d’immobilisme. Par ailleurs, de 1993 à 1996, un projet ambitieux de gazoduc auquel l’Espagne, le Maroc, l’Algérie et le Portugal ont participé, est engagé.  Le gazoduc Maghreb-Europe (GME) a pour but d’approvisionner en gaz naturel la péninsule ibérique, et par conséquent l’Europe. Celui-ci va également être le premier partenariat économique et structurel d’ampleur entre les deux ennemis héréditaires du Maghreb.

     Enfin, le 27 avril 1999, Abdelaziz Bouteflika est élu président de la République algérienne démocratique et populaire. Voulant faire table rase des confrontations historiques, ce dernier tente un rapprochement entre les deux pays, d’une part en se rendant aux obsèques de son homologue Hassan II, et d’autre part en prônant les retombées positives d’une synergie entre le Maroc et l’Algérie, notamment au niveau économique. Néanmoins, Bouteflika réaffirme son soutien à la cause du Front Polisario pour un Sahara occidental libéré de toute prédation marocaine, ce qui provoque l’indignation de la classe dirigeante au Maroc. En 2005 et suite à des déclarations publiques du premier ministre algérien Ahmed Ouyahia sur le conflit au Sahara occidental, le ministre marocain des affaires étrangères, Mohamed Benaissa refuse sa venue au Maroc.

    Normalisation des relations diplomatiques entre Rabat et Tel Aviv. 

    Benyamin Netanyahou, premier ministre israélien jusqu’en juin 2021, cherche à mettre un pied en Afrique, notamment au Maghreb et ainsi développer son cercle d’influence. Pour y parvenir, il souhaite obtenir le statut d’observateur au sein de l’Union africaine. Le Maroc de Mohammed VI lui apporte une aide importante en faveur de son intégration dans cette organisation intergouvernementale.

    En contrepartie, le Maroc espère intensifier les investissements israéliens mais également renforcer la coopération militaire entre les deux pays. Le 10 décembre 2020 marque une victoire diplomatique et géopolitique pour Rabat puisque les États-Unis reconnaissent la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, à la seule condition d’une normalisation des relations entre le Maroc et Israël intitulée « les accords d’Abraham » et signée le 22 décembre 2020. L’Algérie perçoit cette déclaration comme une stratégie de déstabilisation à son encontre avec une alliance Tel Aviv-Washington-Rabat à ses portes, d’autant plus qu’elle entretient des relations privilégiées avec le mouvement palestinien.

    De la dégradation à la rupture des rapports entre Alger et Rabat en 2021. 

    En mars 2021, l’Algérie commence son affrontement informationnel contre le Maroc, via les médias, en l’accusant d’utiliser le trafic de drogue comme moyen de déstabilisation. Le même mois, l’Algérie interdit aux agriculteurs marocains du Figuig de franchir la frontière, et de ce fait, de profiter de l’exploitation des palmeraies algériens. Le 14 juillet 2021, le représentant du Royaume du Maroc aux Nations Unies aurait affirmé son soutien au mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK). L’Algérie riposte en rappelant son ambassadeur de Rabat. Le 18 juillet 2021, le scandale lié à « Pegasus », un logiciel espion israélien ayant comme fonctionnalité d’attaquer les smartphones sous iOS et Android éclate. Le royaume aurait utilisé le logiciel afin d’effectuer des actions d’espionnage sur des journalistes ainsi que sur des personnalités politiques et militaires algériennes, compliquant une nouvelle fois les liens entre les deux protagonistes.

    À l’occasion de la « Fête du Trône » le 30 juillet 2021, Mohammed VI tente en vain d’apaiser la crise avec Alger, louant une opportunité d’amélioration des relations bilatérales ainsi que la possibilité de réouverture des frontières, fermées depuis les attentats de Marrakech en 1994. La venue au Maroc de Yaïr Lapid, ministre des affaires étrangères israélien le 12 août 2021 exacerbe les tensions puisqu’il accuse ouvertement Alger de faciliter les actions de l’Iran dans la région. Dans ce contexte de tensions, l’Algérie incrimine le Maroc le 18 août 2021 en tant que partie prenante des feux qui ravagent la Kabylie, du fait de son soutien potentiel au MAK. En effet, le ministre de l’intérieur algérien, Kamel Beldjoud, en déplacement dans les zones sinistrées a déclaré que ces incendies avaient une origine humaine et criminelle. Le 24 août 2021, l’Algérie d’Abdelmadjid Tebboune, président de la République algérienne démocratique et populaire actuel, décide unilatéralement de cesser les relations diplomatiques avec le Maroc, de lui fermer son espace aérien et menace de stopper l’approvisionnement du gazoduc Maghreb-Europe à l’expiration du contrat le 31 octobre 2021.

    Des échanges économiques en continuel recul. 

    Depuis les attentats de 1994 qui ont ébranlé Marrakech et provoqué la fermeture des frontières terrestres et maritimes entre le Maroc et l’Algérie, les transactions commerciales entre les deux belligérants ont considérablement été réduites. Pourtant, jusqu’en 2016, Alger est le premier partenaire commercial de Rabat, position reprise aujourd’hui par l’Égypte et la Côte d’Ivoire, et jouit d’un solde commercial favorable à hauteur de 350 millions de dollars. Cependant ce solde reste minime en comparaison aux transactions économiques à l’échelle mondiale. Environ 80% de ces échanges sont liés aux exportations gazières provenant d’Algérie.

    Cette donnée sera amenée à diminuer drastiquement, si les relations entre l’Algérie et le Maroc poursuivent leur détérioration menant à un non-approvisionnement du gazoduc Maghreb-Europe. D’après l’Office des changes marocain, le montant des transactions plafonnent à 500 millions d’euros en 2020, soit 1% des importations et des exportations du Maroc. Un volume qui paraît dérisoire en comparaison aux échanges entre le royaume marocain et la monarchie espagnole qui atteignent 13,5 milliards d’euros la même année. Cette problématique de fluidité des transactions due à la fermeture des frontières a entrainé un effet pervers qui est le développement de la contrebande.  Ce commerce informel frontalier est alimenté par le trafic de drogue, de carburants, de médicaments et de produits alimentaires.

    Objectifs stratégiques et rapports de force informationnels sur fond de rancœurs historiques et de rivalités régionales. 

    Le Maghreb de l’ouest est dans une situation hautement complexe qui nécessite différentes grilles de lecture, notamment historique, politique, économique, et géopolitique. Le Maroc et l’Algérie se mènent une guerre économique et usent de stratégies de déstabilisation informationnelles. Alger évolue dans un contexte interne difficile puisqu’elle subit de plein fouet les manifestations sporadiques avec le « Hirak » depuis 2019 contre le pouvoir en place, le chômage endémique des diplômés et des jeunes algériens, la crise de l’eau, ainsi que les conséquences de l’épidémie de la Covid-19 sur les investissements et le tourisme. Cependant, elle ambitionne d’être la puissance régionale, ce qui la met en concurrence directe avec le Maroc. Afin de mettre en œuvre son ambition, l’Algérie use d’une stratégie de détournement de l’attention des citoyens algériens sur les différentes crises que traverse le pays, en lui soumettant un ennemi extérieur. Pour cela, la jeune république semi-présidentielle va régulièrement pointer du doigt son voisin marocain via des attaques médiatiques importantes ou des annonces gouvernementales officielles sur des sujets de discordance, parfois sans preuve, afin de déstabiliser la monarchie constitutionnelle marocaine.

    De plus, au niveau idéologique, Alger soutient la démarche des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes, notamment concernant le dossier du Sahara occidental. Cependant, une raison sous-jacente pourrait être que l’Algérie soutient le Front Polisario afin d’empêcher un renforcement de Rabat par l’acquisition d’un nouveau territoire qui est par ailleurs, riche en fer, manganèse, uranium, or et phosphate, avec une vaste surface côtière sur l’océan Atlantique (ressources halieutiques) et un potentiel touristique conséquent. De son côté, le Maroc subit les attaques algériennes à répétition, qui se poursuivent toujours en 2021. Malgré les tentatives d’apaisement de Mohammed VI, le conflit entre les deux frères ennemis du Maghreb reste hautement actif. Par ailleurs, si l’implication du Maroc dans le « projet Pegasus » et le soutien au MAK est confirmée, cela démontrerait une contradiction forte entre les déclarations du gouvernement marocain et ses agissements offensifs dans l’ombre, qui ciblent notamment l’intégrité du territoire algérien sur la région Kabyle. De manière générale, le Maroc semble sortir victorieux de cette confrontation avec de nouvelles alliances et de nouveaux partenariats à son actif, ainsi qu’une stratégie qui ne suit pas une logique d’escalade du conflit face à l’Algérie.

    In fine, le Maroc et l’Algérie sont dans une impasse géopolitique et diplomatique qui a des conséquences néfastes sur les économies respectives et la stabilité de la région du Maghreb. Ce bras de fer historique doit être surmonté par les autorités algéro-marocaines afin de créer une coopération, autant sécuritaire qu’économique, et de dynamiser le développement régional qui dispose d’un fort potentiel, sans tomber dans le piège de Thucydide. Cette dynamique aurait pu augmenter le PIB par habitant entre 2005 et 2015 de 34% du côté algérien, et de 27% du côté marocain selon un rapport prospectif de la Banque mondiale paru en 2010. De plus, le risque de l’axe Tel Aviv-Washington-Rabat est d’être perçu comme une réelle menace pour les politiques algériens et pour l’intégrité du territoire. Ce risque pousserait l’Algérie à considérer de nouvelles alliances afin de contrer son voisin, comme par exemple un nouvel axe Alger-Téhéran-Moscou-Pékin-Ankara, puisque ces derniers cherchent à être présents en méditerranée occidentale.

    Edouard Yziquel

    Sources

    28 Minutes – ARTE. (2021, août 26). L’Algérie rompt ses relations diplomatiques avec le Maroc.

    6medias. (2021, septembre 30). En froid avec le Maroc, l’Algérie risque de fermer le robinet du gaz à l’Espagne. Capital.

    Algérie Presse Service. (2021, juillet 17). Conseil de la Nation: la déclaration du représentant du Maroc à l’ONU « dénuée de tout sens diplomatique ou moral ».

    Amsili, S. (2021, août 24). Tensions maximales entre l’Algérie et le Maroc. Les Echos.

    Boniface, P. (2021, février 11). Expliquez-moi… Le Sahara occidental.

    Dessous des cartes – ARTE. (2021, avril 3). Le Maroc des rois : quel avenir ?

    Dessous des cartes – ARTE. (2021, septembre 15). Tunisie, Maroc, Algérie : nouvelle donne au Maghreb.

    Deveaux, J. (2021, septembre 9). Alger coupe le gaz à Rabat. France Info Afrique;

    Ellyas, B. S. (2018, juillet 20). Guerre des sables. Consulté le octobre 18, 2021.

    Europe Maghreb Pipeline Limited. (s.d.). Histoire. EMPL.

    France 24. (2021, août 24). Tensions au Maghreb : L’Algérie rompt ses relations diplomatiques avec le Maroc.

    France Info avec AFP. (2021, août 11). Algérie : ce que l’on sait des incendies dans le nord du pays, notamment en Kabylie, qui ont fait au moins 69 morts. Consulté le octobre 19, 2021, sur France Info Afrique.

    Haddouche, H. (2021, août 31). Le gazoduc Maghreb-Europe, première victime de la rupture entre Alger et Rabat. Middle East Eye.

    Kadiri, G. (2021, octobre 7). Le Monde Afrique.

    Le Parisien. (2021, août 18). Maghreb : l’Algérie se brouille avec le Maroc, accusé «d’actes hostiles». Consulté le octobre 18, 2021, Le Parisien.

    L’Economiste. (2021, août 5). Affaire Pegasus : Forbidden Stories et Amnesty International n’ont pu fournir aucune preuve contre le Maroc. L’Economiste.

    Lugan, B. (2021, octobre 4). Relations diplomatiques : Le contentieux algéro-marocain. Association de soutien à l’armée française (ASAF).

    Méric, É. (1965). Le conflit algéro-marocain. Consulté le octobre 18, 2021, Persée;

    Mohsen-Finan, K. (2021, août 31). Algérie-Maroc, les enjeux de la rupture. Orient XXI;

    Quarante, O. (2014, mars). Si riche Sahara occidental. Le Monde Diplomatique.

    Rédaction internationale. (2020, novembre 21). Au Sahara occidental, la perspective d’une guerre sans fin. France Culture;

    Vidalie, A. (2017, août 11). La « Grande Muraille » du Sahara, « mur de défense » ou « mur de la honte »? L’Express;

    Ecole de guerre économique, 25/11/2021

    #Maroc #Algérie #Front_Polisario #Sahara_Occidental #Mauritanie #Maghreb #Conflit

  • Le Maroc porte-avions d’Israël au Maghreb

    Le Maroc porte-avions d’Israël au Maghreb

    Maroc, Israël, Algérie, Sahara Occidental, Maghreb – Le Maroc porte-avions d’Israël au Maghreb

    Le Maroc et Israël ont conclu hier un accord-cadre de coopération sécuritaire « sous tous ses aspects (planning opérationnel, achats, recherche et développement, etc.). Ce rapprochement militaire entre les deux parties intervient une année à peine après la normalisation de leurs relations. Il signale de nouveaux développements dans le théâtre de guerre au Sahara occidental. Il annonce surtout une intrusion claire d’Israël dans l’espace stratégique maghrébin et une menace directe pour l’Algérie.

    Après la normalisation de leurs relations diplomatiques, le Maroc et Israël sont passés à un autre niveau dans leur coopération, en signant un «accord sécuritaire sans précédent» qui intervient dans un contexte de tension entre l’Algérie et le royaume chérifien. Cet accord-cadre, conclu dans le cadre de la coopération sécuritaire «sans précédent», a été paraphé à l’occasion de la visite, qualifiée d’historique, du ministre israélien de la Défense, Benny Gantz, reçu à son arrivée à Rabat par le ministre délégué chargé de l’Administration de la Défense nationale marocaine, Abdellatif Loudiyi.

    Visiblement ce rapprochement militaire entre Rabat et Tel-Aviv est à considérer comme une intrusion claire de la présence militaire israélienne dans le Maghreb. Ce qui met l’Algérie sur un double front sécuritaire, mais aussi diplomatique dans la mesure où Alger doit également faire face avec la donne d’Israël comme membre observateur de l’Union africaine.

    Le document signé lance formellement la coopération sécuritaire «sous tous ses aspects» (planning opérationnel, achats, recherche et développement, etc. entre les deux pays, un an à peine après la normalisation de leurs relations, face aux «menaces et défi s dans la région», selon la partie israélienne.

    Il s’agit, pour M. Gantz, qui a déposé une gerbe au mausolée Mohammed V, qui accueille la sépulture du «père de l’indépendance marocaine» et celle de son fils Hassan II, d’une chose «très importante qui nous permettra aussi d’échanger nos opinions, de lancer des projets conjoints et favorisera les exportations israéliennes jusqu’ici».

    «Nous sollicitons leur bénédiction et regardons vers notre avenir commun – un moment où le lien entre nos peuples s’approfondit et nos nations s’unissent pour offrir une vision de paix partagée», a écrit le ministre israélien sur le Livre d’or, selon des médias.

    Avant son départ de Tel-Aviv, mardi soir, il avait évoqué «un voyage important au Maroc qui a une touche historique car il s’agit de la première visite formelle d’un ministre de la Défense israélien dans ce pays». La signature de cet accord marque ainsi une nouvelle ère dans les relations entre les deux pays, mais qui auront vraisemblablement un nouvel impact sur les rapports géostratégiques dans toute la région marquée par une succession de tensions.

    Nouvel impact sur les rapports géostratégiques

    Le Maroc et Israël avaient établi, pour rappel, des relations diplomatiques au début des années 1990 avant que le Maroc n’y mette fi n au début de la Seconde intifada, le soulèvement palestinien du début des années 2000.

    Désormais alliés dans un contexte régional tendu, ils ont renoué des relations en décembre 2020 dans le cadre des «Accords d’Abraham», processus de normalisation des relations entre l’Etat hébreu et des pays arabes soutenu par l’administration de l’ancien président américain Donald Trump.

    Le 24 août dernier, l’Algérie, par la voix de son ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, Ramtane Lamamra, a annoncé la rupture de ses relations diplomatiques avec le Maroc sur fond d’actes hostiles de longue date perpétrés par Rabat contre l’Algérie et qui se poursuivent jusqu’à maintenant».

    L’Algérie a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec le Maroc à partir d’aujourd’hui», a déclaré M. Lamamra au cours d’une conférence de presse, durant laquelle il a annoncé la décision des autorités algériennes.

    Auparavant, c’est le Haut-conseil de sécurité, présidé par le président de la République, qui a souligné que les actes hostiles incessants perpétrés par le Maroc contre l’Algérie ont nécessité la révision des relations entre les deux pays et l’intensification des contrôles sécuritaires aux frontières Ouest.

    Le 31 octobre dernier, le président Tebboune a ordonné à la compagnie nationale Sonatrach de ne pas renouveler le contrat commercial avec l’Office marocain de l’électricité et de l’eau potable (ONEE).

    La tension entre les deux pays franchira, début novembre, un autre seuil avec l’assassinat de trois ressortissants algériens sur la liaison Nouakchott-Ouargla, ce à quoi El Mouradia a réagi en promettant «une riposte».

    L’assassinat «ne sera pas impuni», avait annoncé la présidence de la République, qui a relevé que «plusieurs facteurs désignant les forces d’occupation marocaines au Sahara Occidental comme ayant commis, avec un armement sophistiqué, ce lâche assassinat».

    Nazim Brahimi

    Reporters, 25/11/2021

    #Maroc #Algérie #Israël #Palestine #Normalisation

  • Maroc: La visite de Gantz, une menace pour toute la région

    Algérie, Maroc, Israël – Maroc: La visite de Gantz, une menace pour toute la région

    Le journaliste marocain Ali Lahrouchi a indiqué que la prochaine visite du ministre israélien de la Défense à Rabat, constituait une provocation flagrante et dangereuse à l’égard du peuple marocain qui rejette la normalisation et une menace pour toute la région, en particulier l’Algérie à cause de son opposition à l’intrusion de l’entité sioniste sur le continent africain.

    Ali Lahrouchi a, dans ce sens, mis en garde contre les répercussions des accords de coopération miliaire que le régime du Makhzen s’apprête à signer avec l’entité sioniste, lors de la visite du ministre Benny Gantz à Rabat, mercredi et jeudi.

    « Le Maroc devrait signer trois accords avec l’ennemi sioniste, pour renforcer la coopération bilatérale entre les deux parties, ce qui constitue une provocation flagrante et dangereuse à l’égard des sentiments du peuple marocain, qui rejette la normalisation », a-t-il déclaré dans une interview accordée au journal en ligne « Algerian Network News ».

    A cet égard, il a relevé que le régime du Makhzen n’a osé rendre publique la normalisation avec l’entité sioniste « qu’après avoir réussi à détourner l’attention du peuple marocain et à le disperser, entre ceux qui réclament du pain et du travail, ceux qui réclament des droits et des libertés et ceux qui ont été trompés par le prétexte fallacieux de la défense de la patrie ».

    « Le régime marocain a distrait son peuple, en créant un conflit extérieur avec l’Algérie et l’Espagne et en continuant à exploiter la question sahraouie pour contourner les crises internes que subit le peuple marocain », a-t-il ajouté.

    M. Lahrouchi a, en outre, levé le voile sur « l’instrumentalisation par le régime marocain de la pandémie de Covid-19 dans le but d’imposer l’état d’urgence sanitaire afin de piéger et de réprimer l’ensemble du peuple marocain et de lui imposer les thèses de normalisation sous toutes ses formes ».

    « Les dangers du sionisme sur le royaume se sont manifestés à travers son ingérence dans les affaires marocaines, où tout un peuple a été écrasé en le mettant sous silence, en incarcérant le peuple libre dans les prisons de la honte et en assassinant certains d’entre eux par des méthodes brutales, sans que les organisations internationales ne bougent le petit doigt », a-t-il déploré.

    Le Makhzen et l’entité sioniste se relaient pour porter atteinte à l’Algérie

    Evoquant, par ailleurs, les prochains accords de coopération militaire devant être conclus entre le Makhzen et l’entité sioniste, M. Lahrouchi a souligné que ce qui confirme l’existence d’un réel danger pour le peuple marocain et toute la région, en particulier l’Algérie, est que « la normalisation s’est développée en un court laps de temps et est rapidement passée de la normalisation diplomatique à la normalisation militaire et de renseignement ».

    Pour étayer ses propos, le journaliste marocain a rappelé les dernières déclarations du ministre israélien des Affaires étrangères, dans lesquelles il s’en est pris à l’Algérie lors de sa visite à Rabat en août dernier, en évoquant ce qu’il a appelé l’ »inquiétude » de l’entité sioniste au sujet du rôle joué par l’Algérie dans la région et son rapprochement avec l’Iran qui se trouve dans « l’axe du mal ».

    Le journaliste marocain, réfugié aux Pays-Bas pour fuir la dictature du régime de son pays, a souligné que l’entité sioniste avait lancé une « attaque féroce » contre l’Algérie en raison de ses positions fermes sur les questions de libération et de décolonisation dans le monde, en particulier en Palestine et au Sahara occidental et son opposition à l’octroi à Israël du statut d’observateur au sein de l’Union africaine.

    Dans ce contexte, il a fait savoir que l’entité sioniste et le régime du Makhzen « se relayent pour porter atteinte à la stabilité de l’Algérie », notant que « le Maroc, à travers sa mission diplomatique auprès des Nations unies, dresse un tableau noir de l’Algérie » alors que l’entité sioniste relaye ce qu’elle appelle à tort, « le rapprochement de l’Algérie avec l’Iran », afin de mener une attaque médiatique et psychologique dans le but de « légitimer » sa décision de l’agresser.

    M. Lahrouchi a également évoqué des plans sionistes en Libye et Tunisie, destinés à amener ces deux pays à normaliser leurs relations avec l’entité sioniste.

    Le journaliste marocain a appelé à « la vigilance, la sensibilisation et la mobilisation afin de renverser les agents du sionisme dans la région » et faire face à ces dangers.

    Le Citoyen, 23/11/2021

    #Maroc #Israël #Algérie #Benny_Gantz

  • Les Marocains sont trop serviles

    Les Marocains sont trop serviles

    Maroc, Algérie, Maghreb – Les Marocains sont trop serviles

    Les Marocains ? Ils sont généreux, hospitaliers, travailleurs, braves, mais fourbes et serviles. Les Marocaines ? Elles ont la cuisse légère, sont bonnes vivantes mais sacrément portées sur la sorcellerie et la magie noire. Pour qualifier leurs voisins, les Algériens ne manquent pas d’adjectifs.

    D’une manière générale, les Algériens complimentent leurs voisins plus qu’ils ne les dénigrent. Naturellement, les deux pays sont unis par de lointains liens. Bien sûr, les gens d’Alger, d’Oran, de Tlemcen ou de Tizi-Ouzou considèrent les gens de Fès, de Marrakech, d’Agadir ou de Tanger comme des « frères ». Évidemment aussi, les Algériens n’apprécient pas la tendance de leurs voisins à donner du « sidi » et du « moulay » à tout bout de champ. Ils n’aiment pas non plus le « baisemain », ce protocole marocain qu’ils jugent ridicule et dégradant. Mais, au-delà des clichés auxquels il est difficile de ne pas succomber, comment les Algériens perçoivent-ils véritablement les Marocains ?

    « Ils sont courageux. » L’homme qui parle, Youssef, est un ex-militaire. Sa route a croisé à maintes reprises celle de dizaines de Marocains entrés clandestinement à Béchar et à Tindouf, deux villes situées à la frontière algéro-marocaine. Le métier de Youssef consistait à surveiller cette frontière et à traquer les clandestins. Dans ces vastes étendues désertiques, on peut rencontrer d’authentiques espions déguisés en bergers ou de pauvres soldats de l’armée royale égarés dans le désert. Il arrivait que Youssef interroge brutalement ces Marocains, capturés par les services de sécurité. « Lemrarka [les Marocains, en arabe dialectal] ont du courage. Ils ne parlent pas facilement et rares sont ceux qui pleurent ou font dans leur « froc », dit Youssef. Je me souviens d’un officier espion qui nous a baladés un mois durant. Il a fini par craquer lorsqu’on lui a fait subir un chantage sexuel. »

    Aujourd’hui, Youssef n’éprouve ni remords ni plaisir malsain à l’évocation de ses souvenirs, plutôt de la compassion. « Ces pauvres Marocains étaient souvent des fils de paysans, comme nous. Je n’aimais pas ce que je faisais, mais la sécurité du pays passait avant tout. »

    Lorsque Youssef quitte les rangs de l’armée, il se retrouve au chômage. Pour vivre, il vend de la drogue. L’ouverture des frontières entre le Maroc et l’Algérie en 1988 est une aubaine pour les trafiquants algériens et les producteurs marocains. Faute de travail « honnête », Youssef devient contrebandier. Avec ses copains, il parcourt l’Atlas marocain pour acheter du kif et le revendre à Alger. Surnommée la capitale de la zetla (drogue, en dialectal), la région de Ketama, dans le Rif, est connue de tous les contrebandiers. On y achète, dit-on, le meilleur cannabis de tout le royaume.

    Dans les montagnes du Rif, Youssef découvre des « paysans simples, des gens honnêtes et accueillants ». Lors d’une virée avec une bande de trafiquants, il s’égare dans les maquis rifains. Au bout de dix jours d’errance, ses économies presque épuisées, il finit par trouver le village des producteurs de haschich. L’accueil est aussi simple que chaleureux. « Vous êtes d’abord nos invités avant d’être nos clients », lancent les villageois. La soirée, arrosée avec du vin bon marché et du kif de première qualité, s’achève dans un cabaret local. Aux frais des Marocains.

    Le lendemain, les Algériens repartent avec deux kilos de drogue, payés à moitié prix. Dans l’euphorie de la transaction, ils oublient vêtements, cassettes et poste-radio. « Quatre mois plus tard, j’étais de retour à Ketama, raconte Youssef. Mes affaires étaient repassées et le transistor soigneusement gardé par le propriétaire de la maison. » Petites délicatesses de marchands de drogue à l’intention de bons clients ? Pas du tout, répond Youssef. « Nous avions droit à un traitement de faveur parce que nous étions algériens. En fait, ajoute-t-il, Marocains et Algériens s’entendent très bien. Ce sont leurs dirigeants qui se font la guerre. »

    Abdelatif est, en quelque sorte, un membre de cette caste de dirigeants qui évoluent entre guerre et paix depuis quarante ans. Ex-ministre et ancien ambassadeur, il est de ceux qui connaissent bien le royaume chérifien et apprécient la compagnie de ses « sujets ». « Je n’ai jamais eu d’amis tunisiens dans le corps diplomatique. Les seuls Maghrébins pour lesquels nous avons de l’estime sont les Marocains », affirme-t-il. Et « pan » sur le bec des Tunisiens, amis aussi des Libyens ! Pourquoi donc tant de bienveillance ? Parce que les Algériens ont une dette de reconnaissance à l’égard du Maroc. Durant la Révolution, dirigeants et population du royaume ont fait preuve d’une solidarité sans faille. À cette époque, Oujda servait de base arrière à ce qu’on appelle « le groupe d’Oujda ». Oujda, c’était l’armée des frontières. C’était aussi Ben Bella, Boumedienne, Boussouf et, bien sûr, un certain Abdelaziz Bouteflika, natif de cette ville, considérée comme la plus algérienne des villes marocaines.

    Les exemples de la solidarité marocaine sont nombreux. Lorsque Abdelaziz Bouteflika se rend en France en 1961 pour rencontrer les dirigeants du FLN, détenus au château d’Aulnoy, il voyage avec un vrai-faux passeport délivré par l’administration marocaine. Et qui était l’avocat de ces chefs du FLN ? Abderrahmane Youssoufi, leader de la gauche marocaine et futur Premier ministre du gouvernement d’alternance sous Hassan II.

    Mais, pour les Algériens, le Maroc c’est aussi et surtout un roi : Mohammed V. L’un des plus célèbres boulevards d’Alger ne porte-il pas son nom ? Pourquoi donc ce souverain marocain demeure-t-il populaire en Algérie plus de quarante ans après sa mort ? Parce qu’il a ouvertement soutenu le FLN. N’est-ce pas lui qui a mis à la disposition de cinq dirigeants du FLN l’avion de la compagnie marocaine Air Atlas qui devait les amener à Tunis, avant que l’appareil ne soit détourné par l’armée française ? Cet épisode de l’histoire est encore enseigné dans les collèges d’Algérie.

    S’il est vrai que les Algériens cultivent une certaine antipathie pour les rois et les reines, pour les princes et les émirs, ils vouent, paradoxalement, une grande estime au père de Hassan II. Dans certaines maisons d’Oran, de Maghnia ou de Tlemcen, on peut encore voir, accrochés aux murs, les portraits de Mohammed V, aux côtés des photos de Messali el-Hadj et de celles de Houari Boumedienne. Jeune sultan, Mohammed V avait promu chambellan le vieux fqih Mohamed Mammeri, oncle de l’écrivain algérien Mouloud Mammeri. La famille Rahal, dont l’un des membres exerce aujourd’hui les fonctions de conseiller auprès du président Bouteflika, n’avait-elle pas ses entrées à la cour royale ?

    Si Mohammed V est encore adulé, qu’en est-il de son fils et de son petit-fils ? Pour la majorité des Algériens, Hassan II, surnommé « Hassan Dos », est indissociable de « la guerre des Sables » et de l’affaire du Sahara occidental. La première a coûté la vie à de jeunes soldats de part et d’autre, et la seconde empoisonne toujours les relations entre les deux peuples. Houari Boumedienne au pouvoir, les Algériens raillaient à loisir ce monarque « qui passait son temps à jouer au golf, à monter à cheval et à embastiller ses opposants ». De Maghnia à Annaba, on se repassait une légende pour illustrer la suprématie de l’armée algérienne sur les Forces armées royales. Nous sommes au milieu des années 1970, au plus fort de la tension entre l’Algérie et le Maroc. Chadli Bendjedid, alors chef de la région militaire d’Oran, s’adresse à Boumedienne avec aplomb : « Accordez-moi deux heures et je vous ramène la tête de Hassan II sur un plateau d’argent. » Bien sûr, Chadli n’a jamais tenu de tels propos, mais allez convaincre ses compatriotes du contraire.

    Rancuniers, les Algériens, envers Hassan II ? En tout cas, ils sont nombreux à ne pas lui pardonner cette malheureuse phrase prononcée en 1992, alors que le pays sombrait dans le chaos islamiste : « L’Algérie est un laboratoire intéressant. » Hassan II, un monarque hautain et dédaigneux ? Un ancien ministre se souvient : « Avec Ben Bella, il était arrogant et méfiant. Avec Boumedienne, il était admiratif et respectueux, et avec Chadli, il était condescendant. » Et avec Bouteflika ? Même au plus fort de la crise algéro-marocaine, témoigne un ami du chef de l’État, les deux hommes n’ont jamais coupé les liens. On raconte que Bouteflika, loin du pouvoir, entretenait des relations courtoises avec le roi défunt.

    Mais Hassan II et son fastueux protocole agacent les Algériens. En juin 1988, lors du sommet de l’Union du Maghreb arabe (UMA) à Alger, le roi refuse poliment de partager un café en compagnie de ses homologues maghrébins. Il est alors rejoint par une escouade de domestiques pour un cérémonial du thé qui laisse les Tunisiens et les Mauritaniens admiratifs, mais pas les Algériens. Ces rituels imposants et ces cérémonials grandioses exaspèrent parce qu’ils sont perçus comme une marque de mépris et de dédain envers le pays hôte. En prévision du sommet de la Ligue arabe organisé à Alger en 1988, les services de la présidence réquisitionnent un étage entier de l’hôtel Aurassi pour la délégation marocaine. Méfiant, Hassan II refuse d’y séjourner et préfère le confort de son bateau qui mouille au large de la baie d’Alger. Le jour, les serviteurs du roi, portant djellabas blanches et babouches, défilent vers l’hôtel pour être aux petits soins avec le souverain et sa délégation. Évidemment, ce spectacle suscite les sarcasmes des Algérois. Ils ne se gênent pas pour qualifier ces valets de « pingouins ».

    Quid du jeune Mohammed VI ? Peu connu, on le soupçonne de prendre de haut ses voisins. Il est vrai que les photos publiées dans la presse algérienne – lunettes noires, visage fermé et regard hostile – ne contribuent pas à donner de lui une image sympathique.

    Ce que les Algériens ne supportent pas chez leurs voisins ? Leur côté servile et docile. Le Marocain se couche devant le policier, il fait des courbettes aux fonctionnaires de l’administration et il baise la main du roi. Ah ! ce rite du baisemain ! Une tradition incomprise et un geste inconcevable en Algérie. Ce qui surprend aussi au Maroc, c’est l’omniprésence des portraits de la famille royale. Les photos de Mohammed VI, de Hassan II et des princesses sont accrochées dans tous les bâtiments publics, dans les maisons, dans les cafés, dans les gares et même dans les rues, où elles se vendent comme des petits pains. Un couple d’enseignants d’Oran, en visite chez des amis à Tanger, ose la question qui fâche : « Pourquoi les Marocains aiment-ils tant leur roi ? » Réponse des Marocains : « Pourquoi les Algériens détestent-ils tant leurs dirigeants ? » Là réside peut-être le principal point de divergence entre les deux peuples. Les premiers, traditionnellement réfractaires au pouvoir central, ne peuvent s’imaginer vivre sous une monarchie. Les seconds trouvent le système politique algérien instable et ingérable.

    L’ouverture des frontières en 1988 a permis aux deux peuples de se retrouver après tant d’années de séparation. Ce rabibochage a été l’occasion pour une nouvelle génération d’Algériens de découvrir un pays qu’ils connaissent peu, sinon très mal. Toutefois, au risque de choquer, force est de reconnaître que les Algériens ne se rendent pas au Maroc pour faire du tourisme, à l’instar des Occidentaux. Ils s’y rendent pour acheter des babioles, pour se procurer de la drogue, mais aussi pour profiter des plaisirs de la chair. Ils sont persuadés que les Marocaines vendent leurs charmes facilement. Un journaliste oranais, en vacances avec sa petite fille dans la région d’Al-Hoceima, dans le nord du royaume, a été surpris par la proposition audacieuse d’un hôtelier : « Si vous souhaitez passer une soirée en compagnie galante, nous pouvons satisfaire tous vos goûts. » Un médecin raconte que ses amis se rendaient fréquemment au Maroc pour s’encanailler. « Certaines familles sont tellement pauvres que leurs filles s’adonnent à la prostitution », précise-t-il.

    Beaucoup d’Algériens sont de toute façon convaincus que la femme marocaine est une créature plutôt facile. Facile mais redoutable parce qu’elle maîtrise l’art de l’envoûtement et de la magie noire. Les Marocaines, des expertes en sorcellerie ? Lorsqu’on visite le Maroc, on est frappé par l’usage fréquent des talismans, des amulettes et autres mixtures, censées accroître le plaisir sexuel, ligoter la puissance d’un homme ou faire céder une femme qui se refuse à son mari.

    S’il y a deux Marocains qu’on aime par-dessus tout en Algérie, c’est bien Djamel Debbouze et Gad Elmaleh. Les Algériens connaissent par coeur les sketchs et les répliques de Djamel. Son dernier spectacle, 100 % Debbouze, figure parmi les meilleures ventes de DVD pirates. Quant à Gad Elmaleh, c’est simple : tout le monde est convaincu qu’il est algérien. N’est-il pas le seul acteur marocain à avoir joué successivement dans deux films « made in Algérie » ? Gad a fait ses premiers pas au cinéma dans Salut Cousin de l’Algérien Merzak Allouache, avant de camper le rôle d’un travesti algérois, en exil à Paris, dans Chouchou, du même réalisateur. « Gad est marocain ? Non, jamais ! Tu te trompes, mon frère ! Il est aussi algérien que l’est Madjer », vous dira le quidam d’Alger ou d’Oran.

    Par FARID ALILAT, lintelligent.com

    Algérie-dz.com, 08/04/2005

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  • Afrique – Maghreb: Fin de la diplomatie française?

    Afrique – Maghreb: Fin de la diplomatie française?

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    En Afrique de l’Ouest et du Centre, où le ridicule ne fait plus rire personne (fini les traits d’humour involontaires de Idi Amin Dada et de Jean-Bedel Bokassa), la pauvreté rampe et la corruption s’étend, la Chine avale tout ce qui passe (entre parenthèse, c’est très joli de dire que la France ne doit pas faire la loi en Afrique, mais c’est oublier que la jungle est en Afrique !). Au Sahel, la débandade est crépusculaire : on y tourne « Le Dernier Spahi » avec Delon et Bardot (le narratif de Lucchini en est pathétique et les couleurs y sont féériques…). Au Maghreb, la France se couvre de honte à chaque répartie qu’elle donne : on sombre à Paris dans l’idiotisme… le BHLisme et le Zémmourisme. Au Levant, Syrie comprise, la gêne est indicible, tellement on ne s’attendait peu à ce que la France y soit aussi nulle (trois présidents français, trois matamores !). Et jusque dans la Mer du Nord, d’où le continent se voit chassé comme un mendiant. Un remake de… « L’année dernière à Fachoda ».

    Bon ! Tout n’est pas perdu ! La France est encore présente avec un petit contingent militaire à Djibouti, où elle conserve l’impression de côtoyer les grands. À force de s’être éparpillée dans des partenariats (comme celui avec l’Angleterre, qui fut pour elle et l’Europe continentale le cheval de Troie le plus magistral des temps modernes), de s’être diluée dans l’OTAN et de se complaire dans la mondialisation aux antipodes et dans le libéralisme économique et la privatisation à domicile, la France a pris de mauvaises habitudes. Elle a surtout manqué des rendez-vous avec l’Histoire et pris des risques considérables. Je donnerai deux exemples paradoxaux dans le registre régalien. Le premier, dans le secteur de l’énergie, est hélas consommé. Le second stigmatise le danger qui guette le pays dans le transport maritime et la gestion des ports.

    Après la Guerre du Golfe, l’Irak offrit aux deux majors français, la Compagnie Française des Pétroles (qui deviendra Total) et ELF Aquitaine, d’opérer chacun un gisement géant de Pétrole Brut – celui de Majnoun pour ELF et celui de Nahr Umr pour Total : un (grand) président de gauche accepta cette main tendue, un (petit) gouvernement de droite la snoba ! Après quatre ans d’intense négociation de contrats de partage de production – ce qui ne s’était jamais vu en Irak depuis la nationalisation – un accord devait être conclu en octobre 1995 sans objection américaine affichée[i]. Or un certain Edouard Balladur, né à Izmir, en Turquie, naturalisé Français en 1932, Premier ministre de cohabitation, traître de Jacques Chirac, lui-même traître de Valéry Giscard d’Estaing, s’y opposa. Balladur ambitionnait la présidence de la République Française ! On ne le savait pas alors. Il cherchait des faveurs Outre-Atlantique et voulait pouvoir disposer du viatique financier que Loïc Le Floch-Prigent pourrait lui refuser, sachant en revanche que Philippe Jaffré – aux ordres – ne lui dirait pas non.

    ELF a disparu corps et âme. TotalEnergies a fini par conclure à Bagdad – 26 ans plus tard – quatre petits contrats d’un montant global de 9 milliards d’Euros (et non pas de 27 comme claironné). C’est accoucher d’une souris. L’âge d’or des hydrocarbures fossiles n’est plus et il ne s’agit pas d’exploration pétrolière mais, principalement, de traitement de l’eau pour la réinjecter dans le sol, de panneaux photovoltaïques et de gaz fatal récupérable à la tête du puits des autres. Bref, rien à voir avec les capacités du groupe en rapport avec les occasions perdues.

    Total, devenu TotalFinaElf puis TotalEnergies, est un groupe florissant. Il poursuit brillamment par sa percée en Russie au sein de plusieurs coentreprises (projets Yamal LNG et Arctic LNG 2) avec les Russes (Novatek), les Chinois (CNPC, CNOOC et Silk Road Fund) et les Japonais Mitsui et JOCMEC, la politique d’investissement initiée par Christophe de Margerie. Mais le groupe ne détient que 20% et 10% dans chacun desdits projets, assortis de transferts de technologie dans la tradition des méga-contrats conclus au cours des trente dernières années par les entreprises françaises en Chine. C’est grâce à ces transferts que les entreprises chinoises sont en mesure de damer le pion à leurs ex-bailleurs de technologie.

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    #France #Diplomatie #Afrique #Maghreb #Françafrique