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  • Algérie, France, Maroc – Trois pays, deux crises

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    Certains croient et d’autres veulent faire croire, que la question du Sahara Occidental est le principal obstacle à l’unité du Maghreb. C’est en particulier l’argument de la monarchie marocaine qui veut montrer ainsi que c’est l’Algérie, qui ,par son attitude sur cette question, nuit aux intérêts de l’unité maghrébine.

    Le problème n’est-il pas en réalité ailleurs, avec l’existence d’un côté d’une monarchie et de l’autre des républiques? Comment pourrait se faire l’unité entre eux. N’y a-t-il pas incompatibilité ? En effet, l’unité du Maghreb signifie automatiquement la fin de la monarchie marocaine au sein d’une république unie du Maghreb. Ou alors il faudrait envisager la monarchie marocaine unifiant sous son leadership, comme l’avait fait la Prusse pour l’unité allemande, l’ensemble des pays du Maghreb, ce qui, d’évidence, est impossible.

    La question de l’unité du Maghreb peut donc apparaitre logiquement comme une menace à l’existence du trône marocain.

    Vue sous cet angle, la question du Sahara Occidental peut donner lieu alors à une toute autre lecture.Dès le départ, la question de la souverainetésur le Sahara Occidental a été pour la monarchie marocaine une bouée de sauvetage , à un moment où le trône avait été ébranlé par des tentatives d’instaurer une république.La monarchie marocaine s’est donc totalement identifiée à la revendication de sa souveraineté sur le Sahara Occidental. Celle-ci représente donc un enjeu vital pour la pérennité du trône.Mais le retour de manivelle serait que tout échec sur la question du Sahara occidental signerait la fin du pouvoir monarchique. Ceci n’aurait pas été le cas si ce pouvoir avait été républicain. Il y aurait eu probablement beaucoup plus de possibilités de compromis et surtout, la possibilité de dépasser ce conflit à travers une dynamique d’unité maghrébine, laquelle parait elle-même bouchée pour les raisons déjà évoquées..

    Républiques et monarchies

    On retrouve, au Machrek, la même problématique monarchies-républiques à travers une configuration de facteurs d’unité à peu près identiques: culture, langue, histoire, géographie, sentiment d’appartenance arabo-musulmane et existence d’un ensemble qui avait été déjà uni dans le passé historique. Mais là aussi , il y a l’impossibilité pour les monarchies de se fondre dans un ensemble unitaire avec des républiques, car cela signifierait leur dissolution.L’unité arabe est une menace pour elles. D’ailleurs, dans un premier temps, elles ont réussi à affaiblir, avec l’aide occidentale, les républiques arabes les unes après les autres.

    Les contradictions dans cet espace arabo-musulman, allant du Machrek au Maghreb, semblent d’ailleurs se manifester de plus en plus fortement à travers une confrontation sous-jacente entre républiques et monarchies. On peut y ajouter aussi un autre élément commun aux deux parties du monde arabe, le soutien apporté en général par l’Occident aux monarchies et l’alliance nouée entre les monarchies et Israël, cela aussi bien au Machrek qu’au Maghreb. Ne se retrouve-t-on pas ainsi, dans ces deux cas, Maghreb et Machrek, dans une situation historique où la progression vers l’unité nécessitera forcément partout le passage à des républiques.

    Afrique du Nord ou bien Maghreb ?

    Au Maghreb, les cheminements de l’Histoire ont amené à la conjonction actuelle de deux crises, une crise algéro-française et une crise algéro -marocaine. Outre qu’elles ont révélé l’empathie manifeste existant entre la France et la monarchie marocaine, ces crises rendent peu à peu apparents les contours de deux projets distincts de l’unité magrébine: L’un le vieux rêve nationaliste fondateur, celui du Grand Maghreb arabe, celui de l’unité politique d’un Maghreb de 100 millions d’habitants, allant de la Mauritanie à la Libye et l’autre le maintien des États actuels dans une Afrique du Nord conçue non pas comme une nation mais comme un espace géographique de voisinage et d’échanges.

    Les mots ici ont une signification qui n’échappe à personne: parler de Maghreb ou d’Afrique du Nord situe deux visions radicalement différentes: l’une qui transcende les séparations coloniales et renoue avec notre histoire millénaire, l’autre qui les fixe, voire qui les cristallise et les développe.

    Un évènement sans précédent

    Autre aspect de la conjonctionde ces deux crises: elle a amené à un évènement qui pourrait être historique, s’il se confirme, celui où, pour la première fois un pays émergent, tel que l’Algérie, prend des sanctions contre une puissance supposée dominante. Que ces sanctions aient été prises de façon spontanée, dans un geste d’humeur, de fierté nationale, ou dans une perspective stratégique, ne change rien à l’affaire. C’est un fait et un évènement considérable. L’avenir dira bien sûr s’il s’agit d’un évènement sans lendemain ou bien marquant pour l’avenir. S’il est marquant, il porte en lui, inévitablement l’indication d’un changement de rapport de force, et d’une évolution régionale et internationale. Comment a-t-il été possible ? Le plus probable est que l’Algérie s’est aperçue brusquement, pour dire les choses simplement,» qu’elle n’avait pas besoin de la France», économiquement, politiquement, culturellement. En effet, si on cherche aujourd’hui les secteurs en Algérie qui seraient dépendants de la France, sans autre alternative que française, on aurait peine à les trouver.

    C’est comme si brusquement, un préjugé, une idée reçue, s’étaient écroulés. Beaucoup d’élites dirigeantes algériennes ont longtemps cru ou fait croire que l’Algérie «ne pourrait se passer de la France», qu’il «fallait être réaliste»etc… Ces élites présentaient en réalité leur propre dépendance culturelle, économique , financière, et surtout sociale comme étant celle du pays.

    Et comme toujours le conflit devient linguistique

    La conjonction des deux crises actuelles exacerbe le nationalisme et donc le nationalisme linguistique. Comme toujours, le conflit linguistique alors pointe à l’horizon.. Des ministères annoncent leur passage total à la langue arabe dans leur administration et notamment dans leur correspondance. L’opinion publique se fait de plus en plus pressante pour la diffusion et l’utilisation de l’Anglais. Étrangement, la francosphère locale semble actuellement bien plus inquiète par ce dernier aspect que par celui du renforcement de l’utilisation de la langue arabe. En défendant le Français contre l’Anglais, elle laisse l’impression d’avoir intériorisé jusqu’à certains aspects historiques du nationalisme français dont l’anglophobie. Surréaliste. Elle se voit ainsi dépossédée de la dernière ligne de défense de la francophonie, l’argument de l’utilité du Français comme moyen d’accès à la technologie et aux sciences.

    En effet, avec un tel argument, comment s’opposer à l’Anglais, puisque c’est précisément lui qui est la langue internationale d’accès à la connaissance scientifique et aux technologieen même temps que celle des relations économiques et commerciales mondiales. Ce serait d’une incohérence totale ,et ce serait, d’évidence alors, faire passer les intérêts étroits d’un milieu social au-dessus de ceux généraux du pays. Indéfendable. L’Algérie vit actuellement simultanément deux crises, l’une dans ses relations avec la France, l’autre dans ses relations avec le Maroc. Ces deux crises semblent interagir l’une sur l’autre, s’enchevêtrer et avoir des retombées multiples . Est-ce dû au hasard , une simple coïncidence, ou bien l’indication d’une relation profonde, organique, entre elles. L’avenir, certainement, nous le dira.

    Le Quotidien d’Oran, 18/11/2021

    #Algérie #Maroc #France #Maghreb

  • Etat civil : Le Maghreb prié d’échanger ses données

    Etat civil : Le Maghreb prié d’échanger ses données

    Tags : Maghreb, Maroc, Algérie, Tunisie, France, retraite, Etat civil, certificat de vie, – Etat civil : Le Maghreb prié d’échanger ses données

    Échanges automatiques de données avec l’Espagne et le Portugal

    Comme chaque fin d’année, le problème des certificats de vie pour les retraités installés hors de France s’impose dans le quotidien de nos compatriotes âgés. Comme vous le savez, il faut, pour continuer à percevoir sa retraite par une caisse de retraite française, produire un document attestant que le bénéficiaire est toujours en vie. Longtemps, c’était les consulats qui étaient en charge de produire ce document. Depuis 2019, l’administration consulaire ne rend plus ce service. La seule possibilité est donc de se tourner vers les autorités locales. La barrière de la langue, l’absence d’administration nationale ou locale dans certains pays, posent de nombreux problèmes. Et la conséquence est rapide, les caisses peuvent couper le versement à partir d’un mois de retard.

    Un certificat de vie unique
    La première mesure pour simplifier la vie des retraités, c’est de centraliser la réception et la diffusion du certificat de vie. Depuis 2019, en effet, en passant par le site info-retraite.fr, il est possible de transmettre une seule fois la fameuse preuve de vie qui sera après envoyée aux différentes caisses dont dépend l’ancien salarié du privé (pour ceux dépendant de la retraite publique, il n’y a souvent qu’une caisse).

    Numérisation des états-civils
    Face aux fraudes constatées, surtout dans les pays du Maghreb, les députés ont poussé le gouvernement à multiplier les accords de transmission des états civils nationaux.

    La plupart des pays entrant dans une phase de dématérialisation, il est apparu logique aux élus de favoriser l’échange entre États.

    C’est un avantage certain pour les retraités qui n’ont plus à se soucier de devoir démontrer qu’ils sont en vie chaque année. S’ils décèdent dans leur pays de résidence et qu’il existe un accord de transmission numérique, l’État français sera averti rapidement et pourra informer les caisses de retraite concernées.

    Second avantage, c’est la lutte contre la fraude, dans certains pays il peut être aisé de se faire délivrer un certificat de vie contre quelques billets.

    L’Espagne et le Portugal rejoignent l’accord
    Grâce aux échanges de fichiers d’état civil, ainsi qu’à la mise en place de contrôles biométriques, les retraités résidant dans la circonscription de la péninsule ibérique ne devront donc bientôt plus présenter de « certificat de vie » en papier à leur caisse de retraite.

    Ces échanges de fichiers d’état civil commenceront dès janvier 2022 entre la France et l’Espagne et courant 2022 entre la France et le Portugal.

    Cela devrait permettre aux retraités concernés de ne plus recevoir de notification de demande de certificat de vie.

    Par ailleurs, on vous rappelle que depuis le 2 novembre dernier, une assistance téléphonique a été mise en place pour tout problème relatif au certificat de vie de retraités qui vivent à l’étranger. Ce service d’assistance vous permettra d’améliorer vos relations avec votre régime de retraite dans la gestion du paiement de votre pension de retraite et d’éviter tout risque de suspension dans leur versement. Vous pouvez découvrir le numéro de téléphone sur le site du consulat ou sur le site info-retraite.fr.

    Les français.press, 16/11/2021

    #France #Retraite #Pension #Maghreb #Fraude #Certificat_de_vie

  • Maroc: Entre l’espoir des peuples et la violence du pouvoir

    Tags : Maroc, Maghreb, Algérie, Mauritanie, Tunisie – Maroc: Entre l’espoir des peuples et la violence du pouvoir

    Le rêve est le gardien du sommeil (en tant que séquence physiologique active de restauration des forces et des équilibres organo-psychiques, entendons-nous…
    Pour paraphraser cet énoncé connu de Sigmund Freud, célèbre neurologue et inventeur de la psychanalyse, je dirai que le rêve est le gardien de la Paix.

    C’est aussi le déclencheur originel des grands projets de développement nationaux et régionaux, créateurs de richesses, d’emplois et de paix propice au Progrès social et humain.
    Alors rêvons, dans cette actualité Maghrébine dans laquelle l’absurde, la narco guerre, la stagnation, les alliances sataniques et contre nature sont beaucoup plus jetées au visage du Grand Maghreb, à El Qods Echarif, à la Nation Arabe et à la Oumma Islamique, qu’à l’Algérie voisine et soeur.

    Rêvons d’un Maghreb uni, avec l’Egypte, qui a déposé sa candidature pour adhérer à l’UMA en 1994, qui deviendrait un marché commun de plus de 200 millions de consommateurs et qui disposerait alors d’un potentiel de négociation loin d’être négligeable pour l’ensemble de ses relations économiques avec le reste du monde et notamment avec l’Union Européenne et la Chine.

    Ce serait un potentiel énergétique fabuleux en énergies fossiles aussi bien qu’en energie alternative solaire.

    Ce serait un potentiel d’action et d’impact important dans les rapports stratégiques de tous ordres dans le bassin méditerranéen et au Moyen-orient devenu si fragile…ce serait un potentiel agricole remarquable et un noyau de départ qui comptera pour lancer un dynamique industrielle crédible.

    Ce serait un potentiel de formation, de perfectionnement et de prospective très prometteur et une belle assurance pour notre région et pour nos pays respectifs.

    Ce serait une puissance touristique unique au monde: Guizeh, Louxor, la Vallée des rois, Edfou et la Vallée du Nil, Abou Symbel et le lac Nasser, Charm El Sheickh, en Egypte.

    Au Maroc, les Médinas de Fès et de Marrakech, Jamaa El fna, la ville bleue de Chefchaouen, aux portes d’Agadir, les Gorges du Dadès et de Toudgha, Casablanca, Rabat, Meknès.

    En Tunisie, Tunis la capitale et son Musée du Bardo, Carthage, Sidi Boussaid, Hammamet et leurs stations balnéaires, Tozeur, Djerba, les sites archéologiques de Dougga etc.

    En Mauritanie, Nouakchott, Nouadhibou, la zone humide du Banc d’Arguin sur 12000 km2, inscrite au patrimoine de l’Unesco, le désert de l’Adrar et les oasis Chingetti et de Ouadate…

    En Libye, Tripolie. Ghadamès, Benghazi, le site archéologique de Leptis Magna, les sites grecs antiques de Cyrène et de Sebratha, Waw An Namud, Tobrouk…

    En Algérie, Alger et sa Casbah, le Palais des Rais ou bastion 23Constantine la Numide, Oran et sa forteresse de Santa Cruz, les sites Romains de Tipaza, de Timgad, la Cité du Bonheur, Djemila, un littoral méditerranéen de plus de 1100 kms, recelant mille et une merveilles, un grand Sud Planétaire avec son temple naturel écologique de l’Ahaggar, et ses trésors rupestres et archéologiques à peine dévoilés, son Tassili des N’aajers époustouflant et son Parc National, sa Rouge Timimoun, et sa pure Djanet, sur le Plateau du Touat.

    Franchement, ne serait-pas là l’un des potentiels touristiques les plus merveilleux, offert au monde et aux populations de nos pays?

    Ce serait une mobilité des citoyens, des familles, des travailleurs, des universitaires, des artistes, des sportifs, des touristes, que les populations appellent de tous leurs vœux.

    Ce rêve est à portée de main. Il est juste empêché par la stratégie de pouvoir monarchique de la famille royale marocaine qui préfère s’allier avec la force maléfique de l’Etat sioniste pour menacer son voisin l’Algérie au seul motif que son voisin et frère recommande, en conformité totale avec les résolutions de l’Union Africaine, de l’ONU et de Cour internationale de Justice, de soumettre l’annexion du Sahara Occidental à référendum. Si la population de ce territoire exprime cette volonté, qu’il en soit ains et s’il le refuse qu’il en soit ainsi également !

    (*) Allaoua Bendif
    Fils de Chahid
    Docteur en psychologie Clinique
    Enseignant universitaire à la retraite.

    Auteur de : « Violences Algériennes», Koukou Editions. Octobre 2019

    La Patrie news, 16/11/2021

    #Maghreb #Maroc #Algérie #Tunisie #Mauritanie #Tunisie

  • Les sécheresses à répétition, une menace pour l’agriculture

    Les sécheresses à répétition, une menace pour l’agriculture

    Tags : Maghreb, sécheresse, Maroc, Algérie – Les sécheresses à répétition, une menace pour l’agriculture

    Des barrages presque à sec, des oliviers centenaires décharnés: le dérèglement climatique a pris des proportions dramatiques au Maghreb, au point de menacer la subsistance de millions d’agriculteurs. Le réservoir de Sidi Salem, qui pourvoit en eau près de 3 millions de Tunisiens (sur une population de 12 millions), fait peine à voir: il est tombé à 15 mètres sous le maximum atteint lors des pluies torrentielles meurtrières de l’automne 2018.

    Après une dizaine d’années «de changement climatique terrifiant, on a atteint une situation critique», constate l’ingénieur Cherif Guesmi: «Il n’y a pratiquement pas eu de vraies pluies depuis 2018 et nous utilisons encore cette eau», explique-t-il à l’AFP. En août, quand la Tunisie étouffait sous une canicule frisant les 48 degrés, le réservoir perdait 200.000 m3 d’eau par jour en évaporation, dit-il. Les récentes pluies ont largement épargné l’ouest de la Tunisie où se trouve ce barrage, tombé ces derniers jours à un plus bas historique de 17% de sa capacité. A l’échelle du pays, les barrages sont à seulement 31% de leur remplissage maximal. Les quatre pays du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie, Libye) font partie des 30 pays les plus en pénurie d’eau de la planète, selon l’Institut des ressources mondiales (WRI).

    Les périodes de sécheresse sont de plus en plus longues et intenses, ce qui préoccupe nombre de cultivateurs comme Ali Fileli, 54 ans, qui exploite 22 hectares près de Kairouan, dans le centre semi-aride de la Tunisie. Il ne peut «rien faire» de ses terres «à cause du manque d’eau». «Quand j’ai démarré avec mon père, il y avait toujours de la pluie ou bien on creusait un puits et on trouvait de l’eau», raconte-t-il. Mais depuis 10 ans, «chaque année le niveau de la nappe phréatique baisse de 3-4 mètres».

    En montrant sa plantation d’oliviers, M. Fileli souligne qu’en une dizaine d’années, il a perdu la moitié de son millier d’arbres. A l’approche de la récolte, beaucoup d’arbres arborent des fruits ratatinés et la sécheresse a obligé M. Fileli à retarder l’ensemencement du blé d’hiver et de l’orge. C’est comme une réaction en chaîne: des récoltes réduites sont synonymes de dettes accrues pour les agriculteurs et de moins d’embauches de saisonniers. En Tunisie, le chômage, monté à 18% après le Covid-19, pousse de nombreux Tunisiens à quitter le pays.

    Le phénomène affecte cultivateurs et éleveurs de toute la région. «Les nappes phréatiques d’Afrique du Nord s’assèchent sous l’effet combiné du manque de précipitations et d’un pompage excessif», explique à l’AFP Aaron Wolf, professeur de géographie à l’Université américaine de l’Oregon, en citant l’exemple de la Grande rivière artificielle de Libye, qui puise «l’eau fossile» sous le désert pour l’acheminer jusqu’aux villes côtières.

    En Algérie, de fortes pluies ont récemment fait remonter le taux de remplissage des réservoirs à 32,6% mais il reste très faible dans le centre (9%) et dans l’ouest (18%). Les incendies en août ont aussi illustré le stress hydrique subi par un pays contraint d’utiliser l’eau potable pour l’irrigation et l’industrie, faute de retraitement suffisant des eaux usées.

    Au Maroc, Mohammed Sadiki, ministre du secteur phare de l’Agriculture, a récemment déploré une chute de 84% des précipitations depuis le début de l’année, comparé à 2020. Fin octobre, le taux de remplissage des barrages plafonnait à 36%. Pour M. Wolf, les conséquences des sécheresses vont au-delà de l’agriculture, elles sont un «moteur d’instabilité politique: les ruraux migrent vers les villes où il n’y a pas d’aide, exacerbant les tensions».

    En 2050, conséquence de pluies moins abondantes et de la croissance démographique, il y aura «beaucoup moins» d’eau que maintenant en Tunisie, explique Hamadi Habaieb, responsable de la planification de l’eau au ministère tunisien de l’Environnement. Il se dit convaincu toutefois que le pays réussira à s’adapter en choisissant de nouveaux types de semences et cultures.

    A Kairouan, M. Fileli craint que ces solutions n’arrivent trop tard. Il songe à tout quitter et migrer «vers la capitale ou ailleurs». «S’il n’y a pas d’eau, pas de pluie, pourquoi rester ici ?».

    Paul RAYMOND

    Reporters, 16/11/2021

    #Maghreb #Algérie #Maroc #Sécheresse

  • L’état fragile de la sécurité alimentaire au Maghreb

    Tags : Maroc, Algérie, Tunisie, Maghreb, sécurité alimentaire – L’état fragile de la sécurité alimentaire au Maghreb

    Introduction

    L’Afrique du Nord est entrée dans une crise de sécurité alimentaire. La Tunisie, l’Algérie et le Maroc connaissent des niveaux d’inflation alimentaire sans précédent depuis les troubles civils du printemps arabe il y a dix ans. Ensuite, la flambée des prix des denrées alimentaires, en particulier la flambée des prix du pain, a contribué à alimenter les mouvements de protestation populaires contre la corruption et l’injustice qui ont renversé le dictateur tunisien de longue date Zine El Abidine Ben Ali et renversé d’autres régimes autocratiques au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MENA). Au Maroc et dans d’autres pays de la région MENA, les troubles sociaux ont suscité d’importantes réformes politiques et socio-économiques. Bien que la crise alimentaire actuelle du Maghreb ait été précipitée par les chocs économiques locaux et mondiaux provoqués par le début de la pandémie de COVID-19 en 2020 et ses conséquences en 2021, la fragilité structurelle des systèmes alimentaires en Tunisie, en Algérie, et le Maroc est responsable de la gravité du problème. Au cœur de cette fragilité se trouve l’incapacité à mettre en œuvre des mesures adéquates pour faire face à l’impact de la rareté croissante de l’eau et du changement climatique débilitant.

    La principale vulnérabilité du Maghreb est sa forte dépendance vis-à-vis des importations de céréales céréalières, tant pour la consommation humaine que pour l’alimentation animale. Le prix moyen mondial des céréales a augmenté de 27,3 % en septembre 2021 par rapport à septembre de l’année précédente et les prix ont depuis continué à grimper à un rythme encore plus rapide. Dans les ménages en Tunisie, en Algérie et au Maroc, la crise alimentaire se fait sentir le plus durement dans le prix du pain. Le prix du blé tendre utilisé dans la fabrication du pain s’élevait à 271 $ la tonneà la fin du 3T 2021, une augmentation de 22% d’une année sur l’autre. Le prix au 4T 2021 a encore augmenté alors que les stocks mondiaux ont diminué, car les producteurs des États-Unis, du Canada, de la Russie et du reste de la région de la mer Noire ont subi des dommages aux cultures dus à la sécheresse, au gel et aux fortes pluies. Aux États-Unis même, par exemple, le stock de blé ne devrait atteindre que 580 millions de boisseaux d’ici le 1er juin 2022, le plus petit en 14 ans.

    La hausse des prix des céréales a été aggravée par la flambée des coûts des engrais à base d’azote, qui ont été entraînés à leur tour par la hausse des coûts du gaz naturel ou du charbon utilisé dans leur fabrication. Dans le cas des engrais de blé, environ 80 % du coût de production provient du gaz naturel, dont le prix a quintuplé pour les fabricants européens d’engrais et environ 1,5 fois pour les fabricants américains. Le prix du blé tendre au Chicago Board of Trade le 1er novembre 2021 s’élevait à 7,95 $ le boisseau , ce qui représente une hausse de 57 % par rapport au 1er juillet 2021 et un prix jamais vu depuis janvier 2013.

    Considérée comme un test de stress de l’état de la gestion économique, agricole et environnementale en Tunisie, en Algérie et au Maroc, la crise des céréales de 2021 a révélé que les systèmes alimentaires dans les pays du Maghreb présentent des fragilités dangereuses qui pourraient se traduire par des conséquences sociales et l’instabilité politique. Cependant, de tels résultats ne sont pas inévitables et peuvent être atténués par des politiques appropriées, dont certaines ont commencé à être mises en œuvre dans la région.

    Tunisie

    La montée de l’insécurité alimentaire en Tunisie est devenue un facteur déterminant de la situation politique précaire du pays depuis l’adoption en 2014 d’une constitution démocratique. Dans la période qui a suivi cet événement marquant dans la progression de la Tunisie vers la démocratie libérale, l’insécurité alimentaire a augmenté à un rythme accéléré. Selon la moyenne triennale de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) , 25,1% des Tunisiens étaient dans un état d’insécurité alimentaire modérée à sévère en 2018-20, contre 18,2% en 2014-16. Bien que la Tunisie ait atteint l’autosuffisance en produits laitiers, légumes et fruits, le pays reste extrêmement dépendant des achats de céréales à l’étranger., important 50 % des céréales destinées à la consommation humaine et 60 % de celles destinées à l’alimentation du bétail. Les consommateurs tunisiens ont été quelque peu à l’abri du coût élevé de ces importations étrangères grâce aux subventions alimentaires du gouvernement. Le choc économique du COVID-19 suivi de la tempête parfaite de la flambée des prix mondiaux des céréales face aux conditions de sécheresse locales signifie que les subventions alimentaires de la Tunisie ne sont plus tenables compte tenu de la fragilité de ses finances publiques.

    En raison du COVID-19, le déficit budgétaire de la Tunisie en 2020 a atteint 11,5% du PIB, le plus gros déficit en près de 40 ans. Afin de faire face à la crise sanitaire immédiate et à l’impact économique dévastateur de la pandémie, le gouvernement du Premier ministre de l’époque Hichem Mechichi a accepté d’accepter un prêt d’urgence de 750 millions de dollars du Fonds monétaire international (FMI) en avril 2020. Avec son économie en difficulté et son gouvernement paralysé par une politique parlementaire dysfonctionnelle, la Tunisie est entrée en 2021, le 10e anniversaire de son expérience de transition démocratique, dans une ambiance plus anxieuse que festive. Le mécontentement qui couvait depuis longtemps face à la dégradation des conditions de vie due à la mauvaise qualité persistante des services de base du pays a été encore exacerbé par le faible déploiement du vaccin COVID-19 à Tunis. Au milieu de la flambée des prix des denrées alimentaires sans précédent depuis le printemps arabe, une nouvelle vague de protestations a éclaté à partir de la ville septentrionale de Siliana.

    Après avoir connu une contraction de 8,8% de sa croissance du PIB en 2020 , la Tunisie devait encore couvrir les remboursements de sa dette de 5,8 milliards de dollars, dont 1 milliard de dollars était dû en juillet et août 2021. Fin mai 2021, le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie a averti qu’il n’accepterait pas davantage le FMI. l’aide conduirait à une flambée de l’inflation à trois chiffres et aboutirait à un « scénario vénézuélien ». Au cours du premier trimestre 2021, la balance commerciale alimentaire de la Tunisie a affiché un déficit de 251,7 millions de dinars tunisiens (DT), inversant l’excédent de 176,8 millions de DT à la même période de l’année précédente. Le 31 mars, la puissante Union générale tunisienne du travail (UGTT) s’était engagée à accepter la réforme économique, y compris l’élimination des subventions alimentaires, comme une condition préalable nécessaire pour que le gouvernement du Premier ministre Mechichi entame des pourparlers avec le FMI. Cependant, en juin 2021, l’UGTT a annulé son soutien à Mechichi. Affirmant que le gouvernement n’avait pas fourni un filet de sécurité suffisant, l’UGTT a critiqué les augmentations des prix des denrées alimentaires et d’autres produits de base, attribuées à la mise en œuvre de mesures de réduction des coûts inspirées du FMI.

    En 2021, il a été estimé que la Tunisie devra importer 70% de ses besoins totaux en céréales et 90% du blé tendre utilisé pour fabriquer de la farine pour le pain et les produits de boulangerie. Au premier semestre 2021, la hausse du taux des importations céréalières de la Tunisie a été de 20,9%, contribuant à un déséquilibre du commerce alimentaire de 290,9 millions de dollars au cours de la période, contre 49,4 millions de dollars au cours de la même période en 2020. L’agence tunisienne des céréales a acheté 50 000 tonnes métriques de soft blé des commerçants européens en juin puis 100 000 tonnes supplémentaires en juillet, ainsi que 100 000 tonnes d’orge pour l’alimentation du bétail. Mais ces efforts se sont avérés insuffisants trop tard pour stabiliser les prix et aider à apaiser le mécontentement civil.

    Le 25 juillet 2021, le président Kais Saied, se faisant passer pour le sauveur national, a limogé le Premier ministre Mechichi et suspendu le parlement tunisien sur la base d’une interprétation controversée de l’article 80 de la constitution. Saied a ensuite prolongé la suspension au-delà de la période d’un mois prescrite par la Constitution et a annoncé qu’il gouvernerait par décret présidentiel. Jusqu’à présent, les perspectives de sécurité alimentaire de la Tunisie ne se sont pas améliorées sous le régime présidentiel direct. Le déséquilibre du commerce alimentaire à la fin du 3T 2021 s’élevait à 1,32 milliard de DT, avec des prix des céréales importées en hausse de 23,9% pour le blé tendre et de 12,6% pour le blé dur. Les prix des céréales fourragères ont également augmenté , l’orge enregistrant un bond de 18,4 % et le maïs un pic de 46,9 %.

    L’augmentation de la production céréalière intérieure de la Tunisie ne sera ni rapide ni facile. La Tunisie a du mal à garantir un approvisionnement suffisant en engrais, dans un contexte de pénurie mondiale, car la flambée des prix de l’énergie a réduit la production dans de nombreux pays d’Asie, d’Europe et d’Amérique du Nord et a fait grimper les prix des engrais. En octobre 2021, la Tunisie ne pouvait satisfaire que 25% de sa demande intérieure d’engrais. Les approvisionnements intérieurs ont également été considérablement réduits par la fermeture de six mois , de novembre 2020 à mai 2021, de l’usine d’engrais chimiques de Mdhilla à Gafsa en raison de grèves et de manifestations répétées. Même si le gouvernement a autorisé des importations supplémentaires, les agriculteurs tunisiens ont connu une augmentation de 30 à 50 % des coûts des engrais.

    La pénurie d’eau est un obstacle encore plus important à la relance de la production agricole de la Tunisie, dangereusement exacerbée par la mauvaise gestion des maigres ressources en eau du pays, dont environ 80% sont utilisées pour l’agriculture . La Tunisie a connu des températures record et des sécheresses alternant avec des épisodes de pluies torrentielles et des inondations qui ont ravagé l’agriculture et l’approvisionnement en eau du pays. Une mauvaise gestion de l’eau et des infrastructures défectueuses rendent le pays très vulnérable aux phénomènes météorologiques extrêmes provoqués par le changement climatique. Dans certaines régions de Tunisie, jusqu’à 50 % de l’eau est perdue avant d’atteindre le robinet en raison de l’insuffisance des infrastructures de distribution d’eau. La sécheresse a également causé une grave diminution des réserves d’eau. En septembre 2021,les volumes d’eau dans les barrages tunisiens s’élevaient à 730 millions de mètres cubes (mcm), contre 1,1 milliard de mètres cubes (mcm) au cours de la même période en 2020. La capacité de stockage d’eau de la Tunisie est également en baisse en raison de l’envasement croissant de ses barrages. D’ici 2035, les barrages de Mellègue et R’mili seront complètement ensablés , avec le même sort qui attend le barrage de Siliana en 2047.

    Il existe des solutions à de nombreux problèmes contribuant à la crise alimentaire et hydrique en Tunisie, mais il existe peu de solutions immédiates. La construction de nouveaux barrages, systèmes d’irrigation et installations de dessalement, ainsi que les centrales électriques supplémentaires pour les faire fonctionner, nécessiteront tous du temps et des investissements en capital. Surtout, les solutions aux problèmes de la Tunisie nécessiteront une planification politique experte et la bonne gouvernance pour mettre en œuvre les mesures.

    Algérie

    L’Algérie est confrontée à des défis économiques et climatiques similaires à ceux de la Tunisie lorsqu’il s’agit d’assurer la sécurité alimentaire de sa population, mais les défis sont à une échelle plus redoutable. Avec environ 17,4% de son territoire majoritairement désertique constitué de terres agricoles, l’Algérie est le plus grand importateur de denrées alimentaires d’Afrique. Avant COVID-19, les importations alimentaires de l’Algérie couvraient près de 75 % des besoins de sa population de 45 millions d’habitants. Malgré l’ampleur du défi, l’Algérie avait fait des progrès dans la réduction de l’insécurité alimentaire avant le déclenchement de la pandémie. Selon la moyenne triennale de la FAO, le pourcentage de la population en situation d’insécurité alimentaire modérée à sévère a chuté à 17,6 % pour la période 2018-20, contre 22,9 % pour 2014-16. Néanmoins, avant COVID-19, environ 24 millions d’Algériens dépensaient plus de 60% de leurs revenus uniquement pour répondre à leurs besoins alimentaires. Malgré sa richesse en hydrocarbures, la poursuite par l’Algérie de sa politique actuelle de subventions aux importations alimentaires dans un contexte d’inflation alimentaire mondiale galopante et de déficits de production intérieure provoqués par la sécheresse est devenue un fardeau difficile à gérer pour ses finances publiques.

    Les importations alimentaires les plus critiques de l’Algérie sont les céréales, qui contribuent à 43 % des calories totales et à 46 % des protéines du régime alimentaire algérien. Avant la crise mondiale actuelle de l’offre, les dépenses annuelles de l’Algérie pour les importations de céréales étaient d’environ 1,3 milliard de dollars . Même les années où sa production nationale donne de bonnes récoltes, l’Algérie dépend encore fortement des importations de céréales, dont 70 % sont généralement du blé tendre utilisé pour faire du pain.

    L’agriculture céréalière algérienne est très vulnérable aux phénomènes météorologiques violents. Sa production céréalière nationale devrait chuter de 38 % pour la campagne de commercialisation 2021/22 (MA) en raison d’une pluviométrie insuffisante. Par conséquent, ses besoins d’importation de blé pour la campagne de commercialisation 2021/22 devraient s’élever à 8,1 millions de tonnes métriques, soit 25 % de plus que les importations de l’an dernier. La plupart de ses importations de blé proviennent de l’Union européenne (UE), la France étant traditionnellement le plus grand fournisseur. Cependant, avec la pression mondiale sur l’approvisionnement en céréales, les exportations de céréales allemandes ont dépassé cette année celles de la France. Au-delà des effets des événements météorologiques violents et des perturbations de la chaîne d’approvisionnement liées au COVID-19, la pénurie d’approvisionnement mondiale a été exacerbée par une augmentation des importations de blé de la Chine, y compris le blé français, pour couvrir ses besoins en aliments pour le bétail. Pékin s’efforce de reconstituer rapidement sa population porcine locale après qu’une épidémie de peste porcine africaine a décimé la moitié de ses porcs, dans le but d’assurer son approvisionnement en protéines animales.

    Pour répondre aux besoins accrus d’importation de l’Algérie, le gouvernement du président Abdelmadjid Tebboune a cherché à diversifier ses fournisseurs au sein de l’UE ainsi qu’à regarder au-delà du bloc vers la Russie et jusqu’aux États-Unis et au Canada. Fin octobre 2021, la Pologne a expédié 60 000 tonnes de blé vers l’Algérie. Alger a également acheté 60 000 tonnes à la société russe Demetra Trading , les premières importations de blé russe du pays depuis 2016. Malgré la diversification de ses fournisseurs, la pénurie mondiale d’approvisionnement signifie qu’Alger doit encore faire face à la flambée des prix. En réponse immédiate, le gouvernement algérien a reporté son plan de lever indéfiniment les subventions au blé. Outre le blé, la hausse du prix de l’orge et du maïs importés d’Algérie, utilisés principalement pour l’alimentation animale, renchérit les prix des viandes rouges et blanches. Le manque de pluie dans la région des hauts plateaux , où le blé et l’orge sont principalement cultivés, a entraîné une augmentation des importations d’orge . L’Algérie importera également 5 millions de tonnes de maïs pour l’alimentation animale cette année.

    Contrairement à d’autres pays du Maghreb, l’Algérie est également confrontée à une crise d’approvisionnement en lait. Le lait est la principale source de protéines animales dans l’alimentation algérienne, fournissant environ 16% de l’apport quotidien moyen en protéines – dépassant la viande rouge, la viande blanche et les œufs combinés, qui ne représentent que 10,24%. L’Algérie est le deuxième importateur mondial de poudre de lait entier en poudre, avec des importations estimées à 255 000 tonnes en 2021 , et le cinquième importateur de poudre de lait écrémé, estimée à 160 000 tonnes. En 2020, l’Algérie a enregistré une augmentation de 3,8% de la production de laitrésultant d’une augmentation de la superficie allouée à la production laitière ainsi que d’une nouvelle interdiction gouvernementale d’utiliser du lait en poudre subventionné pour fabriquer du lait pasteurisé. Même s’il s’agit d’une amélioration, ces mesures sont loin de combler l’écart. En 2017, l’Algérie entretenait environ 200 000 vaches laitières, mais en 2021, le pays aurait besoin de plus d’un million de vaches pour satisfaire sa demande actuelle de lait uniquement avec la production nationale. De plus, l’augmentation considérable des aliments pour bétail à base de céréales probablement nécessaire à un tel effort mettrait à rude épreuve les importations céréalières du pays.

    L’approche actuelle de l’Algérie en matière de sécurité alimentaire dépend largement de la mesure dans laquelle les subventions de l’État peuvent protéger les consommateurs locaux de l’impact des augmentations des prix des denrées alimentaires sur le marché mondial. En tant qu’État rentier des hydrocarbures dans lequel le pétrole et le gaz représentent environ 95 % des revenus d’exportation , Alger s’est appuyé sur les revenus des hydrocarbures pour financer ses subventions alimentaires. Le choc économique de la pandémie de COVID-19 a fortement réduit sa capacité à financer ces subventions. En 2020, l’économie algérienne a connu une contraction de 4,6% du PIB réel , les exportations de pétrole brut et de gaz naturel liquéfié du pays connaissant chacune une baisse d’ environ 30% . Alors que la reprise des prix de l’énergie devrait pousser l’Algérie vers une croissance économique positive – les prévisions du printemps 2021 de la Banque mondialeune croissance projetée de 3,7% en 2021 et de 2,5% en 2022 – une partie de cette croissance pourrait être compensée par la flambée des factures d’importations alimentaires de l’Algérie, aggravée par la chute de la valeur du dinar algérien. Le dinar ayant régulièrement baissé de 118 contre dollar américain au 1er janvier 2019 à 138 fin octobre 2021, il deviendra de plus en plus difficile pour Alger de faire face à la hausse des coûts de ses importations alimentaires et de ses subventions.

    À l’instar de la Tunisie, l’utilisation accrue d’engrais et l’amélioration des capacités de gestion de l’eau en Algérie sont essentielles pour stimuler la production agricole nationale. Bien que l’Algérie soit riche en gaz naturel et en phosphates, deux des principales ressources utilisées dans la fabrication d’engrais, le secteur agricole du pays utilise généralement beaucoup moins d’engrais que ses voisins. En 2018, la consommation d’engrais pour l’agriculture algérienne était de 20,7 kilogrammes (kg) par hectare de terre arable, contre 44,2 kg en Tunisie et 74,9 kg au Maroc. Pour aider à atténuer le problème, la société d’énergie publique algérienne Sonatrach a signé un accord en 2018 avec la société chinoise CITIC Construction pour la construction d’un complexe intégré de production de phosphate de 6 milliards de dollars.. La méga-usine verrait la production annuelle de phosphate de l’Algérie atteindre 10 millions de tonnes métriques, ce qui entraînerait une augmentation de la production annuelle d’engrais d’une valeur d’environ 2 milliards de dollars sur les marchés mondiaux, tandis qu’une plus grande utilisation intérieure d’engrais entraînerait une augmentation des rendements des cultures à l’avenir.

    La rareté de l’eau est un défi plus fondamental pour l’Algérie. Comme la Tunisie, l’Algérie a souffert d’une mauvaise gestion de ses maigres ressources en eau. En 2012, son prélèvement d’eau douce souterraine était de 3 milliards de mètres cubes, soit environ le double du taux de recharge annuel . Selon la FAO, le taux de prélèvement est passé à 8,1 milliards de mètres cubes en 2017. La gestion inadéquate de l’eau en Algérie a été exacerbée par des infrastructures défectueuses qui entraînent des pertes de transport d’eau vers les zones urbaines d’ environ 30 %.Comme la Tunisie, les barrages algériens sont fortement impactés par l’envasement et la contamination. Pour augmenter son approvisionnement en eau, le gouvernement s’est tourné vers la technologie de dessalement énergivore et a renouvelé ses efforts pour moderniser et développer les usines de dessalement d’eau de mer. L’Algérie dispose de 11 usines de dessalement réparties dans neuf provinces et le gouvernement de Tebboune est en train de réhabiliter et de moderniser quatre d’entre elles , avec l’intention d’en construire trois supplémentaires .

    Maroc

    Le Maroc partage bon nombre des mêmes défis de sécurité alimentaire que la Tunisie et l’Algérie, mais la manière dont il vit la crise actuelle a été façonnée par son accent unique au cours des 10 dernières années sur le développement des exportations agricoles à haute valeur ajoutée. La planification agricole du Maroc au cours des 20 dernières années, et particulièrement au cours de la dernière décennie, a réussi à augmenter sa production d’exportation tout en réduisant la sous-alimentation à moins de 5% de la population. Malgré ces réalisations, la moyenne triennale de l’insécurité alimentaire modérée à sévère au Marocde 2018 à 2020 s’élève à 28%. Alors que l’autosuffisance alimentaire est un principe fondamental de la stratégie de développement du royaume depuis l’indépendance, la dépendance croissante du Maroc vis-à-vis des importations alimentaires subventionnées représente un danger croissant pour son tissu socio-économique. Comme ses voisins, le Maroc est fortement dépendant des céréales importées.

    En 2008, le royaume a lancé son Plan Maroc Vert (Plan Maroc Vert, PMV), un programme multidimensionnel de 2010 à 2020 visant à promouvoir le développement socio-économique en stimulant la production d’exportations agricoles à haute valeur ajoutée. Le PMV a réussi à augmenter la valeur des exportations agricoles du pays de 117% à environ 3,5 milliards de dollars et a créé 342 000 nouveaux emplois . En 2019, le secteur agricole marocain représentait 13 % du PIB et 38 % de l’emploi national, dont 74 % des emplois en milieu rural. Puisque la proportion de la population employée dans l’agriculture au Maroc est plus élevée que dans toute autre économie du bassin méditerranéen, le développement d’une production agroalimentaire à plus forte valeur ajoutée pour l’exportation a été considéré comme essentiel pour élever le niveau de vie d’une large frange de la société. Grâce au PMV, le secteur agroalimentaire marocain représente désormais 21% de ses exportations .

    A mi-parcours de la mise en œuvre du PMV, les céréales importées représentaient 54% de la consommation totale de céréales du Maroc, soit plus de trois fois la moyenne mondiale de 16%. En raison de l’accent mis par le PMV sur l’agriculture d’exportation, le Maroc a continué à réduire la quantité de terres agricoles consacrées à la production céréalière. Même avec ces réductions, la production céréalière en 2019 utilisait encore 59 % des terres agricoles du Maroc . Pour augmenter les rendements céréaliers, le PMV s’est concentré sur la modernisation des méthodes de production et l’introduction de variétés de blé tolérantes au climat. En 2021, ces efforts ont porté leurs fruits et le Maroc a connu une année record pour la production de blé et d’orge, récoltant 5,06 millions de tonnes de blé tendre, 2,48 millions de tonnes de blé dur et 2,78 millions de tonnes d’orge. Sa production de blé en 2021 était trois fois supérieure à celle de l’année 2020 frappée par la sécheresse et 58% supérieure à la moyenne 2016-2020. La production d’orge du Maroc a dépassé les années précédentes par une marge encore plus large. Ayant déjà prévu que 2021 serait une année record pour la production nationale de blé, Rabat a cherché à promouvoir davantage le secteur en imposant un droit d’importation de 135% sur le blé tendre étranger en avril 2021 et un droit d’importation de 170% sur le blé dur en juin 2021.

    En tant que 13e importateur mondial de blé , le Maroc n’a pas suffisamment progressé dans la relance de la production nationale de blé pour échapper à la crise actuelle. Alors que les prix du pain ont commencé à grimper en septembre et octobre, le gouvernement a été contraint de changer de cap le 27 octobre 2021, suspendant les droits d’importation sur le blé tendre et le blé dur à compter du 1er novembre. blé, le Fonds d’indemnisation du Maroc couvre la différence par des subventions. Fin 2015, le Maroc a commencé à mettre en œuvre un programme échelonné de réforme du système, car les subventions gonflées du Fonds d’indemnisation depuis la crise financière mondiale de 2008 étaient devenues un fardeau insupportable pour les finances de l’État. Bien que la deuxième phase du programmeétait censé libéraliser les prix des produits de base les plus consommés au Maroc, le gouvernement a suspendu le programme indéfiniment pour assurer la stabilité des prix pendant la crise actuelle, qui pourrait s’avérer prolongée. Le ministère de l’Économie et des Finances prévoit que les subventions au blé coûteront à elles seules au gouvernement 161,1 millions de dollars au cours de l’exercice 2022.

    Le Maroc étend son PMV avec une nouvelle initiative décennale appelée Green Generation 2020-2030 destinée à améliorer la résilience et la durabilité de la production agricole du pays pour l’exportation et la consommation intérieure tout en élevant 400 000 ménages dans la classe moyenne. Pour atteindre ces objectifs, le Maroc devra atténuer sa vulnérabilité à l’impact du changement climatique et à la prévalence croissante de la sécheresse. La hausse des températures et les conditions de sécheresse prolongée provoquent la dégradation des terres, près de la moitié des terres marocaines étant confrontées à l’érosion des sols.

    Le PMV a mis un total de 542 000 hectares en systèmes d’irrigation goutte à goutte contre seulement 128 000 hectares en 2008, ces zones irriguées représentant au moins la moitié de la croissance du PIB agricole depuis le lancement du PMV. En 2019, les terres irriguées ont généré 75 % des exportations agricoles du Maroc. Cependant, seulement 16% des terres agricoles du royaume sont irriguées à partir de barrages locaux , ce qui rend la production céréalière très variable et vulnérable aux événements météorologiques.

    Comme la Tunisie et l’Algérie, le Maroc est confronté au défi de lutter contre l’envasement de ses grands barrages vieillissants, qui connaissent un taux d’envasement de 75 mcm par an. En février 2021, Rabat a annoncé qu’elle commencerait la construction de cinq nouveaux grands barrages d’une capacité de stockage cumulée de 525 mcm dans le cadre de la phase 2020-27 de son plan national de l’eau, qui vise à porter la capacité totale des barrages du pays à 27. bcm. Rabat a également achevé 65% de la construction d’ une nouvelle usine de dessalement d’eau de mer à Agadir qui fournira de l’eau potable ainsi que de l’eau pour l’agriculture grâce à un système d’irrigation nouvellement construit.

    Conclusion

    Les solutions à l’insécurité alimentaire du Maghreb existent mais elles ne sont ni rapides ni faciles. L’agro-tech, y compris l’irrigation de précision fonctionnant à l’aide de sources d’énergie renouvelables, contribuerait grandement à améliorer les rendements agricoles de la région, en particulier lorsqu’elle est associée à des technologies de pointe en matière de gestion de l’eau. Le dessalement de l’eau de mer est énergivore et augmenterait des coûts énergétiques élevés ou nécessiterait une capacité de production d’électricité supplémentaire à partir de sources d’énergie renouvelables. Toutes ces mesures nécessitent d’importants investissements en capital. Le plan national de l’eau du Maroc 2020-2050, qui prévoit la construction de nouveaux barrages et usines de dessalement ainsi que l’extension des réseaux d’irrigation, entre autres mesures, pour promouvoir une agriculture durable et la préservation des écosystèmes, est estimé à un coût environ 40 milliards de dollars.

    Bien que les approches holistiques soient optimales, des mesures plus limitées peuvent également avoir des effets positifs importants. Une irrigation élargie est essentielle pour stimuler la production céréalière dans tout le Maghreb. En Algérie, seulement 43 % des terres agricoles irriguées sont plantées en céréales. Fin 2020, Alger a publié une stratégie de feuille de route 2020-24 pour plusieurs produits agricoles clés afin de réduire ses dépenses d’importations alimentaires. Dans le secteur du blé, la modernisation proposée de l’irrigation devrait multiplier par deux ou trois les rendements actuels, produisant potentiellement plus de 7 millions de tonnes métriques de blé par an d’ici 2024.

    En outre, les pays du Maghreb ont besoin de renforcer leurs réserves stratégiques. L’Algérie s’est fixé pour objectif de construire 31 silos métalliques qui créeraient 670 000 tonnes de capacité de stockage supplémentaire. Le 8 octobre 2021, le roi du Maroc Mohammed VI a fait de la question une priorité nationale publique dans un discours télévisé inaugurant le nouveau parlement du pays. Dans son discours, le roi a « insisté » pour que le Maroc établisse un « système national intégré » de réserves stratégiques pour les approvisionnements alimentaires, médicaux et énergétiques essentiels afin de gérer les chocs causés par les futures pénuries d’approvisionnement mondiales et autres urgences. La Tunisie, qui a été relativement plus lente à prendre des mesures à la mesure de l’ampleur de son problème d’insécurité alimentaire, a signé un accord en janvier 2021 avec le Programme alimentaire mondial des Nations Unies pour mettre en place un système de suivi de la sécurité alimentaire.

    La nécessité pour le Maghreb de mettre en œuvre de telles mesures à grande échelle ouvre la possibilité aux États-Unis et à leurs alliés européens d’approfondir leurs partenariats avec la Tunisie, l’Algérie et le Maroc – en s’engageant dans de nouveaux domaines de coopération qui, dans certains cas, pourraient remettre en question les termes de la relation. . En l’absence d’un engagement proactif des membres de la communauté transatlantique, la Chine, les États arabes du Golfe et d’autres pays sont susceptibles de combler le vide et d’accroître leur influence dans la région.

    La crise des céréales céréalières de 2021 au Maghreb ne doit pas être ignorée par la communauté internationale. La crise a révélé de graves fragilités structurelles dans les systèmes alimentaires de la Tunisie, de l’Algérie et du Maroc qui sont finalement causées par l’incapacité à mettre en œuvre des mesures adéquates pour faire face à l’impact de la rareté croissante de l’eau et du changement climatique débilitant. Le coût de l’inaction ou du manque d’action pourrait être assez élevé, car l’échec à commencer à mettre en œuvre des politiques appropriées pourrait entraîner une dangereuse instabilité sociale et politique dans un proche avenir.

    Alors que certaines des politiques nécessaires ont commencé à être mises en œuvre à des degrés divers, la bonne gouvernance pour mettre en œuvre les mesures requises sera essentielle pour déterminer le succès des efforts en Tunisie, en Algérie et au Maroc. Des solutions pour améliorer l’insécurité alimentaire au Maghreb existent, mais comme les prix alimentaires mondiaux devraient continuer à augmenter en 2022 alors que les défis climatiques à la production agricole continuent de s’intensifier, la Tunisie, l’Algérie et le Maroc – ainsi que leurs partenaires internationaux – ont peu de temps pour perdre si l’on veut éviter des conséquences catastrophiques.

    Michaël Tanchum,

    Professeur Michaël Tanchum est chercheur non-résident du programme Économie et énergie du Middle East Institute. Il enseigne à l’Université de Navarre et est chercheur principal à l’Institut autrichien pour la politique européenne et de sécurité (AIES) et chercheur invité dans le programme Afrique du Conseil européen des relations étrangères (ECFR). Les opinions exprimées dans cet article sont les siennes. L’auteur tient à remercier Rafaella Vargas Reyes et María del Pilar Cazali Castañón pour leur aide à la recherche.

    Middle East Institute, 09/11/2021

    #Algérie #Maroc #Tunisie #Maghreb #Sécurité_alimentaire

  • « Le Maroc veut revenir à la période des Mourabitines! »

    Tags : Maroc, Algérie, Mauritanie, Sahara Occidental, Maghreb -« Le Maroc veut revenir à la période des Mourabitines! »

    Le président du parti Jil Jadid assure que la démocratie ne peut être construite au détriment des intérêts supérieurs du pays. Il appelle la société politique à «se serrer les coudes» et à «réfléchir en fonction des intérêts du pays». Concernant la crise entre l’Algérie et le Maroc, il estime que ce pays voisin s’inscrit dans un axe occidental qui porte une doctrine mondialiste. Explications.

    Rym Nasri – Alger (Le Soir) – Construire un État de droit et une démocratie est l’une des ambitions des Algériens qui date depuis assez longtemps. C’est ce qu’affirme le président du parti Jil Jadid, Soufiane Djilali, qui précise que la démocratie, synonyme de liberté d’expression et de liberté d’organisation de différents programmes, ne signifie point une divergence sur les intérêts primordiaux du pays. «La démocratie est un plus dans la diversité, la possibilité de trouver des solutions différentes et de sortir d’une forme d’autoritarisme ou d’hégémonie. Elle n’est en aucun cas une remise en cause des intérêts fondamentaux d’un pays», a-t-il déclaré, hier, sur les ondes de la radio nationale chaîne 3.
    D’ailleurs, poursuit-il, «je trouve extrêmement étonnant que certains partis puissent s’aligner systématiquement sur des positions antinationales. Cela ne peut pas se faire au nom de la démocratie».

    Pour lui, être opposant et lutter pour des idées nouvelles, pour moderniser le pays et apporter des solutions différentes de celles du pouvoir en place, est tout à fait naturel. Mais s’aligner contre les intérêts vitaux du pays reste «incompréhensible». Il estime, d’ailleurs, qu’il y a une forme de pathologie dans la volonté de chacun d’arriver au pouvoir quoi qu’il en coûte. «Cela est inacceptable !», dit-il.

    Soufiane Djilali appelle ainsi la classe politique, les élites du pays, la société civile et les universitaires à se serrer les coudes et à réfléchir en fonction des intérêts du pays. «Ce n’est qu’une remise à jour de cette solidarité qui ne doit jamais quitter l’esprit de chacun de nous», souligne-t-il. Convaincu qu’il ne peut y avoir de démocratie ni d’État de droit sans stabilité du pays, il évoque certaines factions qui ambitionnent de se positionner politiquement en utilisant autant les médias sociaux que les soutiens étrangers qui «peuvent être dangereux pour le pays». Toujours est-il, il préconise de ne pas s’engager dans des politiques de répression des libertés d’expression au nom de cette volonté de sécuriser le pays. «Au contraire, le pays retrouvera sa stabilité totale le jour où les Algériens s’exprimeront librement loin de l’anarchie», note-t-il.

    S’agissant de la crise entre l’Algérie et le Maroc, le président de Jil Jadid précise que la politique extérieure du Maroc qui date depuis de longues années est assez connue de par le monde.

    «Le Maroc a une volonté très nette de récupérer des territoires autour de lui avec cette idée de grandeur, peut-être de revenir à la période des mourabitines et de s’octroyer des terres qui ne lui appartiennent pas», dit-il.

    Il estime, toutefois, que le problème va bien au-delà de ce que pose ce pays voisin aujourd’hui, comme élément de crise en Afrique du Nord. «Le Maroc s’inscrit dans un axe occidental qui porte une doctrine mondialiste. Celle-ci est une idéologie particulière dans laquelle les alliés du Maroc jouent un rôle fondamental, notamment le mouvement sioniste dans le monde. Le danger est dans les intérêts supranationaux qui sont en train de se coaliser. Il y a un axe entre le Maroc, Israël et le monde anglo-saxon en général. Aujourd’hui, la ligne de fracture n’est plus communisme et libéralisme telle que vécue durant la guerre froide, mais elle est plutôt entre mondialisme et souverainisme», fait-il remarquer.

    Selon l’invité de la radio, tous ces bouleversements idéologiques dans le monde ont des répercussions directes sur notre pays. «L’Algérie n’a pas encore déterminé sa position doctrinaire. Nous ne sommes ni dans un mondialisme effréné, ni dans un souverainisme évident. Nos partenaires sont multiples. Notre pays travaille autant avec le monde occidental, l’Europe et les États-Unis d’Amérique, mais aussi avec la Russie et la Chine. Cette position de non-alignement a des répercussions qui peuvent nous affaiblir», explique-t-il.

    Rym Nasri

    Le Soir d’Algérie, 09/11/2021

    #Maroc #Algérie #Israël #Sahara_Occidental #Mauritanie #Grand_Maroc

  • 45 ans de conflit ont plombé le développement du Maroc

    Tags : Maroc, Sahara Occidental, Front Polisario, Algérie, Maghreb, – 45 ans de conflit ont plombé le développement du Maroc

    En plus de quarante années de guerre insensée contre ses voisins et dans son conflit avec la RASD, le Royaume du Maroc a dépensé des centaines de milliards de dollars, une somme faramineuse qui manque cruellement aujourd’hui alors que le pays fait face à une dette astronomique qui frôle son PIB.

    Le moment n’est pas opportun pourtant pour guerroyer et provoquer le voisin algérien, qui malgré les divers challenges qu’il rencontre pour créer une économie diversifiée, s’en sort tout de même avec un PIB de l’ordre de 20 a 40 % supérieur à celui du Maroc. L’Algérie n’a qu’à pomper en cas de conflit, le Maroc devra rassurer les investisseurs et les touristes… Pas facile.

    Donc, nous avons une monarchie autoritaire au Maghreb qui depuis plus de 50 ans agresse ses voisins et nourrie une guerre perpétuelle pour l’annexion du Sahara Occidental avec le soutien cachée de la France et maintenant d’Israël et à moindre mesure les Etats-Unis. Voici le tableau bien familier d’une monarchie qui veut croiser le fer sans en connaître les conséquences néfastes pour ses sujets.

    Suite à l’assassinat de trois routiers algériens dans une route du désert sahraoui, Alger d’habitude émotive, s’est entièrement rangée du cote du droit en portant l’affaire à l’ONU, l’Union Africaine et diverses autres organisations internationales. Avant de prendre des vies marocaines, l’Algérie cherche une validation internationale, tout en prenant soin de diriger sa colère sur des militaires et non pas lâchement comme sur des civils comme l’armée du Maroc l’a fait à Bentili.

    En somme 50 années de manque à gagner à la construction maghrebine et aux actions de bon voisinage avec la RASD, l’Algérie, La Tunisie, la Libye se sont écoulées et ont plombé non seulement la société marocaine directement, mais aussi toute la région la privant des précieux points de performances économique et de stabilité.

    Stabilité dont Alger connaît fort bien le prix, pour avoir lutté sans relâche depuis de siècles afin d’atteindre une souveraineté dans ses frontières et une liberté dans ses positions à contre-courant du néo-colonialisme lattant auprès duquel aujourd’hui Rabat se range.

    Si la guerre entre les deux pays n’a pas lieu prochainement, la paix, paradoxalement, ne viendra jamais. Il faut s’attendre à une polarisation du monde dans cette région du monde et dans le Sahara avec un Maroc Otanien et une Algérie russo-chinoise. Même si Alger ne veut pas de base russe ou étrangère sur son territoire, l’armement et le soutien militaire de Moscou en conjonction de la finance et la logistique chinoise sont suffisant pour faire face à un Maroc africomiste et sioniste.

    En plus de 50 ans de conflit, le Maroc a dépensé environ 7, 5 fois de quoi régler sa dette actuelle qui est de l’ordre de 90 milliards d’Euros.

    Une nouvelle guerre entre grandes puissances interposées aura-t-elle lieu au Maghreb à vol d’oiseau de l’Europe ? Il y a de fortes chances qu’un scénario pareil prenne forme si les décisions du royaume ne reposent que sur l’orgueil d’un seul homme.

    Aldjazair.org, 08/11/2021

    #Maroc #Sahara_Occidental #Front_Polisario #Algérie #Maghreb #Economie #Développement #Dette

  • Algérie-Mauritanie: Vers le renforcement de la coopération

    Tags : Algérie, Mauritanie, coopération, sécurité, – Algérie-Mauritanie: Vers le renforcement de la coopération

    Les travaux de la première session du Comité bilatéral frontalier algéro-mauritanien ont débuté, ce lundi à Alger, sous la co-présidence du ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, Kamel Beldjoud, et son homologue mauritanien, Mohamed Salem Ould-Merzoug.

    Ont pris part à cette réunion de deux jours les walis d’Adrar et de Tindouf et le wali de Tris Zemour (Mauritanie), ainsi que des représentants ministériels et des services de sécurité deux pays. Comprenant des régions de compétence, en l’occurrence la wilaya de Tiris Zemmour (Mauritanie) et celle de Tindouf (Algérie), le Comité bilatéral a pour mission le renforcement des opportunités d’investissement, la réalisation des projets de partenariat communs dans les secteurs prioritaires au niveau des zones frontalières communes, la promotion et l’intensification des échanges économiques, commerciaux, culturels et sportifs, en sus du désenclavement des populations de ces zones frontalières. Les travaux du comité bilatéral frontalier, qui se poursuivront à huis clos, aboutiront à des recommandations opérationnelles qui constitueront un plan de travail concernant tous les secteurs.

    Dans ce cadre, Kamel Beldjoud a appelé les experts en sécurité en Algérie et en Mauritanie à poser le premier jalon de la création d’une commission sécuritaire conjointe chargée de sécuriser les deux pays. «Cette commission sécuritaire proposera des mesures garantissant la sécurité des deux pays et l’intégrité de leurs citoyens», a précisé Beldjoud à l’ouverture des travaux, ajoutant que la création de cette commission sécuritaire dans la conjoncture actuelle «est plus que nécessaire pour relever les défis sécuritaires transfrontaliers». Elle contribuera à «contrecarrer toute menace à notre sécurité commune, notamment sur la bande frontalière», a-t-il poursuivi.

    Le ministre a, dans ce contexte, appelé à intensifier les rencontres périodiques de concertation dans la région, œuvrer de concert à la sécurisation de la frontière commune et échanger des informations dans le cadre de la lutte contre le crime organisé sous toutes ses formes. Pour sa part, le ministre mauritanien de l’Intérieur et de la Décentralisation, Mohamed Salem Merzoug, a estimé que la première rencontre du Comité bilatéral frontalier représente «un nouveau jalon dans l’édifice de la coopération bilatérale, conformément aux clauses du mémorandum d’entente signé à Nouakchott en avril 2021 après la création d’un poste frontalier terrestre entre les deux pays, le premier passage frontalier officiel entre les deux pays qui a donné une forte impulsion aux relations de coopération bilatérale».

    Horizons, 09/11/2021

    SÉCURISATION DES FRONTIERES COMMUNES : L’Algérie et la Mauritanie « décidés » à coopérer

    «Nous œuvrons à sécuriser toutes les régions du pays », a indiqué le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire M. Beldjoud dans une déclaration à la presse en marge de l’ouverture de la première session du comité bilatéral frontalier algéro-mauritanien, qualifiant l’assassinat des trois ressortissants algériens « d’acte criminel lâche perpétré par le Makhzen ».

    Cette déclaration renseigne sur la détermination de l’Algérie à ne pas laisser passer cet acte ignoble et à se réserver le droit d’user des réponses appropriées et dans les délais qu’elle juge propices. M. Beldjoud qui a présidé, conjointement avec son homologue mauritanien, M. Mohamed Salem Ould Merzoug, ministre mauritanien de l’Intérieur et de la Décentralisation, a appelé les experts sécuritaires des deux pays à poser le premier jalon de la création d’une commission sécuritaire conjointe chargée de sécuriser les deux pays. Cet appel intervient alors que la région d‘Afrique du nord et du Maghreb fait face à de nombreux défis et menaces terroristes, exacerbés par l’intrusion d’Israël appelée, par le Makhzen, au secours du palais royal en butte à une rude bataille de succession. M. Ould Merzoug a souligné, pour sa part que la Mauritanie allait « continuer à assurer le bon voisinage et la paix et respecter les chartes du droit international », ajoutant que les relations « historiques » entre l’Algérie et la Mauritanie « se caractérisent par le bon voisinage et le travail au mieux des intérêts des deux pays et des deux peuples frères ».

    M. Beldjoud, conscient des dangers qui menacent la sécurité des deux pays a appelé à intensifier les rencontres périodiques de concertation dans la région, à œuvrer de concert à la sécurisation de la frontière commune et à échanger des informations dans le cadre de la lutte contre le crime organisé sous toutes ses formes. Cela suppose que l’Algérie est convaincue que la sécurité dans la région ne peut se concevoir dans un cadre isolé. C’est pourquoi, des analystes n’excluent pas la possibilité de voir, à l’avenir, des réunions, similaires tenues avec le Niger ou encore le Mali pour sécuriser les frontières sud de la menace terroriste que font peser les groupes implantés dans la région du Sahel ou encore avec la Tunisie et la Libye pour mieux appréhender la menace provenant du conflit en cours entre les factions libyennes.

    Le ministre mauritanien a estimé que la première rencontre du Comité bilatéral frontalier représente « un nouveau jalon dans l’édifice de la coopération bilatérale, conformément aux clauses du mémorandum d’entente signé à Nouakchott en avril 2021 après la création d’un poste frontalier terrestre entre les deux pays, le premier passage frontalier officiel entre les deux pays qui a donné une forte impulsion aux relations de coopération bilatérale ». Il faut rappeler dans ce cadre, que l’attaque contre les camions algériens s’est produite dans une zone non loin des frontières mauritaniennes ce qui laisse deviner son caractère sauvage et délibéré. Le commandement des FAR, était au courant que le convoi de camions était à l’arrêt, dans une zone loin du mur de séparation entre la zone sous contrôle marocain et les territoires sahraouis libérés, mais cela ne l’a pas empêché de procéder à la frappe ce qui relève d’un terrorisme d’État et du crime abject.
    Slimane B.

    Le Courrier d’Algérie, 09/11/2021

    #Mauritanie #Algérie #Maghreb #Tindouf #Zouérat

  • Algérie-Maroc: La responsabilité du Conseil de sécurité engagée

    Algérie-Maroc: La responsabilité du Conseil de sécurité engagée – Le Conseil de sécurité est appelé à assumer l’entière responsabilité de la grave détérioration de la situation au Sahara occidental et au Maghreb

    Le Conseil de sécurité est appelé à assumer l’entière responsabilité de la grave détérioration de la situation au Sahara occidental et au Maghreb. L’adoption de la résolution 2602 lors de la réunion du Conseil de sécurité tenue le vendredi 29 octobre 2021 a ouvert la voie à une sérieuse dégradation de la situation dans une région sujette à toutes les dérives en raison des errements gravissimes du Makhzen alaouite.

    L’assassinat prémédité, à coup de drones, de trois camioneurs algériens le 1er novembre dernier alors qu’il s’apprêtaient à entrer en Mauritanie, renseigne sur l’étendue de l’hystèrie de Rabat. Lors de sa dernière réunion, le conseil de sécurité et sans compter qu’il n’a pas dénoncé l’occupation par l’armée marocaine de la zone tampon d’El-Guerguerrat, il ne fera aucune allusion à un référendum d’autodétermination dans ce territoire considéré par l’ONU elle-même comme étant non autonome.

    Le 6 septembre 1991, lors de la signature de l’accord de cessez-le feu entre la République Arabe Sahraoui (RASD) et le Maroc il a été convenu de respecter les positions sur le terrain des forces en conflit et que l’ONU et l’OUA (UA actuellement) devaient parrainer un processus de décolonisation en organisant un référendum d’autodétermination au Sahara occidental.

    Presque trente ans plus tard, le 13 novembre 2020 et alors que le processus d’organisation du référendum est toujours bloqué, le makhzen mène une opération illégale d’occupation de la zone tampon d’El-Guerguerrat, prétextant la libre circulation des véhicules de marchandises vers l’Afrique subsaharienne. Un acte hostile qui ne laissait aucun autre choix au Polisario en dehors de celui de reprendre la lutte armée.

    Mais depuis et au lieu d’affronter la nouvelle donne introduite par la violation du cessez-le-feu avec le la république Arabe Sahraoui, le royaume Mohamed 6 a multiplié les provocations envers l’Algérie.

    Le 16 juillet 2021 le représentant du Maroc à l’ONU distribue aux pays membres du mouvement des non-alignés une note officielle déclarant le soutien au mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK) , classé comme organisation terroriste par l’Algérie. Le même mois, le makhzen est impliqué dans une grave affaire d’espionnage international. Un logiciel israélien, nommé Pegasus, est utilisé par les services de renseignements marocains pour espionner 6000 algériens, entre hauts responsables, chefs de partis politiques, militants des droits de l’homme et journalistes.

    Un mois après ce scandale, le ministre israélien des affaires étrangères en visite au Maroc ne s’est pas jamais lors d’une conférence de presse avec alter ego marocain, Nasser Bourita, d’accuser l’Algérie de collusion avec l’Iran pour empêcher l’admission d’Israël d’accéder en tant que membre observateur à l’union africaine . Une menace à peine voilée à l’égard de l’Algérie en réaction à ses positions de soutien aux causes justes à travers le monde.

    Embraser l’Afrique du Nord
    Après ce triste épisode, le Maroc a accentué la provocation conduisant à une réaction ferme de l’Algérie. Le mardi 23 août 2021, le ministre algérien des affaires étrangères, Ramtane Lamamra, annonce officiellement la rupture officielle des relations diplomatiques avec le Maroc. Si depuis le mois d’août la crise entre Alger et Rabat est restée dans la diplomatie et l’économie, l’assassinat de trois ressortissants algériens par l’armée marocaine à fait monté la tension d’un cran. Le Maroc cherche-t-il l’embrasement de toute l’Afrique du nord ?

    Pour saisir la stratégie du makhzen, il est utile de revenir à El-Guerguerat. Le Maroc ne tire aucun avantage économique important en exportant ses marchandises par route vers l’Afrique saharienne. La distance entre le plus grand port marocain, Tanger, qui appartient aux Emiratis, et Dakar est de 3322 km. Le prix d’un litre de gasoil au Maroc est de 1,006 dollars, soit l’équivalent de 145 dinars algériens.

    Actuellement, le plus important marché africain pour le Maroc, c’est la Côte d’Ivoire. Et la distance entre Tanger et Abidjan dépasse les 5200 kilomètres. Avec un prix aussi élevé des carburants, il n’est nullement très rentable d’exporter des marchandises par le Maroc sur de très longues distances.

    Le coup de force du Makhzen à El-Guerguerrat n’était pas exclusivement dicté par des considérations économiques. Mais obéissait surtout à la politique du fait accompli de l’occupation du Sahara occidental mené depuis des années par le makhzen. Pour preuve, la violation du cessez-le-feu a été suivie par la reconnaissance de la marocanité du Sahara occidental par le président sortant des Etats-Unis, Donald Trump, et la normalisation des relations avec Israël. Mais le makhzen a vite déchanté. Le nouveau locataire de la Maison-Blanche, Joe Biden, n’a pas officiellement adopté la position de son prédécesseur concernant le Sahara occidental, tandis que le congrès américain a rejeté récemment le projet d’ouverture d’un consulat US à Dakhla.

    Par ailleurs, le tribunal européen annule des accords commerciaux incluant les territoires occupés du Sahara occidental. En réalité, le Maroc ne peut plus soutenir sur le long terme les coûts de sa colonisation du Sahara occidental. Il doit coûte que coûte imposer son chantage à la communauté internationale. Son rapprochement avec Israël a pour but d’intimider l’Algérie. Israël ne peut pas aller au-delà de la vente d’équipements militaires, comme les drones, au Maroc. Israël a déjà fort à faire avec le Hezbollah, le Hamas à Gaza et l’Iran, pour ouvrir un nouveau front avec l’Algérie en Afrique du Nord.

    Il ne reste alors pour le makhzen que d’attirer directement l’Algérie dans un conflit armée ouvert pour faire pression sur les grandes puissances et imposer une solution qui permettrait de sauver la monarchie. Après 46 ans de colonisation, l’existence même de la monarchie au Maroc est aujourd’hui étroitement liée au sort du Sahara occidental.

    L’Algérie saisit les instances internationales

    L’Algérie a décidé de prendre à témoin les instances internationales suite à l’assassinat de trois ressortissants algériens par l’armée marocaine, le 1er Novembre 2021, dans un bombardement aux drones ayant ciblé leurs camions de transport de marchandise à la ligne de frontières avec la Mauritanie. C’est ce qu’a fait savoir ce jeudi soir 4 novembre 2021, le ministère des affaires étrangères.

    Dans le cadre du suivi des prolongements internationaux du lâche assassinat de trois ressortissants algériens en territoire sahraoui libéré par les forces d’occupation marocaines, le Ministre des Affaires Etrangères et de la Communauté Nationale à l’Etranger, M. Ramtane LAMAMRA, a adressé des messages au Secrétaire Général de l’ONU, M. Antonio Guterres, au Président de la Commission de l’Union Africaine, M. Moussa Faki Mahamat, au Secrétaire Général de la Ligue des Etats Arabes, M. Ahmed Aboul Gheit, et au Secrétaire Général de l’Organisation de la Coopération Islamique, M. Youssef Ben Ahmed Al-Othaimeen, indique le ministère.

    Dans ces correspondances officielles, M. LAMAMRA a informé les responsables des organisations internationales de la gravité extrême de l’acte de terrorisme d’Etat en question qu’aucune circonstance ne saurait justifier.
    Il a souligné que “l’emploi par l’Etat occupant d’un armement sophistiqué meurtrier pour entraver la libre circulation de véhicules commerciaux dans un espace territorial sur lequel il n’a aucun droit, constitue un acte de fuite en avant porteur de risques imminents pour la sécurité et la stabilité au Sahara Occidental et dans toute la région”.

    Le Ministre des Affaires Etrangères et de la Communauté Nationale à l’Etranger a réitéré , dans ce cadre, la volonté et la capacité de l’Algérie d’assumer ses responsabilités en matière de protection de ses ressortissants et de leurs biens en toutes circonstances.

    Dans ce même contexte, des Ambassadeurs accrédités auprès de l’Algérie ont été reçus au Ministère des Affaires Etrangères.

    Les trois chauffeurs de camions algériens ont été tués dans un bombardement mené dans l’après-midi du 1er novembre 2021 par l’armée marocaine contre leur convoi dans la route entre la ville frontalière algérienne Tindouf et Zouiret en Mauritanie. C’est ce qu’ont fait savoir plusieurs sources dont des proches des victimes et une conseillère du président sahraoui Ibrahim Ghali.

    Les camions de fret faisaient régulièrement la liaison Nouakchott-Ouargla, selon un des proches des victimes dont deux roulaient à bord de leur camion de la marque allemande MAN. Le troisième chauffeur tué était originaire de Ouargla et était aussi un habitué du trajet. Les victimes effectuaient une mission d’exportation de ciment blanc vers la Mauritanie.

    L’agression marocaine s’est déroulée entre les localités d’Aïn Bentili et Bir Lahlou en territoire libéré, le tronçon qui conduit à la route entre l’Algérie et la Mauritanie.
    Les deux camions étaient à l’arrêt lorsqu’ils ont été la cible de bombardements par l’artillerie marocaine provenant de derrière le mur de séparation se trouvant à plus de 25 km du lieu du drame.

    L’une des victimes de l’agression marocaine est Hmida Boumediene, originaire de Laghouat, dont l’annonce de sa mort a été faite sur Facebook par son neveu Djallal Eddine Boumedienne habitant Ain Madi à Laghouat.
    Les deux autres victimes sont Ahmed Belkhir Chtam et Brahim Larbaoui tous deux de Ouargla.

    Le jeune Indépendant, 06/11/2021

  • L’érosion des côtes du Maghreb

    L’érosion des côtes du Maghreb – Au Maghreb, la santé du littoral et des plages joue un rôle important pour assurer un revenu aux populations

    Les zones côtières du Maghreb revêtent une importance capitale non seulement pour la préservation de la biodiversité — le bassin méditerranéen fait partie des 25 principales zones critiques de biodiversité au monde (a) —, mais aussi pour le développement de l’économie bleue, synonyme de production de richesses, de création d’emplois et de source de revenus. La majorité de la population maghrébine vit sur le littoral ou à proximité, et de nombreux habitants sont tributaires des zones côtières qui pourvoient à leur subsistance. En Tunisie (a), par exemple, le tourisme et les activités en lien avec ce secteur, qui fournissent un emploi à quelque deux millions de personnes, ont contribué à 14,2 % du PIB en 2018 ; au Maroc (a), cette part ressortait à environ 18,6 % du PIB en 2017, assurant 16,4 % des emplois. L’intégrité des zones côtières et maritimes influe également de manière directe ou indirecte sur d’autres secteurs, comme la pêche. Les emplois de l’économie bleue (pêche, tourisme…) sont particulièrement importants pour les ménages à faible revenu ; leur disparition ferait basculer de nombreux pêcheurs et employés du tourisme dans la pauvreté, une situation comparable aux perturbations que la pandémie de COVID-19 a engendrées. Le recul des plages saperait les nombreuses sources de revenus de l’économie bleue ; ce processus lent, déjà enclenché, a fait (à moitié) disparaître des plages et devrait s’accélérer avec les changements climatiques.

    L’érosion du littoral au Maghreb : des preuves tangibles

    L’érosion du littoral constitue une grave menace pour les moyens de subsistance des populations côtières. Dans un rapport récent, notre équipe a mené une évaluation des modifications du paysage côtier, en termes de superficies perdues et gagnées. Elle a constaté qu’entre 1984 et 2016, l’érosion des plages du Maghreb a atteint un rythme moyen de 15 centimètres (cm) par an, soit plus du double de la moyenne mondiale (7 cm) ; seules les côtes d’Asie du Sud reculent à un rythme plus élevé (voir figure 1). La Tunisie subit le taux d’érosion le plus important, avec un retrait annuel de près de 70 cm en moyenne, suivie de la Libye (28 cm). Au Maroc, le littoral sablonneux disparaît au rythme moyen de 12 cm par an sur la façade atlantique et de 14 cm sur la côte méditerranéenne (près de deux fois plus que la moyenne mondiale). Face à l’élévation du niveau de la mer et à la fréquence accrue des phénomènes météorologiques extrêmes, ces phénomènes d’érosion vont s’exacerber à terme (a). En l’absence de mesures d’adaptation, les populations littorales et leurs moyens de subsistance risquent d’être durement frappés par l’intensification de l’érosion, les risques d’inondation et la pollution côtière.

    Figure 1 : Le Maghreb est la deuxième région du monde où l’érosion du littoral est la plus rapide

    Érosion côtière nette par région, taux moyen de 1984 à 2016

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    Note : Les colonnes en orange correspondent aux différents groupes de pays au sein de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord.

    Source : D’après Luijendijk et al., 2018.

    Quelles sont les causes de l’érosion côtière ?

    Le littoral évolue constamment : certaines zones peuvent gagner du terrain (aggradation) et d’autres en perdre (érosion). Les activités humaines telles que l’extraction de sable, le développement d’infrastructures côtières ou la construction de barrages sur les fleuves à l’intérieur des terres peuvent modifier considérablement ces mécanismes naturels, et ce, à des degrés divers (voir figure 2). En Afrique du Nord, les pressions anthropiques constituent les principaux facteurs (a) d’érosion côtière.

    Figure 2 : Les activités humaines influent sur l’érosion du littoral, tout comme la menace imminente des changements climatiques

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    Source : Giardino et al., 2018.

    L’érosion côtière n’est pas un processus homogène sur le littoral. Notre équipe s’est associée au Centre national d’océanographie (NOC) (a) au Royaume-Uni et à l’Agence spatiale européenne (ESA) (a) pour comprendre en détail ce phénomène. Grâce à cette coopération, nous avons pu obtenir un jeu de données maillées très précis, capable de détecter les « points chauds » de l’érosion côtière. La figure 3 ci-dessous montre les résultats de cette analyse pour le littoral méditerranéen marocain : certaines zones se sont érodées en un faible laps de temps (le trait de côte reculant de quelques mètres par an), d’autres n’ont pas beaucoup changé et d’autres endroits montrent un littoral en progression.

    Figure 3 : Évolution du littoral méditerranéen du Maroc

    Points chauds de l’érosion côtière

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    La plage d’Hammamet, au sud de Tunis, offre un exemple éloquent (voir figure 4). En l’espace de 13 ans (2006 à 2019), plus de la moitié de la plage a disparu.
    Figure 4 : Érosion côtière sur la plage d’Hammamet en Tunisie

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    Note : En orange, la plage en 2019 ; en vert clair, sa superficie en 2006.

    L’érosion du littoral au Maghreb : un coût économique et social

    Notre équipe a également évalué les répercussions économiques de l’érosion côtière au Maghreb. Il en ressort que les coûts annuels liés aux pertes de terres et d’infrastructures représentent environ 2,8 % du PIB en Tunisie, 0,7 % en Libye, 0,4 % au Maroc et 0,2 % en Algérie. L’écart important des coûts liés à la destruction des biens s’explique par de nombreux facteurs, comme le taux d’érosion, le degré d’urbanisation et le prix du foncier. Ces coûts sont en outre minorés dans la mesure où ils n’intègrent pas des valeurs comme le manque à gagner dans le tourisme. Or, le rétrécissement des plages pourrait largement peser sur l’économie bleue des pays de la région où le tourisme occupe une place centrale. Les chiffres pour les pays d’Afrique de l’Ouest (a) laissent entendre que chaque année, la part de ces coûts indirects pourrait représenter jusqu’à 45 % des coûts directs.

    Celles et ceux qui vivent de l’économie bleue, dans le secteur de la pêche et du tourisme notamment, sont en majorité employés de manière informelle : ils ne disposent d’aucun filet de sécurité sociale et sont particulièrement exposés aux pertes de revenus dues à l’érosion côtière. Au Maroc, par exemple, les quelque 700 000 personnes employées dans la pêche et la transformation du poisson travaillent souvent dans le secteur informel. L’informalité est moins répandue dans le tourisme, mais malgré tout bien présente. En Tunisie, la contribution du secteur informel à l’économie atteint 30 à 40 % du PIB (a), une grande partie des actifs, surtout les jeunes, étant employée dans le secteur du tourisme. L’érosion côtière ronge lentement, mais sûrement, une part importante de leur travail et les fragilise toujours plus.

    Des politiques pour contrer l’érosion côtière

    Dans les pays du Maghreb, l’adoption d’une trajectoire de développement vert, résilient et inclusif passe par une gestion durable des côtes. Et si certains facteurs d’érosion côtière, comme ceux provoqués par le changement climatique, échappent au contrôle immédiat des pays, ces derniers peuvent toutefois agir sur plusieurs fronts. Il s’agit avant tout de lutter contre l’érosion côtière et de piloter le développement du littoral, en se fondant sur une vision globale des changements dans le paysage côtier et des différents acteurs concernés par ces aménagements. Ce défi nécessite la mise en œuvre de programmes globaux de gestion intégrée des zones côtières (GIZC), comme le tout récent schéma régional du littoral dans la région de Rabat-Salé-Kénitra (nord du Maroc), déployé avec le soutien de la Banque mondiale et de l’Italie. Ces dispositifs peuvent s’accompagner d’incitations fiscales. C’est le cas en France, où les recettes d’une taxe sur les travaux de construction côtière sont redistribuées aux autorités locales, afin d’appuyer les politiques foncières qui contribuent à la conservation des zones côtières.

    Dans le cadre des programmes de GIZC, certaines mesures d’ingénierie concrètes peuvent également lutter contre l’érosion côtière. L’accent devrait être mis sur les solutions fondées sur la nature, pour une plus grande résilience des actifs côtiers, tout en revitalisant les écosystèmes essentiels : stabilisation des dunes par la végétation, plantation d’herbiers marins ou encore réhabilitation des récifs coralliens. Les mesures dites « douces », comme le rechargement des plages ou l’installation de brise-vent qui favorisent l’ensablement, sont également des options viables. La Tunisie a adopté plusieurs mesures douces pour lutter contre l’érosion côtière, avec notamment l’érection de plus de quatre kilomètres de palissades en pin (a) pour stabiliser les dunes. Les initiatives de stabilisation et de rechargement des plages doivent toutefois se doubler de mesures d’interdiction effectives de l’extraction illégale de sable. De même, la suppression ou la rénovation des barrages favorisent le transport des sédiments, permettant ainsi de réduire l’érosion côtière (a) en aval.

    L’érosion côtière grève considérablement le développement de l’économie bleue du Maghreb. Les coûts sont appelés à augmenter, exacerbés par l’élévation du niveau de la mer et des événements climatiques extrêmes. À l’avenir, les États du Maghreb devraient renforcer leur préparation à la lutte contre les effets néfastes de l’érosion côtière. Cela passe par l’adoption et la poursuite de programmes de gestion intégrée des zones côtières, ainsi que par la promotion de solutions de protection naturelles. Le rapport Blue Skies, Blue Seas à paraître formulera des recommandations sur la manière d’aborder le recul des côtes maritimes dans un contexte régional plus large.

    La Banque Mondiale, 29/10/021