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  • Guerre froide au Maghreb: ça brûle entre l’Algérie et le Maroc

    Guerre froide au Maghreb: ça brûle entre l’Algérie et le Maroc

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    Le 22 septembre, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a annoncé la fermeture de l’espace aérien algérien à tous les avions civils et militaires marocains. Cette décision intervient près d’un mois après que l’Algérie a rompu ses relations diplomatiques avec le Maroc le 24 août en représailles aux appels d’un diplomate marocain à une plus grande autodétermination dans la région algérienne de Kabylie. Les États-Unis ont officiellement reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en décembre 2020, et l’État marocain a renouvelé la répression du Front Polisario nationaliste sahraoui soutenu par l’Algérie. Combinés, ces facteurs ont également poussé les relations algéro-marocaines à un point de rupture, selon Al Jazeera.

    Le responsable algérien Amar Belani a déclaré à Reuters que « l’adoption de mesures supplémentaires ne peut être exclue ». Le gouvernement algérien pourrait expulser les immigrés marocains si les tensions persistent, comme l’a averti le spécialiste des relations internationales Yahia Zoubir dans The Conversation. En décembre 1975, le président algérien Houari Boumédiene a créé un précédent troublant en ordonnant l’expulsion d’environ 350 000 ressortissants marocains en réponse à l’occupation du Sahara occidental par le Maroc et la Mauritanie. Aujourd’hui, plus de 45 000 Marocains (dont beaucoup sont sans papiers) vivent toujours en Algérie. Les plâtriers, les commerçants et les étudiants universitaires craignent d’être également expulsés si cette rupture diplomatique devenait incontrôlable, selon Middle East Eye.

    Pour désamorcer la crise, Alger devrait abandonner sa position de confrontation et opter pour des gestes plus conciliants pour apaiser Rabat. Le ministre algérien des Affaires étrangères Ramtane Lamamra est un ancien commissaire de l’Union africaine à la paix et à la sécurité. Il a acquis une vaste expérience dans la résolution de conflits tout au long de sa carrière diplomatique.

    De plus, comme l’a déclaré l’Institut d’études de sécurité, Lamamra est éminemment qualifié pour négocier un règlement pacifique avec ses homologues marocains si les supérieurs du gouvernement algérien le lui permettent.

    La communauté internationale pourrait également faire pression sur Rabat pour qu’il accorde un référendum sur l’indépendance au peuple sahraoui. Le 29 septembre, un tribunal européen a annulé les accords de commerce et de pêche de l’Union européenne avec le Maroc, les habitants du Sahara occidental n’ayant jamais accepté ces accords. Cela pourrait contraindre Rabat à mettre en place un référendum et mettre enfin un terme à la question du Sahara occidental qui a tant envenimé les relations algéro-marocaines pendant des années.

    Selon la politologue Khadija Mohsen-Finan, la dernière querelle entre l’Algérie et le Maroc marque un nouvel épisode d’une rivalité de quatre décennies entre deux nations en lice pour la suprématie sur le Maghreb.

    Enhardi par le mécontentement chronique qui afflige la société algérienne, le Maroc cherche à supplanter son voisin affaibli en tant que grande puissance d’Afrique du Nord. Pour atteindre cet objectif, Rabat renforce ses liens économiques avec Israël et envisage de moderniser l’Armée royale marocaine.

    Le Maroc a élargi ses relations avec les militaires étrangers et les sous-traitants de la défense, en particulier aux États-Unis et dans d’autres États membres de l’OTAN au cours de l’année écoulée, selon Defense News. Middle East Eye rapporte que la Turquie a également envoyé des cargaisons de drones au Maroc au début du mois. Alger a réagi avec inquiétude à ces développements, en particulier à la lumière des révélations du logiciel espion Pegasus en juillet, qui ont révélé que les forces de sécurité marocaines avaient piraté les téléphones de milliers de politiciens et de militaires algériens. En réponse, l’Algérie s’apprête à renforcer son arsenal avec des armes chinoises, comme le note Observ Algérie.

    Une guerre froide qui couve est susceptible de fournir un prétexte aux deux régimes pour durcir les mesures de sécurité intérieure et justifier de nouvelles mesures de répression contre la dissidence. Amnesty International a signalé en juillet que les autorités algériennes avaient déjà menacé ou détenu des centaines de militants et de journalistes depuis février. La police et les juges comparent les manifestants pacifiques, qui espèrent relancer le mouvement Hirak qui a renversé le président autocratique Abdelaziz Bouteflika du pouvoir en 2019, aux terroristes cherchant à déstabiliser le pays. Amnesty a également découvert des preuves que les forces de sécurité marocaines commettent des crimes odieux contre des militants sahraouis, notamment du harcèlement, des passages à tabac et des viols.

    Ce bruit de sabre ne peut pas conduire à la guerre. Les organisations internationales comme les Nations Unies, l’UE et l’Union africaine doivent mettre en commun leurs efforts et leurs ressources pour ramener Alger et Rabat à la table des négociations avant qu’il ne soit trop tard.

    Jean-Philippe Pierre

    OWP, 02/10/2021

  • Algérie-ONU: Ramtane Lamamra remet les pendules à l’heure

    Algérie-ONU: Ramtane Lamamra remet les pendules à l’heure

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    Le chef de la diplomatie algérienne, Ramtane Lamamra, s’est exprimé hier, lundi 27 septembre, devant l’assemblée générale de l’ONU où il a évoqué le conflit au Sahara occidental et a dénoncé l’ « intransigeance » du Maroc.

    Dans son discours, le ministre algérien des Affaires étrangères a réitéré les positions de principe de l’Algérie et son soutien aux causes justes, notamment celles de la Palestine et du peuple sahraoui qui lutte pour son indépendance Concernant le conflit du Sahara occidental, Ramtane Lamamra a réaffirmé le soutien de l’Algérie « au droit du peuple sahraoui à l’autodétermination ». Dans la foulée, il a appelé l’ONU à « assumer ses responsabilités juridiques envers le peuple sahraoui et à garantir ses droits inaliénables ».

    « L’organisation d’un référendum libre et équitable pour permettre à ce vaillant peuple de déterminer son desti et décider son avenir politique, ne peut demeurer à jamais l’otage de l’intransigeance d’un État occupant », a-til dit. Le Chef de la diplomatie algérienne a accusé le Maroc d’avoir « failli à plusieurs reprises à ses obligations internationales, en particulier celles découlant du Plan de règlement élaboré par l’Organisation des Nations-Unies en partenariat avec l’Organisation de l’unité africaine de toutes les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale ».

    Ramtane Lamamra a rappellé aussi qu’il s’agit d’une question de décolonisation, comme l’ont reconnu le droit et la légalité internationale « à travers les résolutions du Conseil de sécurité, ainsi que l’avis juridique consultatif rendu par la Cour internationale de justice il y a quatre décennies ».

    Le conflit au Sahara occidental ne peut donc trouver de solution qu’à travers « l’application du principe de l’autodétermination », a-t-il insisté, en rappelant le rôle de l’Algérie pour maintenir dans la région du Maghreb, dans un contexte de tensions régionales marquées par la crise en Libye et au Sahel. « L’Algérie, pays voisin et observateur du processus politique, oeuvre, sur la base de ce principe, à être une source de paix, de sécurité et de stabilité pour son voisinage, considérant que le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination est inaliénable, non négociable, et imprescriptible », a rappelé M. Lamamra.

    « Dans ce contexte, l’Algérie appuie la décision du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine de lancer des négociations directes entre le Royaume du Maroc et la République arab sahraouie démocratique, deux pays membres de l’Union africaine », a conclu Lamamra. L’Algérie a rompu ses relations avec le Maroc le 24 août dernier, en réaction à une série d’ « actes hostiles » de la part du royaume. Mercredi, elle a décidé aussi de fermer son espace aérien aux avions militaires et civils marocains.

    Par : LAKHDARI BRAHIM

    Le Midi Libre, 28/09/2021

  • Lamamra: L’Algérie est une source de paix et de stabilité

    Lamamra: L’Algérie est une source de paix et de stabilité

    Algérie, diplomatie, Maroc, Maghreb, ONU, Libye, Mali, Sahel, #Algérie, Sahara Occidental,

    Le ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, Ramtane Lamamra s’est exprimé ce lundi devant l’assemblée générale de l’ONU où il a réitéré les positions de principe de l’Algérie et son soutien aux causes justes, notamment celles de la Palestine et du peuple sahraoui qui lutte pour son indépendance.

    Concernant le conflit au Sahara occidental, Ramtane Lamamra a réaffirmé le soutien de l’Algérie « au droit du peuple sahraoui à l’autodétermination », dénonçant l’« intransigeance » du Maroc. Dans la foulée, il a appelé l’ONU à « assumer ses responsabilités juridiques envers le peuple sahraoui et à garantir ses droits inaliénables ».

    « L’organisation d’un référendum libre et équitable pour permettre à ce vaillant peuple de déterminer son destin et décider son avenir politique, ne peut demeurer à jamais l’otage de l’intransigeance d’un État occupant », a-t-il dit.

    Le chef de la diplomatie algérienne a accusé le Maroc d’avoir « failli à plusieurs reprises à ses obligations internationales, en particulier celles découlant du Plan de règlement élaboré par l’Organisation des Nations-Unies en partenariat avec l’Organisation de l’unité africaine de toutes les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale ».

    Ramtane Lamamra a rappelé aussi qu’il s’agit d’une question de décolonisation, comme l’ont reconnu le droit et la légalité internationale « à travers les résolutions du Conseil de sécurité, ainsi que l’avis juridique consultatif rendu par la Cour internationale de justice il y a quatre décennies ».

    Le conflit au Sahara occidental ne peut donc trouver de solution qu’à travers « l’application du principe de l’autodétermination », a-t-il insisté, en rappelant le rôle de l’Algérie pour maintenir dans la région du Maghreb, dans un contexte de tensions régionales marquées par la crise en Libye et au Sahel.

    « L’Algérie, pays voisin et observateur du processus politique, œuvre, sur la base de ce principe, à être une source de paix, de sécurité et de stabilité pour son voisinage, considérant que le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination est inaliénable, non négociable, et imprescriptible », a rappelé M. Lamamra.

    « Dans ce contexte, l’Algérie appuie la décision du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine de lancer des négociations directes entre le Royaume du Maroc et la République arabe sahraouie démocratique, deux pays membres de l’Union africaine », a conclu Lamamra.

    Par ailleurs, le MAE algérien a exprimé sa profonde préoccupation face à l’absence de perspectives d’une solution juste et définitive de la question palestinienne et condamné la persistance des pratiques répressives de l’occupation israélienne contre le peuple palestinien.

    «L’Algérie exprime sa profonde préoccupation face à l’absence de perspectives d’une solution juste et définitive de la question palestinienne et condamne la persistance des pratiques répressives de l’occupation israélienne contre le peuple palestinien et son déni total du processus de paix et des résolutions pertinentes des Nations Unies et de la légalité internationale», a déclaré Ramtane Lamamra.

    Le ministre a réitéré l’engagement de l’Algérie en faveur de l’initiative arabe de paix visant à consacrer la solution à deux Etats et à libérer tous les territoires arabes occupés, y compris le Golan syrien, soulignant que l’Algérie continuera à défendre les causes justes des peuples qui luttent pour le recouvrement de leurs droits fondamentaux, y compris leur droit inaliénable à l’autodétermination, notamment en Palestine et au Sahara occidental.

    Le ministre a renouvelé l’appel de l’Algérie à la Communauté internationale et plus particulièrement au Conseil de sécurité afin d’assumer ses responsabilités historiques et légales et contraindre la puissance occupante à mettre fin à son occupation des territoires palestiniens et permettre au peuple palestinien d’établir un Etat indépendant avec Al Qods Echarif comme capitale.

    Nassim Mecheri

    Le Jeune Indépendant, 28/09/2021

  • La beurette : un fantasme made in France

    La beurette : un fantasme made in France

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    En 2014, un site pornographique rend un rapport annuel faisant part des tags les plus recherchés par les internautes en fonction des pays. Résultat, la France est le seul pays dont le tag le plus recherché fait référence à un critère ethnique : « beurette ». En 2016, le compte rendu est le même, « beurette » est toujours n°1 des recherches.

    Ce fantasme de la beurette est très empreint d’orientalisme et de colonialisme. En effet, on retrouve son origine dans la colonisation française du Maghreb, et dans la conception que l’Occident a pu avoir —voire a encore— de ce qu’ils considèrent comme étant l’« Orient ».

    Des origines du fantasme

    Pendant la colonisation, et notamment à cause du concept qu’ont les français de l’Orient (cf. l’Orientalisme comme l’a été expliqué par Edward Said), ces-derniers se chargent d’une mission civilisatrice pris comme prétexte pour imposer leur souveraineté. Ils s’attaquent donc aux femmes, celles-ci étant perçues comme un moyen d’inférioriser un peuple et d’établir la domination. Ainsi, des affiches de propagande destinées aux femmes algériennes commencèrent à circuler, les sommant de se dévoiler.

    Frantz Fanon pose un regard très concret en dénonçant la frustration colonialiste que les français pouvaient avoir face au voile intégral traditionnel algérien, à savoir le hayek, dans son essai « La Bataille du Voile ».

    On peut, outre cela, citer comme exemple les portraits du photographe Marc Garanger pris en 1960. Le photographe a été commandé d’aller photographier des femmes dévoilées de force en Kabylie, prétextant des photos d’identité. (Par respect, je ne posterai pas ces photos, mais pour les avoir vues, on peut très bien remarquer l’humiliation que ces femmes ont subi, et la haine qui se dégage de leur regard, seule arme contre l’énième injustice dont elles faisaient l’objet).

    Cette frustration française des femmes maghrébines « qui pouvaient les voir, mais qu’eux ne pouvaient pas voir », a très vite suscité un fantasme, une obsession. Celui d’accéder à l’inaccessible. Mais aussi celui de la femme maghrébine qu’on veut délivrer de ce voile, de cette culture, de cette religion, vus comme des chaînes l’emprisonnant et la soumettant. Le fantasme de la beurette.

    Ce fantasme orientaliste, cette sexualisation de la maghrébine démarre très tôt, c’est-à-dire dès la colonisation. Citons l’exemple des maisons closes en Algérie, catégorisées par critère ethnique : la kabyle claire, la mauresque plus foncée, etc. (cf. La prostitution coloniale de Christelle Taraud et Les chambres closes de Germaine Aziz). Cette sexualisation demeure encore aujourd’hui. On se rappelera d’une certaine personnalité évoquant la femme « arabe » (en référence à la femme maghrébine) en faisant un méli-mélo de toutes les cultures vues comme « orientales » : une femme basanée, aux longs cheveux bouclés parfumés au jasmin, et rappelant la princesse des contes des Mille et Une Nuits.

    Non seulement cet orientalisme est déshumanisant pour les femmes (qu’elles soient maghrébines, arabes, perses, indiennes ou autre), mais il homogénéise des cultures et des ethnies qui n’ont rien à voir pour le simple plaisir des Occidentaux et pour satisfaire leurs conception imaginaire et fantaisiste de «l’Orient». On peut également évoquer la manière dont les occidentaux ont travesti et sexualisé le harem comme un lieu de désir, de prostitution voire de perversion sexuelle, alors que ce n’était.. Qu’un lieu de vie réservé aux femmes.

    En outre, ce fantasme se développe énormément en France dans les années 80, années où l’immigration maghrébine est en hausse.

    La maghrébine dans le cinéma français d’aujourd’hui

    Le fantasme de la beurette s’est ainsi développé dans les mentalités, et dans le cinéma français. Notons la place des maghrébines dans ce dernier. Souvent, le schéma est le même : une maghrébine de cité, victime de sa culture et de sa religion, dont le seul souhait est de fuir son quartier pour échapper à une figure paternelle qui la tyrannise et l’empêche de se libérer et s’épanouir. Rajoutez un jeune homme dont elle tombe amoureuse —blanc bien évident— qui aura le rôle du sauveur et l’aidera dans sa quête de libération et de civilisation. Au demeurant, cette libération se fait très souvent sexuellement, et sera accompagné d’un rejet total de la vision de sexualité et de chasteté dans la culture maghrébine (imprégnée de l’Islam) par la protagoniste, voire ouvertement tournée au ridicule (cf. Des Poupées et des Anges, scène où la jeune fille, après avoir couché, se moque de l’importance de la chasteté qui lui a été inculquée).

    C’est en quelque sorte l’infantilisation de la femme maghrébine corroborée par un paternalisme de la part de l’Occident. Schéma très colonialiste n’est-ce pas ? À croire que la libération de la femme maghrébine doit necéssairement se faire sur le plan sexuel, ou par le biais du libertinage.

    Ne viendrait-il pas à l’esprit de certains que les jeunes femmes maghrébines puissent être attachées à leur religion et leur culture de manière rationnelle, et non pas du fait d’une pression patriarcale qui serait exercées sur elles ? Que nous avons un cerveau pour réfléchir ? Nos choix n’ont pas à convenir à vos fantasmes pseudo-libérateurs.

    Le plus dramatique aujourd’hui reste la reprise et l’internalisation par les maghrébins eux-mêmes de ces idées, notamment par la jeunesse, mais plus inquiétant encore la reprise dans le cinéma par des réalisateurs maghrébins du schéma que nous avons présenté plus haut : Des poupées et des anges, Aïcha, Divines… Je consacrerai sûrement un article à part entière sur cette question, donc je ne développe pas plus.

    H.B

    Nord Africaines le blog, 17/07/2017

  • Focus sur le gazoduc Maghreb-Europe -Francis Perrin, PCNS-

    Focus sur le gazoduc Maghreb-Europe -Francis Perrin, PCNS-

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    La récente rupture des relations diplomatiques entre l’Algérie et le Maroc a remis au goût du jour un projet gazier majeur, le gazoduc Maghreb-Europe (GME), dont on n’avait plus beaucoup parlé depuis un certain temps. Qu’est-ce que le GME et que représente-t-il en termes de flux gaziers ?

    Trois gazoducs pour exporter du gaz algérien vers l’Europe

    Le GME fait partie d’un ensemble de trois gazoducs qui relient l’Algérie, pays producteur et exportateur de gaz naturel, à l’Union européenne (UE). Dans l’ordre chronologique de mise en service, le premier d’entre eux est le gazoduc TransMed (trans-méditerranéen) qui dessert le marché italien. Le deuxième est le GME qui alimente la péninsule ibérique (Espagne et Portugal). Le troisième est le Medgaz qui relie l’Algérie à l’Espagne.

    Le TransMed est en service depuis 1982, le GME depuis 1996 et le Medgaz depuis 2011. À Alger, le TransMed est officiellement appelé le gazoduc Enrico Mattei (GEM), en hommage à l’ancien patron du groupe énergétique italien Eni, partenaire de l’algérien Sonatrach pour ce gazoduc, et le GME le gazoduc Pedro Duran Farrell (GPDF), en hommage à l’ancien patron de la compagnie espagnole Gas Natural. Le Medgaz est également le GZ4.

    L’Algérie avait envisagé la construction de deux autres gazoducs vers l’UE, le Galsi et le Nigal ou gazoduc transsaharien. Le premier devait exporter du gaz algérien vers l’Italie et le second devait partir du Nigeria puis traverser le Niger, l’Algérie et la Méditerranée pour arriver en Europe. Pour ce dernier projet, le pays exportateur serait le Nigeria. Mais ces deux projets n’ont pas été réalisés à ce jour. Ils ne sont cependant pas officiellement abandonnés.

    Parmi les gazoducs existants, on distingue deux générations. La première comprend le TransMed / GEM et le GME / GPDF : dans les deux cas, ces gazoducs passent par un pays tiers avant d’arriver dans l’UE. Pour le premier, ce pays est la Tunisie et, pour le second, le Maroc. Le Medgaz / GZ4 est de deuxième génération, puisqu’il relie directement l’Algérie à l’Espagne. Le Galsi devait également faire partie de cette deuxième génération mais, comme mentionné ci-dessus, il n’a pas été construit en raison d’une demande insuffisante de gaz sur le marché italien. Le GME / GPDF est un projet particulièrement complexe car il associe quatre pays, l’Algérie, le Maroc, l’Espagne et le Portugal.

    Une forte baisse des volumes de gaz transportés par le GME au cours de la période récente

    Selon l’entreprise nationale marocaine ONHYM (Office national des hydrocarbures et des mines), les volumes de gaz naturel ayant transité par le GME en 2019 étaient de 5,4 milliards de mètres cubes, en forte baisse (-43,2%) par rapport à 2018 (9,5 milliards de mètres cubes). La redevance pour le Maroc a diminué dans des proportions similaires (-43,9%) et s’est établie à 381,63 millions de mètres cubes en 2019 (680,43 millions de mètres cubes en 2018).

    Ce gazoduc a permis à l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE, Maroc) de disposer de 300 millions de mètres cubes de gaz en 2019 pour les deux centrales thermiques de Tahaddart et Aïn Beni Mathar ( 388,60 millions de mètres cubes en 2018). La forte diminution des volumes de gaz transportés en 2019 s’explique par une baisse de la consommation en Europe et par une préférence pour le gaz naturel liquéfié (GNL) transporté par bateau.

    Sonatrach estime la capacité de transport de ses trois gazoducs d’exportation existants vers l’UE à 53-57 milliards de mètres cubes (ces deux chiffres sont disponibles sur le site internet de la compagnie nationale algérienne). Pour le TransMed / GEM, la capacité est de 33,15 milliards de mètres cubes par an. Pour le GME / GPDF et Medgaz / GZ4, les capacités de transport sont respectivement de 11,6 et 8 milliards de mètres cubes / an. Mais, en raison d’une demande de gaz assez faible sur les marchés européens, ces trois gazoducs n’ont livré que 26-27 milliards de mètres cubes en 2019, selon Sonatrach.

    Avant la récente crise diplomatique entre l’Algérie et le Maroc, Sonatrach travaillait sur l’extension de GME / GPDF, sur celle de Medgaz / GZ4 et sur la liaison entre les deux afin d’assurer la continuité et la flexibilité de l’approvisionnement en gaz naturel de la péninsule ibérique. En juillet 2021, la compagnie nationale algérienne et la société espagnole Naturgy ont indiqué que la capacité de Medgaz atteindrait 10 milliards de mètres cubes/an au cours de l’automne 2021 après la fin des travaux d’extension de 2 milliards de mètres cubes/an. Medgaz devrait alors représenter 25% du gaz naturel consommé par l’Espagne, avaient précisé ces deux entreprises. Medgaz est contrôlée par Sonatrach (51%) et Naturgy (49%).

    L’importance croissante du GNL

    Pour l’Algérie, l’UE est de loin le premier marché pour ses exportations de gaz. Outre les trois gazoducs d’exportation mentionnés ci-dessus, ce pays dispose d’une autre option, le GNL. L’Algérie possède quatre complexes de liquéfaction de gaz sur sa côte méditerranéenne, GL1Z, GL2Z, GL3Z et GL1K. De son côté, le Maroc envisage depuis plusieurs années d’importer du GNL sur son territoire, un projet qui pourrait aboutir avant la fin de cette décennie. L’horizon 2028 est évoqué par le ministère marocain de l’énergie, des mines et de l’environnement (MEME). Ce projet a été reporté de plusieurs années par rapport aux plans initiaux en raison, notamment, du développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, selon les explications avancées par le ministère de l’énergie, des mines et de l’environnement.

    Le contrat de transit du gaz algérien via le Maroc grâce au GME expire à la fin du mois d’octobre 2021. Très récemment, le ministre algérien de l’énergie et des mines, Mohamed Arkab, a indiqué que l’Algérie n’aurait plus nécessairement besoin du GME / GPDF pour exporter son gaz vers l’Espagne, notamment grâce à l’expansion de Medgaz.

    Le compte à rebours a-t-il commencé pour le GME, l’un des rares projets emblématiques de la coopération énergétique au Maghreb ?

    Francis Perrin, Senior Fellow au Policy Center for the New South

    Après avoir étudié l’économie et les sciences politiques à l’Université Pierre Mendès France (UPMF – aujourd’hui Université Grenoble Alpes) à Grenoble (France), Francis Perrin a travaillé pendant plusieurs années comme journaliste et consultant indépendant sur les ressources énergétiques et minières. avant de rejoindre l’Arab Petroleum Research Center (APRC) en 1991. Il a été rédacteur en chef d’Arab Oil & Gas (AOG) et de Pétrole et Gaz Arabes (PGA) entre 1991 et 2000 et directeur éditorial des publications de l’APRC de 2001 à fin 2011. Francis Perrin a créé début 2011 2012 Stratégies et politiques énergétiques (SPE) puis Energy Industries Strategies Information (EISI).

    New in 24, 21/09/2021

  • Pourquoi l’Algérie a rompu ses relations diplomatiques avec le Maroc : et implications pour l’avenir

    Pourquoi l’Algérie a rompu ses relations diplomatiques avec le Maroc : et implications pour l’avenir

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    La rupture des relations diplomatiques entre l’Algérie et le Maroc en août est le produit d’une longue histoire de tensions. Les deux nations n’ont jamais eu de longues périodes d’amitié, malgré les nombreux facteurs qui les unissent. En effet, ils appartiennent à la même région du Maghreb , partagent la même religion (islam sunnite et rite maléki) et la même identité, et parlent un dialecte similaire. Ils partagent également une frontière commune de 1 550 km .

    En fait, les Algériens et les Marocains sont si proches qu’il est difficile de les distinguer. Mais, les dissemblances historiques, politiques et idéologiques depuis leurs indépendances respectives pèsent lourdement dans les relations entre ces pays « frères ».

    Comment rendre compte des tensions qui ont caractérisé leurs relations, qui connaissent désormais une seconde rupture des relations diplomatiques ? La première, initiée par le Maroc, s’est déroulée de 1976 à 1988.

    J’ai étudié les relations entre l’Algérie et le Maroc pendant plus de 40 ans et publié des études sur le sujet. Les relations entre les gouvernements algérien et marocain ont rarement été cordiales. Cela est dû à la nature différente de leur lutte anticoloniale, à leurs systèmes politiques différents et à leurs orientations idéologiques opposées.

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    Au cours de la dernière décennie, le Maroc a exploité la léthargie de la diplomatie algérienne et la paralysie du système politique pour faire avancer ses intérêts, souvent au détriment de l’Algérie. Le réveil de la diplomatie algérienne et sa décision de contrer ce qu’elle considère comme des « actes hostiles » du Maroc ont entraîné la dernière rupture.

    Leur relation tumultueuse a été un obstacle à l’intégration de la région, ce qui pourrait apporter des avantages considérables aux deux. L’Algérie, la Libye, la Mauritanie, le Maroc et la Tunisie ont fondé l’ Union du Maghreb arabe en 1989 . Mais depuis 1996, le syndicat est devenu moribonde en raison des tensions répétées dans les relations maroco-algériennes.

    Les divergences des dernières années sont potentiellement beaucoup plus conséquentes. Ils pourraient menacer la stabilité de toute la région de l’Afrique du Nord.

    Histoire des relations algéro-marocaines
    Les nationalistes algériens entretenaient des relations relativement bonnes avec le roi Mohammed V du Maroc. Il est décédé en 1961, un an avant que l’Algérie n’accède à sa souveraineté. Le Maroc est devenu indépendant en 1956 et l’ Algérie en 1962.

    Le fils du roi Mohammed, le roi Hassan II , qui lui a succédé, a revendiqué le territoire algérien. Il envahit le pays en 1963 . Cela a entraîné la mort de centaines de combattants algériens mal équipés.

    Bien que courte, cette guerre a façonné les esprits de l’establishment militaro-politique algérien. Il y a eu une ère de coopération entre 1969 et le milieu des années 1970. Mais le conflit au Sahara occidental, envahi par le Maroc sous la soi-disant Marche verte en 1975 , a entraîné une autre ère de tensions.

    En effet, en mars 1976, la reconnaissance par l’Algérie de la République arabe sahraouie démocratique, proclamée par le mouvement nationaliste sahraoui, le Front Polisario , a vu le Maroc rompre les relations diplomatiques avec l’Algérie. De nombreux autres pays africains ont reconnu la République arabe sahraouie démocratique. Les relations ont été rétablies en mai 1988 .

    Le renouvellement des relations s’est appuyé sur un certain nombre d’accords . C’étaient:

    -un engagement à des relations durables de paix

    -bon voisinage et coopération

    -hâter la construction du Grand Maghreb arabe

    -La non-ingérence de l’Algérie dans les affaires intérieures du Maroc

    -résoudre le conflit du Sahara occidental par un référendum d’autodétermination.

    -Du point de vue de l’Algérie, le Maroc a renié chacun d’eux.

    En arrière-plan, il y a eu une accumulation continue de tensions algéro-marocaines.

    Tensions croissantes

    Dans les années 1990, l’Algérie a traversé une crise plus grave qu’elle n’avait jamais connue. Le pays a été dévasté par la guerre civile opposant l’État et les groupes islamistes armés. En 1994, au milieu de cette crise, les autorités marocaines ont faussement accusé les services secrets algériens d’être à l’origine des attentats terroristes meurtriers de l’hôtel Asni à Marrakech.

    Le Maroc a imposé des visas aux Algériens, y compris à ceux qui détiennent une autre nationalité. L’Algérie a riposté en imposant des visas et a fermé ses frontières terrestres avec le Maroc. Fin 1995, le Maroc a gelé les institutions de l’Union du Maghreb arabe en raison du soutien de l’Algérie à la République arabe sahraouie démocratique.

    Un changement dans les relations semble s’être produit lorsqu’Abdelaziz Bouteflika est devenu président de l’Algérie en avril 1999. Il avait prévu de rencontrer le roi Hassan II pour aplanir les différends. Mais le roi mourut en juillet de la même année. Son successeur Mohammed VI n’a montré aucune inclination pour une résolution du Sahara Occidental selon les termes des Nations Unies.

    Étonnamment, pendant sa présidence, Bouteflika n’a pas seulement négligé la question du Sahara occidental, il a également demandé aux responsables de ne répondre à aucune action hostile marocaine.

    Suite à son expulsion forcée en avril 2019 , l’Algérie a réitéré son soutien au principe de l’autodétermination.

    Pour sa part, le Maroc avait fait pression sur l’ Union africaine , l’Europe et les États-Unis pour qu’ils soutiennent ses revendications de souveraineté sur le Sahara occidental. Deux événements au cours des 10 derniers mois ont exacerbé les tensions. Le premier était une attaque contre des manifestants sahraouis à El-Guergarat , la zone tampon au sud du Sahara occidental, par les troupes marocaines. Ensuite, il y a eu un tweet du président Donald Trump annonçant la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine au Sahara occidental.

    Ceux-ci faisaient partie de la décision de l’Algérie de rompre les relations diplomatiques avec le Maroc.

    Trump avait échangé le Sahara Occidental occupé par le Maroc en échange de la normalisation des relations du Maroc avec Israël . D’autres États arabes ont fait la même chose dans le cadre des accords d’Abraham négociés par le gendre de Trump, Jared Kushner.

    Avant les accords d’Abraham, les responsables marocains affichaient une hostilité implacable envers l’Algérie à laquelle le gouvernement algérien n’a pas répondu. Le tweet de Trump le 10 décembre a semblé galvaniser l’attitude hostile du Maroc envers l’Algérie.

    L’Algérie a perçu ces deux décisions comme une menace réelle pour sa sécurité nationale.

    Le seuil de tolérance d’Alger contre des actes qu’il considérait comme hostiles a été atteint à la mi-juillet lorsque l’ambassadeur du Maroc auprès de l’ONU a distribué une note exprimant son soutien à un groupe luttant pour la sécession de la région côtière kabyle de l’Algérie . Le groupe est répertorié comme groupe terroriste par l’Algérie. Cela a conduit l’Algérie à rappeler son ambassadeur au Maroc pour des « consultations » et à demander au Maroc de préciser s’il s’agissait de la seule décision de l’ambassadeur ou du gouvernement. Il n’a jamais reçu de réponse.

    Un autre acte hostile aux yeux de l’Algérie a été un vaste scandale d’espionnage révélé par un consortium de journaux internationaux et d’organisations de défense des droits de l’homme. Ils ont découvert que le Maroc avait ciblé plus de 6 000 Algériens, dont de nombreux hauts responsables politiques et militaires.

    L’Algérie a décidé de rompre les relations diplomatiques avec le Maroc à compter du 24 août.

    Conséquences de la rupture

    La rupture peut entraîner des réalignements géopolitiques. Mais tout dépendra de savoir si le Maroc intensifiera les tensions et utilisera la carte israélienne contre l’Algérie, ou s’il cherchera à réduire les tensions.

    L’Algérie a déjà commencé à renforcer son contrôle à la frontière algéro-marocaine. Cela pourrait créer de graves problèmes pour le Maroc s’il décidait d’expulser les dizaines de milliers de Marocains (dont beaucoup sont des migrants illégaux) d’Algérie.

    Il y a aussi des implications plus larges.

    L’éclatement a sonné le glas de l’Union du Maghreb arabe, déjà en sommeil. Les relations tendues signifieront soit que le groupement régional restera à l’arrêt, soit qu’un nouveau groupement pourrait émerger.

    Et on peut s’attendre à ce que les rivalités entre l’Algérie et le Maroc s’intensifient à l’Union africaine sur le statut d’observateur d’Israël auprès de l’UA et sur le Sahara occidental.

    Dans le domaine économique, le ministre algérien de l’énergie a annoncé fin août que le contrat du gazoduc Maghreb-Europe (GME), qui passe par le Maroc, ne sera pas renouvelé après son expiration le 31 octobre 2021 . La décision est maintenant confirmée . L’oléoduc part directement du nord-ouest de l’Algérie puis traverse la Méditerranée.

    Au lieu de cela, l’Algérie distribuera du gaz naturel à l’Espagne et au Portugal via le gazoduc MEDGAZ.

    L’impact à terme de cette rupture est imprévisible. Ce qui est sûr en revanche, c’est que la rivalité algéro-marocaine va s’intensifier.

    Yahia H. Zoubir. Chercheur invité au Brookings Doha Center et professeur principal d’études internationales et directeur de recherche en géopolitique, Kedge Business School

    The Conversation, 12/09/2021

  • Maghreb: le Makhzen, poison politique et trublion régional

                                    Maroc, Algérie, Maghreb, Makhzen, UMA, Israël, Pegasus, Espionnage

    par Mahdi Boukhalfa*
    Le 24 août 2021, l’Algérie annonce qu’elle rompt ses relations diplomatiques avec le Maroc, son voisin de l’ouest.
    L’annonce du ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, n’a pas fait l’effet d’une bombe dans le paysage médiatique, diplomatique et politique international, tant la brouille persistante entre les deux pays était devenue en quelque sorte une constante tendancielle de leurs relations depuis plus d’un demi siècle. En particulier durant les dernières années du long règne d’Abdelaziz Bouteflika : A la veille des festivités nationales en 2013 du déclenchement de la révolution armée algérienne, le 31 octobre au soir, un jeune marocain est monté, excité et encouragé par une foule déchaînée lors d’une de ces récurrentes manifestations anti-algériennes, sur le toit du consulat d’Algérie à Casablanca et a enlevé de son socle le drapeau algérien. L’incident diplomatique, s’il en est, n’a pas trop formalisé Alger, juste une note de protestation. Les autorités algériennes étant habituées par ce genre d’actes hostiles de leur voisin, ont préféré se concentrer sur les festivités marquant le 59eme anniversaire du 1er novembre 1954.
    A Rabat également, aucune réaction officielle ; on s’est tu, et aucun communiqué du gouvernement ou de la diplomatie marocaine, en d’autres occasions si prompte à bomber le torse, n’a été émis pour sanctionner cette grave atteinte contre l’honneur de l’Algérie, un pays ami et voisin. Le ‘’quidam », sans doute manipulé, n’a écopé que d’un mois de prison, avec sursis. 
    Ailleurs, si l’incident s’était déroulé à Alger, cela aurait déclenché les plus vives protestations du Makhzen, le rappel de l’ambassadeur, et une large campagne médiatique contre l’Algérie. Mais, dans l’océan trouble des relations en dents de scie entre les deux pays, il y a eu pire, puisque c’est l’état marocain lui-même qui en est le responsable, sinon l’instigateur. 
    En juin 2005, une délégation ministérielle algérienne de haut niveau conduite par le Premier ministre Ahmed Ouyahia, devait se rendre à Rabat pour discuter de plusieurs dossiers de la coopération bilatérale entre les deux pays, notamment les questions consulaires, politiques et économiques. Cette visite de travail devait également, in fine, ouvrir la voie à des discussions plus poussées pour la réouverture des frontières. Pourtant, à la veille de cette visite, Rabat se fend d’un communiqué de son ministère des Affaires étrangères et de la coopération pour inviter la délégation ministérielle algérienne à surseoir à son déplacement au Maroc.
    A Alger, c’est la douche froide. Une volte-face dont le Maroc a habitué autant ses partenaires économiques, politiques que les organisations internationales, les Nations Unies au premier rang. Le Maroc est un état qui donne cette désagréable sensation que l’on a affaire à un enfant gâté ; si ses désirs ne sont pas satisfaits, il se met à crier et à tout casser, y compris tout ce qui le lie avec ses voisins, et même ses protecteurs. 
    La seconde crise créée par Rabat cet été est celle des migrants subsahariens, qu’il a encouragés à envahir l’enclave espagnole de Melilla, ainsi que celle où plus de 6000 Marocains avaient gagné à la nage en mai 2021 l’autre enclave espagnole, Ceuta. Ces manquements aux accords de Rabat avec l’UE en matière de gestion des flux migratoires sont interprétés comme une sorte de chantage du Makhzen contre Madrid, Paris et Bruxelles pour entériner définitivement son annexion du Sahara Occidental. 
    Cette nouvelle phase dans le bras de fer que veut mener le Maroc avec ses partenaires européens s’explique en fait par le deal entre Washington, Mohamed VI et l’entité sioniste en décembre 2020, alors que Donald Trump, battu aux présidentielles, avait engagé els USA sur une mauvaise pente.
    Le Maroc, début 2021, pense ainsi être bien protégé par le parapluie américain, après avoir accepté un accord de dupes avec le président sortant Donald Trump, qui avait proposé au Palais royal de normaliser ses relations diplomatiques avec l’entité sioniste, pour la réintroduire dans la sous-région maghrébine, en échange d’une reconnaissance par Washington de ‘’la souveraineté » marocaine au Sahara Occidental. 
    Cette proposition faite par Trump le 10 décembre 2020 a donc été bien évidemment acceptée par Rabat. Dopé par l’appui US à ses revendications territoriales illégitimes, le royaume du Maroc a donc tout naturellement ressorti l’arme du chantage migratoire, en ouvrant deux fronts de tension avec Madrid et Berlin, deux Etats importants de l’Union européenne. Cela correspond à l’invasion en mai 2021 des marocains de l’enclave espagnole de Ceuta, sous l’œil complice de la police et les ‘’M’khaznias », la police communale, ainsi appelée au Maroc. La raison de cette incartade diplomatique de Rabat : Madrid avait accepté pour des raisons humanitaires l’hospitalisation sur son sol du président de la RASD Brahim Ghali. 
    Avec Berlin, Rabat est allé plus loin en rappelant son ambassadeur pour consultation, après avoir ouvertement accusé le gouvernement allemand ‘’d’actes hostiles ». Ces ‘’actes hostiles » se résument en réalité à la position de l’Allemagne qui n’a pas ajouté un quelconque crédit à la ‘’reconnaissance de Washington », sous le règne finissant de Trump, de la souveraineté marocaine au Sahara Occidental. L’Allemagne d’Angela Merkel avait ‘’pris ses distances » avec la proposition de Trump en demandant une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU sur le Sahara occidental, un territoire occupé depuis 1975 par le Maroc. 
    Berlin, fidèle aux résolutions onusiennes, n’avait fait que rappeler le respect du droit international, en vertu de la résolution sur la tenue d’un référendum d’autodétermination que le Maroc a toujours refusé et repoussé sans cesse ‘’aux calendes grecques ». Pour autant, la crise de Ceuta a davantage malmené l’image déjà terne du royaume chérifien auprès des gouvernements européens. 
    Les révélations en juillet par les médias internationaux de l’utilisation par le Maroc contre la France ou l’Algérie du logiciel espion Pegasus, fourni par la société israélienne NSO, ont encore enfoncé le Maroc. Dans le cas par ailleurs de Bruxelles, Rabat exerce sur l’union européenne le chantage économique à travers l’accord de pêche en vertu duquel la flotte espagnole surtout, mais également française, pille les richesses halieutiques des eaux extrêmement poissonneuses du Sahara Occidental. Et, sur ce chapitre, le Maroc a toujours joué pour faire monter la pression politique, et la tension économique à Madrid, en traînant des pieds pour ratifier un accord de pêche de toute façon illégal ; et qu’on a toujours dénoncé à Strasbourg. Le cas français, par contre, est encore plus symptomatique des manœuvres de chantages et d’atermoiements du Maroc pour obtenir gain de cause, en dépit de la légalité et les lois internationales, auprès de certains de ses partenaires politiques.
    Il en est ainsi de l’affaire Hammouchi, Abdellatif de son prénom, qui a défrayé la chronique judiciaire et diplomatique entre Paris et Rabat entre 2014 et 2016. Le Maroc, cela est connu dans toutes les chancelleries, traîne beaucoup de casseroles, dont celle qui voudrait que le pays souffle le chaud et le froid dans ses relations diplomatiques, qu’il n’inspire pas tellement confiance quant au respect de se ses engagements internationaux. Il en est ainsi de l’affaire de justice, qui avait éclaté en février 2014, à la suite du dépôt d’une première plainte en mai 2013 d’une association française de lutte contre la torture visant le patron du contre–espionnage marocain Abdellatif Hammouchi.
    En février 2014, se rendant compte que le chef de la DGST du Maroc faisait partie de la délégation officielle menée alors par le ministre de l’Intérieur Mohamed Hassad, ancien wali de Tanger, l’Acat réactive sa plainte pour torture contre le chef de la DGST. Et donc, juste après que l’information sur la présence sur le sol français d’Abdellatif Hammouchi a fuité, Atac réactive sa plainte et le parquet parisien envoie sept policiers à Neully-sur-Seine, lieu de la résidence de l’ambassadeur du Maroc à Paris, pour notifier au chef du contre-espionnage marocain une convocation émanant d’un juge d’instruction. A Rabat, on s’indigne et on crie au crime de ‘’lèse majesté ». L’ambassadeur de France, Charles Fries, est convoqué par le ministère des Affaires étrangères marocain ‘’pour lui signifier la protestation vigoureuse du royaume ». 
    Dans la foulée, les marocains suspendent sine die leur coopération judiciaire avec la France, au plus fort de la radicalisation de ressortissants français d’origine marocaine notamment et déposent une plainte pour ‘’dénonciations calomnieuse ». La justice française statuera de son côté en juillet 2016 dans cette affaire, classant ‘’sans suite » autant la plainte de l’Acat que celle des autorités marocaines. Mais, la suspension par le Maroc de sa coopération judiciaire, en particulier le volet de la lutte antiterroriste avec Paris avait provoqué une véritable panique au sein des services de sécurité de l’Hexagone. 
    La France passe donc l’éponge, Rabat rétablit sa coopération judiciaire avec Paris, qui, pour accompagner ce geste, récompense un tortionnaire, selon les ONG de défense des droits de l’homme à Rabat, au rang de ‘’Chevalier de la Légion d’Honneur ». Ce sera Bernard Caseneuve, ministre de l’Intérieur à l’époque, qui va s’exécuter et remettre samedi 14 février 2015 à Rabat, en personne et en tant que premier policier Français, la décoration à son controversé récipiendaire.
    C’était une offrande des socialistes français. ‘’ La France avait déjà eu l’occasion de distinguer monsieur Hammouchi en 2011 en lui attribuant le titre de Chevalier de l’ordre de la Légion d’honneur. Elle saura prochainement lui témoigner à nouveau son estime en lui remettant cette fois les insignes d’Officier », avait déclaré à Rabat Bernard Caseneuve. Cette affaire résume tristement le comportement d’un pays, qui exerce autant le chantage que la provocation dans ses rapports avec la communauté internationale. Et celle de la France officielle qui, pour maintenir son influence dans la région, est capable des pires compromissions.
    Pour les autorités algériennes, ce comportement est symptomatique des nombreuses fuites en avant du Maroc et de la France devant leurs responsabilités internationales. Et, surtout, que l’on doit se méfier de toute ouverture qui viendrait à contre courant de la conjoncture internationale, ou régionale qui émanerait du Makhzen. Et donc la réaction outrée d’une Algérie fatiguée de supporter les incartades diplomatiques de son voisin de l’est, n’a pas surpris les capitales arabes et occidentales. Officiellement, l’Algérie a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec le Maroc après une série d’ ‘’actes hostiles » répétés de ce dernier. La réaction de la diplomatie algérienne est en fait l’annonce de la décision prise quelques jours plus tôt par le Haut conseil de sécurité (HCS) algérien à l’issue d’une réunion extraordinaire, qui a souligné que la répétition des actes hostiles du Maroc avait ‘’nécessité la révision des relations entre les deux pays ‘’. 
    Parmi les actes hostiles dont fait mention le HCS algérien, l’appel du Maroc aux pays Non Alignées, mi-août 2021, à soutenir un mouvement séparatiste algérien, classé par Alger comme organisation terroriste. Un appel à la sédition dans une Algérie alors en lutte sur un double front : contre une forte propagation de la pandémie du Covid-19, et d’impressionnants feux de forêts d’est en ouest du pays, qui ont causé des dizaines de morts, entre familles entières, de jeunes éléments de l’ANP et des citoyens des régions touchées par cette catastrophe naturelle. 
    C’est dans ces pénibles circonstances, dramatiques même, que le Maroc, le voisin de l’ouest, a lancé une ‘’énième » attaque frontale, peu glorieuse, contre Alger pour exiger des pays Non Alignés qu’ils entérinent la partition de l’Algérie en soutenant le MAK (mouvement pour l’autonomie de la Kabylie), une organisation interdite, classée comme terroriste, dont les principaux responsables sont en France. 
    Pire, Rabat a été une rampe de lancement pour une attaque frontale de l’entité sioniste contre l’Algérie, critiquant les relations d’Alger avec l’Iran ; une réaction explicite et à chaud d’Israël après le refus de l’Union africaine de l’accepter comme ‘’membre observateur » à l’issue d’une intense campagne algérienne contre la présence de l’entité sioniste au sein de l’Union. 
    Le Maroc hypothèque en permanence l’avenir d’un ensemble maghrébin dont les pères fondateurs avaient voulu qu’il soit un bel espace d’entente, d’union et de prospérité, solide sur ses assises historiques, bien intégré entre l’Afrique et l’Europe, entre ses différents peuples, qui parlent la même langue, ont de profondes relations familiales, et ont combattu ensemble la colonisation française.
    Fatalement, pour l’hiver prochain et probablement les années qui s’annoncent, si les relations ne sont pas rétablies d’ici là entre les deux pays, c’est bien le Maroc qui va sentir la moutarde algérienne lui monter au nez, après la fin du contrat sur le Gazoduc Maghreb Europe (GME), qui alimentait en gaz naturel algérien plusieurs centrales électriques marocaines. Après l’épisode douloureux de l’agression militaire du Maroc d’octobre 1963, lorsqu’Hassan II avait voulu annexer de force Tindouf et une partie de la région de Béchar, l’arrivée de Houari Boumediène en juin 1965 au pouvoir à Alger a calmé la situation, et refréné les appétits territoriaux d’Hassan II.
    Il y a eu dans la foulée de cette « lune de miel » de la fin des années 1960, le Traité d’Ifrane sur la mise en place d’une nouvelle relation de coopération entre les deux Etats.
    A Rabat, le jeudi 15 juin 1972, les deux chefs d’état, après s’être entendus sur le tracé définitif de leurs frontières, avaient dans un communiqué commun souligné officiellement que ‘’la qualité des relations de fraternité qui existent entre l’Algérie et le Maroc ne saurait ériger la frontière en obstacle, mais en faire au contraire un lieu d’interpénétration des sentiments et des intérêts «. Le même communiqué ajoute que les deux chefs d’Etat entendent, ‘’par la conclusion et la signature de la convention définissant la frontière algéro-marocaine et la convention de coopération pour la mise en valeur de la mine de Gara-Djebilet, établir une paix permanente pour les siècles à venir «. Un vœu pieu, car quelques années après, Hassan II confirme en 1975 toute l’inconstance et la versatilité souvent puérile de la diplomatie marocaine : il annexe le Sahara Occidental et ouvre un front de tension avec l’Algérie, et, dans la foulée, ferme les frontières communes.
    Aujourd’hui, le Maroc devra avoir le courage politique pour effacer toutes ses erreurs passées, ses fuites en avant, ses multiples agressions, politiques et militaires contre son voisin de l’est, ses coups de boutoir contre un pays plus que patient ; plus que tolérant, à l’image du grand frère qui ne se formalise pas trop devant les idioties et les imbécilités de son cadet. Oui ; mais la patience a ses limites, n’est-ce pas ? En attendant des jours meilleurs, c’est la construction du Maghreb des peuples, qui est ainsi retardée, hypothéquée par le Maroc, qui s’obstine à imposer à la communauté internationale des prétentions politiques sur un territoire qu’un simple référendum d’autodétermination au Sahara Occidental aurait résolu depuis longtemps.
    *(Auteur ; journaliste)
    Ancien collaborateur du Quotidien d’Oran, Mahdi Boukhalfa a notamment écrit « La révolution du 22 février, de la contestation à la chute des Bouteflika » (Chihab Editions, Alger Oct.2019), ‘’La Cantera », il était une fois Bab El Oued », Editions El Qobia, Alger juillet 2021, ‘’Pavillon Covid-19, sept jours en enfer », Editions El Qobia, Alger, Mars 2021 ; ‘’La marche d’un peuple, les raisons de la colère », Editions du Net, Paris, Août 2020.
  • Algérie-Maroc: du Maghreb des dupes au Maghreb des peuples

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    L’annonce mardi 24 août 2021 par Ramtane Lamamra, ministre algérien des Affaires étrangères, de la rupture des relations diplomatiques avec le royaume du Maroc n’est certainement pas un coup de tonnerre dans un ciel d’été. Quelques jours auparavant, le communiqué publié par la présidence algérienne lors de la dernière réunion du Haut Conseil de sécurité le 18 août laissait entrevoir une escalade dans le durcissement de la position d’Alger vis-à-vis du Palais royal. S’il faut prendre avec réserve les déclarations souvent théâtrales par lesquelles les deux despotismes voisins stimulent de très utiles – pour leur survie – réflexes nationalistes, il s’agit incontestablement d’une évolution préoccupante des rapports entre les deux capitales. Même si dans sa déclaration publique le ministre des Affaires étrangères algérien a cherché à en relativiser la portée, la rupture des relations diplomatiques est un acte particulièrement grave qui, selon les usages de politique internationale, précède souvent l’ouverture d’hostilités.

    Méfiance, hostilité et… connivence

    Les tensions, anciennes et récurrentes, entre Alger et Rabat procèdent largement d’un jeu convenu, très balisé, entre deux régimes adverses mais également solidaires lorsqu’il s’agit de leur préservation. Il est peu probable, sauf dérapage majeur, que la dégradation, continue depuis des mois, aille jusqu’au conflit ouvert. Aucune des deux parties n’a intérêt à laisser les événements échapper à tout contrôle. La guerre des sables de 1963 et les batailles d’Amgala I et II en 1976 ont démontré la coûteuse – et dangereuse – inutilité des confrontations directes.

    L’Algérie et le Maroc ont le plus souvent entretenus des liens plutôt lâches et empreints de méfiance. Si la mémoire de la période de guerre de libération en Tunisie est marquée par la reconnaissance et la gratitude pour l’accueil populaire et officiel, ce n’est pas le cas pour le Maroc. Certes, le FLN/ALN a bénéficié d’un soutien franc, généreux et massif du peuple marocain, mais les autorités ont joué un rôle ambigu, parfois même carrément hostile vis-à-vis des contingents de l’ALN, en raison notamment de revendications territoriales. La prétention marocaine à la reconfiguration des frontières aboutira d’ailleurs à la brève mais sanglante guerre « des sables » en octobre 1963…

    La période de rapports apaisés qui a suivi le traité d’Ifrane en 1969 dure jusqu’en 1975 et la trahison par l’Espagne de ses engagements vis-à-vis des populations du Sahara occidental par l’accord secret de cession du territoire au Maroc et à la Mauritanie. Le fait accompli d’une occupation de type colonial, bafouant le droit international et les résolutions de l’ONU, n’est pas accepté par les Sahraouis, soutenus par l’Algérie au nom du principe essentiel du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Depuis lors, les relations bilatérales sont au plus bas, en particulier après la fermeture des frontières terrestres en 1994. La situation de tension permanente créée depuis la Marche verte en 1975 est une aubaine pour la monarchie qui peut déployer son armée loin du centre du pouvoir et pour le régime d’Alger qui légitime le rôle politique des militaires par la menace sur les frontières ouest. Les dessous de table et commissions illicites prélevés lors de très importants contrats d’armement enrichissent les clientèles des deux régimes.

    Makhzen et stratégie de la tension

    Si un accord de modus vivendi semble accepté de part et d’autre, il n’en demeure pas moins qu’Alger et Rabat demeurent en compétition en termes d’influence régionale et continentale. Les politiques, pro-occidentale pour le Maroc, non-alignée pour l’Algérie, sont concurrentes et contradictoires, nourrissant une authentique animosité entre le Makhzen moyenâgeux et la dictature militaire algérienne. Malgré leur différence de nature, les deux régimes policiers et antidémocratiques représentent les faces différentes d’un semblable autoritarisme.

    Les rapports très distendus entre les deux capitales depuis l’annexion illégale du Sahara occidental par le roi Hassan II, qui avaient déjà débouché sur une rupture des relations diplomatiques en 1976 (à l’initiative de Rabat), se sont particulièrement dégradés depuis quelques mois au fil d’initiatives hostiles du Makhzen. Conforté par le soutien américain traduit par la reconnaissance, au mépris du droit international, de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental en échange de la normalisation avec Israël, le roi Mohamed VI semble avoir opté pour une approche politico-diplomatique offensive. Le mémorandum soutenant les revendications du MAK1, mouvement autonomiste kabyle sans ancrage social significatif, diffusé le 14 juillet dernier par le représentant du Makhzen aux Nations unies, constitue une provocation, certes sans grand impact mais qui met en exergue le double langage monarchique en direction des Algériens – puisque le roi a invité peu après, lors de son discours de la fête du Trône du 4 août, « le Président algérien à œuvrer à l’unisson au développement des rapports fraternels tissés par nos deux peuples durant des années de lutte commune – et constitue une provocation avérée.

    La stratégie de la tension menée par Rabat et soutenue par les principautés du Golfe persique, les Américains et les Israéliens, est avant tout fondée sur une évaluation de la situation politique et économique de l’Algérie. Selon les stratèges du palais, la fragilisation sans précédent des équilibres algériens depuis le Hirak et la chute d’Abdelaziz Bouteflika ouvre une fenêtre d’opportunité pour sceller définitivement l’emprise sur le Sahara en contribuant activement à l’affaiblissement durable de son voisin.

    Sionisme et wahhabisme : les ennemis aux portes

    Cette appréciation semble partagée par les alliés du Makhzen, notamment les pétromonarchies inquiètes devant la puissance du courant démocratique très pacifiquement exprimé par la société algérienne. Les émirs qui redoutent la contagion démocratique, souhaitaient une répression rapide du Hirak et n’apprécient guère la stratégie de strangulation graduelle du mouvement mise en œuvre par les polices du régime. Le refus d’Alger de s’aligner sur la ligne wahhabite en Libye et le développement d’une coopération politique avec la Turquie a fini par créer une certaine exaspération à Abu-Dhabi et Riyad. L’ouverture il y a plusieurs mois de consulats des Émirats arabes unis et du Bahreïn à Laâyoune, capitale administrative du Sahara occidental occupé, est un signal on ne peut plus clair du feu vert golfique aux options de Rabat, qui a pesé sans doute dans la reconnaissance officielle d’Israël par le royaume chérifien.

    Si elle a choqué l’opinion publique au Maroc, ou la cause palestinienne bénéficie d’un profond soutien populaire, la normalisation n’est en réalité que l’officialisation d’une relation très ancienne du Makhzen avec Israël. Le royaume, cheval de Troie impérialiste dans la région, collabore étroitement avec l’« entité sioniste » depuis fort longtemps et bénéficie notoirement du savoir-faire israélien en matière de renseignement et de guerre électronique. L’armée marocaine reçoit des équipements offensifs fabriqués par Tel Aviv, notamment des drones, et bénéficie d’une assistance opérationnelle d’experts israéliens. Le scandale Pegasus a jeté une lumière brutale sur la nature subversive et déstabilisatrice de la coopération entre deux systèmes coloniaux. Ce climat de familiarité avec le cœur du système makhzénien explique l’étonnante sortie, à partir de la capitale du Maroc, du ministre sioniste des Affaires étrangères le 12 août 2021 associant l’Algérie à l’Iran dans un « axe négatif » très connoté. L’intention est limpide, il s’agit pour ces protégés de l’impérialisme de diaboliser Alger en réanimant l’« axe du mal » inventé par les néoconservateurs autour de George W. Bush…

    Mais c’est incontestablement le soutien américain, diplomatique et militaire qui pèse décisivement dans la balance. L’administration Biden a confirmé la reconnaissance de la « marocanité » du Sahara occidental concédée par Donald Trump et n’a pas cherché à nuancer l’orientation anti-algérienne d’exercices militaires avec l’armée du Makhzen. Des manœuvres aériennes entre les deux armées de l’air américaine et marocaine, en 2019 et 2020 avaient déjà impliqué des bombardiers stratégiques dont on imagine mal le déploiement contre des groupes terroristes. Pour enfoncer le clou, les manœuvres conjointes entre les Forces armées royales et l’armée américaine, baptisées African Lion, du 7 au 18 juin 2021 simulaient quasi-explicitement une confrontation avec l’Armée nationale populaire…

    Ce soutien international dans un contexte régional marqué par la crise politique algérienne ouverte en février 2019 (et qui s’inscrit dans la durée) donne des ailes à un régime médiéval, corrompu et extrêmement inégalitaire, disposé à tous les reniements. Le soutien extérieur étant acquis, il ne reste plus au Makhzen que de tenter de mobiliser son opinion interne au prix d’audacieuses contorsions propagandistes. En effet, si le discours officiel est surtout centré sur la « cause nationale », l’annexion du Sahara occidental, il reste résolument mutique sur les enclaves espagnoles sur son territoire. Tandis que les mobilisations populaires pour les libertés, qui se multiplient depuis les années 2010, sont brutalement réprimées : un durcissement qui joue également un rôle important dans celui de la posture marocaine anti-algérienne.

    « Main étrangère » et « citadelle assiégée »

    L’hystérisation de cette posture convient parfaitement aux décideurs d’Alger, confrontés quant à eux à une crise pluridimensionnelle et à des perspectives socio-économiques plutôt inquiétantes. Le spectre de la menace extérieure régulièrement convoqué pour provoquer un sursaut « patriotique » autour du régime est réactivé par les provocations de Rabat. L’instrumentalisation du nationalisme vise principalement à éteindre la contestation politique et à susciter le ralliement autour du régime. Ce stratagème, usé jusqu’à la corde, ne rencontre toutefois qu’un écho relatif. Tout comme les agissements et le discours du Makhzen. L’opinion publique algérienne, informée et politique, sait parfaitement à quoi s’en tenir vis-à-vis des deux despotismes maghrébins.

    Les Algériennes et les Algériens dans leur vaste majorité sont loin d’ignorer que la menace effective sur la stabilité, la prospérité et la sécurité du pays procède précisément du sommet de la hiérarchie militaro-sécuritaire. La « main étrangère » responsable de la déstabilisation du pays se trouve au faîte des appareils de pouvoir.

    C’est bien sous l’égide de la coupole militaro-sécuritaire que les fondements productifs de l’économie algérienne ont été démantelés à la suite des accords de stand-by avec le FMI en janvier 1994. C’est sous la conduite des décideurs en uniforme que s’est formée, dans la prédation et la prévarication, une caste compradore qui a sapé méthodiquement les capacités productives nationales en altérant gravement l’image du pays. Les luttes féroces des groupes d’intérêts concurrents au sommet de la hiérarchie militaire depuis l’avènement du Hirak en février 2019 ont permis de donner une idée de l’ahurissant niveau de corruption du système. Trente généraux sont emprisonnés ou en fuite à l’étranger, tout comme des dizaines de ministres (dont deux Premiers ministres…). Il ne s’agit là que d’un reflet parcellaire ou sélectif d’une organisation de la prédation ostensiblement instaurée comme mode de gouvernement sous l’égide des appareils sécuritaires. Le système né du coup d’État de janvier 1992 a détruit l’administration du pays pour faciliter un processus d’accaparement criminel du patrimoine public et de détournement massif des produits de la rente des hydrocarbures.

    Dans la frénésie affairiste délinquante des années Bouteflika, l’Algérie des putschistes a perdu l’essentiel de la grammaire sociopolitique forgée durant la guerre de libération. L’effondrement interne, moral et politique, a accompagné l’effacement progressif du pays de la scène internationale et l’évaporation d’une part importante de son crédit diplomatique. La marginalisation politique d’Alger a culminé dans le mépris ostensible de l’Otan à l’égard des intérêts nationaux lors de la destruction de l’État frère de Libye en 2011.

    L’appareil diplomatique algérien mis entre parenthèses après le coup d’État contre la démocratie du 11 janvier 1992 a été méthodiquement déconstruit par l’entourage du président Bouteflika avec l’assentiment des généraux qui l’ont porté au pouvoir. L’objectif assigné au président par les militaires en 1999 était clair et très circonscrit : renouer les liens du régime avec l’Occident de plus en plus réticent à couvrir les exactions monstrueuses du régime dans sa « sale guerre » contre les civils. Abdelaziz Bouteflika et ses proches ont utilisé à cette fin leurs relais, au premier chef les potentats du Golfe, avec des conséquences préjudiciables sur la sécurité nationale. Au cours de cet interminable règne de près de vingt ans, la voix de l’Algérie est donc progressivement devenue inaudible sur le plan international et particulièrement au sud du Sahara.

    La quasi-disparition de l’Algérie de la scène africaine, conjuguée aux ratonnades contre les migrants sub-sahariens, a très visiblement affaibli l’influence continentale du pays, ce qui a permis aux alliés du régime sioniste d’apartheid de conquérir des positions en Afrique, jusqu’à permettre l’intégration de Tel Aviv en tant qu’observateur dans l’Union africaine.

    Un changement de paradigme contrarié

    Il reste que l’indignation officielle devant la « normalisation » marocaine prête à sourire. Sans même évoquer les visites et rencontres secrètes, le régime a ouvert des canaux de communication depuis la rencontre cordiale d’Abdelaziz Bouteflika avec Ehud Barak à Rabat en juin 1999 lors des funérailles de Hassan II. Le même Bouteflika a rencontré Shimon Peres et d’autres dignitaires sionistes lors d’un séminaire aux Baléares en octobre de la même année sans que cela ne provoque d’émotion dans les cercles du pouvoir. Le régime a multiplié les gestes positifs en direction d’Israël, des journalistes et universitaires, proches de la police politique, se sont par exemple rendus à Tel Aviv en 2009, subissant quelques critiques de pure forme. Des critiques épargnées au général Ahmed Gaïd-Salah et à d’autres officiers de haut rang qui se sont affichés la même année dans des réunions de l’OTAN aux côtés de hauts gradés israéliens. Après tout, une propagandiste de l’éradication, aujourd’hui sous les verrous pour corruption, a bien été ministre pendant douze ans malgré une visite très médiatisée à Tel Aviv en 19962….

    Le régime algérien n’a pas exprimé la moindre réserve à l’endroit du processus de normalisation engagé par les principautés du Golfe, notamment les Émirats arabes unis, qui n’ont jamais bénéficié auparavant d’une aussi grande influence en Algérie, jusqu’aux centres décisionnels de l’armée. En sus d’une ouverture économique au détriment de l’intérêt national, les Émirats arabes unis, qui contrôlent les principaux ports algériens, sont associés à l’ANP dans d’étranges opérations d’achat de matériel militaire (deux frégates en Allemagne) et de joint-ventures (unités de montage de camions et de blindés légers) dans des environnements financiers opaques. La proximité émiratie avec l’armée algérienne est illustrée par les fréquents déplacements des sommets de la hiérarchie militaire vers un pays qui a été la destination du premier voyage à l’étranger du général Saïd Chengriha, chef d’état-major qui a succédé, en décembre 2019, au général Ahmed Gaïd-Salah, brusquement décédé dans des circonstances peu claires. Il n’est pas anodin de rappeler que le chef de la DGSI, police politique militaire, depuis avril 2020, le général Abdelghani Rachedi, était auparavant attaché militaire à Abu Dhabi.

    De fait, l’interdiction de porter le drapeau palestinien lors des manifestations du Hirak n’est pas une décision neutre. Au prétexte du bannissement de tous les drapeaux à l’exception de l’emblème national, il s’agit bien, tous l’ont compris, d’une indication de réorientations contre-révolutionnaires torpillées par la seule volonté du peuple algérien, qui s’identifie naturellement au peuple de Palestine dans sa lutte de libération. Le soutien à la Palestine et la détestation du colonialisme sont au cœur de l’identité politique de la société algérienne. Aucun régime ne peut aller à l’encontre de cette orientation fondatrice sans risquer des ruptures majeures.

    Autonomie vs hégémonie, entre Est et Ouest

    La réorientation vers l’Occident de la diplomatie algérienne se heurte également à un obstacle militaire particulièrement difficile à contourner. En effet, la plus grande part de l’armement de l’ANP est traditionnellement issue des usines russes. L’adossement de l’armée aux arsenaux russes est ancien, datant d’avant même l’indépendance du pays. L’Union soviétique a toujours mis à disposition ses armes, y compris les plus modernes, à des prix particulièrement compétitifs3. À la suite de l’URSS, la Fédération de Russie4 fournit des équipements militaires de haute technologie que les Occidentaux, les Américains en particulier, pourtant sollicités avec insistance, refusent de vendre à l’Algérie.

    Le soutien à la cause palestinienne et le non-alignement tenace de l’Algérie expliquent largement les fins successives de non-recevoir de Washington pour l’acquisition de matériels sensibles. Les militaires, qui disposent des ressources financières nationales et ne dépendent pas de l’aide étrangère, ne peuvent se résoudre à réduire le seuil qualitatif ouvert par Moscou. Cette orientation a été actée par le partenariat stratégique conclu lors de la visite de Vladimir Poutine en mars 2006 qui scelle durablement la relation militaire bilatérale. L’ouverture à des fournisseurs tiers est donc opérée ponctuellement et à la marge des besoins d’équipement stratégique de l’ANP. Très concrètement, la méfiance des Occidentaux vis-à-vis d’un pays jugé « irrédentiste » malgré tous les reculs du régime et leur réticence à livrer les systèmes d’armes dotés du niveau de performances attendu par l’armée algérienne contribuent à maintenir celle-ci hors du champ de coopération « de confiance » en confortant la position russe dans le pays.

    L’ancrage russe (et, dans une mesure moindre, chinois) de l’ANP est donc consolidé paradoxalement par la persistance de la méfiance occidentale vis-à-vis de l’Algérie. L’ANP a pourtant effectué de nombreux gestes en direction des États-Unis et de leur sphère d’influence. Outre la participation à des réunions et manœuvres de l’Otan, la coopération extrêmement étroite en matière de renseignement et de lutte antiterroriste s’est accompagnée par des facilités de présence en Algérie, l’autorisation de survol du territoire par les aviations militaires d’États extracontinentaux et le soutien logistique aux forces expéditionnaires dans la région. Ces dispositions visant à l’équilibre diplomatique ne semblent pas influer sur la perception américaine notamment, comme l’illustre le renforcement des dispositifs autour du pays5 et les cibles trop identifiables des exercices militaires conjoints avec les pays de la région.

    Le Makhzen : contre le régime ou contre l’Algérie ?

    Les deux pays les plus peuplés du Maghreb, bien que se situant plus que jamais dans des camps idéologiquement distincts et géopolitiquement concurrents, font face néanmoins à des contestations politiques aux formes très voisines. Appelés Hirak dans les deux pays, ces mouvements, dans la province du Rif au Maroc et sur tout le territoire en Algérie, sont l’objet dans les deux pays d’une répression très brutale. Les animateurs politiques ou des figures de ces Hiraks pacifiques sont arrêtés, torturés et lourdement condamnés par une justice aussi servile au Maroc qu’en Algérie. Des dizaines de militants des droits de l’homme, des journalistes sont violentés et emprisonnés arbitrairement. Si les deux systèmes politiques ne se ressemblent pas effectivement, ils ont recours aux mêmes méthodes et partagent la même aversion pour le droit et la démocratie.

    Ainsi, en dépit d’un bilan désastreux en termes de respect des droits de l’homme et du droit international, la monarchie marocaine est encore plus fermement insérée dans le dispositif stratégique de l’Occident. Le Makhzen, organisation féodale moyenâgeuse, est considérée comme un partenaire tout à fait acceptable par les parangons européens et américains de la modernité démocratique. L’Algérie, malgré la réduction de sa marge de manœuvre et la difficile redéfinition du non-alignement dans une multipolarité globale encore en gestation, maintient un cap minimal décolonial, anti-hégémonique et rejette la normalisation avec Israël. Mais les deux systèmes, et c’est là sans doute l’essentiel, bénéficient l’un et l’autre du soutien du G7 au nom de la stabilité régionale, menacée par l’effondrement des États corrompus du Sahel et la multiplication des groupes « djihadistes », et des intérêts bien compris des « grandes puissances ».

    Les crispations des dernières semaines relèvent-elles pour autant du psychodrame bilatéral auquel sont habituées les deux capitales ? La présence active d’Israël sur les frontières ouest, notamment sur le mur de défense érigé au Sahara occidental, modifie l’équilibre des forces dans la région. La mort d’Addah Al-Bendir, chef de la gendarmerie sahraouie, tué par un missile probablement tiré à partir d’un drone en avril 2021, pourrait bien représenter l’élément déclencheur d’une élévation du niveau de conflictualité au Sahara occidental par l’introduction d’armements nouveaux…

    Même s’il est à peu près avéré que ni Rabat ni Alger ne souhaitent s’engager dans une guerre ouverte, l’hypothèse d’une confrontation à la suite de dérapages ou de provocations n’est pas à exclure. On a peine cependant à imaginer les satrapes du Makhzen ou la gérontocratie militaire algérienne se fourvoyer dans une aventure incertaine dont aucun des protagonistes ne sortira indemne.

    A moins que, fort du soutien américano-israélien, le roi du Maroc et son entourage pourraient estimer que l’heure serait venue d’asseoir définitivement leur souveraineté sur le Sahara face à une Algérie fragilisée, et ne tente un coup de force. Au-delà d’une pure gesticulation, la diffusion du tract soutenant les revendications sécessionnistes du MAK par l’ambassadeur marocain aux Nations unies va dans le sens d’une surenchère belliqueuse. Les parrains de Rabat autoriseront-ils une telle évolution ? L’Algérie, dernier pays du Front du refus6 encore debout, reste sourd au chant des sirènes normalisatrices et abrite une société politique populaire consensuellement attachée à l’indépendance du pays et à la solidarité avec les peuples en lutte, tant en Palestine qu’au Sahara occidental. L’encouragement du séparatisme identitaire pour casser le front social et le consensus politique national tel que proclamé le 1er novembre 1954 n’a donc pas grande chance de porter ses fruits. La cohésion nationale, ainsi que l’a démontré le Hirak depuis le premier jour, ne peut être remise en cause par des mouvements marginaux et sans relais majeur dans la société, quelle que soit l’ampleur du soutien étranger dont ils bénéficient.

    Vers un Maghreb démocratique ?

    Les stratégies de déstabilisation et les actes de provocation du Makhzen sont d’autant plus inacceptables qu’ils sont dirigés contre le voisin le plus proche à tous points de vue. Mais ils illustrent bien l’immoralité et l’irresponsabilité d’une monarchie qui écrase les libertés, méprise le droit international et disposée aux plus indignes trahisons. L’opinion publique en Algérie sait faire la différence entre le peuple marocain frère et les félons qui dirigent leur pays. Tout comme l’opinion au Maroc sait ce qui sépare le peuple algérien d’une dictature sans scrupules.

    À contrecourant de l’histoire, les absolutismes royaux d’un autre temps et les autoritarismes militaro-policiers caducs sont voués à disparaître, et il faut espérer que cette évolution inévitable se fasse au moindre coût humain et politique. Il s’agit là de l’ultime responsabilité de castes de pouvoir à Alger et Rabat qui auront, chacune dans ses propres dérives et ses trahisons respectives, démontré leur impéritie et portent tout le poids des vicissitudes qui empêchent la constitution du Grand Maghreb. Les crises de ces régimes ne sont pas celles des peuples.

    Dans tout le Maghreb, les nouvelles générations ne sont dupes d’aucune manœuvre et ne mettront pas en jeu leur évidente communauté de destin pour permettre à des organisations de pouvoir illégitimes et illégales, qui n’offrent à leur jeunesse que le désespoir et l’immigration clandestine, de se maintenir dans le mensonge et la violence. La modernisation politique est impérative, tant les défis qui attendent les sociétés maghrébines dans les années à venir sont immenses, complexes et nécessitent la mise en commun de tous les moyens et la mobilisation de toutes les compétences disponibles. L’avenir du Maghreb est entièrement dans la démocratie, le respect du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et la constitution, enfin, d’États de droit pour les libertés et de justice. Les peuples du Maghreb rejettent toute hégémonie ou mise sous tutelle et sont indéfectiblement solidaires du peuple palestinien dans sa lutte de libération décoloniale. La fraternité de tous les peuples du Maghreb est inaltérable.

    Notes

    1 Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie. Organisation groupusculaire, surtout présente en France et au Canada, dirigée par Ferhat Mehenni, un ancien chanteur, qui revendique l’indépendance de la Kabylie.

    2 Khalida Messaoudi-Toumi s’est rendue à Tel Aviv en compagnie de la journaliste française Elisabeth Schemla en mars 1996.

    3 Voir général Rachid Benyellés, Dans les arcanes du pouvoir. Mémoires 1962-1999, Barzakh, Alger, 2017.

    4 Sur la relation Algérie-Russie, voir Mansouria Mokhefi, « Alger-Moscou : évolution et limites d’une relation privilégiée », Politique étrangère, n° 3, 2015.

    5 Comme le renforcement de la base aérienne de Moron de la Frontera en Andalousie.

    6 Le « Front du refus », ou « Front du refus et de la fermeté », face à une normalisation avec Israël, réunissant l’Algérie, la Libye, la Syrie, le Yémen du Sud et OLP, a été créé lors du Sommet de Tripoli du 1er au 5 décembre 1977. Il a été ainsi dénommé par opposition au « Front du silence » réunissant les pays du Golfe persique et le « Front de la capitulation » mené par l’Égypte et le Soudan avec l’appui du Maroc (voir Paul Balta, « Les aléas des relations avec le monde arabe », Le Monde diplomatique, novembre 1982).

    Omar Benderra, Algeria-Watch, 31 août 2021

    Hoggar, 05/09/2021

  • Une intégration maghrébine sans le Maroc, un impératif

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    Une intégration maghrébine sans le Maroc, désormais un impératif incontournable

    Les espoirs suscités en 1989 par la création de L’union du Grand Maghreb ont fini par voler totalement en éclats à la suite de la rupture, ce 24 août ,des relations diplomatiques entre l’Algérie et le Maroc. De reniements en palinodies, le Maroc est parvenu à faire de cette Union géostratégique importante bénie par tous les peuples de la région, une coquille vide.

    Depuis 1991, date à laquelle le Maroc, profitant de la grave crise politique en Algérie, a commencé à revenir sur ses engagements pour la mise en place, dans le cadre maghrébin, d’un référendum pour le Sahara Occidental, l’Union maghrébine commençait à battre de l’aile et à n’avoir qu’une existence symbolique.

    La décision intempestive du Maroc en 1994 d’imposer les visas aux ressortissants algériens a rendu cette Union quasiment caduque ,puisque depuis cette date le Conseil des chefs d’État des pays membres ne se s’est plus jamais réuni.

    Le Maroc qui a montré ses crocs en 1991 en croyant que l’Algérie va être emportée dans le tourbillon du terrorisme islamiste, vient de refaire trente ans plus tard, les mêmes gestes belliqueux, cette fois-ci en espionnant les responsables algériens à laide d’un logiciel israélien et en plaidant pour la nécessité de faire jouir pleinement les Kabyles d’un droit à l’autodétermination.

    Il faut dire que le Maroc n’a jamais cessé d’afficher depuis la création de l’union maghrébine son peu de cas qu’il fait de cette Union qu’il a voulu utiliser à son profit en réglant en sa faveur la question du Sahara occidental. Les pays du grand Maghreb doivent penser d’ores et déjà à se passer de ce voisin encombrant.

    La création des espaces économiques communs est un impératif incontournable et cela doit se faire même si le Maroc continue à jouer au trublion.

    L’heure est à l’intégration régionale et à la construction de communautés économiques fortes en Afrique pour répondre aux grands défis des regroupements et du développement régionale qu’impose la logique de l’époque.

    Les Etats du Grand Maghreb doivent aller rapidement, sans attendre le bon vouloir du makhzen marocain, vers la mise en place de tous les dispositifs permettant de créer une communauté économique viable dans la région. Les objectifs de création d’une monnaie unique, d’une banque centrale maghrébine, d’un parlement maghrébin… et d’autres outils au service de cette réalisation doivent être atteints à l’horizon 2030. C’est une nécessité absolue pour éviter de mettre toute la région dans l’œil du cyclone, d’autant plus que l’entité sioniste y a déjà mis le pied avec le concours de Rabat.

    Il faut dès maintenant ouvrir les frontières aux personnes, aux capitaux et aux marchandises entre les pays de cet ensemble atteint actuellement d’atrophie à cause des rétropédalages marocains. Les diplomaties des pays de l’Afrique du Nord pays doivent redoubler de dynamisme ces temps-ci pour assainir les différends et lever tous les obstacles qui se dressent sur le chemin de la coopération et de l’intégration régionale.

    La nouvelle union doit inclure non seulement les pays dits du Maghreb mais également les pays du Sahel à l’image du Mali’ le Niger, le Nigéria…

    L’Express, 29/08/2021

  • L’UMA: un projet mort-né

    L’UMA: un projet mort-né

    Union du Maghreb Arabe, UMA, Maghreb, France, Maroc, Algérie, #Maroc, #Algérie

    Pour créer un Etat national, il faudrait qu’une certaine culture de cet Etat soit une réalité vécue parmi les gouvernants et les gouvernés. La même chose pour créer un ensemble régional, à l’instar de l’Union du Maghreb Arabe, par exemple, né, il y a 32 ans, pour créer une organisation économique et politique, visant à unifier l’ensemble des cinq Etats de cette aire géographique connue sous le «très ancien» nom du Maghreb, Maghreb Arabe ou Grand Maghreb…

    Le but n’était autre que d’unifier les moyens et les efforts afin de créer une force politique et économique, pouvant avoir son mot à dire, dans la politique régionale… Un peu plus de 100 millions d’habitants et une très vaste superficie géographique, dotée d’immenses richesses.

    Un tel ensemble, s’il avait la chance d’être réalisé, selon ses rêves et ses aspirations, pourrait rivaliser avec l’Union Européenne.

    A vrai dire, ni l’Espagne, ni la France n’accepteront de voir une force, véhiculant une langue, une culture, une religion qui ont été, tout au long de l’Histoire, une source de conflits avec le partenaire de la rive nord de la grande bleue.

    Une certaine lecture propagandiste en provenance de la rive nord, laissant croire que l’échec du projet serait dû, essentiellement, aux conflits opposant quelques pays membres, notamment l’Algérie et le Maroc. Le grand point faible de ces entités politiques du Maghreb, c’est bien l’absence de souveraineté. Ce sont des pays presque pris en otage par l’ancienne puissance coloniale. Et cette dernière préfère voir les indigènes de ses anciennes colonies s’entredéchirer par et pour de faux problèmes.

    Dans les cinq pays subsistent toujours, des personnalités influentes, des courants politiques, linguistiques, culturels et idéologiques qui sont reliés, comme par un cordon ombilical, à l’ancienne puissance colonisatrice d’où, ils puisent leur raison d’exister. Donc, il n’y aurait pas de projet UMA, tant que ce projet porte en son sein une religion qui a été pendant plus de mille ans, une source de conflits.

    La France aime bien voir des entités maghrébines stables et sans problèmes. Cependant, elle préfère voir des pays de la rive sud faibles, anéantis, dépendant politiquement et économiquement de sa seule volonté. Rappelez-vous que c’est une opération, menée par «des services de renseignements», qui avait donné le coup de grâce à un projet qui venait de boucler ses cinq années d’existence.

    Actuellement, l’UMA existe toujours, mais c’est plutôt une existence fantomatique. Les ennemis de dehors et leur cinquième colonne de dedans, continuent sans relâche à ce que ce projet ne revoie plus le jour…

    Le Carrefour d’Algérie, 08/09/2021