Étiquette : Mali

  • La France sous pression pour reconnaître sa responsabilité dans l’attaque aérienne au Mali

    Paris a rejeté à plusieurs reprises le rapport de l’ONU sur l’attaque qui a tué 19 invités à un mariage, le jugeant non crédible.

    La France fait face à des appels de plus en plus nombreux à reconnaître sa responsabilité dans l’attaque aérienne qui a tué 19 civils lors d’un mariage dans un village du Mali en janvier, suite à la publication d’un rapport des Nations unies sur cette attaque.

    L’enquête accablante de l’ONU publiée le mois dernier, sa première sur l’action militaire française, indique que la frappe aérienne a touché le village de Bounti le 3 janvier, tuant 19 invités au mariage et trois militants.

    Des groupes représentant les familles des victimes, qui étaient toutes des hommes, des survivants de la frappe aérienne et des groupes de défense des droits ont demandé que le personnel militaire impliqué dans la frappe soit inculpé et ont condamné l’attaque, qui fait partie d’une série d’incidents survenus ces dernières années au cours desquels des civils innocents ont été tués lors d’opérations anti-jihadistes.

    Une insurrection djihadiste a fait des ravages au Mali depuis 2012, débordant sur la région du Sahel en Afrique de l’Ouest, suscitant un important soutien militaire français dans ses anciennes colonies.

    Immédiatement après l’attaque à Bounti, à 370 miles de la capitale Bamako, des groupes locaux ont commencé à faire craindre que des civils, et non des djihadistes, aient été tués, a déclaré Hamadoune Dicko, le président du plus grand groupe peul, Tabital Pulaaku. Un de ses amis est mort dans la frappe aérienne, a-t-il dit.

    « Nous connaissions personnellement la majorité d’entre eux. C’est notre région et il est facile de savoir qui était là et s’il s’agissait de civils ou de djihadistes », a déclaré Dicko, ajoutant que le rapport de l’ONU avait « prouvé que nous avions raison ».

    « Il est important qu’une enquête indépendante soit menée, peut-être par la justice. Qu’elle soit malienne, française ou internationale », a déclaré Dicko, « afin que les responsabilités soient établies, que les familles des victimes puissent être indemnisées et que les responsables de cette frappe soient traduits en justice. »

    Un invité du mariage, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat, a survécu à l’attaque avec des blessures mineures. Selon lui, la région du centre du Mali est sous le contrôle des djihadistes. « Ils n’acceptent pas les mariages et les baptêmes. S’ils l’avaient su, ils l’auraient interdit », a-t-il dit. « Il n’y avait pas de djihadistes, nous faisions simplement la fête entre nous ».

    Le rapport de l’ONU, basé sur plus de 400 entretiens et témoignages, accuse la France de nombreux manquements, notamment l’obligation de faire tout ce qui est pratiquement possible pour vérifier que les cibles étaient bien des objectifs militaires.

    Depuis la publication du rapport, la France l’a rejeté à plusieurs reprises comme n’étant pas crédible, affirmant que 30 personnes sont mortes dans la frappe aérienne au Mali et que les cibles étaient toutes des djihadistes. Selon elle, le rapport de l’ONU s’est peut-être appuyé sur des témoignages de sympathisants de terroristes et n’offre aucune preuve tangible.

    La ministre française de la défense, Florence Parly, a déclaré la semaine dernière que ses opérations suivaient « un processus de ciblage rigoureux » et qu’au milieu des critiques, elle « ne peut pas laisser salir l’honneur de nos soldats ».

    « Il n’y avait pas de femmes ou d’enfants parmi les victimes, et ces frappes avaient pour but de neutraliser les éléments terroristes », a-t-elle ajouté. L’attaque avait visé une coalition de groupes extrémistes affiliés à Al-Qaïda.

    Jeudi, Mme Parly a répondu aux critiques croissantes, suite au rapport de l’ONU, des groupes de défense des droits maliens et français, dont Amnesty International et Oxfam France.

    « L’action de la France au Sahel fait l’objet d’une guerre d’information permanente visant à affaiblir notre crédibilité et notre légitimité, alors même que nous sommes présents à l’appel des autorités nationales sahéliennes », après un nouveau briefing sur les détails de la frappe aérienne par le chef d’état-major des armées.

    Le gouvernement a rejeté les appels à l’ouverture d’une enquête sur les meurtres, ou à la publication des images de drone qui ont permis d’identifier le village comme cible, ce qui ajoute à la consternation des groupes au Mali.

    Pour tenter d’amener la France à accepter de rendre des comptes, les familles des victimes envisagent d’intenter une action en justice devant les tribunaux français.

    L’absence de critiques de la part du gouvernement de transition dirigé par l’armée, qui a pris le pouvoir après un coup d’État l’année dernière, alimente le ressentiment. Depuis une déclaration critiquant la frappe dans son sillage immédiat, les responsables ont largement soutenu la France, dont ils dépendent pour soutenir leurs propres forces. Les autorités maliennes ont déclaré que des djihadistes étaient la cible de l’attaque.

    Les deux pays n’ont pas réussi à lancer une enquête coordonnée, selon Clémence Bectarte, de la Fédération internationale des droits de l’homme, qui estime que « les juridictions françaises et maliennes auraient dû ouvrir une enquête, c’était logique ».

    Les informations faisant état d’atrocités présumées commises par ses militaires ont fait monter la pression sur la France et sur son opération prolongée au Sahel. Le 26 mars, six personnes ont été tuées dans le nord-est du Mali lors d’une frappe de drone française qui, selon l’armée, visait des djihadistes. Pourtant, des habitants ont déclaré que les personnes décédées, dont quatre enfants de moins de 16 ans, étaient de jeunes chasseurs.

    Les 5 100 soldats français présents au Sahel ont du mal à contenir les groupes extrémistes très mobiles et coordonnés dans cette région désertique. Selon les experts, les atrocités présumées ont probablement renforcé le ressentiment anti-français dans le pays.

    The Guardian, 9 avr 2021

    Etiquettes : France, Sahel, Mali, Tchad, Niger, Barkhane,

  • L’infiltration des djihadistes menace l’Europe


    John Giacalone
    2 AVRIL 2021

    Ces derniers mois, on a beaucoup parlé, à juste titre, de l’Italie comme d’un « pont » et d’une base pour les djihadistes désireux de frapper en Europe, notamment en France et en Allemagne. Les cas récents de Brahim Aouissaoui, le Tunisien qui, le 29 octobre 2020, a tué trois personnes à la cathédrale Notre-Dame de Nice (en décapitant l’une d’entre elles) et celui de l’arrestation du complice des terroristes du Bataclan, l’Algérien Athmane Touami, tous deux passés par Bari : le second a été arrêté dans la capitale des Pouilles au début du mois de mars 2021, tandis que le premier a même été transporté dans la ville sur un navire de quarantaine après avoir débarqué illégalement en Sicile, puis laissé libre de circuler sur le territoire, sont éloquents.

    Il existe cependant une autre zone frontalière entre l’Europe et le monde islamique où, ces dernières semaines, des développements intéressants ont eu lieu, précisément celle qui intègre l’Espagne et le Maroc, deux pays qui ont toujours été au centre de l’activité djihadiste et dont les services de sécurité, ce n’est pas un hasard, collaborent constamment dans la prévention des attentats et des infiltrations djihadistes. Ainsi, tandis que dans le pays d’Afrique du Nord, une cellule en contact avec des groupes terroristes du Sahel était démantelée et à la recherche de cibles à frapper, en Espagne, un médecin syrien, président de l’Union des communautés islamiques d’Espagne, l’une des associations islamiques les plus connues du pays, a été arrêté pour financement du terrorisme international de type islamiste ; Une mesure qui rallume les projecteurs sur l’islam politique organisé, déjà visé par la France parce qu’il est indiqué comme « séparatiste » et qui, dans ce cas, montre aussi des liens avec le terrorisme international, notamment celui actif en Syrie, mais il est bon de procéder par ordre.

    La cellule d’Oujda

    Le 25 mars, les autorités marocaines ont annoncé qu’elles avaient démantelé une cellule d’Isis composée de quatre individus opérant à Oujda, une ville située dans le nord-est du pays, près de la frontière algérienne. L’opération a été coordonnée par la Direction générale de la surveillance du territoire-Dgst et avec l’aide des services de renseignement américains.

    Les quatre terroristes, âgés de 24 à 28 ans, ont été arrêtés dans quatre quartiers différents de la ville. Les hommes des forces spéciales ont dû utiliser des grenades incapacitantes (les « flashbangs ») pour neutraliser le chef de la cellule, indiqué comme armé et extrêmement dangereux, tandis qu’un deuxième terroriste a été arrêté sur le toit d’un immeuble voisin alors qu’il tentait de s’échapper.

    Les perquisitions effectuées au domicile du chef de la cellule ont permis de découvrir une importante somme d’argent en euros, quatre passeports (cachés dans un coffre) appartenant à des membres du groupe, des armes blanches et du matériel informatique.

    Selon les enquêteurs, les quatre membres de la cellule marocaine avaient prêté serment d’allégeance à Isis et prévoyaient de se rendre dans des camps d’entraînement jhadistes au Sahel pour s’entraîner, participer à des opérations, puis se mobiliser pour mener des attaques ordonnées par Isis contre des installations gouvernementales et militaires sur le territoire marocain.

    En outre, les individus en question avaient déjà effectué quelques patrouilles pour identifier des cibles potentielles et recherchaient des instructions spécifiques pour la construction d’engins explosifs, mais aussi un soutien logistique et un financement qu’ils espéraient trouver précisément grâce à leurs contacts avec Isis au Sahel.

    L’opération du 25 mars souligne une fois de plus combien la menace djihadiste au Maroc reste élevée et comment le pays continue d’être la cible des membres et sympathisants d’Isis, comme l’avait déjà fait savoir début mars le directeur du Bureau central d’investigations judiciaires (Bcij), Cherkaoui Haboub qui avait également rappelé l’embuscade meurtrière des deux touristes scandinaves en 2018 aux mains d’un groupe djihadiste.

    Haboub a ensuite exprimé sa préoccupation pour la zone du Sahel, indiquée comme un « grand danger et un grand défi sécuritaire pour le Maroc mais aussi pour les pays voisins » en raison de l’instabilité politique et socio-économique, de l’insuffisance du contrôle du territoire, notamment au Mali. Le directeur de l’IJB a ensuite expliqué qu’après la défaite des djihadistes en Syrie et en Irak, les Qaedistes et les membres d’Isis ont trouvé un terrain fertile au Sahel, grâce à ces lacunes.

    La collaboration entre l’Espagne et le Maroc dans une clé anti-jihadiste
    Début décembre, la DGSI marocaine a collaboré avec le Centro Nacional de Inteligencia et la police espagnole dans l’arrestation d’un citoyen marocain identifié près de Madrid et accusé de propagande djihadiste, de diffusion de matériel d’auto-formation et de menaces. Deux mois plus tôt, l’Espagne et le Maroc avaient au contraire démantelé une cellule djihadiste active à Melilla et aux Canaries, tandis qu’en décembre 2019, les deux pays ont démantelé une autre cellule composée de quatre terroristes, dont trois ont été arrêtés à Nador et un en Espagne, à Guadalajara. En janvier 2021, un autre Marocain a au contraire été arrêté à Barcelone ainsi que deux ressortissants libyens, tous trois indiqués comme d’anciens combattants étrangers en Syrie et accusés de vouloir organiser des attentats sur le territoire espagnol.

    La coordination entre la lutte antiterroriste des deux pays est connue et revêt une importance fondamentale, comme dans les enquêtes qui ont conduit à l’arrestation des huit membres, tous marocains, de la cellule rendue responsable du massacre de la Rambla à Barcelone en août 2017. L’un des terroristes, Abdelbaki Es Satty, qui avait également fait office d’imam à la mosquée de Ripoll, originaire de la région montagneuse du Rif, était déjà connu au Maroc comme trafiquant de haschisch vers l’Espagne et son nom avait également été retrouvé dans les journaux intimes de certains terroristes d’Al-Qaida qui ont perpétré les attentats de Madrid en 2004.

    L’arrestation du dirigeant de l’Union des communautés islamiques d’Espagne

    Entre-temps, la semaine dernière, les autorités espagnoles ont arrêté le médecin syrien Mohamed Ayman Adlbi, 74 ans, président de l’Union des communautés islamiques d’Espagne (l’équivalent espagnol de l’Ucoii), ainsi que trois autres personnes, pour financement de groupes terroristes islamistes en Syrie, mais aussi pour blanchiment d’argent, fraude, falsification de documents et aide à l’immigration clandestine. Plus précisément, comme le rapporte le site Web d’Europol, les suspects n’auraient pas seulement utilisé des ONG pour financer des groupes de Al Qaïda, mais auraient également utilisé des fonds indiqués comme étant destinés aux orphelins de la guerre en Syrie et visant à radicaliser et à former ces derniers pour qu’ils poursuivent la lutte armée en Syrie.

    Adlbi était arrivé en Espagne après avoir fui la Syrie dans les années 1970. Il est ensuite devenu médecin et a assumé des rôles de premier plan dans l’islam organisé en Espagne. Une histoire similaire à celle de plusieurs médecins syriens ainsi que des représentants de l’Islam organisé Ucoii en Italie. Le docteur est ensuite devenu président de l’Union des communautés islamiques d’Espagne et, en juillet 2020, il a également été élu à la présidence de la Commission islamique d’Espagne (CIE), qui coordonne les activités de la communauté musulmane de concert avec le gouvernement espagnol.

    La CIE, pour sa part, a publié une déclaration condamnant l’arrestation : « Nous devons exprimer notre grand regret que l’on soit arrivé à l’extrême de la détention alors qu’elle aurait pu être résolue par un interrogatoire », a déclaré M. Adlbi dans une déclaration dans laquelle il a qualifié les soupçons de la police de « non fondés ». L’homme a ensuite été libéré sous caution et après s’être déclaré lésé par l’arrestation, il a déclaré avoir foi en la justice et comprendre la nécessité de poursuivre l’enquête.

    Les « ponts » qui relient l’Europe et le monde islamique

    L’Europe dispose de trois « ponts » sur lesquels peuvent s’appuyer les infiltrations djihadistes : la route maritime qui relie l’Italie à l’Afrique du Nord, la route terrestre des Balkans et celle qui relie l’Espagne et le Maroc via le détroit.

    En ce qui concerne le passage italien et espagnol, il est de plus en plus clair comment le problème du Sahel est de plus en plus pertinent par rapport au terrorisme islamiste, comme l’ont déjà exprimé les autorités espagnoles et marocaines, mais aussi la France, qui est active dans la région avec son armée depuis janvier 2013.

    Le directeur du Bureau central d’investigations judiciaires du Maroc, Cherkaoui Haboub, a raison lorsqu’il affirme que le Sahel, en particulier le Mali, risque de devenir une nouvelle Syrie.

    Il s’agit en fait d’un pays institutionnellement fragile, avec un gouvernement central incapable de contrôler son territoire et obligé de compter sur l’intervention militaire française. Un peu plus au sud-est, dans le nord du Nigeria, Boko Haram est actif, avec une présence également dans le sud du Niger et au Tchad. Laisser le champ libre aux djihadistes au Mali et au Sahel en général conduirait à un renforcement des islamistes de manière similaire à ce qui s’est passé entre l’Irak et la Syrie avec l’avènement d’Isis, et c’est exactement ce qu’il faut éviter, car les répercussions se feraient également sentir en Europe. Il faut donc saluer la coopération entre l’Espagne, le Maroc et la France, mais il faut faire davantage pour endiguer les infiltrations, y compris en Italie où, malheureusement, la situation est tout sauf rose, comme le montrent les faits.

    Inside Over, 2 avr 2021

    Etiquettes : Sahel, Mali, Maroc, Tunisie, Balcans, Italie, Espagne Union Eurpéenne, UE, terrorisme, menace terroriste, djihadistes,

  • Point de presse quotidien de l’ONU: 31 mars 2021

    Point de presse quotidien du Bureau du Porte-parole du Secrétaire général de l’ONU: 31 mars 2021

    (La version française du Point de presse quotidien n’est pas un document officiel des Nations Unies)

    Ci-dessous les principaux points évoqués par M. Stéphane Dujarric, Porte-parole de M. António Guterres, Secrétaire général de l’ONU:

    Secrétaire général/Yémen

    Dans une déclaration publiée aujourd’hui, le Secrétaire général déclare qu’au fil des ans, le Sultanat d’Oman a joué un rôle important, en jetant des ponts pour la paix dans la région, y compris au Yémen.

    Le Secrétaire général exprime en particulier ma gratitude à Sa Majesté, le Sultan Haitham Bin Tariq Al Said, pour son appui constructif et essentiel à mon Envoyé spécial pour le Yémen, M. Martin Griffiths.

    COVID-19/Mécanisme COVAX

    Le Yémen a reçu aujourd’hui 360 000 doses de vaccins envoyées par le Mécanisme COVAX. Ces vaccins sous licence indienne et fabriqués par le Serum Institute of India sont destinés aux professionnels de la santé et aux autres personnes vulnérables.

    Les autorités sanitaires et les représentants de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) ont réceptionné ce premier lot de 13 000 boîtes sécurisés et 1 300 000 seringues, essentielles pour une campagne de vaccination sûre et efficace. Près de deux millions de doses sont attendues au Yémen cette année.

    Trinité-et-Tobago a aussi reçu aujourd’hui ses 33 000 premières doses de vaccins pour le coup d’envoi de sa campagne de vaccination, la semaine prochaine.

    Ces doses font partie du premier lot destiné aux pays des Caraïbes. Mme Erica Wheeler, Représentante de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) à Trinité-et-Tobago, a déclaré que l’équipe de pays continuera de travailler avec les autorités à la vaccination de la population, avec le savoir et l’ensemble des mesures de santé publique et sociales connues pour arrêter la propagation du virus.

    Vice-Secrétaire générale/Climat

    Ce matin, la Vice-Secrétaire générale de l’ONU, Mme Amina J. Mohammed, a participé à une réunion ministérielle virtuelle sur le climat et le développement organisée conjointement avec le Royaume-Uni.

    Mme Mohammed a appelé à l’action pour renforcer la résilience climatique sur cinq fronts et d’abord l’octroi de la moitié de tous les financements climatiques à l’adaptation, ce qui implique que le G7 atteigne son objectif de consacrer 0,7% de son PIB à l’aide publique au développement (APD). Deuxièmement, la Vice-Secrétaire générale a parlé d’un soutien climatique plus rationnel et plus transparent, et troisièmement, du développement des outils financiers nécessaires à la réponse aux catastrophes et de la création de nouveaux outils pour renforcer la résilience.

    En quatrième lieu, elle a cité l’aide aux pays en développement pour qu’ils puissent intégrer les risques climatiques dans tous les processus de planification, de budgétisation et d’investissement. Enfin en cinquième lieu, Mme Mohammed a parlé du soutien aux efforts de renforcement de la résilience menés localement et de l’autonomisation des femmes, des autochtones et des jeunes.

    Prix des quatre libertés

    Aujourd’hui, le Secrétaire général a reçu le Prix international des quatre libertés de la Fondation Roosevelt.

    Il a déclaré que le Prix a une signification particulière compte tenu de son lien profond avec le Président Franklin Delano Roosevelt et Eleanor Roosevelt.

    Depuis plus de 75 ans, a-t-il ajouté, partout dans le monde et 24 heures sur 24, le personnel de l’ONU s’efforce de concrétiser les droits fondamentaux dans la vie des gens.

    Pourtant aujourd’hui, a reconnu M. António Guterres, aujourd’hui, nous sommes confrontés aux plus grandes épreuves, dans le monde, puisque l’idée des Nations Unies était plus qu’un rêve aux yeux du Président Roosevelt et d’autres.

    Mais dans la tempête, ce Prix nous incitera tous à continuer à aller de l’avant, à lutter et à travailler pour un monde meilleur.

    Afghanistan

    En Afghanistan, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a annoncé aujourd’hui que trois femmes membres du personnel de santé en charge de la vaccination contre la poliomyélite ont été tuées hier à Jalalabad, dans la province de Nangarhar. Le Coordonnateur des secours d’urgence, M. Mark Lowcock, a condamné cette attaque brutale contre des agents humanitaires et de santé qui travaillent en première ligne pour offrir une vaccination vitale aux enfants.

    M. Lowcock a présenté ses condoléances aux familles des victimes et a insisté sur le fait que les agents humanitaires ne devraient jamais être pris pour cible. Ils doivent être protégés à tout moment, a-t-il dit.

    La Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) a dit partager le même dégoût profond face à ce crime, alors que chacun œuvre en faveur d’un Afghanistan plus sûr, d’un avenir meilleur pour tous ses enfants et d’un monde sans polio. Le Coordonnateur résident et Coordonnateur humanitaire des Nations Unies en Afghanistan, M. Ramiz Alakbarov, a également précisé que les agents de la lutte contre la poliomyélite, qui sauvent la vie d’enfants, ne sauraient être en aucun cas des cibles.

    Mozambique

    Au Mozambique, l’OCHA a indiqué aujourd’hui que l’escalade de la violence dans la province de Cabo Delgado continue d’entraîner des déplacements massifs, en particulier après les dernières attaques de groupes armés non étatiques et des affrontements qui ont cours à Palma depuis le 24 mars. La situation en matière de sécurité reste instable et préoccupante.

    L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a déjà enregistré quelque 8 000 personnes aux points d’arrivée de Nangade, Mueda, Montepuez et Pemba. Plusieurs milliers d’autres personnes sont arrivées aujourd’hui à Pemba et dans d’autres secteurs de Cabo Delgado.

    Les informations indiquent que des centaines de personnes essaient encore de quitter Palma en ce moment et que des milliers d’entre elles fuient à pied, par bateau et par route. Certaines personnes sont secourues par le Service aérien d’aide humanitaire des Nations Unies et d’autres groupes de la société civile.

    Pour sa part, le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) prépositionne des kits d’accouchement et des médicaments essentiels pour aider les femmes enceintes et les mères déplacées.

    Le Programme alimentaire mondial (PAM) a fait savoir qu’il a intensifié son assistance et qu’il s’efforce d’aider 50 000 personnes touchées par les attaques. Le Service aérien d’aide humanitaire des Nations Unies, qui est géré par le PAM, organise un pont aérien pour transporter le personnel médical essentiel et les agents humanitaires au plus près des sites d’opérations mais aussi pour les évacuations médicales.

    Toujours aujourd’hui, dans une déclaration commune, la Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés, Mme Virginia Gamba; celle pour la violence sexuelle dans les conflits, Mme Pramila Patten; et celle pour la violence contre les enfants, Mme Najat Maalla M’jid, ont fermement condamné les actes de violence « brutaux et horribles » commis dans la province de Cabo Delgado. Elles ont souligné que la protection et les besoins humanitaires de la population civile, en particulier les femmes et les enfants, doivent être assurés et satisfaits de toute urgence.

    Éthiopie 

    L’OCHA a indiqué aujourd’hui que la situation au Tigré reste extrêmement difficile. L’accès à cert aines parties du sud et du sud-est de la région a été restreint pendant un mois et la route d’Alamatato Mekelle est toujours fermée, ce qui bloque l’intervention humanitaire.

    On estime à 2,5 millions le nombre de personnes qui, dans les zones rurales, n’ont pas eu accès aux services de base, au cours de ces quatre derniers mois.

    L’ONU continue de recevoir des informations faisant état d’attaques contre les personnes et infrastructures civiles, dont le pillage et le vandalisme de centres de santé, d’écoles, sans compter les cas de violence sexuelle et sexiste.

    Le conflit continue d’entraîner des déplacements massifs dans toute la région. Plusieurs dizaines de milliers de personnes sont ainsi arrivées dans les villes de Shire, Axum et Adwa, au cours de ces dernières semaines.

    L’ONU et ses partenaires humanitaires sur le terrain intensifient leur réponse, entre autres, sous la forme de colis de nourriture à plus d’un million de personnes. Par ailleurs, plus de 146 000 personnes déplacées ont reçu des abris de secours et des articles de première nécessité; la distribution se poursuivant auprès d’environ 60 000 autres. Plus de 630 000 personnes ont également reçu de l’eau potable.

    À ce jour, 67% des districts ciblés ont été couverts, grâce à 50 équipes de santé mobiles, contre 25% le mois dernier.

    La réponse reste cependant insuffisante, étant donné qu’environ 4,5 millions de personnes ont besoin d’une assistance vitale. L’ONU demande des financements supplémentaires de toute urgence pour qu’une aide vitale puisse être apportée aux personnes touchées.

    Soudan du Sud 

    Selon un nouveau rapport publié aujourd’hui par la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS), les milices des communautés sont responsables de 78% des meurtres, des dégâts infligés aux civils, des enlèvements et des violences sexuelles.

    Le rapport a documenté les meurtres de 2 421 civils en 2020, soit plus du double du total de l’année précédente. Un peu plus de 1 500 personnes ont été blessées, contre 866 en 2019. La forte augmentation du nombre des enlèvements, qui a plus que triplé, est particulièrement préoccupante.

    Bien que les chiffres montrent une aggravation significative de la violence par rapport à 2019, la Mission note que les affrontements se sont concentrés dans seulement 13% des 540 zones administratives du pays et qu’ils impliquent en grande partie les milices des communautés plutôt que les parties classiques au conflit.

    Niger

    Le Secrétaire général suit avec une grande inquiétude l’évolution de la situation au Niger. Il exhorte tous ceux qui sont impliqués de s’abstenir de toute forme de provocation qui menacerait la consolidation démocratique et la stabilité du pays. Le Secrétaire général appelle en particulier les forces armées à respecter strictement leurs obligations constitutionnelles. Il exhorte toutes les parties prenantes au Niger à adhérer aux normes démocratiques, en respectant les résultats de l’élection présidentielle du 21 février, et à permettre un transfert de pouvoir ordonné et pacifique.

    Le Secrétaire général réaffirme la solidarité et l’appui de l’ONU au Gouvernement et au peuple nigériens dans leurs efforts de promotion de la paix, de l’état de droit et du développement durable.

    Mali

    Hier, le Chef de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), M. Mahamet Saleh Annadif, a rencontré des représentants de la Cour pénale internationale (CPI) et de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), pour parler réparations, après les dégâts subis par le patrimoine culturel de Tombouctou en 2012. Les discussions avec la CPI ont également réaffirmé l’engagement de la Mission à mettre fin à l’impunité au Mali, et ce, à tous les niveaux.

    La Mission vient de tenir une réunion avec des organisations de la jeunesse à Tombouctou pour sensibiliser les jeunes dirigeants à son rôle dans le rétablissement de la paix au Mali.

    Conférence de Bruxelles sur la Syrie

    Les participants à la Conférence de Bruxelles « Aide à apporter pour l’avenir de la Syrie et des pays de la région » ont fait des promesses de contribution d’un montant total de 4,4 milliards de dollars pour 2021 et de 2 milliards pour 2022. Les institutions financières internationales et les donateurs ont annoncé environ 7 milliards de dollars de prêts à des conditions concessionnelles.

    Selon l’ONU, même si le montant total est inférieur aux 5,5 milliards de dollars promis en 2020, un certain nombre de donateurs ont augmenté leurs contributions cette année. L’ONU s’est également jointe à l’Union européenne (UE) pour saluer les pays qui ont dépassé les sommes promises, l’année dernière. Les deux organisations continueront de travailler avec les donateurs pour rechercher des financements tout au long de l’année.

    Les besoins restent énormes en Syrie et l’ONU et les partenaires humanitaires recherchent environ 10 milliards de dollars pour la réponse humanitaire en Syrie et pour le soutien aux pays de la région qui accueillent des réfugiés syriens.

    L’année dernière, l’ONU et ses partenaires ont augmenté de près de 30%, le nombre de personnes aidées, à savoir 7,7 millions de personnes par mois en Syrie, malgré un financement qui ne répondait pas aux besoins globaux. L’ONU continuera de faire sa part pour répondre aux besoins des personnes dans le besoin.

    Le Coordonnateur des secours d’urgence, M. Mark Lowcock, a déclaré à la fin de la Conférence que si nous voulons continuer à aider les Syriens, l’accès et le financement sont nécessaires. Concernant l’accès, il a rappelé que l’opération transfrontalière est essentielle pour atteindre tous ceux qui sont dans le besoin. L’aide humanitaire, a-t-il ajouté, dépend d’un financement généreux et continu des donateurs.

    Invités du point de presse

    Les invités du point de presse aujourd’hui étaient les experts du Service de la lutte antimines de l’ONU (UNMAS). Ils ont parlé de la prochaine Journée internationale pour la sensibilisation aux mines et l’assistance à la lutte antimines. Étaient présents Mme Ilene Cohn, Directrice adjointe et Cheffe par intérim de l’UNMAS; Mme Abigail Hartley, Cheffe de la politique, du plaidoyer, de la communication et de la mobilisation des ressources; et M. Stephen Pritchard, Chef des programmes, de la planification et de la gestion.

    UN Press, 31 mars 2021

    Etiquettes : #COVID-19/Mécanisme COVAX #Yémen #Climat #Afghanistan   #Mozambique #Éthiopie  #Soudan_du_Sud  #Niger #Mali #Syrie


  • Afri’actu : Sahel : la dette française…

    «Nous avons une dette envers la Libye très claire : une décennie de désordre». Ces propos d’Emmanuel Macron prononcés ce 23 mars 2021 à l’Élysée retentissent tel un mea culpa de la France, dix ans après son rôle prépondérant dans l’invasion de la Libye en 2011 par les Forces étrangères. Avant lui, le président Obama avait reconnu que cette intervention à l’appel de Nicolas Sarkozy était sa plus grande erreur. De leur côté, la Chine et la Russie avaient exprimé leur regret de n’avoir pas opposé de véto à cette aventure.

    En réalité, la France n’est pas débitrice envers la seule Lybie, mais de tous les Etats du Sahel déstabilisés depuis l’effondrement de ce pays. L’Élysée devrait donc avoir le courage d’avouer que l’assassinat du Guide libyen et l’invasion de son pays par les armées occidentales sous sa houlette sont surtout les véritables causes de la tragédie sécuritaire dans les Etats du Sahel.

    Idriss Déby et certains de ses pairs du Sahel n’ont de cesse déploré cette action occidentale contre Mouammar Kadhafi. Et qui a plongé la sous-région dans le chaos sécuritaire en y déversant mercenaires de toutes nationalités munis d’arsenaux les plus modernes.

    Pourquoi la France se limite-t-elle à la seule Lybie au lieu de reconnaître sa dette envers tout le Sahel ?

    Selon l’analyste Antoine Glaser, Emmanuel Macron réalise cet aveu d’une culpabilité française envers la Libye moins pour souligner la responsabilité de son prédécesseur que pour tenter de reprendre pied dans ce pays, alors que la Turquie, la Russie et l’Italie y ont regagné du terrain. D’autant que la Libye, outre ses richesses pétrolières, est aussi un pays-clé pour le contrôle de la Méditerranée et des flux de migrants.

    Quoi qu’il advienne, ce show médiatique d’Emmanuel Macron est déjà perçu au Mali comme une reconnaissance indirecte de la France et des Occidentaux dans le chaos installé au Sahel. Sur RFI, Sory Ibrahim Diarra, président de l’Association malienne de veille citoyenne, explique : «Nous sommes vraiment contents de cette déclaration du président Macron. Tous les désordres qui se sont passés en Libye, au Mali, au Tchad, au Niger… Chaque pays du Sahel a été déstabilisé. Si la Libye redevient stable, tout le Sahel sera stable. ».

    Que notre ancienne puissance coloniale fasse donc son mea culpa à tous les Etats du Sahel ! Qu’elle leur paye sa dette en les aidant à la bonne franquette à faire repartir du Sahel la horde de mercenaires!

    Gaoussou Madani Traoré

    Maliweb.net, 29 mars 2021

    Etiquettes : France, Sahel, Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad, Libye,

  • Les États-Unis visent donc l’Afrique. La lutte contre le terrorisme au Sahel expliquée par Jean

    Par Carlo Jean| 28/03/2021 – Étranger

    Le 29 mars, entre les États-Unis et trois pays d’Afrique de l’Ouest (Mali, Burkina Faso et Niger), une activité conjointe visant à coordonner le renseignement, les enquêtes antiterroristes et les activités judiciaires des pays de la zone sahélienne débutera. Voici en quoi consistera l’analyse de Carlo Jean, général des Alpini en congé et président du Centre de géopolitique économique

    Le 29 mars, une activité conjointe visant à coordonner le renseignement, les enquêtes antiterroristes et les activités judiciaires des trois pays débutera entre les États-Unis et trois pays d’Afrique de l’Ouest – le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Le terrorisme étant transfrontalier, la réponse des États doit également être transfrontalière. L’homogénéisation des lois et pratiques policières et judiciaires représente l’un des points centraux. Elle est particulièrement urgente dans les États caractérisés par l’inefficacité et la faiblesse des gouvernements et des institutions. Ils sont souvent tribaux et ethniques, divisés par des rivalités anciennes et récentes.

    Au Sahel, le problème est particulièrement grave. Dans toute la région, la population est étroitement liée à la criminalité (trafic de drogue et d’êtres humains, enlèvements, etc.) et cette dernière aux différents groupes ethniques et tribaux, dans lesquels les groupes djihadistes trouvent des recrues et un soutien logistique. En particulier, il est difficile de distinguer qui est un « terroriste armé » et qui ne l’est pas. Souvent, dans les différents pays du Sahel, les terroristes sont appelés ceux qui s’opposent à leurs intérêts et à leur pouvoir ou ceux qui sont considérés comme des ennemis traditionnels, comme le sont les Touaregs par d’autres groupes ethniques. La définition même d’un terroriste est quelque peu ambiguë: pour certains, c’est un combattant de la liberté et un Robin des Bois; pour d’autres, un criminel dangereux. Il ne peut y avoir de réponse commune au terrorisme sans une définition claire de qui devrait être considéré comme un terroriste. L’initiative ATA ne signifie pas que les États-Unis ont l’intention de se désengager du Sahel. Les 800 soldats américains déployés dans la région resteront et en juin l’AFRICOM organisera le grand exercice Africa Lions, qui impliquera 5 000 soldats, en partie de Djibouti.

    Jusqu’à présent, et pas seulement en Afrique de l’Ouest, la lutte contre le terrorisme a été essentiellement militaire. Il s’est battu et a contenu les symptômes plutôt que d’éliminer leurs causes. Il a sans aucun doute frappé durement le terrorisme des différents groupes djihadistes opérant dans la région, mais il n’a pas stabilisé le pays, malgré une aide au développement substantielle. La lutte contre le terrorisme n’était pas seulement régionale, mais impliquait la communauté internationale, en particulier la France, qui a une responsabilité historique et morale dans ses anciennes colonies. Les Etats de la région ont fourni, individuellement ou au sein des institutions régionales (UA, ECOWACS, G5-Sahel), l’essentiel des troupes. Les Etats étrangers ont apporté un soutien opérationnel (France – Opérations Barkhane et Takuba; et USA – drones armés à Agadez) et une formation et un soutien logistique (notamment Europe – EUTM, mais aussi Chine). Si les opérations des forces internationales ont été «chirurgicales», visant à réduire les dommages collatéraux, c’est-à-dire les pertes au sein de la population, les interventions militaires africaines ont généralement été brutales. Ils ont alimenté la guérilla et le terrorisme au lieu de les éliminer. La propagation du djihadisme en Libye, après sa défaite au Moyen-Orient, y a contribué. Même le contre-terrorisme semi-doux ou ciblé des forces occidentales a eu ses limites, non seulement pour la résilience des différents groupes terroristes, mais aussi pour la revendication de lutter contre le trafic illicite et, surtout, l’immigration à laquelle ils sont liés. des économies de plus en plus locales. Les interventions militaires africaines ont généralement été brutales. Ils ont alimenté la guérilla et le terrorisme au lieu de les éliminer. La propagation du djihadisme en Libye, après sa défaite au Moyen-Orient, y a contribué. Même le contre-terrorisme semi-doux ou ciblé des forces occidentales a eu ses limites, non seulement pour la résilience des différents groupes terroristes, mais aussi pour la revendication de lutter contre le trafic illicite et, surtout, l’immigration à laquelle ils sont liés. des économies de plus en plus locales. Les interventions militaires africaines ont généralement été brutales. Ils ont alimenté la guérilla et le terrorisme au lieu de les éliminer. La propagation du djihadisme en Libye, après sa défaite au Moyen-Orient, y a contribué. Même le contre-terrorisme semi-doux ou ciblé des forces occidentales a eu ses limites, non seulement pour la résilience des différents groupes terroristes, mais aussi pour la revendication de lutter contre le trafic illicite et, surtout, l’immigration à laquelle ils sont liés. des économies de plus en plus locales.

    La communauté internationale, de la France aux États-Unis, a exprimé son intention de réduire progressivement sa présence au Sahel, reconnaissant l’échec des efforts consentis pour stabiliser la région. Pour protéger l’Europe de la contagion terroriste du Sahel, il se concentre sur le renforcement des États d’Afrique du Nord. En ce qui concerne les trafics illicites et l’immigration, il pense de plus en plus que les États exposés doivent se débrouiller seuls, même si les fonds de développement seront augmentés pour faire face aux vagues migratoires résultant de la désertification progressive de l’Afrique subsaharienne.

    L’initiative de l’ATA (Anti-Terrorism Assistance Promotion Program), agence du département d’Etat américain, qui a inspiré cet article, s’inscrit dans cette tendance à démilitariser, au moins partiellement, l’antiterrorisme au Sahel. L’ATA l’avait déjà testé, mais avec des résultats quelque peu incertains, dans certains pays d’Afrique de l’Est. Premièrement, il vise à définir de manière unique qui est un terroriste. Ensuite, jeter les bases d’une homogénéisation de la législation et des structures d’enquête et judiciaire pour y parvenir. Enfin, établir des règles et des procédures pour la coordination régionale de l’ensemble du secteur.

    Les États-Unis sont convaincus que leur amélioration facilitera la lutte contre le terrorisme, en touchant ses causes et pas seulement ses symptômes, et qu’elle sera également fondamentale pour le développement et la stabilisation des différents États. Ce dernier ne peut être atteint avec les seules mesures militaires. Elles seraient nécessairement menées par les forces armées et les milices tribales et ethniques locales, car personne en Occident n’est assez bizarre pour penser à une recolonisation de la région.

    L’initiative ATA ne consiste pas à dissimuler le désengagement américain de l’Afrique. Cependant, il répond aux directives de politique étrangère de Biden d’abandonner les mythes du changement de régime et de la démocratisation des États de l’extérieur et de réévaluer le soft power et la défense des droits de l’homme. Bien entendu, il faut que le terrorisme soit contenu militairement. Cette politique traite de la dure réalité des choses, comme cela s’est déjà produit avec le retour des restrictions à l’immigration en provenance du Mexique.

    Les drones de missiles américains déployés à Agadez dans le nord-ouest du Niger continueront d’être nécessaires. Sans puissance dure, même la puissance douce la plus raffinée est réduite à de simples bavardages. Un «vieux guerrier de la guerre froide», comme Joe Biden, le sait très bien.

    Formiche, 28 mars 2021

    Etiquettes : Sahel, Mali, Niger, terrorisme, Burkina Faso, Tchad, Nigeria,

  • Pourquoi le terrorisme persiste en Afrique de l’Ouest, selon le président tchadien

    Par Bolaji Ogundele, Abuja

    Le Président de la République du Tchad, le Maréchal Idris Deby Itno, a déclaré samedi que le terrorisme reste un problème dans le bassin du lac Tchad et la région du Sahel en Afrique parce que la croisade contre lui n’a pas été adéquate.

    Le Président Itno était à la Villa Présidentielle Aso Rock à Abuja pour une visite officielle d’une journée, au cours de laquelle il a eu des discussions bilatérales avec le Président Muhammadu Buhari.

    Répondant aux questions des correspondants de la State House après sa rencontre avec le président Buhari, le président Itno a déclaré que les quatre pays partageant le bassin du lac Tchad avaient mis en place une formidable formation militaire, la Multinational Joint Task Force (MNJTF), pour éradiquer le terrorisme dans la région, mais a déploré que la formation n’ait pas mené suffisamment d’opérations nécessaires.

    Selon lui, il a discuté de la situation de la MNJTF avec le Président Buhari, et a déclaré qu’une situation dans laquelle la formation militaire conjointe n’entreprend qu’une seule opération par an a rendu la lutte difficile et la défaite des terroristes plutôt impossible.

    Il a toutefois exprimé son optimisme quant à la défaite des différents groupes terroristes, dont Boko Haram et l’État islamique, province d’Afrique de l’Ouest (ISWAP), grâce aux nouvelles stratégies déployées et à l’affectation de nouveaux officiers dotés d’idées nouvelles pour prendre les commandes aux niveaux national et régional.

    « Toutefois, avec le nouvel appareil de sécurité qui a été mis en place avec les nouveaux chefs de la sécurité et non seulement au Nigeria, mais même au sein de la Force opérationnelle interarmées multinationale elle-même, qui a également une nouvelle direction, que nous avons maintenant l’espoir qu’avec de nouvelles stratégies, et un nouveau dynamisme, que nous serons en mesure de traiter définitivement la question de Boko Haram. »

    The Nation, 27 mars 2021

    Etiquettes : Sahel, Mali, Niger, Nigeria, Tchad, Burkina Gaso, terrorisme, Boko Haram, JNIM, EIGS, Al Qaïda,

  • L’ONU accuse la France de possibles crimes de guerre suite à une frappe aérienne au Mali sur un mariage

    Au moins 22 personnes ont été tuées par une explosion, dont 19 civils et trois membres présumés d’un groupe djihadiste.

    Par Anna Pujol-Mazzini

    La France pourrait être coupable d’un crime de guerre pour avoir tué une grande majorité de civils lors d’une frappe aérienne sur un mariage dans un village malien isolé en janvier, selon la toute première enquête de l’ONU sur les opérations militaires françaises publiée mardi.

    Au moins 22 personnes ont été dynamitées et tuées, dont 19 civils et trois membres présumés d’un groupe djihadiste, selon les enquêteurs. Huit autres civils ont été blessés.

    « Le groupe d’individus touchés par la frappe était très majoritairement composé de civils qui sont des personnes protégées par le droit international humanitaire », indique le rapport de 36 pages.

    « Cette frappe soulève des préoccupations importantes quant au respect des principes de la conduite des hostilités », ajoute le rapport, qui reproche à la France de ne pas avoir pris suffisamment de précautions pour s’assurer qu’aucun civil ne serait tué.

    Après avoir interrogé 400 personnes, dont des survivants, des témoins, des membres de la famille et des groupes d’aide, l’ONU a également indiqué qu’un mariage avait lieu le jour de la frappe aérienne, ce que le gouvernement français a démenti à plusieurs reprises.

    Une personne ayant connaissance du rapport a déclaré au Telegraph qu’une version antérieure accusait les forces françaises de crime de guerre en raison de leur incapacité à prendre des mesures adéquates pour éviter le massacre aveugle de civils à Bounty.

    La formulation a ensuite été modifiée suite à la pression exercée par le gouvernement français, ont-elles ajouté.

    Conflit au Mali

    Le Dr Hamadoune Dicko, jeune président de la plus grande association de Peuls du Mali et premier à tirer la sonnette d’alarme sur la mort de civils à Bounty, a déclaré que le rapport n’allait pas assez loin.

    « Les Nations unies ont reconnu que la France a commis une erreur et qu’il devrait y avoir une justice. Elles auraient dû condamner ouvertement Barkhane et les autorités maliennes », a-t-il déclaré au Telegraph.

    « Maintenant, c’est aux autres organisations des droits de l’homme de terminer les enquêtes et de punir les auteurs de ces crimes contre l’humanité. Lâcher des bombes sur un Malien est un crime contre l’humanité. »

    Les victimes étaient toutes des hommes âgés de 23 à 71 ans. Parmi les blessés, l’un d’eux a été amputé de deux doigts et un autre a eu une fracture ouverte à la cuisse.

    Selon les enquêteurs de l’ONU, cinq hommes armés, soupçonnés d’avoir des liens avec Katiba Serma, une organisation locale affiliée à Al-Qaïda, étaient présents à Bounty ce jour-là, dont un qui portait son arme de manière visible. La centaine d’autres invités étaient des civils, ont-ils dit.

    « Tout cela est arrivé à cause de la présence de cet homme qui portait une arme », a déclaré une source à l’équipe de l’ONU.

    La France fait face à un examen de plus en plus minutieux de sa stratégie au Sahel, où elle combat depuis 2013 l’insurrection djihadiste qui se propage le plus rapidement sur terre. Le mois dernier, Paris a laissé entendre qu’elle voulait retirer une partie de ses 5 000 soldats au Mali, au Niger, au Burkina Faso, en Mauritanie et au Tchad.

    Lundi, Mohamed Bazoum, le président nouvellement élu du Niger, a qualifié la force française en Afrique de l’Ouest d’ »échec » et a déclaré qu’un retrait partiel des troupes n’aurait pas un grand impact sur le terrain.

    Les accusations de meurtres de civils, extrêmement rares avant 2021, s’accumulent également contre l’opération Barkhane. La semaine dernière, des responsables locaux du nord du Mali ont déclaré qu’au moins cinq civils avaient été tués dans une autre frappe aérienne.

    L’armée française a déclaré dans un communiqué qu’elle avait ordonné cette frappe « après une phase de renseignement et d’identification » afin de neutraliser un groupe terroriste armé.

    Mais le maire d’un village voisin, un ancien parlementaire de la région et une coalition de groupes rebelles ont déclaré que la frappe avait tué au moins cinq civils, dont des garçons âgés de 15 ans seulement.

    Mohamed Assaleh Ahmad, le maire du village voisin de Talataye, a déclaré à l’AP que les victimes étaient six civils de sexe masculin de son village, âgés de 15 à 20 ans. Il a déclaré qu’ils étaient partis chasser les oiseaux et qu’ils n’avaient qu’un seul fusil à eux tous.

    Si la plupart des victimes étaient mineures, les adolescents sont souvent recrutés par les groupes djihadistes pour poser des engins explosifs improvisés dans le nord du Mali, ont déclaré plusieurs experts au Telegraph.

    La France a jusqu’à présent refusé de publier les images des deux frappes ou d’ouvrir des enquêtes indépendantes. Mais des témoins ont déclaré aux enquêteurs de l’ONU que des soldats français s’étaient rendus sur le site de la frappe aérienne le 8 janvier, cinq jours après l’attaque.

    Les autorités françaises ont nié tout acte répréhensible dans une déclaration publiée mardi et ont exprimé des inquiétudes quant à la méthodologie de l’enquête de l’ONU.

    Un communiqué indique : « Le ministère des Armées maintient avec constance et réaffirme avec force : le 3 janvier, les forces françaises ont mené une frappe aérienne visant un groupe armé terroriste identifié comme tel. »

    The Telegraph, 30 mars 2021

    Etiquettes : Sahel, Mali, Niger, Barkhane, France, Tchad, JNIM, EIGS, Al Qaïda,

  • Algérie / Migrants subsahariens : un problème récurrent !

    par Cherif Ali

    L’on se rappelle encore de cette polémique déclenchée par Ahmed Ouyahia alors directeur de cabinet à la présidence de la République, qui dans une déclaration à vif, avait clairement fait savoir que l’immigration clandestine en Algérie est «source de crimes, de drogue et d’autres fléaux » !

    Ses propos avaient été confortés par le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Abdelkader Messahel qui avait estimé pour sa part que l’immigration clandestine africaine constituait une «menace pour la sécurité nationale » ; il avait ajouté que « le gouvernement était en phase de prendre des mesures urgentes pour faire face aux flux importants de migrants clandestins, derrière lesquels se cachent des réseaux organisés ».

    Ce qui a déclenché des remontrances à l’international, l’Algérie ayant été traité de pays « raciste » et obligé le Premier ministre de ce temps là, Abdelmadjid Tebboune, de rectifier le tir à partir de la tribune de l’APN où il avait déclaré « nous ne sommes pas des racistes, nous sommes des Africains, des Maghrébins et des Méditerranéens. L’Afrique et le monde arabe sont le prolongement naturel de l’Algérie et l’espace dans lequel elle évolue et se développe» !

    Humanité ou fermeté sur les migrants, en l’état le discours officiel est contrasté et pour le moins, il suscite l’inquiétude des associations qui redoutent un durcissement à venir concernant le séjour des migrants, ou ceux parmi leurs adversaires qui y voient un risque d’ « un appel d’air » si l’on venait a décider de les « régulariser » !

    Pour l’heure, notre pays est de plus en plus, assailli par des grappes d’Africains, Maliens et Nigériens majoritairement, qui ont élu domicile dans les rues pour s’adonner à la mendicité.

    A croire que le mouvement migratoire, même s’il a connu des reflux ces deux dernières années, à l’occasion des opérations «onéreuses » de retour enclenchées conjointement par l’Algérie et le Niger, et aussi le Mali avec lesquels nous avons un traité de reconduction des ressortissants, reste malgré tout stable, voire en croissance continue car il s’installe dans la durée.

    Même si on relève que des migrants de 8 nationalités différentes résident de manière clandestine en Algérie, la migration subsaharienne est essentiellement malienne et nigérienne, car les ressortissants de ces deux pays n’ont aucune peine à circuler, librement, dans le grand Sahara.

    Commerçants par le passé, ils s’adonnaient à l’économie frontalière du troc. C’était aussi des saisonniers qui venaient travailler ponctuellement dans les oasis du Sud. On appelait ce genre de déplacement « migration alternante ».

    Dans les années noires, à un moment où l’Algérie était durement frappée par le terrorisme, d’autres mouvements suspects de passeurs d’armes et de contrebandiers, en tous genres, ont commencé à prendre forme ce qui a pour effet de perturber le système du troc frontalier.

    Les refugiés, se laisse-t-on dire, ne sont pas n’importe quels migrants ; ce ne sont pas des migrants économiques mais des femmes et des hommes qui fuient leur pays pour leur liberté ou parce qu’ils sont en guerre. Cela est valable, peut-être, pour les ressortissants maliens dont le pays est secoué par des troubles qui trouvent refuge en Algérie et sont, forcément, bien accueillis.

    Pour les autres, notamment les Nigériens, il en va autrement, car là aussi il faut apporter la précision : un migrant climatique, est-ce économique ou politique ?

    Pour l’heure, le gouvernement algérien continue de tolérer cette migration clandestine, entrecoupée d’opérations ponctuelles, d’arrestations et de reconduites aux frontières, signe manifeste qu’il n’est pas disposé à la régulariser.

    Les pouvoirs publics sont dit-on, pour « un règlement global » de l’émigration clandestine à travers, notamment, le développement des économies subsahariennes et le renforcement de la stabilité interne des pays concernés.

    Dans le même temps, le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’aménagement du territoire, Kamel Beldjoud, a été chargé de reprendre les choses en main, en l’occurrence recenser les migrants clandestins et établir un fichier.

    La tâche est difficile, il n’existe aucune statistique sur le marché de migrants irréguliers en Algérie !

    Même le Haut Comité aux réfugiés (HCR) n’est pas parvenu à dénombrer ceux qui, parmi eux, ont fui des conflits locaux, au Sierra Léone, au Libéria, en République démocratique du Congo, au Nigéria, en Côte d’Ivoire et surtout au Mali.

    Condamnés aussi à la clandestinité au plan du séjour, interdits d’emploi du fait de la réglementation algérienne, ces migrants subsahariens vivent d’expédients, de mendicité, de trafic de devises et de drogue etc…

    En un mot, en marge de la société allant jusqu’à menacer ses fondements !

    En effet, les services de sécurité, même si cela n’a pas été médiatisé, ont eu à traiter de nombreuses affaires liées à la drogue, la fausse monnaie, la prostitution et même de crimes impliquant les migrants. Des bidonvilles, des « no man’s land » ont été érigés dans toutes les villes d’Algérie du Nord et du Sud ; elles abritent ces populations ce qui exacerbe les populations locales qui y voient un danger pour leur sécurité, celle de leur famille et de leurs biens.

    De nombreux affrontements ont eu lieu ces dernières années dans de nombreux points du territoire avec à la clé des victimes de part et d’autre.

    Le gouvernement et notamment le ministre de l’intérieur, pourront-ils juguler les vagues de plus en plus nombreuses des migrants, notamment pendant cette saison estivale propice aux mouvements migratoires, sans compter la ténacité hors du commun de ces personnes qui, autant de fois refoulées, réussissent souvent, avec femmes et enfants, à forcer les points faibles du dispositif sensé contrôler leur flux ?

    Même les restrictions imposées par la pandémie de la Covid-19 et les risques en découlant, n’ont pas eu raison de leur volonté de passer les frontières algériennes et de s’installer vaille que vaille dans le pays !

    Et aux observateurs de s’interroger :

    1. doit-on continuer d’accueillir les migrants conformément à notre tradition car, ce sont les invités de l’Algérie, comme l’avait affirmé le premier ministre d’alors, et président de la République aujourd’hui ?

    2. Ou se dire qu’on est contre cette politique parce que :

    – ces personnes sont rentrées en Algérie de manière illégale

    – et que le séjour en Algérie doit obéir à des règles.

    3. Autre question, l’Algérie a-t-elle vocation à accueillir toute la misère de l’Afrique ?

    Auquel cas, il faudrait interroger les Algériens dont la patience n’a d’égale que la générosité dont ils font montre à l’égard des migrants clandestins dont 10000 mineurs non accompagnés livrés, faut-il le dire, à eux-mêmes !

    Certes, il y a la nécessité de comprendre ici qu’on a à faire à des êtres qui méritent cet humanisme évident qui fonde l’existence même de notre civilisation ; ces gens-là, pour la plupart, fuient la guerre et l’oppression ; ils recherchent un meilleur avenir économique et tentent simplement d’améliorer leurs conditions, en prenant le risque de laisser leurs vies dans le désert du Sahara.

    Cela devrait rappeler qu’il est dans la caractéristique même de chacun d’entre nous de toujours chercher à améliorer son sort !

    Difficile de reprocher à ces individus, à ces familles, à ces groupes, ce que nous serons les premiers à tenter, ce que nos harragas tentent, d’ailleurs, chaque jour, si nous avions à subir la même situation !

    Il faut aussi rappeler et avec force que la situation de ces migrants est créée au départ par la déstabilisation et l’effondrement politique et économique de leurs pays aux mains de potentats qui refusent l’alternance et s’accrochent au pouvoir, quitte à tout brûler.

    Avec la bénédiction des grandes puissances qui profitent de leurs richesses naturelles !!!

    De ce qui précède, il faut dire que les cohortes des migrants iront croissant au regard de la crise économique et sanitaire qui n’en finit pas de durer et aussi des énormes disparités entre le Nord et le Sud de la planète, de la xénophobie ambiante, du changement climatique, de l’émergence de nouvelles guerres, et aussi du caractère insoluble des vieux conflits qui menacent d’exacerber ce problème de déplacement déjà massif.

    La mauvaise gouvernance et la corruption sévissant notamment en Afrique et dans le monde arabe sont à ajouter à ce constat !!!

    A exiger plus de fermeté au niveau des frontières et demander, à minima, l’expulsion de tous ces Africains en situation irrégulière, il va se trouver, bien évidemment, quelques «humanistes» pour dire qu’il ne faut surtout pas le faire, alors que la grande majorité d’entre ces Subsahariens n’a ni diplôme ni formation encore moins un métier la rendant éligible au séjour régulier dans notre pays.

    A la question fort épineuse que l’Etat et nos gouvernants se posent de savoir que faire de ces migrants clandestins qui s’amassent par paquets et s’essaiment dans tout le territoire national, il a été répondu officiellement que le gouvernement allait prendre des mesures urgentes pour y faire face.

    Il pourrait, toutefois, faire l’effort de «régulariser» tous ceux parmi les migrants qui, qualifiés, expriment le souhait de rester en Algérie pour y travailler, par exemple dans le secteur de l’agriculture et du BTPH qui connaissent d’énormes déficits en matière de main-d’œuvre.

    A charge, néanmoins, pour le gouvernement d’Abdelaziz Djerad de réformer notre réglementation au plan du séjour et de l’emploi des étrangers. Quant à ceux parmi les migrants qui n’ont pas vocation à rester, ils doivent être reconduits aux frontières, car ils constituent une «menace pour la sécurité nationale» !

    Le Quotidien d’Oran, 29 mars 2021

    Etiquettes : Algérie, migration, subsahariens, Mali, Niger,

  • Au Niger, après des attaques djihadistes. « Ils veulent déstabiliser la zone » (Morelli, HCR.

    Patrizia Caiffa

    Plus de 200 victimes civiles au Niger, dont des dizaines d’enfants, ont été tuées ces dernières semaines par la violence des groupes terroristes djihadistes opérant dans le centre du Sahel. Depuis Niamey, Alessandra Morelli, représentante du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) s’est confiée à Monsieur : les agences des Nations Unies viennent d’envoyer un convoi dans la province de Tahoua pour suivre les besoins humanitaires. Déjà 600 personnes ont fui vers le Mali.

    Ils attaquent des villages dans le désert occidental du Niger, à la frontière avec le Mali. Ils brûlent les maisons et massacrent sans pitié des centaines de femmes, d’hommes et d’enfants innocents. La dernière attaque, perpétrée par des mouvements djihadistes, a eu lieu le dimanche 21 mars et a été menée avec une dynamique impitoyable, planifiée dans les moindres détails : des centaines d’hommes à moto ont encerclé les villages d’Intazayene, Bakorate et Wistane dans le département de Tillia, dans la région de Tahoua, au Niger, qui connaît une insécurité croissante. Ils ont ouvert le feu à bout portant sur des nomades touaregs qui vaquaient sereinement à leurs occupations quotidiennes : hommes avec des chameaux, femmes et enfants aux points d’eau. Déjà 137 personnes ont été tuées, dont 22 enfants âgés de 5 à 17 ans. « Ils ont été abattus de manière violente : ils ont ouvert le feu sur des personnes qui travaillaient dans les champs ou près des points d’eau, alors qu’elles s’occupaient des animaux qui buvaient ». C’est Alessandra Morelli, représentante du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), qui s’adresse à Monsieur depuis Niamey, capitale du Niger : depuis 2017, elle coordonne une équipe de 400 personnes qui aident les personnes déplacées et les réfugiés sur un territoire complexe et stratégique. Leur action s’étend du Niger au Burkina Faso et au Mali, de la Méditerranée centrale et de la Libye au bassin du lac Tchad, qui voit depuis 6 ans des flux de Nigérians du Nord fuyant les attaques de Boko Haram.

    Un terrorisme transfrontalier de matrice djihadiste. Alessandra Morelli a trente ans d’expérience dans les zones de conflit et a survécu à un grave attentat à la voiture piégée à Mogadiscio en février 2014, dont elle porte encore les séquelles. Malgré cela, elle poursuit son travail passionné aux côtés des personnes déplacées et des réfugiés dans les pires crises humanitaires. Depuis quelques années, des milices de la province ouest-africaine de l’État islamique (Iswap), un terrorisme transfrontalier qui se déplace depuis le Mali, semblent également s’être installées dans ces territoires.

    Dans le centre du Sahel, y compris au Niger, la dynamique est celle de « créer des espaces opérationnels en brûlant des villages et en chassant les gens pour continuer à opérer », explique Morelli. L’objectif ?

    « Pour déstabiliser la zone et démontrer que le gouvernement nigérien n’a pas le contrôle du territoire ».

    Cette dernière attaque a eu lieu un mois après l’élection du nouveau président Mohamed Bazoum, candidat du parti au pouvoir et successeur du président sortant Mahamadou Issoufou. Selon le chef de mission du HCR, il s’agit probablement d’un « message au gouvernement ».

    Un convoi de l’ONU est en route pour Tahoua. Les agences des Nations Unies surveillent la situation et les mouvements des personnes qui fuient la région de Tahoua. Un convoi avec des représentants du HCR, de l’UNICEF, du Wfp et du gouvernement vient de partir et fera une première analyse des besoins humanitaires. « Nous effectuons tout avec une extrême délicatesse et attention – précise Morelli – pour éviter de nous retrouver au milieu d’une embuscade ». La région de Tahoua est immense, il y a très peu de routes, il est donc très difficile pour les militaires de traquer les personnes à moto. De plus, « les informations arrivent au compte-gouttes car il s’agit de zones éloignées et isolées, avec des télécommunications très faibles ». Le HCR, cependant, a déjà des nouvelles de plus de 600 personnes ayant traversé la frontière pour chercher un abri au Mali. Les régions nigériennes de Tahoua et de Tillaberi, qui font frontière avec le Burkina Faso et le Mali, abritent actuellement 204 000 réfugiés et personnes déplacées à l’intérieur du pays.

    Dynamique de répétition. En janvier 2021, des attaques similaires ont eu lieu dans la région occidentale de Tillaberi, à Tchombangou et Zaroumdareye. Deux jours plus tôt, une patrouille des forces militaires nigériennes était passée par là, l’attaque a eu lieu le jour suivant. « La dynamique est la même – dit Morelli – ils observent le mouvement des troupes et quand elles partent, ils attaquent ». C’est le deuxième massacre contre des civils en l’espace d’une semaine. Le 15 mars, des groupes armés ont tué au moins 58 personnes, dont six enfants, qui revenaient du marché dans le département de Banibangou, dans la région de Tillaberi, près de la frontière avec le Mali.

    L’une des pires crises humanitaires. Le Niger, le Burkina Faso et le Mali sont aujourd’hui à l’épicentre de l’une des crises humanitaires qui connaît la croissance la plus rapide. La région accueille déjà près de trois millions de réfugiés et de personnes déplacées à l’intérieur du pays en raison des conflits. « Cinquante pour cent sont des réfugiés et les autres cinquante pour cent sont des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, souligne Morelli, ce qui signifie qu’il y a un énorme problème de sécurité. Malgré cela, le gouvernement nigérien continue de faire preuve d’une grande ouverture et d’une grande générosité envers les personnes qui fuient la violence dans les régions du Sahel et du lac Tchad. La présence des principales agences des Nations unies et de nombreuses organisations non gouvernementales en est la preuve.

    L’appel du Pape et la présence de la CEI. Le 24 mars, le pape François a également lancé un appel pour le Niger, priant « pour les victimes, pour leurs familles et pour toute la population », demandant que « la violence subie ne fasse pas perdre la foi dans le chemin de la démocratie, de la justice et de la paix. » Pour ceux qui travaillent sur le terrain « les paroles du Pape ont une immense valeur d’espoir », commente le chef de mission du HCR, qui collabore également avec la Caritas italienne dans la planification des corridors humanitaires. En janvier, elle a rencontré à Niamey l’évêque d’Acireale, Monseigneur Nino Raspanti, vice-président de la CEI, pour vérifier les initiatives lancées ces dernières années, dont un projet de bourses pour les mineurs réalisé en collaboration avec Intersos.

    SIR Agencia Informazione, 26 mars 2021

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  • Niger. La lutte pour la terre au Sahel agit comme un moteur du djihadisme

    Paolo M. Alfieri

    Dans un monde distrait par le Covid-19, la crise environnementale s’est transformée en crise alimentaire, puis en crise sociale, économique, ethno-religieuse et humanitaire. Et dans le vide du pouvoir, les massacres se multiplient.

    Le 31 mars, après 43 ans d’exploitation, le groupe français Orano, anciennement Areva, abandonnera les activités minières dans une importante mine d’uranium (fondamental pour la production d’énergie nucléaire) dans la ville d’Arlit, au nord du Niger. Après le quasi-épuisement du site d’Akouta – par le biais de la filiale nigérienne Cominak – et la chute du prix de l’uranium sur les marchés mondiaux après des années de profits et de vaches grasses, les Français vont donc cesser leurs activités, laissant plus de 600 jeunes employés, plus 800 autres entrepreneurs et des centaines d’autres induits, sans travail et sans espoir dans l’une des régions les plus pauvres de la planète. Combien de ces jeunes, parmi ceux qui ne tenteront pas d’émigrer directement en Europe, iront grossir les rangs d’un djihadisme qui, jour après jour, étend ses tentacules dans tout le Sahel, à l’heure où la pandémie de coronavirus soustrait l’attention et les ressources au développement et à la coopération coordonnés ? La perte d’un emploi ne transforme pas nécessairement un être humain en un extrémiste violent, mais l’absence d’avenir peut être dévastatrice pour la stabilité personnelle et, en même temps, sociale et régionale.

    La dernière attaque contre des villages, au Niger, remonte à dimanche dernier : 137 civils – dont 22 enfants âgés de cinq à 17 ans – ont été tués et d’autres blessés ou séparés de leurs familles dans la région de Tahoua. Ils étaient en route pour aller chercher de l’eau lorsque les attaques ont eu lieu : les hommes armés ont tiré sur tout ce qui bougeait. « Nous prions pour les victimes, pour leurs familles, pour toute la population, afin que la violence ne fasse pas perdre la foi pour la justice et la paix », a été la pensée adressée aux victimes par le pape François hier à la fin de l’audience générale. Des groupes liés à Daesh, à Al-Qaïda, des milices qui se déplacent sur une base ethnique ou pour prendre le contrôle de la région en vue de faire de sales affaires dans un territoire dévasté par le changement climatique et la lutte pour l’accaparement des ressources. Le Niger, mais aussi le Mali et le Burkina Faso, dans un monde désormais également « distrait » par Covid-19, sont au centre d’une catastrophe humanitaire.

    Rien qu’en 2020, 5 000 personnes sont mortes, 1,4 million ont été déplacées à l’intérieur du pays et 3,7 millions ont été plongées dans l’insécurité alimentaire dans ce triangle tourmenté. Une grande partie de la dynamique des conflits en cours part d’un bien de plus en plus précieux et rare : la terre. La crise environnementale, soulignait également un récent rapport de Caritas, est devenue une crise alimentaire, puis sociale et économique, ethno-religieuse, et enfin humanitaire, devenant ainsi une forme grave de dégradation humaine. Victimes d’attaques terroristes, des centaines de milliers de familles abandonnent leurs foyers et leurs activités dans des régions que les États ne contrôlent plus depuis longtemps. La galaxie djihadiste n’a aucun mal à combler le vide du pouvoir dans ces territoires.

    À partir du 2 avril, le Niger aura un nouveau président, Mohamed Bazoum, 61 ans. Dans le pays qui, avec 7,6 enfants par femme, détient le record planétaire de fécondité, Bazoum devra montrer que les promesses d’avenir lancées lors de la campagne électorale – les enjeux de la famille, l’éducation des jeunes, la croissance de l’économie et la lutte contre l’insécurité imposée par les djihadistes – ne sont pas de vains mots, avec le soutien de la communauté internationale. Le développement et la défense des populations vulnérables, ainsi que la promotion de la cohésion sociale et de la paix, sont des objectifs incontournables et communs également pour les pays voisins, un goulot d’étranglement nécessaire à franchir pour changer le destin d’une région qui doit repenser son avenir.

    Avvenire.it, 25 mars 2021

    Tags : Afrique, Sahel, Niger, Mali, Burkina Faso, Tchad, Mauritanie, France, Barkhane, djihadisme, terrorisme, Al Qaida, JNIM, EIGS,