Scandale Pegasus : de leur propre roi à leurs voisins algériens, l’intrusion sans limite des renseignements marocains
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Scandale Pegasus : L’intrusion sans limite des renseignements marocains
Des personnalités du hirak algérien, des diplomates européens, mais aussi Mohammed VI et son entourage : les révélations du consortium de journalistes créé par Forbidden Stories montrent à quel point Pegasus avait ciblé de manière invasive le triangle France-Algérie-MarocAlors que Rabat et Alger sont déjà à cran après la divulgation d’une note « sur le soutien du Maroc à un droit à l’autodétermination du peuple kabyle », une nouvelle crise se profile.En cause : les révélations du consortium de journalistes créé par Forbidden Stories sur le logiciel espion Pegasus. Selon les données partagées par Forbidden Stories et Amnesty International au Monde, Rabat est en effet « l’un des plus gros utilisateurs du logiciel au détriment du pouvoir algérien ».Et c’est particulièrement pendant l’année 2019, dès qu’explose le hirak, vaste mouvement populaire ayant conduit à la démission d’Abdelaziz Bouteflika, que plusieurs personnalités algériennes sont prises pour cibles.« Au total, plus de 6 000 numéros de téléphone appartenant à des responsables politiques, des militaires, des chefs des services de renseignement, des hauts fonctionnaires, des diplomates étrangers en poste ou des militants politiques ont été sélectionnés », précise le quotidien.Sur la liste, figurent notamment des militaires comme Ahmed Gaïd Salah, ex-chef d’état-major de l’armée décédé en décembre 2019 ; les généraux Ali Bendaoud, Wassini Bouazza ou Bachir Tartag, mais aussi la famille de Bouteflika : ses frères Saïd et Nacer et sa sœur Zhor.On y trouve aussi Ramtane Lamamra et Abdelkader Messahel, ex-ministres des Affaires étrangères ; Nourredine Bedoui, ex-ministre de l’Intérieur ; Noureddine Ayadi, ex-secrétaire général des Affaires étrangères et directeur de cabinet de la présidence de la République ; Ali Haddad, qui fut à la tête du syndicat patronal le plus influent sous Bouteflika, aujourd’hui en prison pour des affaires de corruption ; Abdelaziz Rahabi et Zoubida Assoul, personnalités politiques ayant joué un rôle de premier plan pendant le hirak ; ou encore Lounès Guemache, directeur du site d’informations TSA.Des diplomates algériens en poste à l’étranger, à l’instar de l’ex-ambassadeur d’Algérie en France Abdelkader Mesdoua était aussi concerné, tout comme l’ambassadeur de France en Algérie Xavier Driencourt, et celui de l’Union européenne.« Cela fait partie de la chaîne des actes d’hostilité du Maroc envers l’Algérie. Cette hostilité permanente vise donc les institutions, mais aussi désormais des personnalités indépendantes », a réagi Abdelaziz Rahabi dans Le Monde.« On ne peut pas dire que les personnes ciblées le soient en particulier pour leur positions hostile envers le Maroc, sinon on trouverait parmi elles des membres du Front Polisario », remarque une source des renseignements algériens contactée par Middle East Eye qui ne s’émeut pas particulièrement de ce type de pratique, « courante entre les pays ».« En revanche, elles ont toutes joué un rôle lors de la crise de 2019. On peut donc en déduire qu’à ce moment-là, les renseignements marocains cherchaient à comprendre ce qui était en train de se passer. »Radio France, qui s’est intéressé à Emmanuel Macron, dont le téléphone a aussi été infecté, se demande : « Si Rabat a bien tenté d’infecter le téléphone du président français au cours du mois de mars 2019, que cherchait-il à obtenir comme informations ? »À cette période, Emmanuel Macron est préoccupé par la situation tendue en Algérie, le « frère ennemi » du royaume chérifien.« Fait rarissime relaté par la presse à l’époque, Emmanuel Macron appelle directement l’ambassadeur de France à Alger, Xavier Driencourt, et le somme de faire un aller-retour à Paris pour évoquer la crise algérienne avec le ministre Jean-Yves Le Drian. Selon nos informations, Xavier Driencourt a suscité aussi l’intérêt du renseignement marocain à cette période, et son numéro de téléphone a été enregistré en vue d’une possible attaque par le logiciel Pegasus. »« Preuve que la situation en Algérie semble la préoccupation première du Maroc, le diplomate Lakhdar Brahimi, qui avait été chargé de préparer la transition pour son pays après le retrait de Bouteflika, a lui aussi été dans le viseur des services marocains, à la même période qu’Emmanuel Macron. Mais ce n’est qu’une hypothèse parmi d’autres. »Abdellatif Hammouchi, l’homme qui écoute Mohammed VIToujours selon la cellule investigation de Radio France, partenaire du consortium qui a révélé le scandale, plusieurs personnalités marocaines ont aussi été ciblées.À commencer par… le roi du Maroc Mohammed VI et son entourage.« C’est une particularité au Maroc : la Direction générale de la sûreté nationale et la Direction générale de la surveillance du territoire, autrement dit la police et le renseignement, sont dirigés d’une main de fer par un seul homme : Abdellatif Hammouchi », peut-on lire sur le site de Radio France.« Et il semble avoir de la protection du roi une définition assez extensive. Car parmi les numéros de portable que le consortium du projet Pegasus a pu identifier dans la liste des personnes susceptibles d’être attaquées par le logiciel espion Pegasus au Maroc, on trouve ceux d’un grand nombre de membres de la famille royale. »C’est le cas de Salma Bennani, l’épouse du roi, mère des deux héritiers du trône ; le prince Moulay Hicham, l’un des cousins du roi, qui figure en quatrième position dans l’ordre de ses successeurs , surnommé le « prince rouge » en raison de ses prises de position critiques contre la monarchie » ; l’homme d’affaires et ancien gendre de Hassan II, Fouad Filali ; et de Mohamed Mediouri, beau-père de Mohammed VI et ancien garde du corps personnel de Hassan II.« Une question se pose donc : dans un climat d’intense suspicion, le roi a-t-il lui-même autorisé le ciblage de son entourage, y compris de son propre portable, pour assurer sa sécurité ? Ou le patron de la police et du renseignement marocain, lui-même nommé par le roi en 2015, s’est-il s’octroyé des pouvoirs qui vont au-delà de ses attributions ? Impossible de répondre à cette question. »Le Maroc a catégoriquement démenti lundi avoir acquis le logiciel Pegasus et son utilisation par ses services à des fins d’espionnage. Mercredi matin, il a de nouveau affirmé dans un communiqué « condamner vigoureusement la persistante campagne médiatique mensongère massive et malveillante, évoquant une prétendue infiltration des appareils téléphoniques de plusieurs personnalités publiques nationales et étrangères à travers un logiciel informatique ».Middle East Eye, 21/07/2021Etiquettes : Maroc, Algérie, espionnage, Pegasus, France, Emmanuel Macron, -
Maroc-Algérie: L’«oeil» du roi borgne
Le nouveau scandale qui éclabousse le roi «choque» en France et est «complètement inacceptable» pour l’Europe. Mais l’Algérie sait et depuis longtemps, que la traîtrise est devenue une vertu chez les monarques chérifiens.
Hasna YACOUB
Dans l’affaire «Pegasus», découvrir que le Maroc espionne l’Algérie et a placé sous écoute plus de 6 000 téléphones de personnalités politiques, militaires et autres, n’est pas une surprise en soi.
Le Royaume chérifien tente, depuis très longtemps déjà, d’affaiblir l’Algérie, non seulement pour exercer des pressions sur Alger et l’amener à plus de souplesse dans le dossier de colonisation du Sahara occidental, mais aussi pour s’ériger comme première force de l’Afrique du Nord.
Cependant, dans ce scandale mondial d’espionnage, il y a un second degré de lecture qu’il faut faire. Le logiciel Pegasus est conçu par la firme NSO d’Herzliya, au nord de Tel-Aviv, dans la «Silicon Valley» israélienne. Créé en 2011, NSO travaille étroitement avec le gouvernement israélien qui décide par le biais d’autorisations d’exportation, à qui le groupe peut vendre des logiciels offensifs comme Pegasus?.
C’est dire que dans cette affaire, les agents sionistes avancent, eux, masqués et s’abritent derrière le Royaume chérifien. Leur but? Faire pression sur le monde pour la reconnaissance de l’Etat hébreu? Cela pourrait en fait n’être qu’un aspect parmi bien d’autres inclus dans la théorie du «complot juif» visant la domination du monde, longtemps considérée comme un simple mythe.
Faut-il préciser que dans le domaine du renseignement numérique, Israël est très loin en tête du classement mondial avec 3,3 compagnies pour un million d’habitants contre 0,4 aux Etats-Unis et 1,6 en Grande-Bretagne, selon l’ONG britannique Privacy International. Sous prétexte d’aider à faire du monde un lieu plus sûr en fournissant à des gouvernements légitimes une technologie qui les aide à combattre le terrorisme et le crime, les compagnies de surveillance et du tracking informatique, sous contrôle d’Israël, accèdent à la caméra, au micro ou à la géolocalisation des appareils piratés, aux contenus de messages, d’appels et de toute une série d’applications globales comme Gmail, Facebook, Skype, WhatsApp, Viber…
Et il s’agit d’appareils de téléphone non pas de terroristes, pédophiles ou narcotrafiquants, mais ceux des chefs d’Etat, de hauts fonctionnaires militaires et tout responsable ayant un pouvoir décisionnel ou d’opposants de grande influence.
L’objectif est clair: connaître les faiblesses des uns et des autres et les placer sous contrôle. Cela dure depuis des décennies.
La collaboration entre le Maroc et Israël, elle aussi, n’est pas nouvelle. La normalisation de leurs relations n’est d’ailleurs que le couronnement d’une soixantaine d’années de coopération secrète. Faut-il rappeler l’épisode de 1965 lorsque Hassan II n’a pas hésité à collaborer avec le Mossad, en lui permettant d’espionner les rencontres à Casablanca entre les leaders et commandants arabes en vue d’une préparation d’une attaque contre Israël.
Les informations obtenues ont été cruciales dans la victoire d’Israël lors de la guerre des Six-Jours en 1967.En Algérie, ces pages de l’Histoire ne s’oublient pas. Et si ce nouveau scandale qui éclabousse le roi «choque» selon le porte-parole du gouvernement français et est «complètement inacceptable» pour la présidente de la Commission européenne, les responsables algériens, eux, sont sereins car ils savent, depuis longtemps, que la traîtrise est devenue une vertu chez les monarques chérifiens.
L’Expression, 22/07/2021
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Comment le Maroc s’est intéressé au téléphone du président Macron
France, Maroc, espionnage, NSO Group, logiciels espions, Forbidden Stories,
Projet Pegasus : Comment le Maroc s’est intéressé au téléphone du président français Emmanuel Macron.
Une analyse de la base de données divulguée par les partenaires du Pegasus Project indique que le téléphone d’Emmanuel Macron a été répertorié par un opérateur des services de sécurité marocains en mars 2019.
New Delhi : Caché dans une base de données ayant fait l’objet d’une fuite de milliers de numéros, dont certains ciblés par des logiciels espions de classe militaire, se trouve un numéro de téléphone utilisé par le président français Emmanuel Macron.
Sont également présents sur la liste, mise en lumière par le Projet Pegasus, les numéros de 14 ministres français – dont le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et le ministre des Finances Bruno Le Maire – et de Charles Michel, premier ministre de la Belgique à l’époque.
La présence du numéro de M. Macron sur la liste qui a fuité ne signifie pas automatiquement que l’agence qui l’a placé là a tenté de livrer Pegasus ou a réussi à infecter son téléphone, mais elle a suscité des inquiétudes quant au danger que représente l’utilisation transfrontalière de logiciels espions.
« Si les faits sont avérés, ils sont clairement très graves. Toute la lumière sera faite sur ces révélations médiatiques », a déclaré le bureau de Macron dans une courte déclaration au Monde. « Certaines victimes françaises ont déjà annoncé qu’elles porteraient plainte, et des enquêtes judiciaires seront donc lancées ».
L’entreprise israélienne, NSO Group, a affirmé que la base de données n’avait « aucune pertinence » pour elle. Mardi soir, dans une lettre adressée au projet Pegasus, elle a également déclaré que Macron n’était la « cible » d’aucun de ses clients et n’avait « jamais été une cible » non plus.
« Tous les responsables gouvernementaux ou diplomates français et belges mentionnés dans la liste ne sont pas et n’ont jamais été des cibles de Pegasus », a-t-elle ajouté.
Cependant, la majorité des numéros figurant sur la liste qui a fait l’objet d’une fuite sont regroupés dans des pays que les experts ont identifiés dans le passé comme ayant eu un opérateur actif dans les opérations de Pegasus. Les partenaires médiatiques du consortium ont également des raisons de croire que la liste comprend des numéros de personnes qui sont des personnes d’intérêt pour les clients de NSO Group.
Pegasus est un logiciel espion de qualité militaire, qui est difficilement détectable une fois qu’il a infecté un téléphone. Il peut permettre à un opérateur de prendre le contrôle à distance d’un téléphone portable et d’extraire n’importe quel dispositif de l’appareil, des e-mails aux photos, en passant par les documents et les enregistrements d’appels.
En 2018, le Citizen Lab de l’Université de Toronto avait identifié le Maroc comme l’un des cinq opérateurs gouvernementaux possibles de Pegasus en Afrique. Il avait signalé qu’un « opérateur distinct qui semble se concentrer sur le Maroc peut également espionner des cibles dans d’autres pays, dont l’Algérie, la France et la Tunisie ».
Mardi, les procureurs français ont annoncé qu’ils avaient ouvert une enquête sur l’utilisation par les services de renseignement marocains du logiciel espion Pegasus sur des journalistes français. Les autorités marocaines ont démenti toutes les allégations.
Mais il est possible que le gouvernement marocain ait jeté son dévolu encore plus haut. Le numéro de Macron figure parmi une longue liste de numéros marocains, ce qui indique que l’agence gouvernementale qui s’intéresse à des milliers de Marocains considérait également le président français comme une personne d’intérêt particulier.
Mardi, le Maroc a exprimé son « grand étonnement » face à la publication d’ »allégations erronées … selon lesquelles le Maroc aurait infiltré les téléphones de plusieurs personnalités publiques nationales et étrangères et de responsables d’organisations internationales ».
« Le Maroc est un État de droit qui garantit le secret des communications personnelles par la force de la constitution », précise le communiqué.
Les partenaires médiatiques de Pegasus Project ont appris que Macron utilisait le numéro identifié dans les données divulguées depuis au moins 2017 et jusqu’à récemment.
Dans le système français, le chef de l’État doit être en mesure de recevoir et d’envoyer des informations secret-défense « en tout lieu et à tout moment », ce qui signifie que son entourage se déplace toujours avec des installations de communication portables hautement sécurisées à différents moments.
Selon les informations dont disposent les partenaires médiatiques de Pegasus Project, M. Macron possède également un autre téléphone sécurisé, un modèle Samsung, dont la sécurité a été renforcée par une puce fabriquée par la société française Ercom. Il ne peut partager des appels et des messages cryptés qu’avec un autre appareil également équipé, sinon il fonctionne comme un téléphone portable standard.
La sélection de Macron comme personne d’intérêt a eu lieu juste avant son départ pour un voyage en Afrique, où il a fait escale à Djibouti, en Éthiopie et au Kenya.
Selon la base de données qui a fait l’objet de la fuite, les numéros de deux autres responsables français clés de l’entourage de M. Macron ont également été sélectionnés : son conseiller pour les questions africaines, Frank Paris, et Alexandre Bennalla, son chef de cabinet adjoint de l’époque, qui était chargé de sa sécurité.
Le président français se rendait également dans la région à un moment où la région d’Afrique du Nord, qui a été sous la domination coloniale de la France, était en proie à des troubles en raison de l’instabilité en Algérie, pays voisin du Maroc.
Le dirigeant algérien de longue date, Abdelaziz Bouteflika, avait alors annoncé qu’il ne se présenterait pas aux élections, ce qui a donné lieu à d’intenses spéculations sur l’avenir du pays.
La France étant une puissance coloniale, le Maroc aurait pu s’attendre à glaner des informations sur ses voisins auprès des gouvernements français et de leurs fonctionnaires bien informés de la situation à Alger.
On apprend que l’ambassadeur de France en Algérie, Xavier Driencourt, avait reçu en octobre 2019 une notification par WhatsApp indiquant que la sécurité de son téléphone avait peut-être été violée en mai de la même année.
Macron pourrait également être visé par deux autres événements diplomatiques – une réunion du G5 Sahel et un sommet de l’union africaine.
Le président français faisait des haltes en Éthiopie, siège de l’Union africaine et centre de la diplomatie multilatérale africaine. Les nations africaines étaient également en train de ratifier un accord de libre-échange, qui aurait pu être la cible des services de renseignement extérieurs du Maroc.
Entre-temps, Charles Michel était le premier ministre de la Belgique lorsqu’il a été sélectionné comme cible d’une surveillance potentielle par un opérateur du logiciel espion basé au Maroc, mais il était déjà question qu’il devienne le prochain président du Conseil européen.
Dans une déclaration au partenaire belge de Pegasus Project, Le Soir, il a déclaré : « Nous étions conscients des menaces et des mesures qui ont été prises pour limiter les risques ».
Selon certaines sources, les tentatives d’utilisation du téléphone de Michel ont été suspectées à peu près au moment où l’on parlait de son prochain mouvement. Le Premier ministre belge disposait également d’un téléphone sécurisé pour les conversations sensibles.
Les services de sécurité marocains avaient également répertorié le numéro du père de Charles Michel, Louis Michel, qui est également un ancien ministre belge des Affaires étrangères. Début 2019, Louis Michel était membre du Parlement européen et coprésident de l’assemblée parlementaire UE-ACP, ce qui signifie qu’il avait des contacts étroits avec les dirigeants africains.
« Je suis à la fois surpris et troublé par cette information. Je n’aurais jamais pu imaginer que les nouvelles technologies puissent être aussi intrusives et extrêmement dangereuses pour le fonctionnement normal de la démocratie. Je suis heureux d’avoir été mis au courant de cette tentative d’intrusion dans mon travail politique, qui consiste à essayer de résoudre des conflits », a déclaré Louis Michel au Pegasus Project lorsqu’il a été informé de son inclusion dans la base de données ayant fait l’objet d’une fuite.
Le projet Pegasus est une enquête collaborative impliquant plus de 80 journalistes de 17 organisations de presse dans 10 pays, coordonnée par Forbidden Stories avec le soutien technique du Security Lab d’Amnesty International. Lisez toute notre couverture ici.
The Wire, 22/07/2021
Etiquettes : Pegasus, France, Emmanuel Macron, Espionnage, NSO Group, Algérie,
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Les EAU sont liés au listing de centaines de téléphones britanniques
Les Émirats arabes unis sont liés au listing de centaines de téléphones britanniques dans la fuite du projet Pegasus.
Un membre de la Chambre des Lords et un Britannique autrefois détenu aux EAU figurent parmi les personnes figurant dans la base de données.
Un membre de la Chambre des Lords figure parmi plus de 400 personnes dont les numéros de téléphone mobile britanniques apparaissent dans une liste ayant fait l’objet d’une fuite de numéros identifiés par les gouvernements clients de NSO Group entre 2017 et 2019, peut révéler le Guardian.
Le principal gouvernement responsable de la sélection des numéros britanniques semble être les Émirats arabes unis, selon l’analyse des données. Les Émirats arabes unis font partie des 40 pays qui ont eu accès au logiciel espion de NSO, capable de pirater et de prendre secrètement le contrôle d’un téléphone portable.
Dubaï, l’émirat dirigé par le cheikh Mohammed bin Rashid al-Maktoum, aurait également été un client de NSO.
Les téléphones de la fille du cheikh Mohammed, la princesse Latifa, qui a lancé une tentative ratée pour fuir Dubaï en 2018, et de son ex-femme, la princesse Haya, qui a fui le pays et est venue au Royaume-Uni en 2019, apparaissent tous deux dans les données.
De même que les téléphones de plusieurs associés des deux femmes – y compris, dans le cas de Haya, des numéros principalement basés au Royaume-Uni.
Dans de multiples déclarations, NSO a déclaré que le fait qu’un numéro apparaisse sur la liste ayant fait l’objet d’une fuite n’indiquait en aucun cas si un numéro était ciblé pour une surveillance à l’aide de Pegasus. « La liste n’est pas une liste de cibles ou de cibles potentielles de Pegasus », a déclaré la société. « Les numéros figurant sur la liste ne sont en aucun cas liés au groupe NSO ».
Mais le Guardian et d’autres partenaires médiatiques qui ont eu accès aux données dans le cadre du projet Pegasus, un consortium médiatique, pensent que la liste indique des personnes d’intérêt sélectionnées par des clients gouvernementaux de NSO. Elle comprend des personnes du monde entier dont les téléphones présentaient des traces du logiciel espion de NSO, Pegasus, selon l’analyse médico-légale de leurs appareils.
Les personnes dont les numéros britanniques figurent sur la liste sont les suivantes :
Lady Uddin, un membre indépendant de la Chambre des Lords, dont le numéro est apparu sur les données en 2017 et 2018. Elle a déclaré que s’il y avait un espionnage des membres du Parlement, cela équivaudrait à « un grand abus de confiance » qui « contrevient à notre souveraineté ».
Un avocat travaillant pour un cabinet d’avocats londonien qui conseille la princesse Haya. La princesse Haya est engagée dans une âpre bataille pour la garde de son enfant avec le cheikh Mohammed devant la division familiale de la Haute Cour de justice.
John Gosden, un entraîneur de chevaux de premier plan basé à Newmarket, qui est également un ami de la princesse Haya, elle-même cavalière équestre internationale. Les numéros d’autres personnes travaillant pour l’équipe de sécurité et de relations publiques de Haya apparaissent également dans les données.
John Chipman, directeur général du groupe de réflexion sur la défense, l’Institut international d’études stratégiques, qui organise une conférence annuelle à Bahreïn, l’un des alliés des Émirats arabes unis.
Matthew Hedges, un Britannique détenu aux EAU pendant sept mois en 2018, dont le numéro apparaît pour la première fois dans les données alors qu’il se trouvait au Royaume-Uni, avant d’entreprendre son voyage. « Je veux savoir ce que le gouvernement britannique fait à ce sujet », a-t-il déclaré.
D’autres noms britanniques très en vue qui figurent sur la liste ont déjà été cités, comme Roula Khalaf, rédactrice en chef du Financial Times, qui était rédactrice adjointe lorsque son numéro est apparu dans les données en 2018. NSO a déclaré plus tard qu’il n’y avait pas eu de tentative ou de réussite d’infection par Pegasus du téléphone de Khalaf.
Plus tôt cette semaine, le Guardian a également révélé l’inscription du numéro de l’avocat des droits de l’homme Rodney Dixon QC, qui a représenté à la fois Hedges et la fiancée du journaliste saoudien assassiné Jamal Khashoggi, Hatice Cengiz. L’analyse des données suggère que son numéro fait partie d’un petit groupe de numéros britanniques qui semblent avoir été sélectionnés par l’Arabie saoudite.
Les avocats de NSO ont suggéré qu’il était « techniquement impossible » que le téléphone de Dixon soit ciblé par l’Arabie saoudite. L’analyse médico-légale de l’appareil de Dixon réalisée par le laboratoire de sécurité d’Amnesty International a révélé une activité liée à Pegasus, mais aucune infection réussie.
Amnesty a examiné deux autres téléphones britanniques dans les données. L’un présentait le même type d’activité de Pegasus que celui découvert sur l’iPhone de Dixon. Le second, un téléphone Android, ne présentait aucun signe de tentative d’infection ou d’infection réussie.
Ni les Émirats arabes unis, ni Dubaï, ni l’Arabie saoudite n’ont répondu aux demandes de commentaires. Till Dunckel, un avocat allemand représentant Sheikh Mohammed, a déclaré au journal Süddeutsche Zeitung : « Notre client nie catégoriquement avoir tenté de ‘pirater’ les téléphones des personnes citées dans votre demande, ou avoir donné l’ordre à d’autres de le faire. » Les représentants du cheikh ont également déclaré précédemment qu’il craignait que Latifa soit victime d’un enlèvement et qu’il avait mené « une mission de sauvetage ».
NSO Group a toujours affirmé qu’il n’avait pas accès aux données de ses clients. Dans des déclarations publiées par l’intermédiaire de ses avocats, NSO a déclaré que le consortium chargé de l’établissement des rapports sur le projet Pegasus avait fait des « hypothèses incorrectes » sur les clients qui utilisaient la technologie de l’entreprise.
Des dissidents en exil et des militants solidaires du Royaume-Uni figurent également sur la liste qui a fait l’objet de la fuite, ce qui ne manquera pas de soulever des questions au sujet des Émirats arabes unis, traditionnellement considérés comme un allié britannique, et dont la famille dirigeante, les souverains d’Abou Dhabi, possèdent les champions de la Premier League, Manchester City.
Les Émirats arabes unis sont devenus une cyberpuissance en plein essor, dont la puissante capacité de surveillance est contrôlée par la famille de son dirigeant, le cheikh Mohamed bin Zayed, et en particulier par son frère, le conseiller à la sécurité nationale, le cheikh Tahnoon bin Zayed.
Trois sources familières avec les opérations de NSO ont confirmé qu’au cours de l’année écoulée, la société avait retiré à Dubaï sa licence Pegasus. Elles ont déclaré que la décision avait été prise principalement en raison de préoccupations liées aux droits de l’homme, mais elles n’ont pas contesté que la possibilité que Sheikh Mohammed utilise le logiciel contre les membres de sa propre famille avait également joué un rôle.
Il n’est pas clair si le MI5 était au courant d’une quelconque activité d’espionnage des EAU. En général, si l’agence d’espionnage apprend qu’un Britannique fait l’objet d’une surveillance étrangère, elle prend des mesures pour alerter la victime si elle estime qu’il y a une menace de mort ou un autre danger grave au Royaume-Uni.
Mais le gouvernement britannique a émis une réprimande codée cette semaine à la suite des révélations sur le projet Pegasus.
Un porte-parole du gouvernement a déclaré : « Il est vital que tous les cyberacteurs utilisent les capacités d’une manière qui soit légale, responsable et proportionnée afin de garantir que le cyberespace reste un endroit sûr et prospère pour tous. »
Il est difficile de déterminer pourquoi certaines personnes ont pu être inscrites sur la liste. Uddin a été la première femme musulmane à siéger à la chambre haute, mais elle n’est pas considérée comme une spécialiste de la politique étrangère. « Si l’espionnage a lieu contre la plus haute des institutions britanniques souveraines, des questions se posent pour savoir si notre gouvernement était au courant », a-t-elle déclaré.
The Guardian, 21/07/2021
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Affaire Pegasus : l’exportation de l’autocensure
Le point de vue du Guardian sur le logiciel espion Pegasus : l’exportation de l’autocensure
Des règles mondiales sont nécessaires pour encadrer la prolifération de ces armes de répression massive.
Cette année, les dépenses militaires mondiales – près de 2 milliards de dollars – ont été les plus élevées depuis 1988. Plus de la moitié de ces dépenses ont été effectuées par les États-Unis et leurs alliés. Les capacités de défense sont des biens nationaux étroitement gardés. Un réseau de règles s’est développé autour de l’exportation d’armes et de leur utilisation. Aucun pays ne souhaite que ses armes les plus meurtrières soient retournées contre lui.
Pourtant, il existe au moins 500 entreprises privées qui opèrent, en grande partie sans réglementation, et vendent des logiciels intrusifs à des régimes oppressifs qui espionnent et harcèlent leurs détracteurs. Ces actes antidémocratiques devraient suffire à mettre un terme à ce commerce. Pourtant, il a continué ; l’industrie affirme que ces outils servent à lutter contre la criminalité et le terrorisme. Que se passe-t-il lorsque, au contraire, les gouvernements choisissent d’utiliser ces capacités non seulement contre leur peuple, mais aussi contre l’Occident démocratique ?
Nous sommes peut-être sur le point de découvrir la réponse à cette question. Un consortium mondial de reportages, qui comprend le Guardian, Amnesty International et l’organisation à but non lucratif Forbidden Stories, basée à Paris, a produit cette semaine une multitude d’articles à partir d’une liste de numéros de téléphone identifiés par les gouvernements clients de NSO, une société israélienne de haute technologie, qui a fait l’objet d’une fuite. Une analyse médico-légale a montré que le logiciel espion Pegasus de NSO était utilisé par certains de ses clients pour pirater des smartphones appartenant à des journalistes, des dissidents et des militants. Le téléphone portable d’un ministre français en exercice présentait des traces numériques d’une activité associée au logiciel espion de NSO. Paris a ouvert une enquête.
Ces téléphones figuraient sur une liste de plus de 50 000 numéros ayant fait l’objet d’une fuite. On y trouvait 10 premiers ministres, trois présidents – dont le Français Emmanuel Macron – et le roi du Maroc. Le gouvernement indien, soupçonné d’être un client de NSO, aurait sélectionné des numéros du gouvernement tibétain en exil du Dalaï Lama. Des centaines de téléphones appartenant à des citoyens britanniques ont également été répertoriés, et le gouvernement responsable de leur sélection serait l’allié britannique du Golfe, les Émirats arabes unis, qui entretiennent eux-mêmes des liens étroits avec Israël, partenaire du Royaume-Uni. Avec de tels amis, on peut se demander ce que l’on attend de nos adversaires. Cette semaine, le ministre du Cabinet, Lord True, a déclaré que le Royaume-Uni avait « fait part de ses préoccupations à plusieurs reprises au gouvernement israélien concernant les opérations de NSO ».
NSO affirme que, comme elle n’exploite pas les systèmes de logiciels espions qu’elle vend, et qu’elle n’a pas accès aux données des cibles de ses clients, la société ne peut pas superviser leur utilisation. Il s’agit d’un argument égocentrique qui repose sur le secret d’entreprise. Mais les logiciels espions tels que ceux de NSO rendent possible la violation des droits fondamentaux. Il est un peu fort de la part des démocraties occidentales de se plaindre que la Chine ou la Russie exportent l’autoritarisme numérique si leurs alliés colportent des outils qui peuvent être utilisés aux mêmes fins.
Le pouvoir de l’État est une question de logiciel. Israël devrait mettre un frein au secteur des logiciels espions qui permet aux régimes autoritaires d’exporter l’autocensure. Des règles mondiales sont nécessaires pour encadrer la prolifération de ces armes de répression massive : il est dans l’intérêt des démocraties de limiter la diffusion de ces technologies. À l’heure actuelle, il n’existe aucun autre mécanisme gouvernemental ou privé, hormis les actions en justice, pour prévenir ou réparer les graves violations de la liberté d’expression, d’association et de la vie privée que permettent des outils tels que les ONS. Cela doit changer.
The Guardian, 22/07/2021
Etiquettes : Emmanuel Macron, France, Pegasus, Espionnage, NSO Group, logiciels espions, Maroc, Arabie Saoudite,
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Espionnage marocain: L’Algérie exprime sa «profonde» préoccupation
L’Algérie a exprimé ce jeudi sa « profonde préoccupation » suite à l’utilisation par le Maroc du logiciel d’espionnage «Pegasus» contre des responsables et citoyens algériens et condamne « vigoureusement cette inadmissible atteinte systématique aux droits de l’homme et libertés fondamentales ».
« L’Algérie exprime sa profonde préoccupation suite aux révélations émanant d’un consortium de nombreux organes de presse de grande renommée professionnelle et faisant état de l’utilisation à large échelle par les autorités de certains pays, et tout particulièrement par le Royaume du Maroc, d’un logiciel d’espionnage dénommé (Pegasus) contre des responsables et citoyens algériens, ainsi que des journalistes et des défenseurs des droits de l’homme à travers le monde », selon une déclaration du ministère des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger.
« L’Algérie condamne vigoureusement cette inadmissible atteinte systématique aux droits de l’homme et libertés fondamentales qui constitue également une violation flagrante des principes et normes régissant les relations internationales », ajoute la même source, affirmant que « cette pratique illégale, malvenue et dangereuse, met en péril le climat de confiance qui doit présider aux échanges et interactions entre les responsables et représentants des Etats».
« Etant directement concernée par ces attaques, l’Algérie se réserve le droit de mettre en œuvre sa stratégie de riposte et se tient prête à participer à tout effort international destiné à établir collectivement les faits et à faire la lumière sur la matérialité et l’ampleur de ces crimes qui menacent la paix et la sécurité internationales, ainsi que la sécurité humaine », souligne le communiqué.
« Toute impunité constituerait un précédent extrêmement dommageable à la conduite de relations amicales et de coopération entre les Etats conformément au droit international », conclut la même source.
Existence d’un système d’espionnage visant l’Algérie : Ouverture d’une enquête préliminaire
Le procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed a ordonné l’ouverture d’une enquête préliminaire sur l’existence d’un système d’intelligence informatique d’écoute et d’espionnage ayant visé les intérêts de l’Algérie, mais aussi des citoyens et des personnalités algériennes, indique ce jeudi un communiqué du Parquet général près la Cour d’Alger.
« Suite aux informations divulguées à travers des organes de presse nationaux et internationaux, ainsi que des rapports émanant de certaines chancelleries, faisant état de l’existence d’un système d’intelligence informatique d’écoute et d’espionnage ayant visé les intérêts de l’Algérie, mais aussi des citoyens et des personnalités algériennes, et en application des dispositions de l’article 11 du Code de procédure pénale, le Parquet général près la Cour d’Alger informe l’opinion publique que le procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed a ordonné l’ouverture d’une enquête préliminaire sur les faits en question, diligentée par les services de police judiciaire spécialisée en matière de répression d’infractions liées à la cybercriminalité et aux technologies de l’information », précise la même source.
« Si les faits, objet de cette enquête, sont avérés, ils constitueraient des infractions réprimées par la législation algérienne sous sa forme criminelle pour avoir rassemblé des renseignements, objets et documents au profit d’une puissance étrangère aux fins de nuire à la défense nationale et constitueraient également des infractions d’accès frauduleux dans un système de traitement automatisé de données et d’atteintes aux secrets des communications », conclut la même source.
APS
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Affaire Pegasus : Echec au complot
L’Etat voyou de la région ne recule désormais plus devant aucune forfaiture pour exporter la tension et véhiculer la déstabilisation dans l’espace méditerranéen. Les barbouzeries en tous genres, encouragées par l’allié sioniste, sont dans la nature même de l’Etat narcotrafiquant, foncièrement répressif et liberticide.
Le scandale d’espionnage Pegasus, commis par le Maroc au profit d’Israël et révélé par 17médias internationaux, traduit la vassalité d’un régime aux abois et accroché, pour seule alternative, à une collaboration avec le parrain sioniste. L’acte de piratage cybernétique, développé par la société israélienne NSO et exécuté par le Maroc, représente une menace permanente contre les libertés fondamentales de la région et de l’Europe.
Après l’épisode tumultueux de l’Espagne et de l’Allemagne, coupables d’un acte d’humanisme et de l’attachement à la légalité internationale, l’allié le plus sûr a subi le choc de cette affaire d’espionnage qui a ciblé, selon les médias français, le président Emmanuel Macron, 14 ministres et l’ancien Premier ministre Edouard Philipe.
Il s’agit d’une attaque massive lancée contre l’élite dirigeante mondiale, la société civile, les journalistes, les hommes d’affaires et les chefs d’entreprises. La guerre cybernétique, dénoncée en février 2021 par le ministre de la Communication, Ammar Belhimer, lors de la journée parlementaire sur «la cybercriminalité et ses retombées sur la sécurité du pays et des citoyens», n’est pas une vue de l’esprit. L’Algérie est particulièrement visée pour son soutien indéfectible à la lutte des peuples pour leur indépendance et son rôle pionnier dans l’exportation de la paix, de la réconciliation et du développement régional.
L’Algérie forte de la mobilisation de la classe politique et de la société civile, elle saura face faire efficacement à la dérive marocaine irresponsable attentatoire aux fondements unitaires de l’Etat national. Le rappel immédiat et illimité de l’ambassadeur de l’Algérie au Maroc est une riposte aux frasques de la représentation diplomatique marocaine à New York, affichant des velléités d’ingérence et un soutien flagrant au terrorisme identitaire et religieux portant la marque insidieuse de la manipulation des groupes terroristes de la décennie sanglante.
Le silence coupable du Palais royal impose des mesures à la hauteur de la gravité de la situation générée par la violation du droit international et des dispositions de l’acte constitutif de l’Union africaine portant sur l’intangibilité des frontières héritées du colonialisme.
Horizons, 21/07/2021
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Dérive marocaine : Le roi est nu
La diplomatie marocaine a franchi la ligne rouge en s’immisçant dans les affaires internes de l’Algérie et en soutenant la prétendue autodétermination «du peuple kabyle», ont estimé des politologues. Selon eux, la situation revêt un caractère dangereux.Pour le politologue Badis Khenissa, l’Algérie a toujours exprimé des inquiétudes à l’égard du voisin de l’Ouest, compte tenu du passif historique et de la question du Sahara occidental. «Des inquiétudes légitimes à la lumière des évolutions diplomatiques récentes. Le Maroc nourrit une rancune tenace, obsessionnelle et aveugle illustrée par une série d’erreurs monumentales de sa diplomatie devenue précaire et court-termiste», constate-t-il. Selon lui, Rabat exerce un «Algérie-bashing» dopé par le «deal de Trump» et son pari risqué de normalisation avec l’Etat hébreu», évoquant «une quête de leadership et d’hégémonie dans la région».«Le retour de l’Algérie sur la scène internationale après deux décennies d’immobilisme a sapé les plans du Maroc qui, jusque-là, se contentait d’une diplomatie monétisée pour alimenter son lobbying et défendre ses orientations», analyse Khenissa. Et de renchérir : «Une trêve déjà fragile entre nos deux pays est mise à mal par une volonté du royaume à projeter ses frustrations et ses échecs sur l’Algérie.» Isolé par son arrogance diplomatique et ses postures récentes contre l’Espagne et l’Union européenne, le poste frontalier de Guerguerat et l’Algérie en sont une parfaite démonstration. Affaibli sur le front interne par ses choix politiques et troc perdant de la cause palestinienne, ce dernier cherche à gagner des trophées diplomatiques face à un rival inflexible sur les causes justes.De son point de vue, le Maroc s’entête à porter à bout de bras le Sahara occidental, mais se met à dos la communauté internationale. «L’Algérie est devenue la cible d’un plan global aux acteurs multiples et cela risque d’aboutir à un dérapage aux bouleversements cataclysmiques et irréversibles», affirme-t-il. Autrement dit, une escalade contrôlée qui peut vite dégénérer. «L’ombre d’un conflit ouvert plane sur la région et qu’il n’est plus à exclure après la délocalisation du centre de décision du Maroc. La médiation qui se tiendra probablement sous peu et sous l’égide de pays occidentaux, de la Russie, la Chine, l’UA, la Ligue arabe révélera, sans doute, les véritables intentions et motivations du Maroc», souligne Khenissa. «Tous ces éléments prouvent que l’embrasement de la situation dans un contexte géopolitique et géo-sécuritaire sensible et explosif ne fera qu’exacerber une tension latente et une diplomatie sur une ligne de crête», fait-il remarquer.«Le Sahara occidental n’est pas marocain»Hassan Kacimi, expert international des flux migratoires et des menaces dans le Sahel, est catégorique. «Le Maroc fait tout simplement la guerre à l’Algérie dans le cadre d’une coalition internationale», assène-t-il. «Un triumvirat subversif, composé du Maroc, de la France et de l’entité sioniste, tente d’allumer le feu en Algérie», estime-t-il. «Ces acteurs, en mal d’expansion territoriale, rêvent d’un nouvel empire dans le monde arabe et en Afrique. Pour cela, ils doivent absolument déboulonner l’Algérie et provoquer sa chute pour lui faire subir une thérapie à la soudanaise et réaliser le Grand Israël», explique-t-il. Kacimi affirme que «Rachad, le MAK et des figures politiques connues, largement inféodées à des desseins coloniaux, agissent sur le terrain du hirak pour enflammer la rue, la retourner contre l’Etat et provoquer son effondrement». Il ne manque pas de relever le scénario de déstabilisation de l’Algérie sur fond d’ébullition sociale, provoquée par un dysfonctionnement de certains services publics, notamment celui de l’eau exploité pour exacerber le mécontentement populaire. L’expert pense qu’on doit toujours clamer très haut que le Sahara occidental est le seul dossier en Afrique qui est inscrit au chapitre de la décolonisation. «L’Algérie doit prendre des mesures fermes contre ce voisin qui continue de faire la guerre subversive», conclut-il.Karima AllounHorizons, 22/07/2021Etiquettes : Maroc, Algérie, Pegasus, Espionnage, NSO Group, logiciels espions, Sahara Occidental, -
Affaire Pegasus : Le Maroc sous-traitant à la solde d’Israël
Utilisation massive du logiciel espion Pegasus par le Maroc – Le Makhzen sous-traitant à la solde d’Israël
Les turpitudes de la monarchie marocaine n’en finissent pas de surprendre autant les régimes compromis avec le Makhzen que les pays considérés comme des « ennemis » potentiels. Le dernier scandale en date révélé par Amnesty International et Forbidden stories, une plateforme créée par des journalistes et relayé par le média en ligne, Mediapart et le journal Le Monde, ainsi que d’autres médias, est illustré par une opération d’espionnage de grande ampleur menée par le royaume chérifien, dont l’une des premières cibles est l’Algérie.Dans cette « affaire » qui s’apparente beaucoup plus à une histoire de science fiction, le Maroc a joué le rôle de sous-traitant au profit de Tel-Aviv, qui lui a permis d’utiliser le logiciel d’espionnage connu sous le label de « Pegasus », développé et commercialisé par une entreprise israélienne, contrôlée par le ministère de la Défense de ce pays.Le logiciel en question crée en 2013 et évoqué pour la première fois par le quotidien britannique, le Financial Times, est capable d’accéder au système des Smartphones et de collecter les informations qui s’y trouvent, grâce à la détection de leurs failles. Pegasus permet en effet de prendre le contrôle du téléphone ciblé et « accède à l’intégralité de son contenu ainsi qu’à son microphone et sa caméra ». Les Emirats arabes unis ont été parmi les premiers pays à acheter une licence de ce logiciel espion.C’est donc à l’aide de ce programme informatique très avancé que les services marocains ont pu espionner massivement les téléphones portables d’un nombre incalculable de responsables algériens à tous les niveaux, hauts gradés militaires et fonctionnaires civils. Le quotidien français cite les noms de l’ambassadeur d’Algérie à Paris ainsi que l’attaché militaire algérien dans la même ambassade. Et ce n’est pas tout.La liste des personnalités algériennes ciblées par Rabat est très longue. Parmi les noms qui y figurent, on retrouve ceux de Ramtane Lamamra, Abdelkader Messahel et Sabri Boukadoum, Saïd, Nacer et Z’hor Bouteflika, les généraux Ali Bendaoud, Wassini Bouazza et Bachir Tartag, et un numéro attribué à Saïd Chengriha aurait été visé par cette opération, selon le quotidien parisien, qui ajoute que l’adjudant-chef Guermit Bounouira, ex-aide de camp d’Ahmed Gaïd Salah, et actuellement incarcéré après avoir été extradé de Turquie, a également été surveillé.Les téléphones d’un nombre indéterminé de diplomates algériens en poste à travers le monde ont été également ciblés, en plus d’un des fils de Khaled Nezzar. Dans le même listing, on retrouve aussi les noms d’Ali Haddad, Zoubida Assoul et Abdelaziz Rahabi en plus des noms de journalistes, d’intellectuels et d’activistes du mouvement populaire du 22 février 2019.Cette révélation intervient presque une semaine après que le Makhzen ait annoncé avoir « signé un accord de coopération avec Israël dans le domaine de la sécurité informatique. Selon le quotidien The Times of Israël, « l’accord a été signé à Rabat, en présence de Yigal Unna, directeur-général de l’administration israélienne de la cybersécurité, son homologue marocain, le général El Mostafa Rabii, et le ministre de la Défense du Maroc Abdellatif Loudiyi ».Ce qu’a relaté The Times of Israël n’est que la partie « soft » d’une forfaiture d’Etat, dont l’objectif était de mettre sous surveillance toute personnalité marocaine ou étrangère, notamment les femmes et les hommes politiques européens, connus pour le soutien à la cause sahraouie. Aussi, des journalistes, des avocats et des élus français n’ont pas échappé à ce harcèlement informatique. Le cas de Claude Mangin une militante associative catholique française engagée, mariée à un Sahraoui détenu au Maroc, est éloquent.Selon Radio France et Le Monde, outre Macron et Edouard Philippe et son épouse, des ministres de premier plan, figurent sur cette liste, Jean-Yves Le Drian, Christophe Castaner, Gérald Darmanin, Bruno Le Maire ou François de Rugy, entre autres, dont les téléphones ont été ciblé par le logiciel espion, Pegasus.Mohamed MebarkiL’Est Républicain, 22/07/2021Etiquettes : Emmanuel Macron, France, Pegasus, Espionnage, NSO Group, logiciels espions, Israël, Algérie, -
Algérie: La sécurité nationale en mode 2.0
Les révélations d’espionnage entrepris par l’encombrant voisin marocain via le programme NSO-Pegasus que lui a généreusement refilé l’entité sioniste, contre l’Algérie posent un grave problème de sécurité nationale. N’ayons pas peur des mots mais il s’agit bien d’une cyberguerre qui vient de nous être déclarée par le royaume de l’intrigue qui n’a visiblement aucun scrupule à s’allier avec Satan pour déstabiliser notre pays.
Loin de tout effet de manche patriotard, nous sommes bien face à un ennemi prétendument « frère » qui multiplie les coups au-dessous de la ceinture pour nous faire plier sur le dossier du Sahara occidental. Le fait que ce programme aussi insidieux que dangereux cible d’autres pays dont la France ne nous dédouane pas de notre responsabilité à y faire face de la manière la plus ferme qui soit.
Nos responsables nous avaient longtemps chloroformés avec leur discours faussement rassurant que l’Algérie était imperméable à ce genre « d’attaques » et qu’elle avait les capacités de les mettre hors d’état de nuire. Mais ce scandale de NSO Pegasus vient de nous rappeler notre triste réalité d’un pays ouvert aux quatre vents de tous les coups bas venant de nos ennemis éternels. Cette vaste opération d’espionnage à grande échelle menée par les services marocains contre des responsables, des journalistes et autres activistes algériens en filtrant toutes leurs communications téléphoniques est une gravissime atteinte à la sécurité nationale.
Si le téléphone du président français, Emmanuel Macron, pourtant ami du monarque M6 à été mis sur écoute ainsi que d’autres hauts responsables de l’Hexagone, que dire alors des téléphones de ceux qui nous gouvernent ? Il y a tout lieu de penser que les manœuvres diplomatiques et les couacs internes en Algérie soient le résultat de cette opération d’espionnage téléguidée depuis Rabat et mise à exécution chez nous en Algérie grâce aux petites mains assassines qui mangent dans la main du roi et sa cour. A ce stade, toutes les hypothèses doivent être mises sur la table.
La tension maximale qui règne en Algérie est peut être provoquée et attisée. Nous avons désormais une preuve grandeur nature que le Maroc et ses retrouvailles officielles avec l’entité sioniste, tendait une oreille attentive aux échanges téléphoniques de nos responsables. Il en sait peut-être plus que nous autres algériens. Et au delà des implications politiques et géopolitiques de ce casus Belli, il y a une réalité que nos gouvernants ne peuvent nous cacher : l’Algérie est largement en retard en termes de transition numérique et du développement des technologies de l’information et de la communication. Et s’il fallait une preuve, ce programme d’espionnage made in Israël dont le royaume de M6 à usé et abusé contre nous, est venu nous le rappeler.
Faut-il par ailleurs souligner que le rapport mondial annuel de 2020 sur l’économie numérique (Network Readiness Index(NRI2020) a classé notre pays à la peu glorieuse 120éme sur 134 pays concernés par l’enquête sur la gouvernance numérique ! Il ne suffit de pas gloser sur « l’économie de la connaissance », « la transition numérique », » l’Algérie 3.0… » ou encore manipuler des concepts aussi racoleurs que « startup », « clusters », etc.. pour faire croire que nous sommes à la page et que nous avons réussi notre mise à niveau technologique.
Aussi rageant et aussi menaçant que puisse être ce sulfureux programme Pegasus, il doit servir à réveiller nos responsables et leur rappeler leur devoir de protéger le pays de ses nombreuses vulnérabilités contre ces attaques technologiques de haut vol. Le gouvernement devrait se concentrer sur ces scabreuses opérations qui ciblent le pays de l’étranger.
Par Imane B.
L’Est Républicain, 22/07/2021
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