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  • Liban : L’UE menace, la Russie négocie la reconstruction des infrastructures

    Pendant que l’UE menace, la Russie aborde avec le Liban la reconstruction de ses infrastructures


    Mise à jour : 30-06-2021

    Alors que l’UE a récemment fait allusion à de possibles sanctions ciblées contre le Liban si celui-ci, en défaut de paiement, ne trouve pas un accord avec le FMI, la Russie adopte une approche différente et envisage de coopérer sur des projets cruciaux, comme la reconstruction des silos à blé détruits par les explosions de l’an dernier. Les membres du gouvernement libanais ont rencontré le 28 juin à Beyrouth une délégation russe d’experts et de représentants de sociétés d’investissement pour aborder plusieurs projets de soutien.

    Comme le rapporte L’Orient-Le Jour, la réunion était suivie par le ministre des Travaux publics et des Transports, Michel Najjar, et celui de l’Énergie et de l’Eau, Raymond Ghajar, tandis que la délégation russe était emmenée par l’ambassadeur de Russie au Liban, Alexandre Roudakov. Les parties ont abordé trois axes principaux: la reconstruction des silos détruits au port de Beyrouth en août dernier, une coopération en matière d’infrastructures portuaires et enfin énergétiques.

    «La délégation a exprimé le souhait de coopérer avec le Liban et de fournir toute l’assistance nécessaire aux ports de Beyrouth et de Tripoli», a indiqué le ministère des Travaux publics et des Transports dans un communiqué. Le ministre Najjar a précise que la délégation russe passerait «trois jours au port de Beyrouth et trois jours au port de Tripoli afin d’étudier la possibilité de construire de nouveaux silos à blé». Alexandre Roudakov a, de son côté, déclaré que la Russie œuvrerait «à aider le Liban, pays ami, sur les questions de l’électricité et de l’énergie».

    Une impasse politique et économique

    Depuis les explosions au port de Beyrouth en août dernier, le Liban, en défaut de paiement pour sa dette colossale, s’enlise dans une sévère crise socio-économique. Le pays avait mené l’an dernier des négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) pour débloquer des aides, mais ces discussions ont échoué en raison de divergences au sein de la délégation libanaise. La communauté internationale, y compris la France, ne cesse de réclamer un gouvernement de «mission» pour mener des réformes. Le pays en est dépourvu depuis plus de 10 mois. Le 19 juin Josep Borrell, chef de la diplomatie de l’Union européenne en visite à Beyrouth, a estimé que l’accord avec le FMI était la seule solution. Il a même fait allusion à de possibles sanctions ciblées contre des dirigeants libanais responsables de l’impasse politique.

    En avril, la France avait déjà imposé des restrictions d’accès à son territoire à plusieurs d’entre eux, sans dévoiler leur nom. Les explosions du 4 août ont fait plus de 200 morts et 6.500 blessés, dévastant la moitié de la capitale. Elles ont été déclenchées par un incendie dans un entrepôt abritant des tonnes de nitrate d’ammonium stockées sans mesures de sécurité. L’enquête menée par des autorités judiciaires libanaises est actuellement au point mort étant donné que le pays a refusé toute aide internationale en la matière.

    Le Maghreb, 30 juin 2021

    Etiquettes : Liban, UE, Russie,

  • Josep Borrell : Comment faire avec la Russie ?

    Ces dernières années, les relations avec la Russie se sont fortement détériorées. La Russie sous le président Poutine s’est distanciée de l’Europe, par des choix politiques délibérés, tant à l’intérieur qu’à l’étranger. Nous souhaitons que ces choix soient différents, mais nous devons nous baser sur cette réalité et la possibilité que les relations UE-Russie puissent même se dégrader. Dans le même temps, nous partageons un continent avec la Russie et elle reste un acteur essentiel sur de nombreux fronts. Nous n’avons donc pas d’autre choix que de développer une approche raisonnée, équilibrée et stratégique.

    Lors du sommet, tous les dirigeants de l’UE ont confirmé leur détermination à œuvrer pour « une approche européenne unie, à long terme et stratégique fondée sur les cinq principes directeurs ». Ces cinq principes ont été établis par le Conseil en 2016, après le déclenchement du conflit en Ukraine et alentour, et nous guident depuis lors. En effet, les dirigeants ont chargé le Conseil, la Commission et moi-même en tant que haut représentant de continuer à les mettre pleinement en œuvre.

    Dans ce contexte global des cinq principes et pour les rendre plus opérationnels, la Commission et moi-même avons proposé de développer nos politiques vis-à-vis de la Russie selon trois axes d’action principaux : repousser, contraindre et engager. Qu’est-ce que ça veut dire?

    Premièrement, nous devons lutter contre les violations délibérées du droit international par la Russie dans nos États membres et notre voisinage, et continuer à défendre les valeurs démocratiques. Ces questions concernent directement tous les membres de l’ONU, de l’OSCE et du Conseil de l’Europe et ne relèvent pas exclusivement des affaires intérieures d’un pays.

    Repousser signifie également que nous devons continuer à soutenir l’Ukraine et son intégrité territoriale, sa souveraineté et son indépendance. Cela inclut de continuer à appeler la Russie à assumer ses responsabilités et à mettre en œuvre les accords de Minsk. Nous continuerons également à faire pression sur la Russie pour son refus de coopérer avec les efforts internationaux visant à obtenir justice pour les victimes de l’écrasement du vol MH17 au-dessus de l’Ukraine.

    « L’Union elle-même doit devenir plus robuste, résiliente et cohésive. La première forme de cohésion est de préserver l’unité d’objectifs entre nos États membres.

    Deuxièmement, nous devons limiter les tentatives de la Russie de saper l’UE . L’Union elle-même doit devenir plus robuste, résiliente et cohésive. La première forme de cohésion est de préserver l’unité de but entre nos États membres. Si les États membres s’entendent sur une position commune à Bruxelles, mais de retour dans leurs capitales respectives et poursuivent bilatéralement une politique différente, une position forte de l’Union européenne vis-à-vis de la Russie restera une coquille vide.

    Nous devons appliquer pleinement la législation de l’UE pour lutter contre la criminalité émanant de la Russie, y compris les cyberattaques, en travaillant en étroite collaboration avec des partenaires partageant les mêmes idées. L’UE doit développer ses capacités de cybersécurité et de défense, ainsi que ses capacités de communication stratégique, en intensifiant ses travaux sur la manipulation et la désinformation des informations étrangères. Nous devrons également intensifier notre lutte contre la corruption et le blanchiment d’argent et assurer une plus grande transparence sur l’origine et la finalité de ces flux financiers vers et depuis la Russie.

    « Plus les pays du partenariat oriental réussissent dans leur processus de réforme, plus ils seront résilients et donc mieux à même de résister à la pression ou à l’ingérence russes. »

    Un autre aspect d’une politique contraignante consiste à renforcer la résilience des Etats partenaires de l’Union européenne, notamment les membres du Partenariat oriental. Cela les oblige à améliorer leur gouvernance interne : lutter contre la corruption, promouvoir l’indépendance de la justice et garantir les libertés fondamentales. Plus ils réussiront dans leur processus de réforme, plus ils seront résilients et donc mieux à même de résister aux pressions ou aux ingérences russes. En tant qu’UE, nous continuerons de soutenir les voisins de la Russie afin qu’eux et leurs citoyens restent libres de déterminer leur propre avenir.

    Troisièmement, le dernier pilier de notre relation avec la Russie : l’ engagement . Qu’on le veuille ou non, la Russie est un acteur majeur sur la scène mondiale et elle a accru sa présence politique dans de nombreuses régions du monde, y compris dans les pays et régions où les intérêts de l’UE sont en jeu : la Libye, l’Afghanistan et la Syrie, ainsi que le Le Caucase du Sud en sont des exemples éloquents. Je pense aussi au JCPOA sur l’Iran, auquel la Russie est partie et que nous devons remettre sur les rails.

    Il y a aussi des problèmes mondiaux sur lesquels il est dans notre intérêt d’engager la Russie, car ne pas résoudre ces problèmes nous affectera tous. Le plus important d’entre eux est le changement climatique, où il existe un besoin évident de coopération, par exemple à travers l’introduction d’un prix du CO2 en Russie, ou la mise en place d’un ETS, ou le développement de l’hydrogène. La pandémie a également montré la nécessité d’une coopération mondiale en matière de santé publique. Le virus ne connaît pas de frontières, et la frontière que partagent l’UE et la Russie fait plus de 2000 kilomètres de long.

    « Notre querelle concerne les choix politiques du gouvernement russe, pas le peuple russe. Nous devons donc renforcer les contacts entre les peuples. »

    Surtout, nous devons continuer à nous engager avec la société civile et les citoyens russes. Notre querelle est avec les choix politiques du gouvernement russe, pas avec le peuple russe. Nous devrions donc renforcer les contacts interpersonnels, ce qui pourrait inclure davantage de facilitation des visas pour les jeunes, les universitaires ou d’autres échanges transfrontaliers. Nous devons continuer à soutenir la société civile russe et les défenseurs des droits de l’homme et être plus flexibles et créatifs dans notre manière de le faire.

    Le débat et l’issue du Conseil européen : quelle est la suite ?
    Le Conseil européen a convenu d’une voie à suivre équilibrée. Elle fait suite à un débat intense sur la proposition de dernière minute de la France et de l’Allemagne d’envisager le rétablissement de sommets avec la Russie (il n’y en a pas eu depuis 2014). Les avantages et les inconvénients de cela ont été discutés et à la fin, les dirigeants ont convenu « d’explorer les formats et les conditionnalités du dialogue avec la Russie ».

    « La politique étrangère consiste à parler à des personnes ayant le pouvoir d’influencer les événements, y compris celles avec lesquelles nous avons de profonds désaccords. Le but de cet engagement est précisément d’influencer les actions et la réflexion. »

    De mon côté, je ne peux que réaffirmer mon engagement à travailler sur cette base : exiger une amélioration du comportement de la Russie sur de nombreuses questions et reconnaître la nécessité d’être prêt à s’engager.

    La politique étrangère consiste à parler à des personnes ayant le pouvoir d’influencer les événements. Engager la Russie n’est pas un luxe et encore moins une concession. Un acteur mondial doit parler à tous les acteurs, y compris ceux avec lesquels nous avons de profonds désaccords. Le but de cet engagement est précisément d’influencer les actions et la réflexion.

    Nous savons tous que la Russie, à l’heure actuelle, n’a aucun intérêt à voir l’UE se développer en tant qu’acteur mondial. Mais ils ne peuvent pas nous ignorer et nous ne devons pas non plus les laisser parier ou encourager nos divisions. Les États membres de l’UE peuvent avoir des divergences tactiques mais pas fondamentales lorsqu’il s’agit de défendre nos valeurs.

    Dans les semaines et mois à venir, je ferai avancer les différentes pistes d’action que les dirigeants ont identifiées :

    Cela signifie d’abord et avant tout travailler à préserver l’unité de l’UE, qui est notre plus grand atout dans nos relations avec Moscou.

    Deuxièmement, le Conseil européen a invité la Commission et moi-même à présenter des options pour que des mesures restrictives supplémentaires soient prêtes au cas où la Russie continuerait d’enfreindre le droit international dans nos États membres et dans notre voisinage.

    Troisièmement, le Conseil européen a également demandé à la Commission et à moi-même de développer des options sur des sujets tels que le climat et l’environnement, la santé, ainsi que les questions de politique étrangère où nous pouvons explorer les moyens de nous engager avec la Russie. Il a également rappelé l’importance des contacts interpersonnels et la nécessité de soutenir davantage la société civile russe.

    « Les conclusions du Conseil européen définissent une orientation claire pour nos relations avec la Russie : garder une ligne ferme sur le fond tout en préservant la nécessité de maintenir des canaux de communication ouverts.

    En résumé, les conclusions du Conseil européen ont défini une orientation claire pour nos relations avec la Russie : garder une ligne ferme sur le fond tout en préservant la nécessité de maintenir des canaux de communication ouverts.

    Le blog de Josep Borrell, 29 juin 2021

    Etiquettes : Russie, Union Européenne, UE, Josep Borrell, Ukraine,

  • Conclusions du Conseil européen sur les relations extérieures

    24 juin 2021

    IV. TURQUIE
    14. Le Conseil européen est revenu sur la situation en Méditerranée orientale et sur les relations de l’Union européenne avec la Turquie, et a rappelé l’intérêt stratégique de l’UE pour un environnement stable et sûr en Méditerranée orientale et dans le développement d’une relation de coopération et mutuellement bénéfique avec la Turquie . Il se félicite de la désescalade en Méditerranée orientale, qui doit être maintenue conformément à la déclaration des membres du Conseil européen du 25 mars 2021.

    15. Le Conseil européen réaffirme que l’UE est prête à s’engager avec la Turquie de manière progressive, proportionnée et réversible pour renforcer la coopération dans un certain nombre de domaines d’intérêt commun, sous réserve des conditions établies énoncées en mars et dans les conclusions précédentes du Conseil européen.

    16. Conformément à ce cadre, il prend note du début des travaux au niveau technique en vue d’un mandat pour la modernisation de l’union douanière UE-Turquie et rappelle la nécessité de remédier aux difficultés actuelles dans la mise en œuvre de l’union douanière, en garantissant son application effective à tous les États membres. Un tel mandat peut être adopté par le Conseil sous réserve d’orientations supplémentaires du Conseil européen.

    17. Il prend également note des travaux préparatoires pour des dialogues de haut niveau avec la Turquie sur des questions d’intérêt mutuel, telles que les migrations, la santé publique, le climat, la lutte contre le terrorisme et les questions régionales.

    18. Le Conseil européen invite la Commission à présenter sans délai des propositions formelles pour la poursuite du financement des réfugiés syriens et des communautés d’accueil en Turquie, en Jordanie, au Liban et dans d’autres parties de la région, conformément à la déclaration des membres du Conseil Conseil européen de mars 2021 et dans le cadre de la politique migratoire globale de l’UE.

    19. Le Conseil européen rappelle ses conclusions précédentes et reste pleinement attaché au règlement global du problème chypriote sur la base d’une fédération bicommunautaire et bizonale avec l’égalité politique, conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies. Il souligne l’importance du statut de Varosha et appelle au plein respect des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, notamment les résolutions 550, 789 et 1251. Il regrette que la réunion informelle de Genève sous les auspices des Nations unies n’ait pas ouvert la voie à la reprise des négociations formelles. L’Union européenne continuera à jouer un rôle actif en soutenant le processus.

    20. L’état de droit et les droits fondamentaux en Turquie restent une préoccupation majeure. Le ciblage des partis politiques, des défenseurs des droits humains et des médias représente des revers majeurs pour les droits humains et va à l’encontre des obligations de la Turquie de respecter la démocratie, l’état de droit et les droits des femmes. Le dialogue sur ces questions reste une partie intégrante de la relation UE-Turquie.

    21. Conformément à l’intérêt commun de l’UE et de la Turquie pour la paix et la stabilité régionales, le Conseil européen attend de la Turquie et de tous les acteurs qu’ils contribuent positivement à la résolution des crises régionales.

    22. Le Conseil européen restera saisi de la question.

    V. LIBYE
    23. Le Conseil européen confirme son attachement au processus de stabilisation de la Libye sous les auspices des Nations unies. Les élections devraient avoir lieu comme convenu dans la feuille de route du 24 décembre 2021 et leurs résultats acceptés par tous.

    24. Le Conseil européen appelle à des progrès dans le dialogue politique inclusif et contrôlé par les Libyens et au retrait sans délai de toutes les forces et mercenaires étrangers.

    VI. RUSSIE
    25. Conformément à ses conclusions des 24 et 25 mai 2021, le Conseil européen a examiné les relations avec la Russie, en tenant compte du rapport du haut représentant et de la Commission.

    26. L’Union européenne s’est engagée dans une approche européenne unie, à long terme et stratégique fondée sur les cinq principes directeurs. Le Conseil européen invite le Conseil, la Commission et le haut représentant à continuer de les mettre pleinement en œuvre, dans le respect des valeurs, principes et intérêts de l’Union européenne.

    27. Le Conseil européen attend des dirigeants russes qu’ils fassent preuve d’un engagement et d’un engagement politique plus constructifs et qu’ils cessent d’agir contre l’UE et ses États membres, ainsi que contre des pays tiers.

    28. Le Conseil européen demande à la Russie d’assumer pleinement sa responsabilité d’assurer la pleine mise en œuvre des accords de Minsk, condition essentielle de tout changement substantiel de la position de l’UE.

    29. En ce qui concerne le renforcement de notre résilience, le Conseil européen souligne la nécessité d’une réponse ferme et coordonnée de l’UE et de ses États membres à toute nouvelle activité malveillante, illégale et perturbatrice de la Russie, en utilisant pleinement tous les instruments à la disposition de l’UE , et assurer la coordination avec les partenaires. À cette fin, le Conseil européen invite également la Commission et le haut représentant à présenter des options pour des mesures restrictives supplémentaires, y compris des sanctions économiques.

    30. Le Conseil européen souligne la nécessité d’approfondir et d’intensifier les relations et la coopération politiques, économiques et interpersonnelles avec les partenaires orientaux en vue d’accroître leur résilience. Dans ce contexte, elle rappelle la déclaration du sommet du partenariat oriental de 2017 qui reconnaît les aspirations européennes et le choix européen des partenaires orientaux concernés, tels qu’énoncés dans les accords d’association, et dans le cadre de leur entrée en vigueur. Il souligne également son engagement à approfondir les relations avec l’Asie centrale.

    31. Le Conseil européen réaffirme l’ouverture de l’Union européenne à un engagement sélectif avec la Russie dans les domaines d’intérêt de l’UE. Il invite la Commission et la haute représentante à élaborer des options concrètes, y compris des conditionnalités et des leviers à cet égard, en vue de leur examen par le Conseil, sur des sujets tels que le climat et l’environnement, la santé, ainsi que certaines questions relatives aux affaires étrangères et de sécurité les questions politiques et multilatérales telles que le JCPoA, la Syrie et la Libye. Dans ce contexte, le Conseil européen explorera les formats et les conditionnalités du dialogue avec la Russie.

    32. Le Conseil européen condamne les limitations des libertés fondamentales en Russie et le rétrécissement de l’espace de la société civile. Il souligne la nécessité de contacts interpersonnels et d’un soutien continu de l’UE à la société civile russe, aux organisations de défense des droits de l’homme et aux médias indépendants. Il invite la Commission et le haut représentant à présenter des propositions à cet égard.

    33. Le Conseil européen réitère son plein soutien à tous les efforts visant à établir la vérité, la justice et la responsabilité des victimes de la destruction du MH17 et de leurs proches et appelle tous les États à coopérer pleinement avec l’affaire judiciaire en cours.

    34. Le Conseil européen reviendra sur cette question, évaluera la mise en œuvre et fournira des orientations supplémentaires si nécessaire.

    VII. BÉLARUS
    35. Le Conseil européen se félicite de la mise en œuvre en temps voulu des mesures concernant la Biélorussie, conformément à ses conclusions des 24 et 25 mai 2021.

    36. Le Conseil européen réitère son appel à la libération immédiate de tous les prisonniers politiques et détenus arbitrairement, y compris Raman Pratasevich et Sofia Sapega, et à la fin de la répression de la société civile et des médias indépendants. Il réaffirme le droit démocratique du peuple biélorusse d’élire son président par le biais de nouvelles élections libres et équitables.

    VIII. SAHEL
    37. Le Conseil européen réaffirme son appel aux autorités de transition maliennes à mettre pleinement en œuvre la Charte de transition. Il se félicite des conclusions du sommet de la CEDEAO qui s’est tenu le 19 juin.

    38. L’UE et ses États membres continueront de soutenir la stabilisation des pays du G5 Sahel, en particulier la force conjointe du G5 Sahel, en poursuivant les missions PSDC de l’UE et en participant à la task force Takuba.

    39. Le Conseil européen réaffirme le soutien de l’UE aux efforts des pays du G5 Sahel pour renforcer la gouvernance, l’état de droit et la fourniture de services publics sur leurs territoires.

    IX. ETHIOPIE
    40. Le Conseil européen condamne les atrocités, les violences ethniques et sexuelles et autres violations des droits de l’homme en cours dans la région du Tigré en Éthiopie et se félicite des enquêtes en cours visant à rendre des comptes et à rendre justice. Le Conseil européen appelle à la cessation immédiate des hostilités, à un accès humanitaire sans entrave à toutes les régions et au retrait immédiat des forces érythréennes.

    41. L’UE et ses États membres réaffirment leur engagement à soutenir l’Éthiopie dans la mise en œuvre des réformes démocratiques et des efforts de réconciliation.

    X. CYBERSÉCURITÉ
    42. Le Conseil européen condamne les récentes cyberactivités malveillantes à l’encontre d’États membres, notamment en Irlande et en Pologne. Il invite le Conseil à explorer des mesures appropriées dans le cadre de la boîte à outils de la cyberdiplomatie.

    Conseil européen

    Etiquettes : Conseil Européen, Union Européenne, UE, Turquie, Bélarus, Libye, Russie, Sahel, Ethiopie, cybersécurité,

  • Algérie-Russie: En quête d’une coopération militaire stratégique

    Le chef d’état-major de l’armée algérienne, Said Shengriha, est arrivé en Russie suite à l’invitation qu’il a reçue du ministre russe de la Défense, Sergei Shoigu.

    Selon le rapport d’Ennaharonline, le ministère algérien de la défense a publié un communiqué annonçant que le chef d’état-major de l’armée algérienne, Said Shengriha, avait été invité par le ministre russe de la défense, Sergei Shoigu, à participer à la neuvième conférence de deux jours sur la sécurité internationale.

    Shengriha a reçu, jeudi 17 juin, au siège de l’état-major de l’armée algérienne, une délégation russe conduite par Dimitri Shugayev, chef du Service fédéral de la coopération militaire et technique de la Fédération de Russie.

    Au cours de la réunion, les deux parties ont discuté de la coopération militaire et technique entre les deux pays et des moyens de la développer et de la renforcer autant que possible. Ils ont également souligné la nécessité d’étendre la coopération dans les domaines communs importants et de les élever au niveau du partenariat stratégique.

    Le général de corps d’armée Saïd Chengriha a réitéré jeudi à Moscou « l’engagement indéfectible » de l’Algérie à œuvrer avec ses partenaires pour relever les défis sécuritaires auxquels est confrontée la communauté internationale, notamment dans la région du Maghreb et du Sahel, indique un communiqué du ministère algérien de la Défense.

    « (…) Je vous réitère l’engagement indéfectible de l’Algérie à œuvrer aux côtés de ses partenaires pour relever les défis sécuritaires auxquels est confrontée la communauté internationale, notamment dans la région du Maghreb et du Sahel, à travers le développement des mécanismes de coopération nécessaires, dans le cadre du respect de la légalité internationale », a déclaré Chengriha dans un discours prononcé au deuxième jour de la neuvième conférence internationale sur la sécurité, abritée par la Fédération de Russie.

    Selon un rapport d’Algeriepatriotique, la situation au Maghreb et au Sahel est telle que la puissance militaire de l’Algérie ne peut se limiter à sa seule force de frappe, même si celle-ci est formidablement efficace. Forte de ses capacités de défense éprouvées et reconnues, l’armée algérienne a entamé sa mutation vers une stratégie offensive bien avant l’introduction dans la nouvelle Constitution d’un paragraphe lui permettant d’agir au-delà de ses frontières. Pour les spécialistes militaires, le type d’armement pour lequel l’Algérie a opté au fil des ans la prédestine à faire la guerre en territoire ennemi, grâce à sa supériorité maritime et aérienne.

    Dotée de six sous-marins capables de lancer des missiles de croisière à une distance de 300 km sur plusieurs cibles terrestres avec une très grande précision, la marine algérienne a également acquis d’autres navires dont un porte-hélicoptères, ce qui montre le tournant décidé par l’Algérie. L’Algérie, constatant les évolutions géostratégiques défavorables, savait qu’un jour ou l’autre elle devrait affronter l’ennemi avant même qu’il ne s’approche de ses espaces maritimes et aériens souverains. Le renforcement de son armée de l’air avec l’avion furtif le plus puissant du monde, le Su-57, et le bombardier tactique à très longue portée, le Su-34, sera inclus dans cette nouvelle doctrine militaire algérienne construite par étapes et à moyen terme.

    Source : Press TV

    Al Manar, 26 juin 2021

    Etiquettes : Algérie, armée, Russie, Maghreb, Sahel, ANP, puissance de feu,

  • Exercices African Lion : l’Algérie dans le collimateur ?

    Exercices américains sans précédent en Afrique du nord: l’Algérie dans le collimateur ?

    L’Algérie serait visée par des manœuvres militaires sans précédent réalisées par les forces américaines, a indiqué Military Watch, le magazine spécialisé dans l’actualité militaire.

    Dans un article publié le 11 juin, il souligne que les exercices menés par les États-Unis et baptisés African Lion 2021 en Afrique du Nord comportent des indications inédites en termes d’objectifs et de portées.

    Ayant commencé le 7 juin et s’étant terminées le 18 juin, ces manœuvres étaient « au centre de l’intérêt » pour plusieurs raisons, car leur portée était « sans précédent et comprenait de nouveaux types de cibles qui simulent la mise en œuvre d’une guerre par les Etats-Unis et leurs alliés », estime le média.

    Il rapporte, citant une source que ces exercices interviennent après « une décennie d’expansion de la présence militaire américaine sur le continent africain, laquelle avait commencé lorsque les USA ont mené une campagne militaire pour démanteler le pouvoir libyen en 2011 avec le soutien européen ».

    La source a noté que ces exercices « simulent remarquablement des attaques contre deux pays imaginaires Rouane et Nihon, tous deux situés sur le territoire de l’Algérie ».

    Le magazine considère que l’accent est mis sur l’Algérie non seulement parce qu’elle est « la première puissance militaire de la région et qu’elle est toujours en dehors de la sphère d’influence du monde occidental, mais aussi en raison des types d’armes auxquelles les participants aux exercices African Lion se sont appliqués dans leur simulation de riposte à une attaque, à savoir les S-400 de longue portée et les systèmes de missiles aériens ».

    « L’Algérie est le seul opérateur du système S-400 sur le continent africain, et elle déploie également les anciens systèmes S-300 et plusieurs systèmes à plus courte portée tels que Pantsir et Bock » fait remarquer Military Watch.
    De plus elle est depuis 2013 « le seul importateur d’armes russes parmi les pays arabo-africains ».

    Selon l’article, « l’Algérie a intensifié ses efforts pour moderniser ses défenses depuis début 2010 en raison du sort de son voisin libyen ».
    « L’Égypte aurait elle aussi après 2013 mis l’accent sur l’acquisition d’armes de défense aérienne russes en réponse à l’attaque contre la Libye », lit-on dans l’article.

    Le magazine cite une déclaration faite par le fils du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, Saif al-Islam, pendant la guerre de 2011, lorsque son pays était sous les bombardements. Il affirme que la guerre en Libye est « la preuve que les pays qui ont des relations apparemment positives avec les puissances occidentales peuvent être attaqués soudainement si c’est dans l’intérêt de l’Occident ».

    Selon la source, l’armée de l’air algérienne a commencé à partir de cette date à moderniser ses avions et à en acheter de nouveaux à la Russie, mais elle souffre d’une pénurie d’avions de reconnaissance et d’alerte précoce.

    Selon l’article, l’Algérie présente un « énorme défi » à tout attaquant potentiel, car son réseau de défense aérienne est « bien plus performant » que n’importe quel réseau de défense aérienne auquel les États-Unis ont été confrontés depuis la guerre de Corée.

    Source: Al Manar, 21 juin 2021

    Etiquettes : Algérie, Military Watch, Libye, Syrie, Kadhafi, OTAN, Occident, Russie, armée,

  • « L’Algérie joue un rôle central en Afrique »

    SAID CHENGRIHA AU MINISTRE RUSSE DE LA DÉFENSE : « L’Algérie joue un rôle central en Afrique »

    Fondées sur une base stratégique et privilégiée à tous les niveaux, les relations entre l’Algérie et la Russie ont atteint un niveau d’excellence depuis l’avènement de la pandémie du Coronavirus. À commencer par la coopération militaire dont la Russie est le premier pourvoyeur d’armes de l’Algérie.

    Ainsi, l’occasion a été donnée hier au chef d’État-major de l’ANP, le général de corps d’armée, Saïd Chengriha, de rappeler, lors d’un face-à-face auquel il a été convié par le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, le niveau d’excellence atteint par les relations entre les deux pays. En effet, lors de cette rencontre, tenue en marge de la Conférence de Moscou sur la sécurité internationale, Chengriha a exprimé la reconnaissance de l’Algérie envers la Russie, pour avoir notamment « renforcé les capacités des forces armées dans le pays et d’avoir aidé (l’Algérie, ndlr) à faire face aux menaces et aux défis dans le contexte de la détérioration de la situation dans la région et dans le monde », cite notamment l’agence Spoutnik dans sa version arabe. « Je tiens à réitérer que le peuple algérien sera toujours reconnaissant envers l’Union soviétique et à la Fédération de Russie pour le soutien que vous avez apporté à notre Armée nationale populaire dans le développement de ses capacités de défense », a déclaré Chengriha à Choïgou.

    D’autre part, le chef d’état-major de l’ANP a souligné que l’Algérie joue un rôle central non seulement en Méditerranée et en Afrique du Nord, mais aussi dans le continent africain. La même source a indiqué que Chengriha a fait savoir que l’Algérie continue à travailler dans le sens du renforcement de ses capacités de défense afin de protéger le pays contre tous les dangers qui le guettent dans un contexte régional explosif à ses frontières. Et à Chengriha de rappeler la situation d’insécurité qui mine depuis plusieurs années, cette région, comme c’est le cas en Libye et au Mali. À propos des relations entre les deux pays, le haut gradé de l’ANP les a qualifiées de « très fortes et reposent sur des bases solides ». Ce qui, selon Chengriha, « reflète la nature du partenariat stratégique entre nos deux pays. Ces relations ont atteint un niveau d’excellence exemplaire. Nous espérons en faire une priorité et maintenir le niveau élevé qu’elles ont atteint », cite la même source.

    À propos de la Conférence de Moscou, Chengriha a exprimé sa gratitude pour l’invitation qui lui a été transmise, et a salué, au passage, au nom du Commandant suprême des Forces armées, le président Vladimir Poutine, le peuple russe et ses forces armées. Pour sa part, le ministre russe de la défense a noté, cite l’agence Spoutnik, « avec plaisir et satisfaction que l’Algérie, en tant que partenaire stratégique de la Russie en Afrique, partage nos vues sur les problèmes de sécurité régionale, la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme. Il est important de faire face conjointement à ces menaces, qui sont devenues un autre moyen entre les mains des puissances occidentales ».

    Pour rappel, le chef d’état-major de l’ANP a pris part à la 9e Conférence sur la sécurité internationale, organisée par la Fédération de Russie, et dont les travaux se sont ouverts mercredi à Moscou. Ainsi, dans un communiqué diffusé hier, le ministère de la Défense nationale a énuméré les thématiques abordées par la conférence de Moscou. À savoir : « la stabilité stratégique, les mutations et les perspectives », « la région asiatique dans le contexte de la politique générale », « le rôle des institutions militaires dans la lutte contre la pandémie de la Covid-19 », « la sécurité des informations ; les problèmes et les solutions », « la coopération militaire technique entre la Russie et les pays de l’Afrique et du Moyen-Orient », « la coopération militaire comme outil pour faire face aux défis et menaces en Amérique Latine » et « la sécurité en Europe… la réalité et les perspectives ».

    F. Guellil

    Le Courrier d’Algérie, 24 juin 2021

    Etiquettes : Algérie, Russie, Saïd Changriha, Moscou, Conférence de Moscou sur la sécurité internationale,

  • Conseil européen : allocution de Josep Borrell à son arrivée

    Bonjour,

    Du point de vue des affaires étrangères, aujourd’hui, au Conseil européen, nous allons discuter de nos relations avec la Russie.

    Le dernier Conseil européen [le 24 mai 2021] a demandé à la Commission et à moi-même en tant que haut représentant de présenter une communication sur la manière de traiter avec la Russie . Dans cette communication, nous présentons trois pistes d’action : repousser la Russie lorsqu’elle enfreint le droit international ; contraindre la Russie dans son attitude négative envers nos États membres et nos voisins; et s’engager avec la Russie sur des questions d’intérêt commun.

    C’est la manière de développer les cinq principes directeurs , d’exprimer la solidarité envers nos voisins et de continuer à soutenir fermement les problèmes que nous devons partager avec notre voisinage russe.

    Mais nous voulons aussi nous engager avec la Russie. Nous devons nous engager avec la Russie sur certaines questions dans lesquelles nous devons défendre nos intérêts à travers un certain degré de partenariat.

    Cette communication sera très importante pour décider de l’avenir de nos relations et il y a aussi la proposition de la France et de l’Allemagne de tenir un sommet avec la Russie, qui, j’en suis sûr, sera également discutée par les membres du Conseil.

    Nous devons parler de la Turquie. [Avec] la Turquie, la situation est bien meilleure maintenant qu’il y a quelques mois, mais il faut encore continuer à travailler sur les limites et principalement sur la question chypriote. Les négociations à Genève dans le cadre des Nations Unies ne se sont pas bien passées. Nous devons également étudier comment poursuivre notre soutien aux réfugiés hébergés en Turquie, mais je pense que la question la plus importante sera la discussion sur la Russie, les migrations et le COVID-19, la manière dont nous pouvons aider à offrir des vaccins aux reste du monde.

    Aujourd’hui, il y a un grand déséquilibre, le secrétaire général des Nations unies [António Guterres] nous a dit qu’en moyenne dans le monde développé il y a [environ] 60 coups pour [chaque] 100 habitants et dans le reste du monde il y a [environ] 1 coup ou 1,5 coup pour [tous] 100 habitants. Ce déséquilibre doit être corrigé. L’Europe a beaucoup soutenu , [elle] a soutenu financièrement COVAX. Je suis sûr que les dirigeants discuteront de nouvelles façons de continuer notre soutien, [pour s’assurer que] tout le monde a accès aux vaccins.

    Merci.

    EEAS, 24 juin 2021

    Etiquettes : Conseil européen, Russie, Turquie, Chypre, migration, covid19, covax,

  • Du blé russe pour l’Algérie, des soucis en France

    L’événement suscite l’inquiétude des exportateurs français
    Du blé russe pour l’Algérie

    par A. Maktour

    L’ambition déclarée de la Russie, il y a quelque temps déjà, de reprendre des parts du très prisé marché algérien du blé s’est finalement matérialisée. L’agence américaine Reuters a, en effet, annoncé lundi, en fin de journée, que la Russie s’apprête à fournir 28 000 tonnes de blé à l’Algérie. Une première depuis quatre ans et demi.

    Quelques jours à peine après la nouvelle découverte de blé impropre, importé de France cette fois, l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) s’est tourné vers l’autre grand exportateur mondial qu’est la Russie. Selon l’agence de presse américaine, cette cargaison de 28 000 tonnes de blé russe, qui devrait venir remplir les silos algériens, a été chargée à partir d’un des ports de la mer Noire d’où, il y a trois mois, est partie une autre cargaison de blé acheté par l’OAIC auprès de fournisseurs d’Allemagne et de pays voisins de la Russie. Une belle issue pour les exportateurs russes de céréales que cette cargaison de 28 000 tonnes puisque, depuis plusieurs années, ils ont décidé de repartir à la conquête du marché algérien où, justement, se sont multipliées les nationalités des fournisseurs même si la France est demeurée indétrônable au rang de premier exportateur de blé vers l’Algérie.

    Il faut souligner que les Français voyaient, depuis le second semestre de l’année dernière, d’un mauvais œil la concurrence sur le marché algérien. L’argumentaire des Français se basait sur le fait que la situation financière de l’Algérie a requis des mesures devant conduire à la limitation des importations et, ainsi, pousser l’OAIC à explorer toutes les pistes pour continuer à assurer l’alimentation du marché local en blé à des prix moindres que ceux du temps de l’opulence financière dans laquelle baignait le pays. C’est ainsi que la diversification des fournisseurs de blé s’est intensifiée depuis l’année dernière notamment, lorsqu’un appel d’offres de l’Algérie avait trouvé écho chez des fournisseurs en Pologne pour l’expédition d’une cargaison de 31 500 tonnes de blé répondant aux exigences du cahier des charges algérien au grand désarroi des traditionnels fournisseurs français qui, bien plus tôt, faisaient état de la menace qu’allaient endurer leurs exportations de blé vers l’Algérie. « L’Algérie, qui a souffert de la chute des prix du pétrole, sera particulièrement attentive au prix, laissant peu de marges de manœuvre aux céréaliers de France », prédisait alors un expert français tout en mettant en exergue l’offensive des Russes pour que les autorités algériennes allègent le cahier des charges et l’adaptent aux caractéristiques de leur blé et celui des pays producteurs de la mer Noire.

    C’est une tournure hautement défavorable qui était attendue, donc, pour la position de la France en tant que premier fournisseur de blé à l’Algérie, une destination parmi les plus prisées pour le blé français hors Union européenne depuis un bon bout de temps. Et ce n’est sans doute pas cette histoire de cadavre d’animal découvert dans la cargaison acheminée vers le port d’Oran la semaine dernière qui arrangera les affaires des exportateurs français de blé. Sans parler bien sûr de cette incursion des Russes après plus de quatre années d’absence sur le marché à fort potentiel que constitue l’Algérie pour le blé, malgré la crise financière qui frappe le pays comme le soulignait, il y a quelques mois, le Département américain de l’Agriculture (USDA). Ce dernier annonçait que pour la campagne 2020-2021, qui s’achève bientôt, l’Algérie verra son volume d’importation de céréales augmenter de 15,3% pour atteindre les 7,5 millions de tonnes, tout en subordonnant ces achats à l’état des réserves de change du pays. Malgré tout, l’Algérie a bien tenu le rôle qui est le sien sur le marché mondial des céréales et, malgré les difficultés financières, les esprits des traders et des spécialistes du marché ont été marqués par l’achat de près d’un million de tonnes de blé par l’OAIC au début de cette année, juste après que la tendance haussière des prix a commencé à se tasser.

    L’Algérie avait, en effet, refait incursion sur le marché du blé, notamment français et argentin, blé devenu très compétitif par rapport au russe notamment. En deux semaines, l’OAIC avait passé des contrats pour un peu plus d’un million de tonnes, confiait un expert sur un site d’information spécialisé de l’Hexagone qui s’extasiait du fait que l’essentiel des volumes de blé acquis par l’Algérie vienne d’Europe, de France, notamment. Depuis, donc, la concurrence a pris une autre tournure avec le retour des Russes pour se frayer une place sur le marché algérien.
    Azedine Maktour

    Le Soir d’Algérie, 23 juin 2021

    Etiquettes : Algérie, France, Russie, blé,

  • Pourquoi l’UE parle-t-elle de la Russie et de la Chine mais pas d’Israël et du Maroc ?

    Si l’UE impose des sanctions pour des motifs politiques, cela ne servira pas le droit international.

    Ces derniers jours, nous avons lu dans Helsingin Sanomat des articles dignes d’intérêt sur la guerre à Gaza et la ruée des migrants marocains vers la ville espagnole de Ceuta. À Gaza, il s’agit du conflit israélo-palestinien et, dans le cas de l’invasion marocaine, de la politique de répression du Maroc au Sahara occidental, qu’il occupe. Mon objectif ici est de faire la lumière sur la perspective du droit international – avec un accent particulier sur l’attitude de l’UE.

    Au sein de l’Union européenne, les tentatives pour convenir de sanctions contre la Russie et la Chine ont occupé une place importante. La politique récente de la Russie est désagréable à observer. Les dirigeants russes considèrent toute opposition véritable comme une menace majeure qui doit être écrasée immédiatement. Le traitement réservé à Alexei Navalny est tout simplement ridicule.

    Le traitement sévère de la minorité ouïgoure par la Chine a également attiré l’attention de l’UE.

    En Palestine et au Sahara occidental, il s’agit de la suppression du droit à l’autodétermination de deux peuples, anciennement soumis au colonialisme, par un État voisin étranger. Cette répression a entraîné des violations généralisées et flagrantes des droits de l’homme. En Palestine, le problème principal n’est pas la violence entre Israël et les Palestiniens, mais le fait que depuis des années, Israël construit des colonies pour ses citoyens juifs en Palestine.

    Il y a au moins un demi-million de colons en Palestine, et les colonies, ainsi que les zones de sécurité établies par l’armée israélienne, ont transformé la Palestine en un patchwork où il est impossible pour les Palestiniens de créer leur propre État. L’UE n’a pas discuté de sanctions contre Israël pour le pousser à démanteler une partie des colonies et à accepter la création d’un État palestinien.

    Le Maroc a occupé le Sahara Occidental et exploite les ressources de sa côte et territoriale pour son propre bénéfice et au détriment du peuple sahraoui. Les pays de l’Union européenne participent à cette exploitation. Cependant, l’UE ne parle pas de sanctions contre le Maroc pour faire pression sur lui afin qu’il autorise un véritable référendum au Sahara Occidental sur son statut juridique.

    Si l’UE prend des sanctions pour des raisons politiques, elle ne servira pas le droit international. Il est alors préférable de renvoyer le débat sur les sanctions aux Nations unies.

    Lauri Hannikainen

    Professeur émérite de droit international, Helsinki

    Helsingin Sanomat, 23 mai 2021

    Etiquettes : Union Européenne, UE, Chine, Russie, Maroc, Israël, Sahara Occidental, Palestine, colonies israéliennes,

  • Seïf el-Islam Kadhafi, la clé de la solution en Libye?

    Seïf el-Islam Kadhafi, l’option au règlement de la crise libyenne?

    Par Mahmoud Benmostefa

    Et si Seïf el-Islam revenait au pouvoir en Libye ? La question peut paraitre farfelue tant les événements qu’a connu ce pays depuis février 2011 ont été d’une violence extrême avec une traque systématique du clan de l’ancien Guide de la Révolution libyenne, Mouammar Kadhafi lui-même exécuté dans des conditions inhumaines.
    Dix ans plus tard, les Libyens, las des guerres par procuration dont ils sont victimes, n’excluent pas un retour de celui qui fut le dauphin de son père pour diriger la Libye post-Kadhafi. Le rejet des milices et le discrédit de la confrérie des Frères Musulmans participent justement à faciliter le retour de Seïf el-Islam aux affaires.

    Dans une Libye meurtrie par dix ans de guerre civile et de guerre par procuration, toute perspective de retour à un pouvoir fort et charismatique est considérée comme une lueur d’espoir. L’instabilité chronique qui a succédée à un pouvoir fort et très centralisé, celui du clan Kadhafi, a laissé les Libyens perplexes. A choisir entre une «démocratie» instable et fragile et un pouvoir même autoritaire mais garantissant la stabilité, le second choix est vite plébiscité. C’est ce qui se dit du côté de Tripoli, où les milices des Frères Musulmans n’ont plus le vent en poupe.

    Après des années de chaos, les arrangements inter-libyens et surtout par puissances interposées sont arrivés à une conclusion : remettre en selle une personnalité consensuelle pour briguer le poste de président lors des présidentielles du 24 décembre prochain. Et la personnalité la plus en vue actuellement n’est autre que le fils du défunt Guide de la Jamahirya. Seïf el-Islam Kadhafi avance désormais vers un nouveau destin national avec l’assentiment des tribus libyennes, de l’Egypte, des Emirats arabes unis et de la Russie.

    Le cousin de son père, Ahmed Kadhaf Eddam, établi au Caire dispose de fonds considérables non seulement pour financer une éventuelle campagne électorale, mais surtout pour redorer le blason de son parent à travers une campagne médiatique sur les chaines de télévisions égyptiennes et celles établies à Dubaï.

    Toujours présents dans les joutes politiques du pays, les kadhafistes pèsent dans les alliances locales en vue de doter la Libye d’institutions de transition. C’était le cas de Omar Abou Cherida, un des dirigeants loyaux à Seif el-Islam Kadhafi, s’est porté candidat aux élections du Conseil présidentiel, représentant la région du Fezzan.
    C’est d’ailleurs le même Abou Cherida qui a fait, le 15 janvier dernier, le déplacement de Moscou avec Meftah el-Werfelli afin de rencontrer l’émissaire spécial du président russe pour la région du Moyen-Orient et en Afrique, Mickaël Bogdanov. Juste avant, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Verchinine avait mis l’accent sur la nécessité d’associer les sympathisants de Mouammar Kadhafi au Dialogue national inter-libyen.

    La désescalade pour juguler la crise

    La Russie qui tente de se repositionner dans la région après l’erreur stratégique de février 2011, où le président Dimitri Medvedev avait donné son accord pour appliquer la no fly zone, prétexte pour bombarder la Libye, entend garder intactes toutes ses chances pour peser sur la future équation politico-militaire mais aussi économique et énergétique.

    Le retrait des troupes étrangères et notamment les combattants étrangers a été une condition sine qua non posée par l’Onu pour faire avancer les négociations politiques. En décembre dernier, l’Onu estimait à quelque 20.000 le nombre de mercenaires et combattants étrangers en Libye: des Russes du groupe privé Wagner, des Tchadiens et des Soudanais pour le compte de Haftar, les jihadistes de Syrie, emmenés par la Turquie, aux cotés des milices des Frères Musulmans.

    Le rejet quasi-total des partis et des parties proches des Frères Musulmans a conduit leurs sponsors turc et qatari à revoir leurs desseins géopolitiques. Il ne servait à rien de vouloir maintenir le peuple sous le joug de la violence, d’où les séries de rapprochements entre Ankara et Le Caire, et entre Doha et Le Caire. La désescalade en Libye était parmi les points les plus discutés pour juguler la crise.

    Sur le terrain maintenant, certains parient sur le fait que le Courant «La Libye de l’Avenir» que conduit Abdelhamid Dbaibah, le chef de gouvernement désigné, n’est que le prolongement du projet «La Libye de demain» lancé par Seif el-Islam en 2006. A l’époque, Dbaibah était l’un des points cardinaux de ce plan de réforme du régime de l’Intérieur et qui visait à développer le pays.
    Ayant occupé plusieurs postes, dont celui de Directeur général de la Compagnie d’Investissement national intérieur et de président du Conseil d’administration d’une holding qui compte 15 entreprises internationales dans le domaine du développement ainsi que celui de président du Conseil d’administration de la Compagnie libyenne pour le développement et l’investissement, Abdelhamid Dbaibah est considéré comme faisant partie du premier cercle proche de Seif el-Islam.

    Le Chef du gouvernement désigné et bien qu’il ait annoncé sa dissension prématurée du Régime de Kadhafi, il n’en demeure pas moins qu’il reste un homme pragmatique qui favorise la réconciliation. Il n’est pas, d’ailleurs, exclu qu’il ait obtenu l’appui de parties considérées comme proches de l’ancien Régime, lors de l’ultime et décisif round du vote, qu’il a remporté avec Mohamed al-Manfi, contre la liste de Aguila Salah, Oussama Jouili et Fathi Bachagha. Sur la base de cela, il est attendu que les sympathisants de Seif el-Islam Kadhafi multiplient leurs activités au cours de la phase transitoire, dans le cadre du mouvement «Rachahnak» (Nous t’avons désigné candidat).

    Une série d’obstacles

    Condamné à mort par un tribunal de Zenten, au nord-ouest de la Libye avant d’être remis en liberté, il y a dix ans, le plus politique des enfants du Guide assassiné n’a pas été vu en public. La dernière fois, lors de la chute de son père, en 2011 suivie de son arrestation par la milice Katibat Abou Bakr al-Seddik ou encore, par vidéoconférence, en juin 2014, durant son procès, dénoncé comme expéditif par l’ONU et des ONG.

    Condamné à mort en 2015, il a été libéré en 2017 par la même milice qui l’avait arrêté, au nom d’une loi d’amnistie promulguée en 2015 par le Parlement établi dans l’est du pays.
    Néanmoins, une série de d’obstacles d’ordre juridique empêche la candidature de Kadhafi fils à la Présidentielle du 24 décembre prochain. Seif el-Islam a été, en effet, condamné à mort par contumace, par un tribunal de Tripoli, mais ses sympathisants espèrent qu’il bénéficiera d’une amnistie générale dans le cadre d’une Réconciliation nationale.

    De plus, la Cour Pénale Internationale (CPI) réclame son extradition, étant accusé de crimes contre l’Humanité. A la fin de l’année 2019, la CPI a affirmé qu’il est encore dans la ville de Zenten (sud-ouest de Tripoli), bien que le régiment de «Abou Bakr al-Seddik», qui le séquestrait depuis 2011, avait annoncé sa libération en juin 2017.
    Depuis cette date, Seif el-Islam n’a pas été aperçu en public, à telle enseigne que le journal «Al-Ounwan» (Le Titre, proche de Haftar) avait rapporté qu’il était décédé après avoir été atteint de la tuberculose dans son lieu de détention, quelques jours avant l’annonce de sa libération.

    Par ailleurs, Berlin va accueillir le mercredi 23 juin la deuxième conférence sur la paix en Libye sous l’égide de l’Onu et avec, pour la première fois, la participation du gouvernement de transition libyen. «Nous voulons soutenir le gouvernement libyen pour que les élections prévues le 24 décembre puissent avoir lieu», a souligné le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, précisant que la rencontre se ferait au niveau des ministres des Affaires étrangères.
    Les participants feront notamment le point sur la transition politique en Libye depuis la précédente conférence tenue le 19 janvier 2020 et «les prochaines étapes nécessaires en vue d’une stabilisation durable», a précisé le ministère allemand dans un communiqué. «L’accent sera mis sur les préparatifs en vue des élections prévues le 24 décembre et le retrait prévu selon les termes du cessez-le-feu des troupes étrangères et des mercenaires de Libye», a poursuivi le ministère.

    Seïf el-Islam Kadhafi a-t-il ses chances pour revenir sur le devant de la scène politique dans son pays. Tous les indices concourent à une réponse positive. Reste quelques réglages politique avant une probable annonce de sa candidature. Ce qui fut jadis impossible ne l’est plus désormais ; un Kadhafi pourra succéder à un autre.

    Le Jeune Indépendant, 20 juin 2021

    Etiquettes : Libye, Seïf El Islam Kadhafi, frères musulmans, tribus libyennes, Egypte, Emirats arabes unis, Russie,