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  • Algérie- Tour d’horizon : cyberguerre, Hirak, RSF, Tunisie

    par Hassan Zerrouky

    Pegasus ? Ce n’est rien en comparaison de l’US Cyber Command, un « machin » basé à Fort Mead (Maryland, États-Unis) qui mène une véritable guerre électronique sans faire de bruit. Et qui a, entre autres, pour mission d’intercepter les communications électroniques dans le monde, d’empêcher l’intrusion et le piratage dans les systèmes informatique et de cyberdefence américains, de collecter les informations et les documents confidentiels dans les systèmes des pays jugés hostiles aux intérêts US… et d’espionner…

    Pegasus, ce logiciel espion est un petit avatar, parmi d’autres, de ce que les États-Unis ont conçu à une échelle beaucoup plus grande pour surveiller leurs ennemis potentiels et même leurs alliés, comme l’a révélé le lanceur d’alerte Edward Snowden, lui-même ancien de la NSA, cet organisme qui coiffe tous les services de sécurité US dont la CIA.

    Grâce à ces joujoux électroniques, qui donnent un sacré coup de vieux à toutes ces thèses qui voient la NSA derrière chaque hirakiste, il suffit pour les services marocains d’écouter ce qui se dit sur ces 50 000 « smartphones-khebardjias » dont 6 000 rien qu’en Algérie.

    Le Maroc ? J’ai beaucoup de respect pour son histoire et son peuple. Je préfère donc parler du Makhzen, cet État profond, qui a agi comme un enfant à qui on a mis entre ses petites mains un jouet destiné aux adultes. Et du coup, tel Hulk al-adjib qui a bercé nos enfants dans les années 80-90, le Makhzen a été gagné par une tentation à l’hégémonie. Il s’est vu grand. Sûr de l’appui de Washington, d’Israël, des Émiratis et des pétrmonarchies arabes du Golfe, et se sachant impuni quoi qu’il fasse, le Makhzen est allé jusqu’à admonester l’Espagne et même l’Allemagne comme des républiques bananières et à mettre sur écoute le Président Macron et 14 de ses ministres qui, pour l’heure, se taisent ! Pas même la moindre protestation officielle.

    Hirak. À Tizi-Ouzou et Béjaïa, pandémie oblige, la protestation citoyenne a baissé le rideau de son propre chef, à l’appel de ses vrais acteurs, pas à l’appel de Zitout et ses amis qui, eux, ont d’autres projets. Deux jours après, de leur prison où ils ne devraient pas être, Hamou Boumedine et ses co-détenus, qui n’ont rien à voir avec le MAK, ont dénoncé la sédition de la Kabylie à laquelle le Makhzen a appelé. Ils l’ont fait par patriotisme, rappelant l’exemple du regretté colonel Mohand Ouel Hadj qui, en 1963, avait cessé son combat armé contre le régime de Ben Bella pour combattre l’armée marocaine qui avait tenté d’annexer Tindouf.

    RSF (Reporters sans frontières), la faute. En tentant d’impliquer l’Algérie, l’ONG de défense des journalistes a sans doute voulu allumer un contrefeu destiné à détourner les regards critiques se focalisant sur le seul Makhzen. Raté. RSF, qui s’est décrédibilisé dans cette affaire, s’est certes excusé. Mais le mal a été fait d’autant que l’ONG française a mis ceux qui croient en elle en Algérie dans une posture inconfortable.

    Tunisie. En décidant de geler le Parlement pendant un mois et de limoger le gouvernement, le Président Kaïs Saïed a pris un risque certain. D’autant qu’il a pris cette mesure avec l’aval, semble-t-il, d’une armée dont on sait peu de choses et dont on mesure mal le poids politique. Reste que, quelle que soit la qualité des relations entre l’Algérie et la Tunisie, cela n’a pas empêché l’armée tunisienne de prendre part aux exercices militaires dits African Lyon sous commandment US qui se sont déroulés, en avril dernier, aux confins du Sahara Occidental et à proximité des frontières algériennes. Et quand on connaît la vraie finalité de ces exercices, le fait que l’armée tunisienne y ait pris part interroge…

    Le Soir d’Algérie, 29/07/2021

    Etiquettes : Algérie, Maroc, Espionnage, Hirak, Tunisie, RSF, Pegasus, #Algérie #Maroc #Pegasus

  • La monarchie marocaine mise à nu

    Un institut allemand le confirme dans une note destinée à l’UE

    De tous les pays de l’Union européenne, dont la majorité ont adopté un profil bas, qui ne fait pas honneur à leur statut de démocraties libérales respectueuses des droits humains fondamentaux, c’est de l’Allemagne qu’est venu la première réaction appelant à une riposte commune appropriée, face aux « jeux dangereux » de la monarchie marocaine. A l’inverse de la majorité des milieux politiques et intellectuels européens, dont une grande partie a été ciblée par l’opération d’espionnage exécutée par les services de renseignements marocains, pour le compte du Mossad, l’Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité, la plus grande institution de ce genre en Europe, dont les analyses ont une grande influence sur les décideurs en matière de politique étrangère, a publié une note, à travers laquelle, elle a appelé les Etats membres de l’UE de « revoir leur stratégie dans la région du Maghreb. 
    Le « Stiftung Wissenschaft und Politik », conseiller attitré du parlement allemand, exhorte les Etats membres de l’UE à cesser de favoriser le royaume chérifien au détriment de l’Algérie et de la Tunisie, et à agir conformément aux lois internationales pour mettre un terme à ses « tentations hégémoniques », quitte à « arrêter d’aider sa croissance et son développement économique », qui, selon l’institut allemand, « freine l’émergence » des deux autres pays du Maghreb, en l’occurrence l’Algérie et la Tunisie, qui se trouvent malgré eux dans l’obligation de répondre à l’ « offensive » marocaine. « La politique subsaharienne du Maroc a exacerbé les tensions avec l’Algérie », souligne l’auteure de la note, qui donne quelques chiffres se rapportant à la pénétration du Maroc dans l’Afrique subsaharienne. 
    L’institut allemand suggère l’implication de l’Allemagne en tant que puissance économique à « offrir une expertise technique à l’Algérie et à la Tunisie », afin que ces deux pays puissent élaborer des stratégies d’exportation de leurs produits vers l’Afrique ». Pour l’Institut allemand, il est urgent de mettre un terme à « la dynamique négative de la rivalité » menée par le Maroc et encouragée par de nombreux pays européens, notamment la France et l’Espagne. Selon le journaliste économique français, Jean-Marc Sylvestre, la note allemande est on ne peut plus clair. Pour lui, il est temps pour les Etats membres de l’UE de tirer les conclusions du scandale Pegasus en neutralisant l’hégémonie marocaine, soutenue par les Américains et les Israéliens. 
    Parallèlement à la publication de cette note, un avocat français de renommée s’est insurgé pour dénoncer à son tour cette impunité dont jouit le Makhzen, et rappeler que « toute personne travaillant sur les questions politiques au Maroc : que ce soit les droits humains, la question sahraouie ou le Rif sait que derrière la carte postale se cache un appareil sécuritaire féroce ». Mais le grand soutien dont bénéficie le palais royal provient du l’American Israel Public Affairs Committee, le fameux AIPAC, fondé en 1951 par des défenseurs acharnés de l’Etat d’Israël. 
    Ce puissant lobby qui entretient des relations poussées et multiformes avec la monarchie alaouite depuis le début des années 60 et dont les ramifications s’étendent aujourd’hui jusqu’au cœur du régime US a toujours constitué un passage obligé pour tous les hauts fonctionnaires américains désireux de grimper dans la hiérarchie de l’Establishment. Ses dirigeants les plus influents sont de hauts dignitaires religieux juifs- certains sont d’origine marocaine- qui contrôlent les secteurs les plus névralgiques dont dépend dans une large mesure l’hégémonie étasunienne. 
    Quand il s’agit de désignations et de nominations à des postes clés à la Maison Blanche, au Département d’Etat, au niveau de la CIA ou du NSA, leur avis fait l’effet d’un commandement que Démocrates et surtout Républicains exécutent toujours avec la même ferveur, malgré les divergences apparentes existant entre ces deux courants qui dominent la vie politique américaine. Ainsi lorsqu’il y’a des intérêts américains qui sont en jeu, Washington fait preuve de pragmatisme et considère l’Algérie comme un pays avec lequel on traite et on fait des affaires. 
    Au-delà de cette ligne de démarcation tolérée d’ailleurs par le lobby sioniste, véritable protecteur des intérêts marocains, l’Algérie demeure aux yeux des USA, un pays « rebelle » que l’on n’arrive pas à domestiquer. A l’opposé du Makhzen dont la soumission au lobby sioniste activant aux Etats-Unis ne date pas d’aujourd’hui.
    Etiquettes : Maroc, Union Européenne, UE, Algérie, Tunisie, #Maroc #Algérie #Tunisie
  • L’UE appelée à ne plus favoriser le Maroc au détriment de ses voisins

    Il semble que les répercussions du retentissant scandale d’espionnage « Pegasus » dans lequel est tombé le régime du Makhzen seront une catastrophe pour lui, non seulement du côté algérien, mais aussi des pays de l’Union européenne, qui ont toujours placé le Maroc dans une meilleure position que ses voisins maghrébins, dans le cadre de la politique de voisinage adoptée par Bruxelles.

    Une étude d’un institut allemand spécialisé dans les affaires de sécurité internationale a révélé que les privilèges économiques et l’aide dont le Maroc bénéficie souvent dans ses relations avec les pays de l’Union européenne, au détriment de ses voisins comme l’Algérie et la Tunisie, ne contribuent pas à en faire un voisin, mais plutôt un État voyou qui cherche à dominer.

    Cette conclusion est le résultat d’une étude préparée par l’Institut allemand des affaires internationales et de sécurité (une institution qui conseille le parlement allemand), et est intervenue dans un contexte de tension sans précédent entre le Maroc et certains pays européens comme l’Allemagne et l’Espagne, et la plupart récemment la France en raison du scandale d’espionnage « Pegasus ».

    L’étude recommande de revoir la stratégie de l’Union européenne dans la région du Maghreb et d’œuvrer pour arrêter les tentatives d’hégémonie menées par le régime makhzen, par ses pratiques contraires au droit international au Maghreb arabe, qui ont mis la région à la merci d’un conflit régional qui a plus de quatre décennies.

    L’étude allemande accuse l’Union européenne de favoriser le Maroc au détriment de ses autres voisins du Maghreb, notamment l’Algérie et la Tunisie, et souligne la nécessité de faire face aux politiques expansionnistes du Maroc, qui ont provoqué des tensions, notamment avec l’Algérie, et elle estime aussi que la poursuite de la politique européenne en faveur du Maroc frustre les relations de l’Union avec les autres voisins du Maroc.

    Le Maroc connaît des crises avec les pays de l’Union européenne difficiles à surmonter jusqu’à présent. Les contacts diplomatiques entre Rabat et Berlin sont coupés depuis le printemps dernier, en raison du rejet par l’Allemagne des efforts du Maroc pour adapter la position de Berlin sur la question saharienne au service de la proposition Marocains, Berlin a été le premier pays à avoir vivement critiqué le tweet de l’ex président américain Donald Trump, qui a reconnu la prétendue souveraineté du régime makhzen sur les territoires sahraouis occupées.

    Les relations entre le Maroc et l’Espagne sont également au pire pour la même raison qui a étouffé ses relations avec Berlin, Madrid refusant d’accepter la proposition marocaine concernant la question sahraouie et le chantage marocain contre l’Espagne a également ouvert la voie à des milliers d’immigrants illégaux pour franchir les frontières espagnoles, dans une position condamnée par les pays de l’Union européenne en solidarité avec l’Espagne.

    La reprise de la crise avec l’Algérie est intervenue dans le contexte de l’emploi du régime makhzen en Kabylie, pour augmenter le niveau de tension chronique entre les deux pays, qui a atteint son paroxysme ces derniers jours en raison du problème d’espionnage « Pegasus », qui est considéré comme le plus dangereux depuis des décennies, et le même problème qui a laissé les relations du Makhzen dans un état de froid avec son allié traditionnel la France.

    Les résultats de cette étude et les évolutions qui caractérisent aujourd’hui les relations du makhzen avec les grands pays de l’Union européenne vont pousser Bruxelles à revoir sa politique traditionnelle fondée sur le fait de favoriser le régime du makhzen au Maghreb, et de lui faire davantage pression pour qu’il corrige ses politiques et pratiques voyous dans le bassin méditerranéen et en Afrique du Nord.

    Ahmed Achour

    Dzair-tube, 27/07/2021

    Etiquettes : Maroc, Sahara Occidental, Europe, Union Européenne, UE, Algérie, Tunisie, Maghreb,

  • Tunisie: Espoir permis ?

    par Abdelkrim Zerzouri

    La situation en Tunisie est-elle plus préoccupante aujourd’hui qu’hier ? Dans la tourmente dix ans après une révolution chevillée entre les embarras de la politique et la crise économique, cette « jeune démocratie » n’a pas eu une croissance espérée par le peuple tunisien.
    Durant ces dix dernières années, c’est le dépit et l’amertume qui dominent les sentiments dans la rue. Les mêmes causes qui ont provoqué la révolution et la chute de l’ancien régime sous la présidence de Ben Ali sont toujours en place.
    Chômage endémique, frustrations sociales, corruption et une crise économique accentuée par la crise sanitaire, qui a fortement impacté la principale rentrée en devises du pays, en l’occurrence le tourisme, ont fini par précipiter la chute d’un système malmené par les dirigeants qui se sont succédés aux postes de responsabilité au niveau du Parlement et de l’exécutif.
    En dégommant d’un trait tout ce beau monde, gel des activités du Parlement, limogeages du Premier ministre, du ministre de la Défense et de la porte-parole du gouvernement Hasna Ben Slimane, également ministre de la Fonction publique et ministre de la Justice par intérim, le président tunisien Kais Saied entend remettre de l’ordre dans son pays, pour faire face à un « péril imminent », voire un péril réel, comme il l’a soutenu, avouant implicitement qu’il est en retard quand il est passé ces deux derniers jours à l’application de l’article 80 de la Constitution, qui l’autorise à agir en conséquence, tout faire, pour parer à ce péril.
    Bien sûr, les tunisiens sont divisés face aux décisions du président Kais Saied, il y a ceux qui soutiennent ces décisions avec des réserves, dont l’influente centrale syndicale (UGTT) et une large partie de la population fatiguée par les querelles politiques et l’absence de solutions aux maux socioéconomiques qui rongent la société, et ceux qui sont contre, qu’on recrute parmi les partisans du parti Ennahda, notamment, criant au «coup d’Etat contre la révolution et contre la Constitution».
    Le danger réel est là, ces deux camps foncièrement opposés qui risquent de plonger le pays dans une violence qu’il a su éviter durant la révolution qui a provoqué la chute de Ben Ali. Le président tunisien réussira-t-il à sauver son pays de ce tsunami qu’il a, lui-même, déclenché ? Tout porte à croire qu’il ne s’arrêtera pas à ces décisions de limogeages, étant déterminé qu’il est à s’attaquer aux racines du mal, la moralisation de la vie politique et la fin de l’impunité. L’interdiction de quitter le territoire national tunisien, qui aurait été notifiée à plusieurs hommes politiques et hommes d’affaires, et la levée de l’immunité dont bénéficiaient certains parlementaires, annoncent une mise en branle de la machine judiciaire contre des suspects pour leur implication présumée dans des affaires de malversations et autres trafics d’influences. Mais, même en accomplissant ces missions avec doigté, il reste encore à craindre la persistance de la grogne sociale. Car, la situation est désespérée sur le plan économique, nécessitant dans l’immédiat un prêt de quelques 5 milliards d’euros pour boucler le budget de l’Etat durant l’exercice 2021. Dans sa solitude, le président tunisien a besoin de courage et du soutien de ses concitoyens.
    Etiquettes : Tunisie, Kaïs Saïed, 
  • Le malheur de la Tunisie fait le bonheur de certains pays arabes

    Des voix influentes en Égypte, en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis célèbrent la crise tunisienne comme un coup porté à l’islam politique.

    Les Tunisiens s’efforcent de comprendre la crise politique que traverse leur pays après que le président a brusquement limogé le premier ministre et suspendu le parlement dimanche soir.
    Pour certains en Tunisie, seule démocratie survivante du Printemps arabe, les mesures prises contre les institutions dirigées ou soutenues par Ennahda, un parti islamiste modéré, équivalent à un coup d’État. D’autres ont salué la mise à l’écart de dirigeants politiques qu’ils considèrent comme dysfonctionnels et répressifs. Les groupes de la société civile sont restés sur la touche. Le président Kais Saied, quant à lui, a insisté sur la légalité de ces mesures.
    Mais le discours des principaux acteurs du monde arabe pour lesquels l’héritage du Printemps arabe en Tunisie représente un défi évident – l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Égypte – était beaucoup plus univoque : Les événements en Tunisie ont sonné le glas de l’islam politique en démocratie.
    Les journaux, les commentateurs de télévision et les influenceurs des médias sociaux en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et en Égypte ont salué le geste de Saied comme le triomphe de la volonté populaire sur Ennahda. Les trois pays – ainsi que les opposants tunisiens à Ennahda – ont cherché pendant des années à lier le parti aux Frères musulmans transnationaux et l’ont accusé d’encourager le terrorisme. Ennahda a depuis longtemps désavoué ses liens avec la confrérie.
    « La Tunisie se révolte contre la confrérie », a proclamé le journal saoudien semi-officiel Okaz. Le média émirati 24Media a salué « une décision courageuse pour sauver la Tunisie ». Le quotidien égyptien Al-Ahram a qualifié les événements de « perte du dernier bastion des Frères dans la région » – et Ahmed Moussa, un éminent animateur de télévision égyptien que certains ont comparé à Sean Hannity, a déclaré que le monde arabe assistait à la « chute finale » des Frères musulmans.
    Selon les analystes, ce blitz médiatique montre que les pays autocratiques ont saisi l’occasion de faire avancer leur objectif commun, qui est d’étouffer le soutien à l’islam politique dans la région. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Égypte considèrent tous les mouvements affiliés aux Frères musulmans, qui défendent un programme politique islamiste, comme une menace existentielle pour leurs régimes, en particulier à la lumière du soutien populaire que les groupes islamistes ont obtenu après les soulèvements du Printemps arabe il y a dix ans.
    « Il n’a pas été question des institutions tunisiennes ni du maintien d’une quelconque gouvernance démocratique ; le pays est simplement présenté comme un peuple qui s’est libéré d’un gouvernement islamiste oppressif », a déclaré Elham Fakhro, analyste principal du Golfe à l’International Crisis Group.
    Ennahda a recueilli le plus de voix lors de la première élection démocratique de la Tunisie après la révolution de 2011.
    En Égypte, le seul autre pays du Printemps arabe à faire la transition vers la démocratie, les Frères musulmans ont obtenu de bons résultats dans les sondages – avant d’être évincés par un coup d’État militaire en 2013 qui a rapidement obtenu le soutien de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis.
    Le coup d’État égyptien a effrayé Ennahda, qui a conclu des alliances avec des partis laïques.
    Mais sa popularité a baissé depuis, et la colère envers le parti est montée l’année dernière, alors que la pandémie ravageait le pays et son économie et qu’un mouvement contre les brutalités policières gagnait du terrain. Des appels se sont multipliés en faveur de la dissolution du Parlement, qui est dirigé par le très impopulaire chef d’Ennahda, Rachid Ghannouchi.
    Le président tunisien renvoie le Premier ministre, démantèle le gouvernement et gèle le Parlement.
    La décision de M. Saied de geler le Parlement et de limoger le Premier ministre a fait suite à des manifestations qui semblaient largement dirigées contre Ennahda. Des vidéos diffusées sur les médias sociaux montrent des manifestants en train de vandaliser les bureaux locaux du parti.
    Les partisans de Saied ont afflué dans les rues de la capitale et d’autres villes pour faire la fête après son annonce dimanche soir.
    Ennahda, quant à lui, a dénoncé le geste de Saied comme un coup d’État. Dans une déclaration mardi, Ghannouchi a déclaré que le parti appelait à de nouvelles consultations et demandait instamment à Saied de revenir sur sa suspension du parlement.
    La jeune démocratie tunisienne, seule survivante du printemps arabe, est en crise après que le président ait pris des pouvoirs d’urgence.
    La publication égyptienne indépendante Mada Masr a cité mardi des responsables gouvernementaux anonymes affirmant que l’Égypte pensait que les mesures prises par Saied visaient à réduire l’influence politique d’Ennahda, mais que Le Caire espérait la fin de la démocratie tunisienne, qui continue d’inspirer les militants égyptiens.
    Le ministre tunisien des affaires étrangères s’est entretenu lundi avec son homologue saoudien, qui a déclaré que l’Arabie saoudite soutenait tous les efforts visant à assurer « la sécurité, la stabilité et la prospérité » en Tunisie, a rapporté l’agence de presse saoudienne. Les Émirats arabes unis n’ont pas encore fait de commentaire public. Mais les États autoritaires contrôlent étroitement l’expression, de sorte que les experts ont déclaré que les rapports et les commentaires dans les médias reflètent la ligne du gouvernement.
    L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis « verraient [l’évolution de la situation en Tunisie] comme une victoire pour le type de politique étrangère qu’ils ont essayé de promouvoir dans la région », a déclaré M. Fakhro, une politique qui vise à contrer l’idéologie islamiste.
    Les influenceurs des médias sociaux ont également poussé ce discours. Marc Owen Jones, professeur à l’université Hamad Bin Khalifa de Doha, a déclaré avoir vu des preuves de ce qui semble être des campagnes de manipulation sur Twitter, menées en grande partie par des influenceurs saoudiens et émiratis. Jones a analysé des milliers de tweets et a constaté que la plupart des utilisateurs qui tweetent ou retweetent des messages avec le hashtag « La Tunisie se révolte contre la confrérie » indiquent que leur localisation est l’Arabie saoudite, l’Égypte ou les Émirats arabes unis. « Pour moi, c’est absolument typique des campagnes émiraties et saoudiennes », a déclaré Jones. « C’est presque comme une signature classique des comptes que l’on s’attend à voir s’engager dans ce type de comportement ».
    Twitter divulgue quand il découvre des opérations d’information liées à l’État, et a suspendu des centaines de comptes originaires des Émirats arabes unis et de l’Égypte et des milliers liés à des campagnes d’information soutenues par l’Arabie saoudite ces dernières années.
    Bien que l’impact de ces campagnes apparentes soit susceptible d’être limité, M. Fakhro a déclaré : « Cela soulève de nombreuses questions sur le degré d’implication des Émirats arabes unis et de l’Arabie saoudite dans les événements de Tunis. »
    Trois jours avant l’annonce de Saied, Dhahi Khalfan Tamim, chef adjoint de la police de Dubaï, a tweeté un message énigmatique : « Bonne nouvelle … un nouveau coup … puissant. … à venir pour la Confrérie ».
    Dans une interview accordée lundi au service arabe de la chaîne publique turque TRT, Ghannouchi a accusé les médias émiratis de pousser à un « coup d’État » en Tunisie. La couverture médiatique en Turquie, qui soutient Ennahda, a été largement favorable à Ghannouchi.
    Il n’existe aucune preuve que des gouvernements étrangers aient fait pression sur Saied pour qu’il agisse, et l’analyste tunisien Mohamed-Dhia Hammami a déclaré que cela était peu probable.
    Mais les forces de sécurité tunisiennes ont fait une descente dans le bureau d’Al Jazeera à Tunis lundi, suscitant des inquiétudes quant à une répression de la liberté de la presse. Al Jazeera est financée par le Qatar, qui est proche d’Ennahda et sympathise avec les groupes islamistes.
    Le sénateur Chris Murphy (D-Conn.) a demandé à l’administration Biden d’enquêter sur une éventuelle ingérence de l’Arabie saoudite et des EAU dans la crise politique tunisienne.
    Fakhro a qualifié de « frappantes » les similitudes entre les réponses des médias saoudiens et émiratis au coup d’État de 2013 en Égypte et leur couverture de la Tunisie ces derniers jours. »
    Pourtant, des différences importantes dans les contextes subsistent. Saied a déclaré lundi aux groupes de défense des droits des Tunisiens qu’il restait attaché aux libertés civiles et au processus démocratique, et il a dit que le gel du parlement serait temporaire.
    « Ce qui se passe en Tunisie n’est pas une révolution contre les Frères musulmans » mais plutôt une réaction à « la paralysie de la vie politique », a écrit lundi sur Facebook le présentateur de la télévision égyptienne Moataz Abdelfattah.
    Mais quoi qu’il arrive en Tunisie, qui a été considérée comme le symbole de la promesse révolutionnaire dans la région, cela aura des répercussions, a déclaré H.A. Hellyer, spécialiste du Moyen-Orient à la Fondation Carnegie pour la paix internationale.
    « Les opposants à cette lutte pour un gouvernement responsable vont essayer de contenir leur joie face à ce pas très important en direction d’un processus responsable, d’autant plus qu’il est dépeint dans de nombreux secteurs comme une compression d’un courant pro-islamiste auquel ils s’opposent », a-t-il déclaré.
    Etiquettes : Tunisie, Arabie Saoudite, Egypte, Emirats Arabes Unis, EAU, printemps arabe,
  • Tunisie : L’ancien chef de gouvernement arrêté

    Des sources recoupées et dignes de foi font état de l’arrestation du Chef du gouvernement, Hichem Mechichi. Plusieurs dirigeants du mouvement Ennahda avaient confirmé qu’ils n’étaient pas en mesure de contacter Mechichi et qu’il est probablement détenu au palais présidentiel. 

    Il convient de noter que le président de la République, Kais Saied a annoncé la veille au soir soir l’application de l’article n 80 de la Constitution en vertu duquel il a limogé Mechichi et a gelé les compétences de l’ARP. 
    Il a par ailleurs été décidé, sur ordres de la présidence, de frapper par une interdiction de quitter le territoire national aux personnes suivantes : les présidents des clubs sportifs les hommes d’affaires, les grands responsables, les ministres et les députés. 
    Nous apprenons pour finir que l’armée a récupéré, ce lundi, un important dossier du domicile de l’ex-ministre de la justice par intérim, Hasna Ben Slimane, qui l’aurait dissimulé chez elle. Ce dossier concernerait, selon des sources dignes de foi, le magistrat et ex procureur de la République du tribunal de Tunis, Bechir Akremi. 
    Les mêmes sources ajoutent que la décision de la fermeture des administrations, pendant deux jours, vise à empêcher la destruction ou la disparition de dossiers ou d’éléments d’archives compromettants.
    Ali Oussi
    La Patrie News, 27/07/2021
    Etiquettes : Tunisie, Hichem Mechichi, Kaïs Saïed, crise politique, Ennahdha,
  • La rivalité Algérie-Maroc vue par un think tank allemand

    Algérie, Maroc, Maghreb, Sahara Occidental,

    Rivalités maghrébines sur l’Afrique subsaharienne
    L’Algérie et la Tunisie cherchent à suivre le Maroc

    Isabelle Werenfels

    La pandémie de Covid-19 a placé les relations avec l’Afrique subsaharienne plus haut dans l’agenda des pays du Maghreb et a consolidé les tendances existantes. Le Maroc est l’Etat maghrébin avec la politique sub-saharienne la plus sophistiquée. Ses motivations incluent des marchés de croissance attractifs en Afrique, la frustration face à un accès restreint à l’Europe, une intégration dans l’impasse au Maghreb et le souhait de voir le Sahara occidental reconnu comme marocain. La politique sub-saharienne du Maroc a exacerbé les tensions avec l’Algérie et éveillé les ambitions en Tunisie. Alger, en tant que bailleur de fonds et acteur sécuritaire de l’Union africaine (UA) et « protecteur » du mouvement indépendantiste du Sahara occidental, cherche à contrecarrer les avancées de Rabat. Tunis, pour sa part, tente de suivre les traces de Rabat, espérant que des relations plus étroites avec l’Afrique stimuleront la croissance économique. L’Union européenne doit considérer ces tendances comme une opportunité pour l’intégration africaine et la coopération triangulaire UE/Maghreb/Sub-Sahara. Cela pourrait contrecarrer le sentiment d’inutilité croissante de l’Algérie, renforcer l’économie tunisienne, relativiser les ambitions hégémoniques du Maroc et ainsi atténuer la dynamique négative de la rivalité.

    Les politiques africaines des États du Maghreb diffèrent considérablement par leur intensité, leur visibilité, leurs motivations et leurs priorités. À un niveau plus large, ils reflètent les capacités générales de chaque État en matière de politique intérieure et étrangère. Cela est visible notamment dans la manière dont les pays commercialisent leurs politiques africaines.

    Depuis quelque temps, le Maroc a la politique africaine la plus dynamique et la plus progressiste des trois pays. Le roi Hassan II, qui a régné de 1961 à 1999, avait déjà sondé l’Afrique de l’Ouest. Mais c’est sous la direction de son fils Mohammed VI (depuis 1999) que le Maroc a activement joué un rôle économique et diplomatique clé en Afrique. Mohammed VI a pris personnellement en charge la politique africaine du pays, l’accompagnant d’une intense diplomatie de voyage et d’apparitions stratégiques, par exemple lors du 5e sommet UA-UE en 2017 à Abidjan. Rabat a obtenu des succès notables avec son approche du soft power, qui englobe des composantes économiques, de coopération au développement, de migration et religieuses. En janvier 2017, le Maroc a été réadmis à l’UA après 33 ans, contre les objections de poids lourds comme l’Afrique du Sud et l’Algérie mais fortement soutenu par de nombreux États d’Afrique de l’Ouest ainsi que le Rwanda. Le Maroc a quitté le prédécesseur de l’UA en signe de protestation en 1984 après avoir accepté le Sahara occidental comme membre.

    Le Maroc a énormément étendu sa présence en Afrique subsaharienne au cours de la dernière décennie, surtout sur le plan économique. C’est l’un des plus grands investisseurs africains du continent, aux côtés de l’Afrique du Sud, du Kenya et du Nigeria, et le plus grand investisseur africain en Afrique de l’Ouest, où les compagnies d’assurance, les opérateurs de télécommunications et les banques marocaines détiennent des parts de marché importantes. Le Maroc exporte également des technologies agricoles et des énergies renouvelables, en particulier vers l’Afrique de l’Ouest, et se tourne de plus en plus vers l’Afrique orientale et centrale, par exemple l’Éthiopie, le Rwanda et le Cameroun. Depuis 2017, Rabat sollicite également l’adhésion à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), à ce jour sans succès.

    Un moteur central de cette politique est la volonté d’ouvrir de nouveaux marchés pour les entreprises marocaines, en particulier ceux contrôlés par la famille royale. Deux aspects pertinents ici sont l’accès limité au marché unique européen et l’interaction économique marginale à travers la frontière fermée avec l’Algérie. La volonté du Maroc de faire reconnaître sa revendication sur le Sahara occidental est au moins aussi importante pour son « tour vers l’Afrique ». A cela s’ajoute la rivalité régionale avec l’Algérie qui va au-delà de la question du Sahara occidental, où l’Algérie fonctionne comme le « protecteur » du mouvement indépendantiste, le Polisario. Les deux États cherchent à exploiter les nouvelles opportunités créées par les changements dans le contexte régional plus large, telles que l’éviction du dirigeant libyen et défenseur d’une plus grande unité africaine Mouammar al-Kadhafi, qui a joué un rôle extrêmement actif dans la diplomatie africaine, et questions de sécurité.

    Voisin Algérie Irrité

    L’ascension du Maroc sur le continent pourrait être qualifiée de presque traumatisante pour l’Algérie, dont l’influence s’est considérablement affaiblie. Au cours des premières décennies après l’indépendance en 1962, l’Algérie a joui d’un grand prestige dans une grande partie de l’Afrique subsaharienne en raison de son soutien militaire, logistique et financier aux mouvements anticoloniaux. Une coopération étroite au développement avec les États africains nouvellement indépendants et un engagement important dans le Mouvement des non-alignés ont également renforcé la position de l’Algérie à travers le continent.

    Depuis sa guerre civile des années 1990, qui a coïncidé avec la fin de l’ordre de la guerre froide, Alger n’a pas réussi à restaurer sa grandeur perdue et sa politique de « profondeur stratégique » en Afrique. La sphère de la sécurité représente une exception partielle. Ici, l’Algérie joue un rôle important au sein des institutions de l’UA, et Alger s’est également engagé en tant que médiateur dans les conflits africains avec un certain succès. Les initiatives économiques sous le président Abdelaziz Bouteflika entre 1999 et 2019 – comme une ambitieuse conférence sur l’investissement à Alger fin 2016 – ont eu moins de succès. Bien que l’Algérie ait été membre fondateur de l’agence de développement de l’UA NEPAD (aujourd’hui AUDA), son engagement est resté modeste, malgré le fait qu’elle disposait de ressources matérielles considérables jusqu’à il y a quelques années.

    A partir de 2013, l’engagement de l’Algérie en Afrique a été entravé par les graves problèmes de santé de Bouteflika, qui ont mis fin à sa diplomatie itinérante. Pourtant, même avant cela, le président algérien avait montré un intérêt décroissant pour l’Afrique, bien qu’il ait appartenu il y a des décennies aux architectes de la première politique étrangère de l’Algérie et de son soutien aux mouvements anticoloniaux.

    Son successeur Abdelmadjid Tebboune, en poste depuis décembre 2019, a annoncé le « retour en Afrique » de l’Algérie lors de son premier sommet de l’UA en février 2020. Si cela est probablement motivé par une volonté de ne pas laisser entièrement le terrain au Maroc, les défis sécuritaires extérieurs conduisent également Alger. regarder vers le sud : instabilité au Mali, chaos en Libye, pression migratoire sur ses frontières sud, et présence militaire européenne et américaine au Sahel. Ce dernier Alger observe avec méfiance.

    Cependant, une stratégie africaine profilée comparable à celle du Maroc n’est actuellement pas observable. Et les perspectives d’une émergence ne sont pas particulièrement bonnes. Les décideurs algériens sont préoccupés par d’importants défis internes et économiques – pour lesquels ils n’ont pas été en mesure à ce jour de présenter des stratégies.

    La Tunisie cherche à rattraper son retard

    La Tunisie observe de plus en plus attentivement et avec envie la politique africaine du Maroc. Dans les ministères et les milieux d’affaires, on entend que la Tunisie pourrait en effet offrir une expertise comparable ou meilleure, par exemple dans les secteurs de l’informatique, de la promotion immobilière et bancaire, dans la planification technique des grands projets d’infrastructure et dans les services de santé et d’éducation.

    Après une bonne vingtaine d’années où l’Afrique subsaharienne a joué un rôle marginal, la Tunisie sort progressivement de son sommeil. Après la chute du régime de Ben Ali en 2011, le gouvernement de transition a tenté de relancer l’engagement diplomatique africain de l’époque du président Habib Bourguiba (1957-1987). Mais ce fut un bref épisode de peu d’importance stratégique. Par exemple, Tunis n’a pas pu empêcher la décision de la Banque africaine de développement en 2013 de déplacer son siège à Abidjan .

    La Tunisie a néanmoins progressivement élargi son engagement en Afrique subsaharienne, comme en témoigne son adhésion à la CEDEAO en 2017 en tant qu’observateur, et son adhésion au Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) en 2018. En 2017, le Premier ministre de l’époque, Youssef Chahed, s’est rendu au Niger, au Mali et au Burkina Faso. Le nouveau Premier ministre nommé à l’automne 2020, Hichem Mechichi, a annoncé qu’il allait intensifier la diplomatie économique en Afrique. Le président du pays, Kaïs Saïed, n’a jusqu’à présent manifesté qu’un intérêt limité pour l’Afrique subsaharienne.

    Jusqu’à présent, c’est le secteur privé qui insiste le plus pour une orientation plus claire sur l’Afrique, en premier lieu le Conseil des Affaires Tunisie-Afrique (TABC). Elle établit des contacts, organise des conférences et milite pour les réformes juridiques et administratives nécessaires pour encourager les investissements et les exportations. Compte tenu des problèmes fondamentaux de la jeune démocratie – prise de décision lente, parlement débordé et manque de continuité politique – il s’agit inévitablement d’un processus de longue haleine.

    Jeu de pouvoir institutionnel

    La confiance du Maroc, la défense par l’Algérie de son héritage et le regain d’intérêt de la Tunisie se reflètent également au sein des institutions et organisations africaines. La disparition du dictateur libyen Kadhafi en 2011 a fait de l’Algérie le poids lourd incontesté du Maghreb au sein de l’UA. Mais le Maroc contribue désormais au moins autant financièrement et attend des positions et une influence pertinentes dans les organes de l’UA.

    Pendant près de deux décennies, un Algérien a occupé le poste de commissaire de l’UA à la paix et à la sécurité, qui supervise également le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA. Le Maroc a rejoint le CPS en 2018 et a occupé sa présidence tournante en 2019. Là où Rabat est représenté dans les organes de l’UA, il y a souvent des conflits sur des formulations qui (pourraient potentiellement) se rapporter au conflit du Sahara occidental, et sur la présence de la République sahraouie en tant que membre de l’UA. Si le Maroc n’a pas réussi à ce jour à exclure le Polisario de l’UA, les fronts se sont durcis. Des pays influents comme l’Afrique du Sud maintiennent leur soutien sans équivoque au Polisario, mais treize membres de l’UA soutiennent explicitement la revendication du Maroc sur le Sahara occidental, ayant ouvert des consulats dans la partie occupée par le Maroc depuis 2019.

    L’Algérie abrite une importante institution de l’UA, le Centre africain d’études et de recherches sur le terrorisme (CAERT). Le Maroc et la Tunisie ont désormais le leur : l’Observatoire africain des migrations fondé en 2018 est basé à Rabat, l’Institut de statistique de l’UA à Tunis. En 2020, le Maroc a également remporté une victoire mineure en ce qui concerne la représentation africaine aux Nations Unies, en assurant la présidence de la mission indépendante d’établissement des faits du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies sur la Libye. Le candidat algérien au poste de représentant spécial de l’ONU en Libye a apparemment été rejeté par Washington. Cet exemple illustre comment l’influence des États maghrébins en Afrique fonctionne parfois de manière oblique et/ou repose sur des appuis extérieurs.

    Se bousculer sur les alliances de sécurité

    Les effets négatifs de la rivalité algéro-marocaine sont particulièrement évidents dans le domaine de la sécurité. L’Algérie a été l’une des forces motrices de l’Architecture africaine de paix et de sécurité (APSA) à travers son engagement au Conseil de paix et de sécurité de l’UA et au CAERT. Mais malgré les défis de sécurité partagés et urgents dans la région du Sahel/Sahara, aucune des initiatives de sécurité multilatérales n’inclut les trois États du Maghreb – à part une implication lâche dans le Partenariat transsaharien de lutte contre le terrorisme de Washington. Au lieu de cela, l’Algérie et le Maroc tentent chacun de faire leur propre marque.

    En 2010, Alger a mis en place un Comité mixte d’état-major (CEMOC) à Tamanrasset pour lutter contre le terrorisme au Sahel avec le Mali, la Mauritanie et le Niger et développer leurs capacités sécuritaires. Le Maroc et la Tunisie participent à la Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-SAD), fondée par Kadhafi et qui a également une dimension sécuritaire. Mais ni la CEN-SAD ni la CEMOC ne jouent un rôle significatif au Sahel. Les initiatives impliquant également des acteurs internationaux, comme le G5-Sahel, sont plus visibles.

    Bien que l’Algérie ait obtenu des succès dans le domaine de la résolution des conflits, par exemple avec l’ Accord d’Alger pour le Mali en 2015, le Maroc s’est battu pour ce rôle. Par exemple, l’Accord politique libyen établissant un gouvernement soutenu par l’ONU a été signé à Skhirat, au Maroc, en 2015. À l’automne 2020, les parties au conflit libyen ont à nouveau négocié au Maroc, puis en Tunisie – bien que l’Algérie ait offert à plusieurs reprises ses services en tant que médiateur et profite de la confiance des parties importantes au conflit. Ce que l’on constate encore une fois, c’est la forte capacité stratégique et de mise en œuvre de la monarchie marocaine. Même au Mali, où l’Algérie espérait se positionner rapidement comme médiateur après le coup d’État d’août 2020, le Maroc est vite arrivé pour proposer ses services.

    La Tunisie cherche à se démarquer principalement dans le maintien de la paix. En 2019, la plus petite nation du Maghreb a participé à cinq missions de l’ONU en Afrique subsaharienne, dont la MINUSMA au Mali. Le Maroc a été impliqué dans trois missions en 2019, dans deux cas avec des contingents importants. En novembre 2020, l’Algérie a adopté un amendement constitutionnel autorisant ses forces armées à participer aux opérations internationales de maintien de la paix – dont la plupart se déroulent en Afrique. Cela pourrait déclencher une course au maintien de la paix au Maghreb, avec des effets potentiellement positifs.

    Concurrence économique inégale

    Le secteur où l’Algérie et la Tunisie ont le plus de retard à rattraper est l’économie. Casablanca est en volume le plus grand centre financier du continent et le Maroc a une longueur d’avance dans le commerce et l’investissement en Afrique subsaharienne (voir Figure).

    Entre 2005 et 2019, les exportations du Maroc ont quadruplé et celles de la Tunisie ont plus que doublé. Les deux ont d’importants excédents commerciaux avec l’Afrique subsaharienne. L’Algérie, quant à elle, importe beaucoup plus d’Afrique subsaharienne qu’elle n’y exporte. Son volume d’exportation est cependant en nette augmentation depuis quelques années et ses importations en provenance d’Afrique australe se sont envolées. Cela indique des relations commerciales croissantes avec certaines économies subsahariennes.

    La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) lancée en 2019 comprend les trois États du Maghreb. Il est conçu pour entrer en vigueur progressivement, et il est initialement peu probable qu’il modifie le déséquilibre vers le Maroc. La Tunisie et l’Algérie n’ont pas (encore) de stratégie économique pour l’Afrique subsaharienne. Les autres obstacles sont le contrôle des changes et l’absence d’accords de double imposition. L’Algérie souffre également d’un manque de diversification de son secteur d’exportation et de services non compétitifs ; il reste à voir si les idées du gouvernement telles que l’offre de services de son secteur de la construction publique aux États d’Afrique subsaharienne seront mises en œuvre et trouveront une demande. La Tunisie a pour sa part pris des premières mesures concrètes, comme l’ouverture de deux nouvelles ambassades et quatre bureaux commerciaux en Afrique.

    La connectivité est la clé

    L’Algérie et la Tunisie ont toutes deux reconnu que la réussite économique du Maroc en Afrique subsaharienne a été stimulée par une politique de connectivité tournée vers l’avenir. En réponse, la Tunisie a établi de nouvelles routes aériennes vers l’Afrique subsaharienne et l’Algérie a ouvert un poste frontière vers la Mauritanie. Alger a salué ce dernier comme une étape vers l’intensification de la coopération avec l’Afrique de l’Ouest dans son ensemble. En 2020, l’Algérie a également achevé sa section de l’autoroute transsaharienne, qui devrait à terme atteindre le Nigéria ; La Tunisie est également connectée. Que cette route – si son tronçon sahélien soit achevé un jour – puisse devenir une artère de transport majeure dépendra de manière cruciale de la stabilité et de la sécurité dans la région du Sahel/Sahara.

    Les liaisons de transport du Maroc vers l’Afrique subsaharienne devraient rester inégalées à long terme, ne serait-ce qu’en raison de la situation géographique du pays. Casablanca est de loin le plus grand hub aérien du Maghreb et Tanger Med s’est imposé comme le plus grand port d’Afrique en termes de volumes de transport de conteneurs, bénéficiant de sa situation à la jonction de l’Atlantique et de la Méditerranée. Les routes maritimes de l’Algérie à l’Afrique subsaharienne sont longues, de la Tunisie encore plus longues. La Tunisie souffre d’un inconvénient supplémentaire dans la mesure où toutes ses routes terrestres passent par le territoire libyen ou algérien, rendant les exportations dangereuses ou dépendantes de la coopération algérienne. Pour la capacité d’exportation de la Tunisie vers le sud, il sera vital de développer le transport aérien – et ses ports, malgré les routes maritimes relativement longues. Encore,

    Des rivalités existent également en matière d’infrastructures énergétiques. Les plans d’un gazoduc transsaharien du Nigeria à l’Algérie existent depuis des décennies. Un accord pour un gazoduc du Nigeria via le Maroc vers l’Espagne signé en 2016 semble avoir de meilleures perspectives de réalisation.

    L’avancement de ces projets d’infrastructure dépend notamment du soutien d’États non africains. La Chine est particulièrement en vue et réfléchit de manière perceptible à une coopération trilatérale avec l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne. A ce titre, il influence la compétition maghrébine pour le rôle de « porte d’entrée vers l’Afrique ». A ce jour, l’Algérie est le soi-disant « partenaire stratégique global » de Pékin au Maghreb. Mais plus récemment, la Chine s’est de plus en plus tournée vers le Maroc, par exemple en tant que base de fabrication et d’exportation automobile pour l’Afrique dans son ensemble. La Russie, en tant que partenaire traditionnel de l’Algérie, s’intéresse également au Maroc pour une coopération trilatérale avec l’Afrique subsaharienne.

    Gagner les cœurs et les esprits

    Les tentatives tunisiennes et algériennes de suivre le Maroc dans le domaine du soft power sont encore modestes, comme en témoigne leur communication externe. L’Algérie n’a pas pu capitaliser fortement sur l’allègement de la dette d’environ trois milliards de dollars US pour quatorze États africains entre 2013 et 2018. En revanche, Rabat a réussi à générer une visibilité internationale pour ses livraisons d’équipements de protection « made in Morocco L’Afrique subsaharienne pendant la première vague de la pandémie de Covid-19.

    Dans le fond comme dans la représentation, la stratégie sub-saharienne du Maroc poursuit également une approche nettement plus sophistiquée. Tout d’abord, beaucoup plus de recherches sur l’Afrique sont menées au Maroc. Le roi Hassan II a fondé un Institut d’études africaines en 1987 ; depuis lors, un nombre croissant de groupes de réflexion marocains ont vu le jour pour travailler sur l’Afrique subsaharienne et le rôle du Maroc dans ce pays.

    La stratégie se traduit également par des politiques concrètes. Dans la politique de développement , par exemple, Rabat a une orientation Sud-Sud bien établie englobant l’aide au développement classique comme les projets d’eau. L’Algérie tente de rattraper son retard : au printemps 2020, le président Tebboune a annoncé la création d’une agence de développement pour l’Afrique. L’Agence tunisienne de coopération technique (ATCT) couvre actuellement l’Afrique avec un seul bureau en Mauritanie, mais s’appuie de plus en plus sur un soutien extérieur pour ses activités africaines, par exemple de la Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) allemande et de l’Agence turque de coopération et de coordination. (TİKA).

    La politique éducative du Maroc est également sans égal. En 2019, il a accueilli plus de 17 000 étudiants d’Afrique subsaharienne, dont environ la moitié ont reçu des bourses marocaines. L’Algérie a ouvert un institut de l’Université panafricaine (PAU) en 2014 avec le soutien de l’Allemagne, bien que son nombre d’étudiants soit relativement faible. Les chiffres complets pour les étudiants africains dans le pays ne sont pas disponibles. En Tunisie, le nombre d’étudiants des pays africains a presque diminué de moitié, passant de 12.000 (2010) à 6.500 (2018)

    En diplomatie religieuse aussi , le Maroc est incontesté. Rabat forme des imams d’une dizaine d’Etats africains et recourt fréquemment à ses ordres soufis pour ouvrir des portes. Cela s’applique particulièrement à la Tijaniyya, qui compte des millions d’adhérents en Afrique de l’Ouest. Les dirigeants de la Tijaniyya marocaine ont accompagné les délégations du roi et des entreprises en Afrique subsaharienne, et lorsque le ministre marocain des Affaires étrangères s’est rendu au Mali après le coup d’État de 2020, il a également rencontré le chef local de l’ordre. Alors que la tombe du fondateur à Fès, au Maroc, est devenue un lieu de pèlerinage pour les croyants de toute l’Afrique subsaharienne, Alger n’a pas réussi à générer un capital symbolique à partir de sa ville natale en Algérie.

    Enfin et surtout, le Maroc a dominé les autres États du Maghreb avec sa politique migratoire . Depuis 2014, elle a accordé des permis de séjour temporaires à des dizaines de milliers de migrants irréguliers d’Afrique subsaharienne, leur permettant d’accéder au marché du travail et aux systèmes de santé et d’éducation. Même si cette politique semble plus convaincante sur le papier que sur le terrain, elle a valu au Maroc une bonne volonté en Afrique subsaharienne et une meilleure visibilité que l’Algérie et la Tunisie. Bien que la Tunisie ait franchi une étape importante en 2018 en tant que premier pays arabe à adopter une législation contre le racisme, ses mesures, comme celles de l’Algérie, manquent souvent de visibilité. Le Maroc vend tout simplement ce qu’il fait de mieux, tant au pays qu’à l’étranger.

    Les limites de la politique africaine

    Au-delà de la concurrence entre eux, les ambitions africaines des États maghrébins se heurtent à des contraintes :

    Premièrement, les politiques africaines des gouvernements respectifs ne sont pas soutenues par leurs sociétés, qui se tournent généralement davantage vers l’Europe et le monde arabe. La politique africaine du Maroc est le cheval de bataille du roi mais trouve peu de résonance parmi les partis politiques. Les acteurs de la société civile se plaignent que les grandes entreprises liées à la monarchie profitent le plus alors que les effets de retombée sont absents. En Algérie aussi, l’indifférence à l’égard de l’Afrique subsaharienne prédomine, la politique africaine dépendant d’une poignée d’élites du mouvement indépendantiste, de quelques acteurs de la société civile et de quelques entrepreneurs visionnaires. Le virage de la Tunisie vers le Sud est propagé principalement par des élites dynamiques du secteur privé.

    A l’autre bout de l’équation, les ambitions maghrébines se heurtent également à des résistances de la part des gouvernements et des populations d’Afrique subsaharienne. Le racisme répandu au Maghreb – mis en lumière par la migration croissante en provenance d’Afrique subsaharienne – joue un rôle. Les Africains subsahariens sont fréquemment victimes de discrimination et de violence, y compris de la part des autorités. Depuis 2018, le Mali et le Niger connaissent des manifestations récurrentes contre la politique d’expulsion impitoyable de l’Algérie. Les États maghrébins risquent d’acquérir une réputation d’exécutants des politiques européennes contre la migration irrégulière.

    Rabat a connu les limites de sa politique africaine depuis 2017, les États d’Afrique de l’Ouest refusant d’adhérer à la CEDEAO en raison des inquiétudes concernant la domination économique – et générale – du Maroc. Dans toute l’Afrique subsaharienne, il existe des doutes fondamentaux quant à la volonté des États du Maghreb de s’intégrer pleinement – ​​et d’être prêts à renoncer à un statut spécial, par exemple dans les relations commerciales avec l’Europe. Un seul Marocain a été officiellement classé dans le bassin des candidats à l’élection des nouveaux commissaires de l’UA en 2021 (avec peu de chances de succès) et aucun Algérien ou Tunisien ne s’est pré-qualifié. Un facteur ici peut être les réserves de nombreux membres de l’UA sur les États du Maghreb.

    Néanmoins, les Etats maghrébins devraient profiter de la volonté croissante de trouver des solutions africaines pour l’Afrique. À la lumière des fermetures et des perturbations des transports associées à la pandémie de Covid-19, des voix en Afrique demandent de plus en plus la mise en place de chaînes d’approvisionnement purement continentales pour réduire la dépendance vis-à-vis des acteurs externes. Le Maroc semble surtout déterminé à assumer un rôle central et à ne pas simplement laisser les marchés attractifs de l’Afrique subsaharienne à des acteurs extérieurs comme la Chine, la Russie, la Turquie, le Golfe et les États européens.

    Union européenne : promouvoir les dynamiques positives

    La politique de l’UE à l’égard du Maghreb s’est jusqu’à présent principalement déroulée dans le cadre de ses politiques de voisinage et de la Méditerranée. Les États de l’UE, y compris l’Allemagne, coopèrent également étroitement avec les États du Maghreb. L’intérêt croissant pour l’Afrique subsaharienne tant au Maghreb qu’en Europe ouvre de nouvelles perspectives pour toutes les parties. Leur réalisation exigera des acteurs économiques et politiques allemands et européens qu’ils conceptualisent plus fortement leurs politiques en termes d’ensemble du continent, et en particulier d’intégration continentale. Ils ne doivent pas considérer l’intérêt du Maghreb en Afrique comme étant en concurrence avec son intérêt en Europe ou avec le propre intérêt de l’Europe en Afrique. Les points de départ appropriés incluent le cadre du Pacte du G20 avec l’Afrique (CwA).

    A moyen terme, l’intégration africaine pourrait fonctionner comme le moteur du processus d’intégration maghrébine que l’UE cherche à favoriser, à ce jour sans succès. Une intégration (économique) réussie en Afrique pourrait également servir à stabiliser le Maghreb, ce qui serait clairement dans l’intérêt de l’UE.

    Pour l’UE, soutenir de telles évolutions prometteuses implique tout d’abord de se concentrer davantage sur la coopération économique et au développement trilatérale. Concrètement, cela pourrait signifier employer et apprendre de l’expertise maghrébine, par exemple dans des partenariats économiques allemands et européens et des projets de développement avec l’Afrique subsaharienne. Ici, le Maghreb peut aider à construire ou à élargir des ponts financiers et technologiques entre l’Europe et l’Afrique.

    Il est donc évident, deuxièmement, pour les exportateurs expérimentés comme l’Allemagne pour offrir une expertise technique aux deux « retardataires » sur des questions telles que le développement de stratégies et l’expansion de l’infrastructure pour l’exportation de marchandises produites localement vers l’Afrique. Cela profiterait également aux industriels allemands et européens produisant au Maghreb en ouvrant des marchés comprenant environ un milliard de consommateurs. Un projet correspondant pour les petites et moyennes entreprises tunisiennes est déjà en cours, avec un financement du ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement. La coopération trilatérale peut aussi signifier la création conjointe des conditions préalables au positionnement de la Tunisie en tant que hub informatique et centre de formation en santé pour l’Afrique ; dans les deux domaines, le pays est un leader sur le continent. C’est aussi un moment opportun pour offrir à l’Algérie un soutien à l’exportation de biens et de savoir-faire : Alger s’intéresse actuellement à la diversification des exportations et à la correction de son déficit commercial avec l’Afrique. Le gouvernement subit une forte pression pour produire des résultats.

    Troisièmement , les acteurs européens doivent s’efforcer de minimiser les effets négatifs potentiels (secondaires) des politiques européennes au Maghreb. La gestion des migrations doit prendre en considération la réputation des États du Maghreb, qui est étroitement liée au traitement des migrants d’Afrique subsaharienne. Il faut également s’assurer que les politiques de gestion des frontières que l’Europe pousse en Afrique n’interfèrent pas avec l’intégration africaine. L’Europe devrait également prendre au sérieux les efforts de l’Afrique pour développer la ZLECAf : les négociations sur les accords de libre-échange bilatéraux avec le Maroc et la Tunisie devraient tenir compte des conséquences possibles pour l’intégration africaine.

    Quatrièmement, il est important de contrer la pensée maghrébine à somme nulle. Plutôt que de soutenir la politique africaine du Maroc, de l’Algérie ou de la Tunisie, l’UE devrait soutenir les éléments constructifs de chacun. Cela vaut également pour l’engagement des États du Maghreb pour la paix et la sécurité en Afrique subsaharienne. Concernant le Sahara occidental, l’Europe doit continuer à soutenir la ligne de l’ONU et ne pas souscrire à des initiatives unilatérales françaises ou espagnoles.

    Il y a beaucoup à gagner sur le plan géopolitique si l’Europe s’affirme comme un partisan fiable du rapprochement entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne et s’engage dans une coopération triangulaire. Cela ralentirait la croissance des ouvertures pour d’autres acteurs externes tels que la Chine, l’Inde, la Turquie et les États du Golfe et renforcerait l’axe euro-africain.

    Dr. Isabelle Werenfels est Senior Fellow dans la division Moyen-Orient et Afrique.

    © Stiftung Wissenschaft und Politik, 2020

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    Ce commentaire reflète les opinions de l’auteur.

    Source : Institut allemand des affaires internationales et de sécurité, 19/11/2020

    Etiquettes : Maroc, Algérie, Tunisie, Union Européenne, UE, Afrique, Afrique Subsaharienne,

  • Migrants : Salvini, priorité aux investissements au Maghreb

    Migrants : Salvini, priorité aux investissements dans les pays d’Afrique du Nord

    Rome, 15 Jul 14:19 – (Agenzia Nova) – Le leader de la Ligue, Matteo Salvini, œuvre pour que le problème de l’immigration ne soit plus la question la plus importante dans les relations entre l’Italie et les pays de la rive sud de la Méditerranée, mais que l’accent soit mis sur les investissements et les projets de développement visant à créer des emplois dans les pays d’origine des migrants. Salvini lui-même l’a déclaré lors d’un dîner organisé hier à l’initiative de l’ambassadeur d’Algérie à Rome, Ahmed Boutache, avec des représentants diplomatiques des pays d’Afrique du Nord.

    Selon « Agenzia Nova », le secrétaire fédéral de la Lega a énuméré une série de secteurs dans lesquels les entreprises italiennes pourraient investir afin de créer des emplois pour les jeunes de la rive sud de la Méditerranée qui tentent de rejoindre les côtes européennes en s’appuyant sur des trafiquants sans scrupules. L’agriculture, l’industrie, les nouvelles technologies et les infrastructures sont autant de secteurs dans lesquels les entreprises italiennes pourraient faire la différence dans des pays comme la Tunisie, la Libye, l’Égypte, l’Algérie et le Maroc.

    Au cours du dîner, M. Salvini a souligné que la lutte contre l’immigration clandestine est une nécessité, mais il a précisé qu’il travaillait pour que les priorités deviennent autres : investir pour créer du développement, du travail et des perspectives de vie meilleure en Afrique du Nord et dans les pays d’où proviennent les migrations. Selon « Nova », le discours du leader de la Ligue a été très apprécié par les ambassadeurs d’Afrique du Nord présents.

    Le Maroc, qui n’a pas pu être présent physiquement car il était en congé, s’est mis d’accord sur tous les points par liaison téléphonique.

    La réunion a officiellement donné naissance à une coordination des pays d’Afrique du Nord qui se réunira chaque mois pour examiner conjointement les questions relatives à l’immigration, aux investissements, au développement local et aux relations avec l’Union européenne.

    Agenzia Nova, 15/07/2021

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  • La Libye ferme ses frontières avec la Tunisie à cause du coronavirus

    La Libye ferme ses frontières avec la Tunisie pendant une semaine en raison de l’augmentation des cas de coronavirus

    TRIPOLI, 8 juillet (Reuters) – Le nouveau gouvernement d’union libyen a annoncé jeudi qu’il fermait ses frontières avec la Tunisie pour une semaine en raison de l’augmentation des cas de coronavirus dans le pays voisin, a déclaré un porte-parole du gouvernement.

    Cette décision a été prise par mesure de précaution face à ce que le gouvernement a décrit comme « une aggravation de la situation et un effondrement du système de santé », ainsi qu’à l’augmentation du nombre de cas de la variante delta du coronavirus en Tunisie.

    La fermeture de la frontière terrestre et de l’aéroport avec la Tunisie commencera à partir de jeudi minuit, a déclaré Mohamed Hamouda, porte-parole du gouvernement d’unité nationale (GNU).

    Hamouda a également déclaré que les universités et les écoles ont suspendu les cours pendant environ deux semaines pour la même raison.

    Après avoir réussi à contenir le virus lors de la première vague l’année dernière, la Tunisie a dû faire face à une augmentation des infections. Elle a imposé un confinement dans certaines villes depuis la semaine dernière, mais a rejeté un confinement national complet en raison de sa crise économique.

    Le nombre total de cas en Tunisie a grimpé à environ 465 000, avec plus de 15 000 décès enregistrés.

    « L’État libyen, par l’intermédiaire de son consulat en Tunisie, prendra en charge ses ressortissants bloqués sur le territoire tunisien à la suite de cette décision jusqu’à ce que leur retour au pays soit facilité », a déclaré M. Hamouda.

    De nombreux Libyens se rendent en Tunisie pour y recevoir des soins médicaux, mais leur nombre a augmenté lorsque le pays riche en pétrole a sombré dans le chaos après la chute de l’ancien président Mouammar Kadhafi lors d’un soulèvement soutenu par l’OTAN en 2011.

    La Libye a enregistré 160 095 cas et 3227 décès. Le Centre national de contrôle des maladies du pays a déclaré que 413 883 de ses quelque 6,5 millions d’habitants ont été vaccinés.

    Etiquettes : Tunisie, Libye, frontière, coronavirus, covid 19, pandémie,

  • Les cartes de réduction d’Air France valables pour l’Algérie

    La compagnie aérienne française, Air France, vient de lancer une nouvelle offre attrayante : ses trois cartes de réduction sont désormais utilisables vers toute l’Europe et les trois pays du Maghreb : Algérie, Maroc et Tunisie.

    « Air France améliore son offre sur ses produits cartes : la carte Jeune pour les 12- 24 ans, la carte Senior pour les adultes de plus de 65 ans, et la carte Week- End, qui devient la carte Week-End + pour tous les adultes », a indiqué la compagnie aérienne française, dans un communiqué publié sur son site officiel.

    « Jusqu’ici uniquement valables pour les voyages en France (hors Corse pour la carte Senior) ces cartes voient désormais leur validité étendue également aux destinations moyen-courriers : l’Europe (dont l’Ukraine), l’Afrique du Nord (Algérie, Maroc et Tunisie), l’Arménie, la Géorgie, la Russie et la Turquie », a précisé la compagnie aérienne.

    « Dès maintenant, ces trois cartes de réduction sont proposées à un tarif attractif de 49 euros par carte », a expliqué Air France, précisant que ces cartes « peuvent être commandées sur airfrance. fr ou en agences de voyages ».

    Le Midi Libre, 24 juin 2021

    Etiquettes : Algérie, France, cartes de réduction d’Air France, Maroc, Tunisie,