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  • UE: L’Algérie, une partie de la réponse pour les besoins gaziers

    UE: L’Algérie, une partie de la réponse pour les besoins gaziers

    Union Européenne, Algérie, gaz, Ukraine, Russie,

    Interview de Francis Perrin – La Patrie news
    La demande mondiale de pétrole atteindra 100,3 millions de barils par jour d’ici la fin de 2022, selon les prévisions de l’AIE. D’autre part, le total des stocks mondiaux de pétrole (commerciaux et stratégiques) a diminué au cours du premier semestre 2022, atteignant 8,812 milliards de barils. Peut-on assister à un reflux du prix du baril d’ici fin 2022 ?

    Dans ses dernières projections, en août 2022, l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) estime que la demande pétrolière mondiale sera légèrement inférieure à 100 millions de barils par jour (Mb/j) cette année (99,7 Mb/j), soit une forte progression de 2,1 Mb/j par rapport à 2021. En 2023, la demande mondiale atteindrait 101,8 Mb/j, ce qui serait supérieur au record historique qui remonte à 2019 avant la pandémie de Covid-19. Le prix du pétrole a baissé de façon significative au cours des dernières semaines alors que la guerre en Ukraine continue à faire rage. Le 14 août, vers 14 heures, le prix du pétrole Brent (mer du Nord) pour le mois d’octobre était de $98 par baril, contre $114/b le 8 juin, soit une diminution de 14% environ. La raison principale qui explique cette évolution récente est la crainte d’une récession mondiale, ce à quoi s’ajoute dans les derniers jours l’espoir (à nouveau) d’un accord entre Washington et Téhéran sur le programme nucléaire de l’Iran. Si ces craintes de récession perduraient et étaient renforcées par de nouveaux indices économiques pas très bons ainsi que par le durcissement des politiques monétaires des grandes banques centrales, les prix du pétrole pourraient continuer à baisser. Mais il ne faut pas oublier que la guerre en Ukraine est loin d’être terminée et des hausses des cours sont donc toujours possibles. Il faudra par ailleurs voir ce que décidera la coalition de pays exportateurs appelée OPEP+ (23 pays), qui se réunit au début septembre.

    La disponibilité de l’or noir restera, selon certaines analyses, serrée et le remplacement des énergies fossiles par les renouvelables sera plutôt lent. Pourquoi les EnR peinent-elles à s’affirmer dans le mix énergétique mondial ?

    La montée en puissance des énergies renouvelables (hors hydroélectricité) prend forcément du temps car elles ne représentaient en 2021 qu’un peu moins de 7% de la consommation mondiale d’énergie primaire. Rappelons que la part des énergies fossiles (pétrole, charbon et gaz naturel) était de 82% l’an dernier, selon la BP Statistical Review of World Energy. Il y a pourtant bien une forte progression des sources renouvelables : leur consommation n’a fait qu’augmenter dans les dix dernières années, même au cours de la terrible année 2020, mais les grandes évolutions énergétiques demandent toujours du temps. Rien n’est simple dans ce domaine, rien n’est très rapide, rien n’est gratuit. Mais la dynamique haussière pour les renouvelables, notamment l’éolien et le solaire, va se poursuivre sur un bon rythme.

    On assiste à une ruée mondiale sur le charbon. Un cauchemar énergétique ?

    Selon l’AIE, la consommation mondiale de charbon pourrait atteindre 8 milliards de tonnes en 2022, retrouvant ainsi le précédent record qui remonte à 2013. En 2023, ce record de 8 milliards de tonnes pourrait être dépassé. Et il ne faut jamais oublier que le charbon est l’énergie la plus consommée dans le monde après le pétrole et avant le gaz naturel. La part de marché de cette source d’énergie est de 27%, ce qui est très important.

    Du fait de la guerre en Ukraine, les pays européens, qui entendent se passer à terme du gaz russe et qui subissent les réductions des livraisons de Gazprom, se tournent davantage vers le charbon, soit en rouvrant des centrales électriques au charbon, soit en prolongeant la durée de vie de celles-ci, soit en augmentant l’utilisation de centrales en exploitation. Par ailleurs, la consommation de l’Inde est également en forte progression. C’est clairement négatif pour l’environnement et le climat mais il ne s’agit pas pour autant d’une tendance de long terme, en tout cas pas pour les Européens qui ne perdent pas de vue leur objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050. L’Union européenne ne représente d’ailleurs que 4-5% de la consommation mondiale de charbon, contre 80% pour la région Asie/Pacifique. A elles seules, la Chine et l’Inde pèsent pour les deux tiers de la consommation mondiale de charbon.

    Pour l’industrie pétrolière, le dernier trimestre a été particulièrement faste. Quinze des plus grandes entreprises du secteur ont réalisé, durant le premier trimestre 2022, des gains sont montés à 94 milliards de dollars. L’ONU propose une taxe sur les superprofits. Vous y souscrivez ?

    Depuis 2021, les prix du pétrole, du gaz naturel, du charbon et de l’électricité sont en hausse. Ils ont atteint des niveaux très élevés et la consommation d’énergie est orientée à la hausse. Toutes les entreprises qui vendent de l’énergie, dont les compagnies pétrolières – qui produisent et vendent du pétrole et du gaz naturel -, sont favorisées dans un tel contexte. Saudi Aramco, la compagnie nationale de l’Arabie Saoudite, vient ainsi d’annoncer un bénéfice net record de $48,4 milliards pour le second trimestre 2022. Pour le premier semestre 2022, son bénéfice net s’établit à $87,9 milliards… Sur cette même période, le géant américain ExxonMobil a gagné »seulement » $23,3 milliards.

    Le secrétaire général de l’ONU a qualifié d »’immoraux » les profits de l’industrie pétrolière. Je ne suis pas sûr que ce sujet relève vraiment de la morale mais il est certain que ces profits sont exceptionnels et l’idée d’une taxation spéciale n’est donc pas absurde. Les compagnies pétrolières pourraient cependant répondre qu’en 2020 elles avaient enregistré des pertes exceptionnelles (-$22,4 milliards pour ExxonMobil sur l’ensemble de l’année 2020) et que l’ONU n’avait alors pas demandé qu’elles bénéficient d’une aide exceptionnelle. Il faut réfléchir à ce sujet en termes plus économiques que moraux et veiller à ne pas décourager l’investissement par ces grands acteurs énergétiques mondiaux.

    Pour le marché gazier, la Russie menace de réduire encore ses livraisons en Europe, les prix s’envolent. Ce contexte, le manque de production nucléaire et les vagues de chaleur entraînent les prix de l’électricité dans une spirale infernale. Une équation très complexe…

    Il est certain que, pour les Européens, la question de la hausse des prix du gaz naturel et de l’électricité est très importante en ce moment. Cela a un impact négatif sur leurs économies, leurs industries et leurs populations. De plus, il y a un risque sérieux de pénurie de gaz, ce qui pourrait avoir des conséquences négatives sur la production d’électricité. D’où la décision européenne de réduire de 15% la consommation de gaz sur la période allant d’août 2022 à la fin mars 2023 par rapport aux années précédentes. Les Européens redoutent également, outre les conséquences économiques, les impacts politiques et sociaux de ces problèmes énergétiques, par exemple du type mouvement des »Gilets jaunes » en France.

    L’Algérie, dont les partenaires ont approuvé les augmentations des prix annoncés par Sonatrach, pourrait-elle devenir une nouvelle source de cette énergie pour l’Europe ?

    L’Algérie est actuellement le troisième fournisseur en gaz naturel de l’Union européenne (UE) après la Russie et la Norvège. La volonté de l’UE d’arrêter complètement d’importer du gaz russe en 2027 au plus tard et le fait que les autorités russes aient déjà fortement réduit leurs exportations vers les pays européens créent des besoins supplémentaires de gaz et poussent l’UE à chercher d’autres fournisseurs que la Russie.

    L’Algérie a une place à prendre dans ce nouveau contexte énergétique et elle a commencé à le faire, comme le montre l’accord entre la Sonatrach et le groupe italien Eni conclu en avril 2022. Aux termes de cet accord, Eni pourra importer des volumes additionnels de gaz algérien dès 2022 à travers le gazoduc TransMed (appelé également gazoduc Enrico Mattei). Ces volumes supplémentaires seront de 9 milliards de mètres cubes par an en 2023-2024. Les deux groupes, qui coopèrent depuis des dizaines d’années, ont récemment renforcé leur partenariat en vue d’accélérer le développement de nouveaux projets pétroliers et gaziers dans le bassin de Berkine.

    L’Algérie ne sera pas la réponse aux besoins gaziers des Européens mais elle peut être une partie de la réponse. Elle a des atouts dans son jeu mais la concurrence sera rude.

    Propos recueillis par La Patrie news.

    IRIS, 18/08/2022

    #Algérie #UE #Gaz #Ukraine #Russie

  • L’Algérie se repositionne face à la crise énergétique européenne

    L’Algérie se repositionne face à la crise énergétique européenne

    Algérie, Union Européenne, Gaz, Pétrole, Ukraine, Russie,

    Zahra Rahmouni

    Un changement sismique dans la géopolitique de l’énergie a été déclenché par l’invasion russe de l’Ukraine en février dernier, et l’Algérie est devenue une option particulièrement attrayante pour plusieurs pays d’Europe occidentale à la recherche d’alternatives au gaz naturel russe. La nation nord-africaine fournit environ 11% du gaz européen importé, contre 45% acheminés depuis la Russie en 2021. Sa proximité géographique et ses multiples pipelines stratégiquement dispersés sur son littoral le rendent particulièrement important pour l’Espagne et l’Italie dans une situation géopolitique aussi incertaine. le contexte.

    Au cours des derniers mois, les dirigeants américains se sont succédé à Alger, laissant entrevoir l’importance accrue du pays au lendemain de la guerre en Ukraine. Le 30 mars, le secrétaire d’Etat Anthony Blinken était à Alger pour s’entretenir avec le président algérien Abdelmadjid Tebboune. Des informations indiquaient à l’époque que Blinken voulait profiter de cette rencontre pour convaincre son homologue algérien d’augmenter sa capacité d’exportation vers ses partenaires européens en réactivant le gazoduc Maghreb-Europe qui pompait du gaz algérien vers l’Espagne via le Maroc. L’oléoduc a été fermé le 1er novembre 2021, après le non-renouvellement du contrat de transit entre l’Algérie et le Maroc, quelques semaines après la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays en août 2021.

    S’adressant à l’agence de presse d’Etat, une source diplomatique algérienne a démenti ce qu’il considérait comme des rumeurs. « Tout comme la sous-secrétaire d’Etat américaine, Wendy Sherman [qui s’est rendue en Algérie le 10 mars], M. Blinken n’a jamais évoqué la réouverture du gazoduc Maghreb-Europe, contrairement aux spéculations sauvages relayées par certains médias marocains. »

    Les deux pays voisins ont connu plusieurs mois de tensions croissantes avec comme point focal le conflit du Sahara Occidental. L’ancienne colonie espagnole est située sur la côte atlantique entre le Maroc et la Mauritanie, et est officiellement classée comme territoire non autonome par les Nations Unies, ce qui signifie que son peuple « n’a pas encore atteint une pleine mesure d’autonomie ». Cependant, le Maroc revendique la région tout comme le Front Polisario, un mouvement de libération nationaliste sahraoui soutenu par l’Algérie.

    Après une longue période de relations hispano-marocaines tendues en raison de la volonté des autorités espagnoles de soigner médicalement le chef du Front Polisario Brahim Ghali qui a été frappé par une grave crise de COVID-19, et des incidents migratoires qui ont suivi, l’Espagne a décidé d’inverser son position de neutralité de longue date dans le conflit du Sahara occidental en mars 2022. Le gouvernement du Premier ministre Pedro Sanchez a publiquement soutenu le « plan d’autonomie » du Maroc pour le Sahara occidental, qui a été initialement dévoilé en 2007 et l’a décrit comme « sérieux, crédible et réaliste ». Cette action a encore surpris ses partenaires algériens et exacerbé les tensions en Méditerranée occidentale.

    Malgré le renversement de position, l’Algérie continue de fournir du gaz à l’Espagne via les méthaniers et le gazoduc Medgaz qui relie Beni Saf dans l’Ouest algérien à Almeria dans le Sud de l’Espagne. Cependant, l’Algérie a résilié unilatéralement le traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération avec l’Espagne et a rappelé son ambassadeur de Madrid sans nommer de remplaçant.

    Par ailleurs, selon des informations parues dans la presse espagnole, la part du gaz algérien en Espagne est passée de 45 % à 22 % en un an. Les autorités algériennes ont également l’intention d’ajuster ses contrats à long terme avec l’Espagne pour profiter de la hausse des prix de l’énergie sur le marché mondial.

    Pendant ce temps, Alger s’est clairement rapproché de l’Italie. Depuis avril, le Premier ministre italien Mario Draghi a conduit à deux reprises une délégation en Algérie, tandis que le président Tebboune s’est également rendu à Rome fin mai pour une visite officielle qui a duré deux jours.

    Les Italiens, qui avaient désespérément besoin de réduire leur dépendance au gaz russe, ont recherché de manière proactive une relation renforcée avec l’Algérie quatre jours seulement après le début de la guerre en Ukraine. Le 28 février 2022, Luigi Di Maio, le ministre italien des affaires étrangères, s’est rendu à Alger pour rencontrer son homologue algérien Ramtane Lamamra et le ministre de l’énergie Mohamed Arkab. La délégation de Di Maio comprenait Claudio Descalzi, PDG de la société énergétique italienne ENI. Le géant italien des hydrocarbures est présent en Algérie depuis 1981 et a déjà réalisé des investissements à long terme aux côtés de la société nationale algérienne des hydrocarbures, Sonatrach.

    Un signe de l’ampleur accrue des relations algéro-italiennes est que l’Algérie a fourni à l’Italie 13,9 milliards de mètres cubes de gaz depuis le début de 2022, soit une augmentation de 113% par rapport aux prévisions, selon les autorités algériennes. Les livraisons de gaz devraient augmenter de 6 milliards de mètres cubes supplémentaires d’ici la fin de l’année, ce qui ferait de l’Algérie le premier fournisseur de gaz naturel de l’Italie. En conséquence, Draghi a annoncé que son pays avait pu réduire ses importations de gaz russe de 40 % à 25 %.

    Tout au long de son recalibrage des relations dans le bassin méditerranéen, l’Algérie a tenté de profiter des marchés mondiaux tout en essayant de ne pas offenser son allié historique : la Russie. En avril, l’Algérie a voté contre l’exclusion de la Russie du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, un soutien salué par le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors de sa visite à Alger le 10 mai.

    Bien que l’Algérie soit disposée à fournir plus de gaz à l’Europe, elle ne dispose pas de réserves suffisantes pour satisfaire une augmentation drastique de la demande à court terme. Les capacités d’exportation du pays sont passées de 65 milliards de mètres cubes en 2007 à 42 milliards de mètres cubes en 2021. La baisse des exportations s’explique par une augmentation de la consommation intérieure et une baisse des investissements dans les infrastructures ces dernières années.

    Le secteur algérien des hydrocarbures est en pleine renaissance. En 2019, le Parlement a approuvé une nouvelle législation qui redéfinit le cadre juridique régissant le secteur, en offrant plus de flexibilité pour attirer les investissements étrangers. En juillet dernier, un important contrat pétrolier et gazier a été signé entre Sonatrach, l’ENI, le français Total et l’américain Occidental Petroleum. L’investissement totalise 4 milliards de dollars sur les 25 prochaines années. Le 3 juillet, l’Algérie a également annoncé la découverte d’un important champ gazier à Hassi R’Mel, au centre du pays. La production devrait débuter en septembre prochain, selon Toufik Hakkar, PDG de Sonatrach.

    En outre, l’Algérie fait avancer le projet de gazoduc NIGAL, vieux de plusieurs décennies, un gazoduc transsaharien reliant le Nigéria, le troisième producteur de gaz du continent, à l’Algérie. S’il aboutit, ce projet pourrait fournir jusqu’à 30 milliards de mètres cubes de gaz par an à l’Europe.

    Sur le plan économique, la manne financière de la hausse des prix du pétrole et du gaz, principales sources de revenus en devises du pays, contribuera à reconstituer les réserves de change qui s’étaient amenuisées ces dernières années. Le coussin financier permettra également au gouvernement de poursuivre des politiques à court terme pour atténuer les effets de l’inflation économique et les effets de la pandémie de COVID-19 qui a secoué le monde entier.

    L’Algérie a apparemment l’intention d’utiliser ses ressources gazières comme influence pour soutenir sa politique étrangère qui était restée en sommeil dans les dernières années de la présidence de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika, en raison de sa mauvaise santé suite à un accident vasculaire cérébral débilitant en 2013. L’Europe se désengage du gaz russe et investit dans l’énergie algérienne confère au pays un rôle de premier plan dans la région et permet au président Tebboune, arrivé au pouvoir de manière contestée après plusieurs mois de contestation antigouvernementale, de tenter de regagner en légitimité auprès de ses partenaires étrangers et d’acheter la paix sociale chez lui.

    Zahra Rahmouni est une journaliste indépendante dont les intérêts incluent le changement climatique ainsi que les affaires socio-politiques et économiques en Algérie et au Maghreb.

    The Tahrir Institute for Middle East Policy, 17/08/2022

    #Algérie #UE #Gaz #Ukraine #Russie

  • Analyse : L’Algérie confiante monte en flèche -Reuters-

    Analyse : L’Algérie confiante monte en flèche -Reuters-

    Algérie, Union Européenne, gaz, Ukraine, Russie, pétrole, Maroc, Espagne, Sahara Occidental, Hirak,

    -Revenus énergétiques de l’Algérie beaucoup plus élevés
    -La demande de gaz renforce le poids régional
    -Mouvement de protestation réprimé

    ALGER, 18 août (Reuters) – Les tentatives de l’Europe de se sevrer du gaz russe ont donné un coup de fouet à l’Algérie.

    Fortes des revenus énergétiques après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la demande de pétrole et de gaz a explosé, les autorités dépensent davantage pour les prestations sociales et adoptent une position plus affirmée à l’étranger, après des années de baisse de la richesse et le bouleversement politique d’un mouvement de protestation de masse.

    Le président Abdulmadjid Tebboune a annoncé les augmentations attendues des salaires, des retraites et des allocations de chômage du secteur public, revenant à un modèle de dépenses sociales généreuses auquel les Algériens sont habitués depuis longtemps.

    Le gouvernement a également adopté une position plus audacieuse envers les pays européens rendus plus dépendants du gaz nord-africain par la guerre d’Ukraine, comme l’Espagne, répondant aux efforts plus actifs de son principal rival, le Maroc, pour obtenir leur soutien sur les questions régionales.

    « Le gouvernement n’est plus sous pression sociale et politique comme c’était le cas en 2019 et 2020 », a déclaré un conseiller travaillant pour le gouvernement.

    « Le Hirak (le mouvement de protestation de masse) est terminé. Le COVID-19 est sous contrôle et les revenus sont en hausse. »

    Le contraste avec le passé récent est saisissant.

    De 2019 à 2020, des manifestations de masse hebdomadaires ont secoué l’establishment, conduisant l’armée à expulser le président vétéran Abdelaziz Bouteflika et d’autres personnalités de premier plan.

    Une forte baisse des revenus énergétiques et des réserves de devises étrangères après la chute des prix du pétrole en 2014 avait entre-temps forcé de fortes réductions des dépenses publiques qui risquaient de déclencher de nouveaux troubles.

    Pour aggraver les inquiétudes, le secteur de l’énergie était en difficulté, avec des investissements minimes dans les gisements de pétrole et de gaz, des volumes d’exportation plus faibles et un flot de talents de la société d’État Sonatrach, qui au cours des dernières décennies a enregistré en moyenne une nouvelle tête tous les 20 mois.

    La flambée des prix mondiaux du pétrole et du gaz à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février a contribué à stabiliser la situation, à remplir les caisses de l’État et à renforcer la confiance.

    Les analystes affirment néanmoins que l’Algérie n’a d’autre choix que de poursuivre des réformes potentiellement difficiles pour protéger son économie des futurs effondrements du marché de l’énergie.

    Tebboune a promis de le faire et a pris des mesures pour stimuler le commerce avec certains pays africains, mais les efforts du gouvernement pour ouvrir l’une des économies les plus fermées du monde ont jusqu’à présent peu progressé.

    « Oui, les revenus sont en hausse. Mais l’économie a encore besoin de réformes pour fonctionner », a déclaré un ancien ministre du gouvernement.

    POIDS

    La crise de l’énergie en Europe n’a pas seulement augmenté les prix, elle a créé une plus grande demande d’approvisionnement en gaz qui ne sera pas affectée par la guerre en Ukraine, donnant plus de poids à l’Algérie.

    Les approvisionnements algériens représentent plus d’un quart de la demande de gaz en Espagne et en Italie et Sonatrach est le troisième exportateur vers l’Europe après la Russie et la Norvège.

    Sonatrach a déclaré que les revenus pétroliers et gaziers atteindraient 50 milliards de dollars cette année, contre 34 milliards de dollars l’année dernière et 20 milliards de dollars en 2020, tandis que les chiffres officiels prévoient que les exportations non pétrolières atteindraient 7 milliards de dollars, un record.

    Les règles visant à encourager la participation étrangère dans le secteur énergétique algérien ont contribué à accroître les investissements et à développer de nouveaux projets.

    En juin, Sonatrach a annoncé une nouvelle découverte dans son plus grand champ gazier, Hassi Rmel, ajoutant 100 à 340 milliards de mètres cubes de condensat de gaz aux réserves avec une production supplémentaire attendue de 10 millions de mètres cubes de gaz par jour à partir de novembre.

    Un accord d’approvisionnement en gaz considérablement élargi avec l’Italie pourrait entre-temps rappeler aux États européens les avantages de l’amitié avec l’Algérie.

    L’Espagne, qui dépend du gaz algérien, a changé cette année pour soutenir le Maroc sur le Sahara occidental, un territoire que Rabat considère comme le sien mais où l’Algérie soutient un mouvement indépendantiste.

    L’Algérie a retiré son ambassadeur en conséquence et a coupé certains échanges. Bien qu’il ait clairement indiqué qu’il honorerait les termes de son contrat d’approvisionnement en gaz, il semble peu enclin à se montrer généreux à l’approche des négociations tarifaires prévues.

    « Nul doute que la carte gaz a servi l’Algérie. Elle est courtisée, et il ne se passe pas un jour sans que les pays européens ne contactent les autorités pour discuter d’éventuelles ventes », a déclaré un responsable algérien de l’énergie à la retraite.

    REVENU

    Pourtant, malgré l’influence diplomatique supplémentaire qu’elle a acquise grâce à une demande énergétique plus élevée, l’Algérie devrait rester concentrée sur la maximisation des revenus de la hausse des prix pour apaiser une population qui avait commencé à devenir rétive.

    « Je suis contente de toucher 13 000 dinars par mois », a déclaré Mouna Belgacem, une diplômée de 24 ans qui fait partie du million d’Algériens qui perçoivent des allocations de chômage après avoir passé trois ans à chercher un emploi.

    S’exprimant ce mois-ci, Tebboune a déclaré: « Tant qu’il y aura des revenus supplémentaires cette année, je m’engage à augmenter les salaires et les allocations de chômage », ajoutant que l’Algérie luttait pour « restaurer sa dignité ».

    Les prestations et les salaires de l’État devraient augmenter l’année prochaine.

    Il n’est pas clair si le financement plus facile d’un modèle économique fortement étatique sur lequel l’Algérie s’est appuyée pendant des décennies entravera les réformes visant à stimuler l’emploi et la richesse par le biais du secteur privé.

    À long terme, les autorités doivent savoir que les frustrations économiques pourraient susciter des troubles publics malgré une approche sécuritaire sans compromis.

    Les dirigeants du mouvement de protestation de masse « Hirak » ont été arrêtés à plusieurs reprises depuis que les manifestations se sont interrompues pendant la pandémie, sans atteindre leurs objectifs ultimes d’une purge de l’élite dirigeante et de l’abandon de la politique par l’armée.

    Samir Belarbi, figure éminente du Hirak, a été arrêté deux fois et a purgé une peine de prison pour « atteinte à l’intégrité territoriale » et « diffusion ou détention de publications portant atteinte aux intérêts nationaux ».

    Il dit que le mouvement va continuer.

    « Nous devons maintenant trouver de nouveaux moyens de lutter pacifiquement pour une justice libre, une presse libre, un gouvernement responsable et la transparence », a-t-il déclaré.

    Reuters, 18/08/2022

    #Algérie #Pétrole #Gaz #UE #Maroc #Espagne #Sahara_Occidental #Hirak

  • La révolution du numérique et le nouveau pouvoir mondial

    La révolution du numérique et le nouveau pouvoir mondial

    Révolution numérique, crise énergétique, crise alimentaire, pandémie, covid 19, réchauffement climatique, BRICS, Chine, Russie, Ukraine,

    Abderrahmane Mebtoul Professeur des Universités, docteur d’Etat 1974 – Expert international – Expert-comptable de l’Institut supérieur de gestion de Lille France

    1.-Rappelons le scandale récent où le programme phare de NSO nommé Pegasus, u surnommé «Cheval de Troie», a permis, de fouiller dans les données (calendriers, photos, contacts, messageries, appels enregistrés, coordonnées GPS…) des Smartphones, iPhone comme Android, infectés, mais aussi de contrôler à distance la caméra et les micros intégrés à l’appareil. La maitrise de cette technologie donne la possibilité d’écouter des conversations dans une pièce alors que le téléphone apparaît inactif. Ce logiciel en est à sa troisième version. Dans les premières moutures, la victime devait cliquer sur un lien pour charger le virus. Mais, depuis au moins deux ans, Pegasus est devenu une technologie dite «zéro clic» où la victime reçoit ce qui ressemble à un appel vidéo qui suffit à infecter le téléphone dès la première sonnerie, même si elle ne répond pas.

    Selon Forbidden Stories, la réception d’un «iMessage», la messagerie d’Apple, ou d’un SMS infecté servirait de viatique pour prendre le contrôle de l’appareil. C’est un puissant logiciel qui au départ devait contrecarrer les actions terroristes mais qui a été utilisé pour espionner le compte d’une dizaine d’Etats, et une liste de plus de 50.000 numéros de téléphone de personnalités diverses de par le monde . Cependant les nouvelles technologies ne concernent pas seulement les écoutes. Les drones sans pilotes commencent à remplacer l’aviation militaire classique pouvant cibler avec précision tout adversaire à partir de centres informatiques sophistiqués à des milliers de kilomètres. Les satellites remplissant l’atmosphère, permettent d’espionner tout pays, de détecter le mouvement des troupes et la diffusion d’images de toute la planète.

    C’est dans ce cadre que se développe l’Intelligence économique dont sa gestion stratégique est devenue pour une Nation et l’entreprise l’un des moteurs essentiels de sa performance globale et de sa sécurité. Mais si les experts militaires s’accordent sur le fait que l’espionnage a toujours existé dans les relations internationales depuis que le monde est monde, mais aujourd’hui plus sophistiqué, il appartient à chaque nation d’utiliser des moyens plus sophistiqués pour se protéger où les cybers attaques sont facteurs de déstabilisation. Une Nation sans un service de contre espionnage incluant le militaire et l’économique, le social dont l’anthropologie pour saisir les mutations sociales, et le culturel afin de prévoir les comportements psychologiques, est comme un aveugle qui tâtonne sans stratégie.

    Notre univers est devenu une grande maison de verre, l’infrastructure de l’Internet se répandant aujourd’hui autour du monde pour créer un large réseau mondial et ce grâce à l’informatique qui permet aujourd’hui de numériser les informations et de gérer de nouveaux systèmes. L’utilisation de Facebook et Twitter par la diffusion d’informations parfois non fondées où faute de transparence, la rumeur dévastatrice supplante l’information officielle déficiente.

    2.-L’interaction de l’électronique et de l’informatique explique que les applications des NTIC puissent répondre aux besoins aussi bien des entreprises et de l’Etat que des ménages et des individus. La globalisation des entreprises, des marchés et des circuits de la finance n’a pas seulement impliqué un remodelage des structures économiques et des flux d’échange, elle a aussi conduit à la professionnalisation de la communication et de l’information, ainsi qu’à une intégration de plus en plus poussée des phases de la conception, de la création et de la consommation des produits, parallèlement à la fusion de sphères d’activités jadis séparées, voire opposées. D’où l’appui aux entreprises pour l’accès aux volumes importants d’informations sur le commerce international détenu par les départements et agences ministériels, les services de renseignement et de contre-espionnage, mettant en place un service d’information économique au profit des entreprises engagées dans le commerce extérieur.

    Depuis l’apparition des intranets et des extranets, l’information se diffuse plus rapidement et plus largement hors des frontières, acquérant ainsi une telle valeur stratégique que l’enjeu est désormais de se l’approprier. Des écoutes téléphoniques, nous assistons aux interceptions des messages électroniques. Lorsqu’un mail est envoyé de façon habituelle, il n’est pas crypté et peut transiter par une dizaine de proxys qui jalonnent le parcours vers sa destination. Les informations contenues dans le corps du message et dans les fichiers joints peuvent être lues par autant de responsables de proxies que nécessite le trajet. Les vols de documents ne se produisent pas seulement en accédant, à distance ou non, à un ordinateur ou un serveur, mais également par les photocopieuses qui stockent les informations avant de les imprimer, des experts en informatique pouvant donc ensuite très facilement récupérer ces informations.

    Autres exemples : le fonctionnement des bourses interconnectées déterminant le prix de produits stratégiques dont la méconnaissance peut se traduire en pertes financières, prix qui fluctuent de minutes en minutes, d’heures en heures et dont la méconnaissance peut mettre en faillite des firmes ou un pays, l’utilisation de mécanismes sophistiqués à l’aide de bureaux conseils juridiques et financiers pour les transferts illicites de capitaux à travers les surfacturations rendant presque impossible le traçage et donc la récupération par les Etats lésés. Face aux grands bouleversements géostratégiques qui s’annoncent, les impacts de l’épidémie du coronavirus et le dérèglement climatique modifieront le nouveau pouvoir mondial avec des incidences politiques, sociales, culturelles et militaire.

    3.- C’est qu’avec la crise ukrainienne, récemment en Asie avec les tensions Chine/USA concernant l’avenir de Taiwan, ( voir notre interview à la télévision ALG24 du 04 aout 2022), la crise énergétique et alimentaire, l’impact de l’épidémie du coronavirus et du réchauffement climatique, posent la problématique d’une nouvelle architecture des relations internationales et sur le plan politique et sur le plan économique de la nécessaire transition numérique et énergétique qui devrait modifier considérablement tant les politiques sécuritaires, économiques, et et sociales des Nations. Nous assistons à un profond bouleversement de l’ordre économique et géopolitique mondial où le commerce de l’énergie se modifie, l’inflation est de retour, la crise alimentaire guette bon nombre de pays, les chaînes d’approvisionnement se reconfigurent, les réseaux de paiement se fragmentent et certains pays émergents comme la Chine repensent leurs réserves de devises estimées au 31/12/2021 à environ 3200 milliards de dollars.

    C’est ainsi que le monde devrait connaître un grand bouleversement travers le BRICS, composé de cinq pays – Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, l’acronyme BRICSAM (en anglais , également utilisé pour y adjoindre le Mexique, sans qu’il soit membre de ce groupe, rejoints en tant qu’ observateurs par la Thaïlande, l’Egypte, la Guinée et, le Tadjikistan. Ensemble, les BRICS pèsent 45 % de la population de la planète, près du quart de sa richesse et les deux tiers de sa croissance et les estimations, les BRICS seraient à l’origine de plus de 50 % de la croissance économique mondiale au cours des dix dernières années, ce bloc selon le quotidien allemand « Die Welt » pouvant être l’amorce : d’une alliance anti-occidentale. Cela marque la fin d’un monde né un demi-siècle plus tôt et la dislocation d’une architecture internationale qui s’est traduite des décennies durant par les divisions, les déchirements et les guerres.

    Aujourd’hui, les menaces sur la sécurité ont pour nom terrorisme, prolifération des armes de destruction massive, crises régionales et délitement de certains Etats. Face à cette situation ayant des impacts géostratégiques, économiques et sécuritaires, où les relations diplomatiques de chefs d’Etat à Etat, de ministres à ministres ont de plus en plus peu d’impacts, étant supplantés par des réseaux décentralisés, l’Etat major de l’ANP à travers les dernières éditions El-Djeich tire la sonnet d’alarme afin que la majorité des responsables des institutions stratégiques en Algérie en déphasage par rapport aux nouvelles réalités tant internes que mondiales, s’adaptent en urgence, nécessitant un important investissement dans le savoir. (Voir l’American Herald Tribune du 11 août 2018 (USA) «Dr Abderrahmane Mebtoul : «Algeria Still Faces Significant Challenges et IMPED ministère de la Défense nationale octobre 2019 conférence du Pr A. Mebtoul où les axes de la maîtrise du numérique ont été développés». C’est que la nouvelle révolution mondiale du numérique a un impact sur le comportement des citoyens, sur la gestion des institutions et des entreprises et d’une manière générale sur la gouvernance et sur notre nouveau mode de vie. Politiques, militaires, entrepreneurs, citoyens, nous vivons tous aujourd’hui dans une société de la communication électronique, plurielle et immédiate qui nous contraint à prendre des décisions en temps réel.

    En conclusion, les défis collectifs nouveaux, sont une autre source de menace : ils concernent les ressources hydriques, la pauvreté, les épidémies, l’environnement. Ils sont d’ordre local, régional et global. Existant un lien dialectique entre sécurité et développement, cela rend urgent un front social interne solide et de profondes réformes structurelles loin des replâtrages conjoncturels, toute Nation qui n’avance pas recule forcément et toute Nation n’est forte que si son économie est forte, l’Algérie étant dépendante des hydrocarbures (97/98% des recettes en devises avec les dérivés). Toute action diplomatique dans l’avenir des relations internationales n’aura de réelles efficiences que si l’économie est forte et si le pays maîtrise les nouvelles technologies.

    Face à ces nouvelles mutations technologiques s’impose une coordination internationale et un code de bonne conduite, avec de nouveaux mécanismes juridiques de protection qui touchent tant la vie privée que la sécurité des Nations. Le monde étant à l’aube d’une quatrième révolution économique, l’Algérie n’a pas d’autres choix que de réussir les réformes structurelles impliquant des stratégies d’adaptation et une autre politique socio-économique, loin des utopies du passé, dont celle de la transition énergétique et numérique. Le temps ne se rattrapant jamais en économie, toute Nation qui n’avance pas recule forcément, impliquant des actions concrètes loin des promesses utopiques du passé.

    #Révolution_numérique #Pegasus #Technologie #crise énergétique et alimentaire, l’impact de l’épidémie du coronavirus et du réchauffement climatique,

  • Divers points sur l’Ukraine et les médias

    Divers points sur l’Ukraine et les médias

    Ukraine, Russie, Zaporijia, centrale nucléaire,

    Permettez-moi de commencer l’écriture d’aujourd’hui avec deux recommandations de lecture.

    Lambert Strether et Yves Smith de Naked Capitalism discutent d’un article sur l’opération russe en Ukraine qui avait été publié dans la Marine Corps Gazette et dont des photos en fac-similé ont été publiées il y a deux semaines sur Twitter et plus tard dans leur intégralité sur Reddit et par Southfront .

    L’évaluation par un marine de l’« opération » militaire russe en Ukraine (une « appréciation profonde des trois domaines dans lesquels les guerres sont menées »)

    J’avais lu l’article de la Gazette lors de sa parution il y a quelques semaines et je l’avais trouvé excellent. Il dépeint de manière réaliste le premier mouvement russe vers Kiev comme une feinte. C’est aussi mon point de vue. La feinte, avec trop peu de troupes pour occuper réellement Kiev, avait un objectif politique et militaire.

    Politiquement, il a fait pression sur le gouvernement ukrainien pour qu’il accepte rapidement les conditions russes d’un cessez-le-feu. Cela a failli fonctionner lorsque les négociations entre la Russie et l’Ukraine fin mars en Turquie ont donné des résultats prometteurs. Les pourparlers ont ensuite été sabotés par l’intervention de Boris Johnson à Kiev où celui-ci, parlant au nom de Joe Biden, a exigé la poursuite de la guerre, ce que Zelensky a alors rapidement fourni.

    Militairement, la feinte a eu des résultats presque parfaits. Quelque 100 000 soldats ukrainiens ont été fixés autour de Kiev tandis que les troupes russes de Crimée se sont déplacées presque sans opposition pour relier l’île via un pont terrestre au Donbass et à la Russie et ont également pris pied à Kherson sur le côté ouest du Dniepr.

    La feinte précipitée a eu un prix élevé sous la forme de pertes russes, mais a contribué à établir des situations de front à l’est et au sud qui ont permis la destruction massive des forces ukrainiennes avec un minimum de pertes du côté russe.

    Lorsque la feinte vers Kiev n’a plus été utile, les forces russes sont revenues à leurs positions de départ sans trop de combats. Les Ukrainiens ont affirmé que c’était une victoire, mais ils n’avaient pratiquement rien à voir avec la retraite bien planifiée et exécutée.

    Que la Gazette publie un article qui confirme ce point de vue est remarquable. Encore plus remarquable, comme le note Lambert , est le manque d’écho qu’il a eu dans les médias américains :

    Nous sommes le 14 août. L’article de « Marinus » dans le numéro d’août de MCG est disponible depuis le 29 juillet au plus tard, le premier succès de la source japonaise. Le deuxième hit apparaît le 9 août, dans un agrégateur de langue russe. Le troisième apparaît le 12 août sur Reddit. Cela fait deux semaines, et les médias, collectivement, ont un trou d’actualité vorace. Alors, où est la couverture du Times ? Où est le Washington Post ? Où est la politique étrangère ? Où sont les Affaires étrangères ? Où est l’Atlantique ? Où est le Conseil des relations étrangères ? Où est l’Institut pour l’étude de la guerre ? Où, plus loin, se trouve Defense One ? Le lecteur ? Ils sont tous silencieux. Et pourtant, ce que nous avons, comme le montre à lui seul la citation dans le titre de cet article, est une rupture significative par rapport à l’orthodoxie sur les capacités ukrainiennes et russes en général dans le magazine professionnel du Corps des Marines des États-Unis. Bizarre, très bizarre !
    En effet …

    Aujourd’hui, j’ai appris que l’auteur anonyme « Marinus » de l’article de la Marine Corps Gazette serait le général à la retraite Karl Van Riper, bien connu pour avoir gâché le jeu de guerre Millennium Challenge en appliquant des conditions réalistes. Le gars est détesté par les divisions chairborne du Pentagone. BTW – un fac-similé de la première partie de l’article de Marine Gazette est disponible ici . Un autre excellent article de la Gazette sur la façon russe de se battre à partir de janvier 2022 est ici .

    Encore un autre excellent article que j’ai trouvé via un lien sur Naked Capitalism est celui de Myrmikan Research qui examine le contexte historique de la guerre à travers la rivalité russo-britannique vieille de plusieurs siècles : A World Gone MAD .

    Revenons maintenant aux affaires quotidiennes.

    Le New York Times poursuit sa campagne éhontée de propagande pro-ukrainienne qui trompe ses lecteurs.

    Les guerres concernent la géographie et la géographie est représentée sur les cartes.



    Source : LiveUAmap – plus grand
    Kherson, la capitale de l’oblast de Kherson se trouve en bas à gauche et du côté nord du fleuve Dniepr. C’est comme la plupart de l’oblast de Kherson sous contrôle russe.
    Zaporizhzhia, la capitale de l’oblast de Zaporizhzhia se trouve en haut à droite de la carte. La majeure partie de l’oblast de Zaporizhzhia, au sud-est de la capitale, est sous contrôle russe, mais la ville de Zaporizhzhia continue d’être sous contrôle ukrainien.

    La centrale nucléaire de Zaporizhzhia (ZNPP) avec ses six réacteurs se trouve à côté de la ville d’Enerhodar, du côté sud du grand réservoir du Dniepr. Depuis la mi-mars, il est sous contrôle russe. Malgré le nom commun, sa distance en ligne droite avec la ville de Zaporizhzhia est de 50 kilomètres (30 miles). La distance par la route indiquée par les flèches est d’environ 110 kilomètres (66 miles).
    Le NYT ne fournit aucune carte à ses lecteurs. Cela les laisse dans l’ignorance des réalités géographiques de la guerre et est abusé pour leur fournir des mensonges.

    Le bombardement d’une ville voisine tue un employé de la centrale nucléaire de Zaporizhzhia.

    Un bombardement près d’un complexe nucléaire dans le sud de l’Ukraine a tué un contremaître de l’installation à son domicile dans une ville voisine, ont annoncé dimanche des responsables ukrainiens.
    La société ukrainienne qui supervise les centrales nucléaires du pays, Energoatom, a déclaré que la Russie avait dirigé au moins six obus sur la ville d’Enerhodar, où vivent la plupart des travailleurs de la centrale nucléaire de Zaporizhzhia.

    La ville est sous occupation russe, et les Russes ont blâmé les Ukrainiens pour le bombardement du complexe nucléaire géant – le plus grand d’Europe – et des zones résidentielles voisines, ce qui a sonné l’alarme dans le monde entier. Cependant, les Ukrainiens ont déclaré que ce sont les Russes qui tiraient sur les civils, suggérant que l’intention était de discréditer l’armée ukrainienne.

    L’affirmation selon laquelle les Russes tirent sur la centrale nucléaire ou la ville voisine est illusoire. Le président ukrainien Zelensky lui-même a déclaré que l’Ukraine tirait sur le ZNPP parce que des soldats russes s’y trouvaient.

    L’Ukraine ciblera les soldats russes à la centrale nucléaire de Zaporizhzhia, dit Zelenskiy – vidéo

    Le NYT poursuit :

    Les États-Unis et l’Union européenne ont appelé à la création d’une zone démilitarisée, car les combats dans et autour de la centrale et de ses réacteurs actifs et des déchets nucléaires stockés ont suscité de vives inquiétudes quant au fait qu’une frappe errante et un incendie en résultant pourraient provoquer une fusion ou libérer des radiations.

    Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a déclaré samedi dans son allocution nocturne que la Russie avait eu recours au « chantage nucléaire » dans le complexe, réitérant une analyse ukrainienne selon laquelle Moscou l’utilisait pour ralentir une contre-offensive ukrainienne contre la ville de Kherson, occupée par la Russie, où Les défenses militaires conventionnelles russes semblent de plus en plus bancales.

    Regarde la carte. Toute la zone autour de l’usine est sous contrôle russe. Comment peut-il y avoir des « combats dans ou autour du ZNPP » ? Il n’y en a pas. Il n’y a que des impacts d’artillerie ukrainiens tirés du côté nord du réservoir du Dniepr au ZNPP.

    Il est également impossible que quelque chose se passe au ZNPP qui puisse « ralentir » une contre-offensive ukrainienne sur Kherson. Une contre-offensive qui, pour des raisons très différentes, peut et ne se produira pas .

    Plus de bêtises NYT :

    Contrairement aux craintes de certains analystes lorsque Moscou a lancé son invasion en février, la menace nucléaire la plus urgente dans la guerre en Ukraine semble désormais être la Russie qui endommage la centrale civile, plutôt que de déployer ses propres armes nucléaires.
    La Russie n’a aucun intérêt perceptible à endommager le ZNPP. La centrale est sous son contrôle total et fournit de l’électricité utile aux zones sous contrôle russe ainsi qu’à la partie ukrainienne :

    Dans les champs près d’Enerhodar, de longues files de voitures transportant des civils en fuite se sont formées samedi, selon des publications sur les réseaux sociaux et un autre ancien ingénieur de l’usine qui est resté en contact avec les résidents locaux.

    « Les habitants abandonnent la ville », a déclaré l’ancien ingénieur, qui a demandé à être identifié uniquement par son prénom, Oleksiy, pour des raisons de sécurité. Les résidents partaient depuis des semaines, mais le rythme s’est accéléré après les barrages et les incendies de samedi, a-t-il déclaré.

    Les employés ukrainiens ne fuient pas mais renvoient leurs familles, a déclaré Oleksiy, parti en juin. Enerhodar a été construit pour les employés de l’usine à l’époque soviétique et comptait environ 50 000 habitants avant la guerre.

    Ce prétendu vol (observé par quelqu’un qui n’est même pas là ?) est également repris dans un autre article récent du NYT :

    « Ils tirent jour et nuit » : les civils fuient la région contestée autour d’un complexe nucléaire.

    ZAPORIZHZHIA, Ukraine – Des explosions de plus en plus fréquentes près d’un vaste complexe nucléaire dans le sud de l’Ukraine et le bombardement d’une ville voisine où résident de nombreux travailleurs du complexe ont accéléré l’exode civil de la région.

    Environ un millier de voitures ont été refoulées à un point de passage sur la ligne de front entre territoire sous contrôle russe et sous contrôle ukrainien , selon des personnes interrogées côté ukrainien dimanche matin.

    Le flux de personnes fuyant s’est accéléré au cours de la semaine dernière alors que les explosions près de la centrale nucléaire de Zaporizhzhia sont devenues plus fréquentes, a déclaré Dmytro Orlov, le maire en exil de la ville d’Enerhodar, dans une interview. Il a dit que les troupes russes tiraient des roquettes d’artillerie grad depuis la périphérie de la ville.

    La Russie a continué de rejeter la responsabilité des bombardements sur les forces ukrainiennes ; L’Ukraine a déclaré que la Russie bombardait le territoire qu’elle contrôle elle-même dans le but de discréditer l’armée ukrainienne.

    La pièce est accompagnée de trois images.



    La légende de l’image ci-dessus dit :

    Natalia Lytvenenko a décidé qu’il était temps de quitter Blagoveshenko, un territoire occupé par la Russie à 14 km de la centrale nucléaire de Zaporizhzhia, mercredi avec trois filles et leur grand-mère. Les gens essaient de partir depuis une semaine. David Guttenfelder pour le New York Times
    Ce que je trouve curieux à propos de cette photo, c’est qu’il n’y a aucun bagage visible à l’intérieur de la voiture. « C’est dans le coffre », me direz-vous. Bien sûr, mais les personnes qui fuient leur domicile emportent généralement le plus possible avec elles – plusieurs ensembles de vêtements, vestes, articles ménagers, souvenirs, livres, couettes, etc. Les enfants, par exemple, emportent au moins certains de leurs jouets. Rien de tel n’est visible ici.

    La légende de l’image ci-dessus dit :

    Dimanche, des voitures civiles se sont alignées pour tenter d’atteindre un point de passage contrôlé par les Ukrainiens dans la ville de Zaporizhzhia. David Guttenfelder pour le New York Times
    S’il s’agit du « point de passage sur la ligne de front entre le territoire sous contrôle russe et sous contrôle ukrainien » décrit dans l’article cité ci-dessus, alors la photo doit avoir été prise du côté sous contrôle russe. Comment M. Guttenfelder est-il entré dans cette zone ?

    Mais peut-être qu’il s’agit d’un poste de contrôle complètement différent quelque part aux limites de la ville de Zaporizhzhia et que les personnes qui attendent pour le franchir reviennent d’une escapade d’un week-end. Remarquez à nouveau l’absence de bagages visibles.

    Voici maintenant la troisième photo et la plus intéressante :



    La légende de l’image ci-dessus dit :

    Un couple ukrainien traversant dimanche un poste de contrôle à la périphérie de la ville de Zaporizhzhia, vers le territoire contrôlé par la Russie. Les autorités des points de contrôle ont déclaré que certains Ukrainiens tentaient d’aider à faire sortir ceux qui cherchaient à quitter la zone sous contrôle russe. David Guttenfelder pour le New York Times
    Remarquez les bagages et les articles ménagers sur le toit de la voiture. C’est ce que j’appellerais les gens qui fuient leur maison pour aller vivre ailleurs. Mais la légende suggère que ces personnes « aident à faire sortir ceux qui cherchent à quitter la zone sous contrôle russe ». Pourquoi alors ont-ils chargé leur voiture avec probablement tout ce qu’ils avaient ?

    La « couverture » du NYT sur le conflit en Ukraine a cessé d’avoir un sens.

    Moon of Alabama, 15 août 2022

    #Ukraine #Russie #Zaporijia #Centrale_nucléaire

    https://www.moonofalabama.org/2022/08/varoius-points-on-ukraine-and-media.html#more

  • Ukraine: Pourquoi l’Afrique n’a pas condamné l’invasion russe

    Ukraine: Pourquoi l’Afrique n’a pas condamné l’invasion russe

    Algérie, Mali, Sénégal, Afrique du Sud, Rwanda, Madagascar, Soudan, Ukraine, Russie, France, Occident,

    Selon Ahmed Kateb, « l’Afrique devient un enjeu majeur des superpuissances économiques et militaires parce qu’elle a été, très longtemps, en marge de la mondialisation, des relations internationales, et au même temps, elle recèle de véritables potentialités énergétiques stratégiques qui font d’elle un partenaire de premier plan pour toute puissance qui entend devenir une puissance dominante dans le monde ».

    « On voit la perte de vitesse des puissance coloniales, notamment la France et la Grande-Bretagne. On voit le reflux des Etats-Unis d’Amérique après plusieurs fiascos militaires, plusieurs couacs diplomatiques avec de nombreux pays. Aujourd’hui, de noveaux acteurs arrivent, la Russie, et surtout la Chine, l’Inde, la Turquie, le Brésil. L’Afrique devient un terrain propice à toutes les rivalités qui font d’elle un continent convoité », affirme le chercheur algérien en relations internationales.

    Dans une interview accordée au journaliste Kamal Louadj, Kateb a déclaré que « l’Occident reste toujours dans une vision colonialiste ou néo-coloniale qui prend de très haut les africains en prétendant être des donneurs de lessons. On l’a vu avec la dernière viste du présdent français Macron. On se souvient surtout du discours de Dakar de l’ancien président français, Nicolas Sarkozy, « l’homme africain n’est pas encore entré dans l’histoire ». Tout ce mépris culturel, anthropologique, qu’a l’Occident envers les africains ».

    « Maintenant, ajoute-t-il, avec une nouvelle donne géostratégique, après le 24 février 2022, l’opération spécial russe en Ukraine, on a vu que beaucoup de pays africains n’ont pas condamné ce que les occidentaux qualifient de « agression », « attaque russe contre l’Ukraine ». Donc, l’Afrique reste attentive, elle voit le monde changer, elle a ses propres lectures, ses propres intérêts. C’est ce qui fait que l’Afrique change un petit peu de spotulats ».

    « On a vu des pays comme l’Algérie, le Mali, le Sénégal, l’Afrique du Sud, le Rwanda, Madagascar, le Soudan, qui n’ont pas condamné justement ce qui se passe en Ukraine à l’Assemblée Générale de l’ONU. Cela est une première. On avait l’habitude de voir les pays africains s’aligner derrière les puissance coloniales Grance Bretagne, France et Etats-Unis », indique Kateb.

    « Maintenant, l’Afrique raisonne d’elle-même et a gardé raison, justement, de voir ses propres intérêts. A Sotchi, elle s’est réuni avec la Russie dans un sommet Russie-Afrique en 2019. L’Afrique représente un marché très important pour la Russie. Pour les russes, le marché africain est prometteur. Y a le marché de l’armement, mais il y a les céréales qui représentent 3% des échanges entre l’Afrique et la Russie », souligne-t-il.

    #Afrique #Mondialisation #Occident #France #Russie #Etats_Unis #Chine #Ukraine

  • Rencontre de Samantha Power avec Mostafa Terrab, PDG de l’OCP

    Rencontre de Samantha Power avec Mostafa Terrab, PDG de l’OCP

    Etats-Unis, Maroc, Mostafa Terrab, OCP, phosphates, engrais, Ukraine, Russie,

    Pour diffusion immédiate
    mercredi 10 août 2022
    Porte-parole par intérim Shejal Pulivarti :

    Aujourd’hui, l’administratrice Samantha Power a rencontré Mostafa Terrab, président-directeur général du groupe OCP, l’un des principaux fournisseurs mondiaux de phosphate et d’autres produits qui développe des solutions d’engrais adaptées aux conditions locales et aux besoins des cultures.

    L’administrateur Power et M. Terrab ont discuté de l’impact des coûts élevés de l’énergie et des effets exacerbés de la guerre de la Russie contre l’Ukraine sur l’industrie des engrais et les agriculteurs qui en dépendent. Administrator Power a remercié M. Terrab pour la récente contribution de l’OCP de 550 000 tonnes métriques d’engrais donnés, ainsi que des engrais à prix réduit à 20 pays d’Afrique subsaharienne. M. Terrab et l’Administrateur ont discuté de l’importance de cibler les engrais promotionnels sur les petits exploitants agricoles, qui sont confrontés à des obstacles matériels liés à l’accessibilité et à l’abordabilité des engrais. Ils ont également parlé des opportunités de partenariat plus étroit sur la sécurité alimentaire et la distribution d’engrais.

    Source : USAID, 10/08/2022

    #Etats_Unis #Maroc #Samantha_Power #Mostafa_Terrab #OCP

  • Pourquoi la centrale nucléaire de Zaporijia préoccupe?

    Pourquoi la centrale nucléaire de Zaporijia préoccupe?

    Ukraine, Russie, Zaporijia, centrale nucléaire, Occident,

    Les horreurs de l’invasion de la Russie ont jusqu’ici touché le peuple ukrainien. Mais l’intensification des combats autour d’une centrale nucléaire – la plus grande d’Europe – pourrait exposer des pans entiers du continent à une catastrophe radioactive.

    Le complexe de Zaporijia, dans la ville d’Enerhodar, dans le sud-est de l’Ukraine, a été capturé par la Russie au début de la guerre. Toujours exploité par des techniciens ukrainiens, il a alimenté l’alarme internationale croissante après que des bombardements aient frappé la centrale, dont les six réacteurs génèrent plus d’électricité que n’importe quelle installation de ce type aux États-Unis.

    L’Occident accuse la Russie de terrorisme nucléaire, y stationnant délibérément des centaines de soldats et des stocks d’armes pour l’utiliser comme «bouclier» pour le bombardement de cibles proches. L’Ukraine affirme également que les forces russes attaquent directement le site.

    De nombreuses affirmations de la Russie pendant la guerre ont poussé la crédulité, mais Moscou accuse Kyiv d’avoir attaqué à plusieurs reprises l’usine. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a affirmé que les bombardements ukrainiens sont « lourds de conséquences catastrophiques pour de vastes territoires, pour toute l’Europe ».

    En conséquence, les responsables de la ville de Zaporijia, qui reste sous contrôle ukrainien, ont commencé à préparer des plans pour évacuer les civils en cas de fuite radioactive.

    Voici pourquoi les observateurs sont si inquiets :

    Ce qui s’est passé?

    Construits par l’Union soviétique de l’époque dans les années 1980, les six réacteurs à eau légère de Zaporijia en font l’une des 10 centrales nucléaires les plus puissantes au monde.

    Après le début de l’invasion le 24 février, la machine de guerre du Kremlin a mis un peu plus d’une semaine pour capturer l’usine d’Enerhodar, une ville située à environ 2 heures de route au sud-ouest de la plus grande Zaporijia.

    La saisie de l’usine par les forces russes une semaine après le début de l’invasion a suscité des inquiétudes initiales lorsqu’un incendie s’est déclaré sur le site après le bombardement.

    Cette offensive a marqué la première fois dans l’histoire qu’une guerre éclate dans un pays doté d’une infrastructure nucléaire aussi vaste et avancée, selon l’Agence internationale de l’énergie atomique basée à Vienne, qui relève des Nations Unies.

    Cette panique s’est renouvelée cette semaine après que des bombardements ont endommagé plusieurs bâtiments et un câble électrique, et mis un réacteur hors service, selon Energoatom, la compagnie énergétique nationale ukrainienne.

    La centrale fournit à l’Ukraine plus de 20 % de son électricité.

    Moscou « fait chanter le monde entier avec la possibilité d’une catastrophe nucléaire », selon Hryhoriy Plachkov, ancien chef de l’Inspection nationale de la réglementation nucléaire d’Ukraine.

    La Russie, qui occupe l’usine, a échangé des accusations de responsabilité avec l’Ukraine, qui semble monter une nouvelle offensive dans le sud du pays.

    On ne sait pas combien des 11 000 employés de l’usine d’avant-guerre continuent de travailler sur le site. Un ancien employé a déclaré qu’il était « très effrayant pour eux de travailler » sous contrôle russe, alors que certains d’entre eux étaient retenus en otage.

    Les affirmations des deux parties n’ont pas été vérifiées.

    Mais alors que les deux s’accusaient, le conseil municipal de Zaporijia préparait une campagne d’information publique « pour expliquer les règles de comportement de la population en cas de situation d’urgence », a déclaré mercredi Anatolii Kurtev, son secrétaire, dans un article de Telegram.

    « Cependant, pour l’instant, ce ne sont que des mesures préventives », a-t-il déclaré.

    Quels sont les risques ?
    L’Ukraine n’est bien sûr pas étrangère aux catastrophes nucléaires.

    La catastrophe de Tchernobyl de 1986 est considérée comme la pire du genre, entraînant l’évacuation de plus de 100 000 personnes et la détection de radiations dans toute l’Europe.

    El Telegraph, 13/08/2022

    #Ukraine #Russie #Zaporijia #Centrale_nucléaire

  • Ukraine: Un navire arrive pour charger du blé pour l’Afrique

    Ukraine, blé, Afrique,

    KYIV, Ukraine (AP) – Un navire a accosté vendredi dans un port ukrainien de la mer Noire pour commencer à charger du blé pour les personnes affamées en Éthiopie. Il s’agira de la première livraison de vivres en Afrique dans le cadre d’un plan de l’ONU visant à débloquer les céréales piégées par la guerre de la Russie contre l’Ukraine et à apporter des secours à certains des millions de personnes dans le monde qui sont au bord de la famine.

    Pendant des mois, les combats en Ukraine et le blocus russe des ports ukrainiens ont fait que les céréales produites en Ukraine, l’un des principaux greniers à blé du monde, se sont entassées dans des silos. Cela a fait monter en flèche les prix mondiaux des denrées alimentaires et conduit à la faim en Afrique , au Moyen-Orient et dans certaines parties de l’Asie. Ces derniers jours, plusieurs navires transportant des céréales ont quitté les ports ukrainiens dans le cadre du nouvel accord, mais la plupart de ces expéditions étaient des aliments pour animaux et étaient destinées à la Turquie ou à l’Europe occidentale dans le cadre de contrats antérieurs.

    Le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, a déclaré que le navire nommé Brave Commander transportera son blé à Djibouti, pays de la Corne de l’Afrique, où il sera déchargé et envoyé en Éthiopie.

    « Le blé ira aux opérations du Programme alimentaire mondial en Éthiopie, soutenant la réponse à la sécheresse dans la Corne de l’Afrique alors que la menace de famine sévit dans la région touchée par la sécheresse », a-t-il déclaré. « C’est l’une des nombreuses régions du monde où l’arrêt quasi complet des céréales et de la nourriture ukrainiennes sur le marché mondial a rendu la vie encore plus difficile pour les familles déjà aux prises avec une faim croissante. »

    Le navire devait embarquer plus de 23 000 tonnes métriques, selon le ministère ukrainien des Infrastructures, ce qui n’est encore qu’une infime partie des 20 millions de tonnes de céréales qui languissent actuellement en Ukraine. Il a accosté dans la ville portuaire de Yuzhne vendredi soir, a indiqué le ministère.

    L’ Éthiopie, ainsi que la Somalie et le Kenya voisins, font face à la pire sécheresse depuis quatre décennies dans la Corne de l’Afrique. Des milliers de personnes à travers la région sont mortes de faim ou de maladie cette année. Les prévisions pour les semaines à venir indiquent que pour la première fois, une cinquième saison des pluies consécutive ne se matérialisera pas. Des millions de têtes de bétail, base de la richesse et de la sécurité alimentaire de nombreuses familles, sont mortes.

    « Des millions de ménages auront du mal à faire face à ces chocs » en Éthiopie, selon une nouvelle évaluation du Famine Early Warning Systems Network. « Les besoins d’assistance alimentaire sont à des niveaux record, avec jusqu’à 15 millions de personnes ayant besoin d’une assistance alimentaire. »

    Même si une seule expédition ne résoudra pas la crise, le Programme alimentaire mondial l’a tout de même annoncée comme une « étape importante » pour faire sortir les céréales ukrainiennes du pays vers les pays les plus touchés. Les responsables éthiopiens n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.

    Pourtant, sur les lignes de front de l’Ukraine, les combats étaient incessants, en particulier dans la région orientale du Donbass, où une grande partie des combats se sont concentrés alors que la guerre approche des six mois. La ville de Kramatorsk a été touchée par 11 roquettes dans la nuit. Sept personnes ont été tuées et 14 autres blessées dans et autour de la ville, qui reste coupée du gaz, de l’eau courante et de l’électricité.

    « Les trois quarts de la population de la région ont déjà été évacués, car les bombardements incessants de l’armée russe ne laissent aucun choix aux civils, c’est soit de mourir de blessures, soit de faim et de froid en hiver », a déclaré le gouverneur régional de Donetsk, Pavlo Kyrylenko. a déclaré à la télévision ukrainienne.

    La menace d’un accident nucléaire planait également dans le sud de l’Ukraine, où des bombardements ont frappé près de la plus grande centrale nucléaire d’Europe .

    Les bombardements près de la centrale nucléaire de Zaporizhzhia sous contrôle russe se sont poursuivis pendant la nuit. Les forces russes ont tiré plus de 40 roquettes sur la ville de Marhanets, qui se trouve de l’autre côté du Dniepr depuis la centrale électrique. Trois personnes ont été blessées lors du dernier bombardement, dont un garçon de 12 ans. La ville voisine de Nikopol a également été bombardée, a déclaré Valentyn Reznichenko, le gouverneur de la région de Dnipropetrovsk.

    Le chef du nucléaire de l’ONU a averti jeudi soir qu’une activité militaire « très alarmante » à la centrale nucléaire pourrait avoir des conséquences dangereuses.

    Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Rafael Grossi, a exhorté la Russie et l’Ukraine, qui se reprochent mutuellement les attaques contre la centrale nucléaire, à autoriser immédiatement les experts nucléaires à évaluer les dommages et à évaluer la sûreté et la sécurité dans le complexe nucléaire tentaculaire. Il a déclaré que la situation à l’usine « s’est détériorée très rapidement ».

    Il a souligné les bombardements et plusieurs explosions à Zaporizhzhia vendredi dernier qui ont forcé l’arrêt de son transformateur d’alimentation électrique et de deux transformateurs de secours, forçant l’arrêt d’un réacteur nucléaire.

    Le ministre ukrainien de l’Intérieur, Denys Monastyrsky, a déclaré que les autorités élaboraient des plans pour évacuer les habitants des villes et villages proches de l’usine.

    « Il y a une menace de haut niveau, donc il y a des plans pour tout développement possible, y compris la libération de radiations », a déclaré Monastyrsky vendredi. « Nous avons tous vu le bombardement russe de l’usine. C’est horrible. »

    Il a déclaré que les forces russes avaient stationné des armes dans la centrale et avaient refusé aux travailleurs nucléaires ukrainiens l’accès à certaines zones du complexe.

    « Il est même difficile d’imaginer l’ampleur de la tragédie si les Russes continuent leur action là-bas », a-t-il déclaré. « Nous sommes devenus convaincus qu’il n’y a pas de facteurs contraignants. Il y a une position délibérée déclarée par les autorités russes qu’elles sont prêtes à toute action, quelles qu’en soient les conséquences.

    AP

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  • Les ramifications croissantes du fossé maghrébin

    Les ramifications croissantes du fossé maghrébin

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    Les retombées mondiales du conflit en Ukraine ont été particulièrement visibles dans le domaine de l’énergie, où les sanctions mises en place contre la Russie ont contraint l’Europe à chercher ailleurs ses approvisionnements énergétiques. Dans cette ruée vers le gaz, particulièrement controversée car elle reporte irrémédiablement des agendas ambitieux de sortie des énergies fossiles, les Etats membres européens ont déplacé leur attention de l’Est désormais turbulent, où le découplage économique avec Moscou semble inéluctable, vers le Sud, périphérie régionale la plus souvent négligée, et qui n’attire l’attention de Bruxelles et de Washington que lorsque des préoccupations urgentes en matière de sécurité deviennent trop impossibles à ignorer. Dans la plus récente poussée énergétique qui a emmené des diplomates étrangers, des dignitaires et des officiers de haut rang en tournée dans plusieurs capitales du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord riches en pétrole, il y a un endroit qui a immédiatement été en tête de liste des plus destinations recherchées capables de compenser en partie la baisse des approvisionnements énergétiques en provenance de Russie : l’Algérie.

    Une opportunité incontournable

    Compte tenu de sa géographie et de ses infrastructures de gazoducs, l’Algérie est un partenaire de longue date de l’Europe dans le secteur de l’énergie. Membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, le pays est un important producteur de pétrole et de gaz fortement tributaire des exportations d’hydrocarbures.[1] Par rapport à une Libye de plus en plus instable, où la dernière bifurcation politique a déjà eu un impact sur la fragile industrie pétrolière du pays, l’Algérie offre également des conditions beaucoup plus stables. L’époque du mouvement d’opposition Hirak, lorsque les manifestations de masse ont mis fin au régime du président Abdelaziz Bouteflika en 2019, semble révolue et l’opposition a été muselée par une combinaison de facteurs, notamment un virage autoritaire répressif et la décision des manifestants de suspendre les rassemblements à la suite de la pandémie de COVID-19. La brève transition, qui comprenait des changements cosmétiques à la constitution, une lutte instrumentale contre la corruption et des élections marquées par un faible taux de participation, a abouti à un changement de leadership qui a donné à l’ancien Premier ministre Abdelmajid Tebboune la présidence, tandis que le pouvoir réel repose fermement entre les mains de les militaires guidés par le général de division Saïd Chengriha.

    La transition politique a été caractérisée et partiellement entraînée par un ralentissement économique causé par la chute du pétrole de 2014, qui a considérablement érodé les réserves de change (passant de 121,9 milliards de dollars en octobre 2016 à 42 milliards de dollars en mars 2021). Cependant, la guerre en Ukraine a représenté un tournant, offrant à l’Algérie une occasion incontournable de réaliser ses ambitions pour devenir enfin un hub énergétique capable de satisfaire les exigences des partenaires européens cherchant désespérément à diversifier les approvisionnements en gaz loin de la Russie. Poussé par une demande mondiale plus élevée, le pic pétrolier relance la production pétrolière de l’Algérie, aidant à équilibrer le déficit budgétaire qu’Alger a accumulé au cours des dernières années.[2] La conjoncture économique favorable attire également des investissements directs étrangers (IDE) indispensables qui pourraient contribuer à moderniser une industrie pétrolière vieillissante et à renforcer la capacité de production. Dans ce contexte, les récents accords signés entre la compagnie pétrolière nationale algérienne Sonatrach et son homologue italien ENI sont particulièrement remarquables. Le protocole d’accord (MoU), signé à l’occasion de la visite de Tebboune à Rome et à Naples en mai 2022, devrait stimuler l’exploration gazière et le développement de l’hydrogène vert en Algérie, et prévoit un projet d’interconnexion électrique via des câbles sous-marins. [3] L’accord a également confirmé l’augmentation des exportations de gaz de l’Algérie vers l’Italie, passant de 22 milliards de mètres cubes (bcm) par an à 31 bcm, suite à un accord conclu en avril lors de la visite du Premier ministre italien Mario Draghi à Alger. Les 9 milliards de m3 supplémentaires de gaz supplémentaire par an (qui, selon le calendrier convenu, seront livrés d’ici 2023-2024) pousseront le gazoduc offshore transméditerranéen (TransMed) reliant l’Algérie à l’Italie via la Tunisie à pleine capacité.

    La faille qui coupe les ailes de l’Algérie

    Les accords récents contribueront certainement à consolider la position de l’Algérie en tant que l’un des principaux fournisseurs d’énergie de l’Italie, contribuant à compenser la réduction de l’approvisionnement en gaz de Moscou. Cependant, cette réalisation remarquable ne suffira peut-être pas à réaliser les rêves de l’Algérie de jouer un rôle central dans l’approvisionnement énergétique de l’Europe à partir de son flanc sud. Parallèlement à des années de sous-investissement dans l’industrie pétrolière, des obstacles politiques sont également susceptibles de limiter la capacité de l’Algérie à augmenter ses exportations de pétrole et de gaz. En effet, le renforcement des relations bilatérales entre Alger et Rome contraste fortement avec la détérioration des relations entre l’Algérie et l’Espagne, toutes deux engagées dans une querelle diplomatique exacerbée par les développements récents. La suspension du traité d’amitié et de coopération de 2002 n’est que la dernière étape d’une détérioration rapide des relations bilatérales principalement motivée par le ressentiment de l’Algérie envers le nouveau cap de politique étrangère fixé par le gouvernement espagnol sur le Sahara occidental, qui a jusqu’à présent été le point principal de discorde qui anime la compétition régionale entre l’Algérie et le Maroc. En effet, dans une décision surprenante annoncée en mars, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a annoncé que Madrid reconnaissait enfin le plan d’autonomie du Maroc pour la région contestée comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour résoudre le conflit, soutenant efficacement la position de Rabat.

    Le passage diplomatique d’une approche basée sur le respect des résolutions de l’ONU et du principe d’autodétermination au plan d’autonomie, sur lequel Rabat insiste depuis 2007, est en effet le résultat d’une année de vie dangereuse à travers l’étroit détroit de Gibraltar . L’origine du réalignement en cours doit en effet être recherchée dans une querelle diplomatique qui a opposé en avril 2021 Madrid à Rabat à la suite de l’hospitalisation du chef du Front populaire de libération de Saguia el-Hamra et Rio de Oro (Front Polisario, le groupe rebelle mouvement luttant pour l’indépendance du Sahara Occidental vis-à-vis du Maroc et soutenu par l’Algérie) Brahim Ghali en Espagne pour le COVID-19. Apparemment amené en Espagne par un avion algérien et sous un faux nom, Ghali a passé quelques semaines à l’hôpital de Logroño, provoquant de véhémentes manifestations à Rabat. L’augmentation sans précédent du nombre de migrants tentant d’entrer dans l’enclave espagnole de Ceuta en mai 2021 (avec plus de 9 000 entrées enregistrées en deux jours seulement, dont 1 500 enfants) ressemblait à une représaille inévitable après que des informations suggéraient que la police et les gardes-frontières marocains contrôles détendus.[4] Le nombre croissant de migrants arrivant en Espagne le long de la route de la Méditerranée occidentale a probablement convaincu la Moncloa de revenir sur sa position. Le limogeage de l’ancienne ministre des Affaires étrangères Maria Aranzaz « Arancha » Gonzalez Laya, qui a payé le prix de l’affaire Ghali, a certainement été un premier signe de la réélaboration de la politique du Sahara occidental en cours à Madrid depuis l’été dernier.

    L’épreuve décisive du Sahara occidental

    En intensifiant la pression migratoire vers Ceuta et Melilla, souvent la cible de la rhétorique irrédentiste de Rabat, le Maroc a touché une corde sensible dans le processus décisionnel espagnol, où le gouvernement de coalition minoritaire de Sanchez a récemment subi une pression croissante à la suite de révélations sur son utilisation du puissant logiciel espion Pegasus.[5] Il a également confirmé la confiance croissante du Maroc dans l’imposition de son programme, dont l’objectif principal est de rallier un soutien plus large pour légitimer ses revendications sur un Sahara occidental qui ressemble de plus en plus à un test décisif pour voir où se situent réellement les principaux partenaires dans un Maghreb reconfiguré et multipolaire. L’affirmation du Makhzen s’est certainement accrue après la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur les territoires contestés en échange du rétablissement des relations diplomatiques entre Rabat et Israël. L’accord, conclu au crépuscule de l’administration Trump, représentait l’aboutissement d’une politique transactionnelle qui a poussé le Maroc sur le front de la normalisation établi après les accords d’Abraham, qui comprenait Bahreïn, Israël, le Soudan et les Émirats arabes unis. Dans le même temps, le nouveau cap des États-Unis sur le Sahara occidental, qui n’a pas été inversé par l’administration Biden, a certainement contribué à l’escalade militaire dans les territoires contestés, où le Front Polisario avait déjà déclaré la fin du cessez-le-feu le 13 novembre 2020 dans un contexte caractérisé par la reprise des combats dans la zone tampon de Guerguerate.

    L’effondrement d’un conflit gelé, qui s’est jusqu’à présent limité à des raids sporadiques du Polisario contre l’avant-poste des Forces Armées Royales (FAR, l’armée marocaine) et à des frappes aériennes et de drones marocains contre des combattants sahraouis, a réintroduit une nouvelle point chaud en Afrique du Nord. Conjuguée au conflit gelé en Libye et à la spirale de la violence djihadiste au Sahel, la reprise de la lutte au Sahara occidental risque de plonger toute la région nord-africaine dans une nouvelle saison de chaos, une décennie après les bouleversements politiques du printemps arabe. Le contrôle des dégâts a jusqu’à présent réussi à contenir les tensions, et les exercices militaires des deux côtés de la frontière (fermée depuis 1994) ressemblent plus à une posture qu’à de véritables menaces à la paix et à la sécurité de la région. Tant à Alger qu’à Rabat, il n’y a clairement aucun appétit pour une nouvelle guerre des sables ou un nouveau conflit sur le Sahara occidental. Le Maroc tire parti du changement de politique étrangère des États-Unis pour consolider sa position, poussant les partenaires européens à embarquer dans la reconnaissance de son contrôle territorial sur le territoire contesté. Dans le même temps, les difficultés intérieures ont certainement découragé l’Algérie d’utiliser son pouvoir dur pour soutenir le Polisario pour le moment. Cependant, alors que le régime cherche à consolider sa légitimité et que de nouveaux amendements constitutionnels permettent à l’Armée nationale populaire (ANP, l’armée algérienne) d’assumer une approche proactive dans la région, le Sahara occidental peut encore être une carte utile à jouer pour unir l’opinion publique contre un ennemi commun tout en détournant l’attention de problèmes nationaux plus urgents.

    La militarisation de tout

    De manière générale, les nouvelles générations en Algérie semblent beaucoup plus soucieuses d’accroître leur représentativité et d’instaurer un véritable système démocratique que de soutenir une cause qui plonge ses racines dans un passé très lointain et lointain. Pour cette raison, il apparaît de plus en plus évident que les tensions diplomatiques les plus récentes entre l’Algérie et le Maroc ont été beaucoup plus motivées par la tendance à la normalisation et la décision de Rabat de rétablir les liens avec Israël que par la reprise du conflit au Sahara Occidental. En effet, la décision d’Alger de resserrer les relations diplomatiques avec le Maroc est intervenue immédiatement après la visite du ministre israélien des Affaires étrangères Yair Lapid à Rabat en août 2021. Il est intéressant de noter qu’à cette occasion, Lapid a déclaré que l’Algérie se rapprochait de l’Iran, un indication supplémentaire d’une politique étrangère élaborée en fonction de la constitution de nouveaux blocs régionaux issus du réalignement impulsé par le processus de normalisation. La remarque de Lapid a certainement contribué à la rupture diplomatique algéro-marocaine, dans un contexte marqué par l’escalade des tensions suite au soutien de Rabat à l’autodétermination de la région kabyle en Algérie, qui faisait le parallèle avec le soutien d’Alger au Polisario.[6]

    La nouvelle fracture maghrébine a également produit des externalités négatives qui sont allées au-delà du contexte local déjà clivant, notamment après la décision de l’Algérie de ne pas renouveler le contrat de 25 ans pour la fourniture de gaz au Portugal et à l’Espagne via le Maroc via le Gazoduc Maghreb-Europe (MEGP) . Le gazoduc de 12 milliards de m3 par an a cessé ses activités en octobre 2021, privant de fait le royaume alaouite de ses redevances d’une valeur de 0,5 milliard de m3 de gaz, qui représentaient la moitié de la consommation intérieure moyenne du Maroc par an. Alors que l’Algérie a confirmé qu’elle continuerait néanmoins à respecter son engagement d’approvisionner Madrid en gaz naturel via le gazoduc offshore Medgaz de 10,5 milliards de mètres cubes par an, et en stimulant l’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) depuis ses ports, la politique pétrolière est devenue la nouvelle frontière de l’affrontement entre les deux rivaux maghrébins.[7] Tout comme les pressions migratoires sur l’Espagne facilitées par Rabat lors de l’affaire Ghali, la décision de l’Algérie de fermer le MEGP pour punir le Maroc de s’être rapproché d’Israël s’inscrit dans ce qui a été décrit avec succès comme une militarisation de tout[8], dans laquelle les prétendants utilisent tous les moyens et toutes les mesures à l’exception de la guerre pour atteindre leurs objectifs stratégiques.

    A posteriori, la fermeture du MEGP pourrait bien être interprétée comme une blessure auto-infligée à l’Algérie, surtout en période de manne gazière. À y regarder de plus près, cependant, la hausse des prix sur le marché du pétrole cette année signifie que les revenus continueront à être importants, permettant également aux autorités algériennes de choisir de déplacer une partie de leurs approvisionnements en gaz des contrats à long terme les moins rentables vers les plus marché au comptant lucratif. Ayant déjà réduit de moitié le volume de gaz exporté vers l’Espagne avant l’actuelle querelle diplomatique avec Madrid, l’Algérie se sent certainement plus confiante pour trouver un juste équilibre entre la tentation de tout mettre en œuvre et de couper complètement l’approvisionnement en gaz de Madrid pour sa politique remaniée au Sahara Occidental et le maintien le flux constant de revenus entrant dans ses coffres. Les menaces d’augmentation du prix du gaz livré aux clients espagnols, proférées en avril par le PDG de Sonatrach Toufik Hakkar, en sont un exemple et sont intervenues, pas par hasard, alors que les relations entre Alger et Madrid allaient de mal en pis. En effet, à cette époque, le Maroc et l’Espagne discutaient de la manière de détourner le flux de la MEGP pour fournir à Rabat du gaz naturel acheté sur les marchés internationaux. Les discussions ont mis Alger de plus en plus mal à l’aise, poussant le gouvernement algérien à menacer de résilier le contrat avec l’Espagne si le gaz naturel en provenance d’Algérie était détourné vers le Maroc.

    La ruée vers le gaz africain

    L’hybridation de la guerre transforme non seulement les États membres de l’UE en importateurs nets de la spirale du fossé maghrébin, mais pousse également leurs politiques pétrolières sur une trajectoire de collision, selon les différentes politiques adoptées sur la question du Sahara occidental. En outre, les ramifications de cette lutte pour la suprématie régionale s’étendent également au continent africain, où les politiques régionales d’Alger et de Rabat sont toujours empêtrées dans le jeu à somme nulle qui alimente déjà la détérioration de leurs relations bilatérales. En particulier, le secteur de l’énergie devient un champ de bataille, où la ruée vers le gaz africain s’est accélérée, notamment au lendemain du conflit en Ukraine. Le Maroc, par exemple, a accéléré ses plans à long terme pour rivaliser avec son voisin oriental, sur la base d’une stratégie ambitieuse qui ferait à terme de Rabat une puissance dans l’exportation de combustibles fossiles et d’énergies renouvelables. Dans le cadre de sa nouvelle politique africaine, soulignée par le retour de Rabat à l’Union africaine (UA) en 2017, le gazoduc Nigeria-Maroc (NMGP) de 5 560 km a récemment été accéléré suite à l’approbation du gouvernement d’Abuja. Le gazoduc serait une extension du gazoduc existant qui fournit du gaz nigérian au Bénin, au Ghana et au Togo depuis 2010. Le 2 juin, le gouvernement nigérian a chargé la Nigeria National Petroleum Company de conclure un accord avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest pour la construction du gazoduc, qui acheminera à terme le gaz nigérian vers l’Afrique de l’Ouest et le Maroc, et de là vers l’Europe également à partir de 2046.

    Fait intéressant, l’accélération est intervenue après les récents progrès réalisés par l’Algérie dans l’avancement d’un projet rival connu sous le nom de gazoduc transsaharien (TSGP). D’une capacité de 30 milliards de mètres cubes par an, le TGSP est un projet de 4 128 km qui acheminerait à terme le gaz naturel du Nigéria vers l’Algérie via le Niger, renforçant la capacité d’Alger à satisfaire ses besoins intérieurs et à stimuler les exportations de gaz vers l’Europe. La déclaration de Niamey signée en février 2022 entre les ministres du pétrole algérien, nigérien et nigérian a relancé le projet, qui était en sommeil depuis plusieurs années en partie en raison de problèmes de sécurité concernant le pipeline transitant par une région sahélienne de plus en plus instable, où plusieurs groupes terroristes sont actifs. . Compte tenu de ses réserves abondantes, le Nigeria est évidemment bien placé pour fournir à l’Europe une quantité croissante de gaz naturel qui compenserait en partie l’approvisionnement réduit de la Russie en raison du conflit en cours en Ukraine. En outre, le NMGP et le TSGP seraient évidemment des instruments précieux pour satisfaire la demande intérieure croissante des États en développement d’Afrique de l’Ouest et du Maghreb. Le risque, cependant, est que ces projets de gazoducs soient victimes de l’approfondissement du fossé entre l’Algérie et le Maroc, qui oblige à la fois les exportateurs de pétrole et de gaz en Afrique (comme le Nigeria) et les importateurs d’énergie en Europe (comme l’Italie et l’Espagne) à naviguer un contexte hautement conflictuel et clivant, irradié par une rivalité régionale qui s’étend bien au-delà des frontières traditionnelles du Maghreb.

    Références

    [1] Selon les données de la Banque mondiale, sur la période 2015-2020, les exportations pétrolières algériennes représentaient 19 % du produit intérieur brut (PIB), 94 % des exportations totales et 40 % des recettes budgétaires : https://thedocs. worldbank.org/en/doc/65cf93926fdb3ea23b72f277fc249a72-0500042021/related/mpo-dza.pdf.

    [2] La production de pétrole est déjà passée de 175,9 millions de tonnes d’équivalent pétrole (tep) en 2020 à 185,2 millions en 2021, tandis que les recettes d’exportation sont passées de 20 milliards de dollars à 34,5 milliards de dollars. Voir, Francisco Serrano, « Higher Oil Prices are Giving Algeria’s Regime Breathing Room », 25 mai 2022, Middle East Institute, https://www.mei.edu/publications/higher-oil-prices-are-giving-algerias- régime-respiratoire.

    [3] La production de gaz dans les zones couvertes par le protocole d’accord devrait atteindre 3 milliards de mètres cubes (bcm) par an et contribuera à augmenter la capacité d’exportation de gaz de l’Algérie vers l’Italie. Le protocole d’accord couvre également l’évaluation technique et économique d’un projet d’hydrogène vert à Bir Rebaa Nord. Voir, « Le géant italien de l’énergie Eni signe un accord pour stimuler l’approvisionnement en gaz algérien », Al-Jazeera, 26 mai 2022, https://www.aljazeera.com/economy/2022/5/26/italys-power-giant-eni -encres-deal-pour-booster-les-importations-de-gaz-algeriennes.

    [4] Umberto Profazio, « Les relations Maroc-Europe atteignent un point d’inflexion », 6 septembre 2021, Institut international d’études stratégiques (IISS), https://www.iiss.org/blogs/analysis/2021/09/morocco -relations-européennes.

    [5] Le gouvernement a été accusé d’avoir utilisé le logiciel espion de la société israélienne NSO Group pour pirater les téléphones portables de personnalités politiques des mouvements indépendants de Catalogne. Les révélations, qui ont provoqué le limogeage de Paz Esteban (chef de l’agence de renseignement espagnole), ont également conduit à une tournure inattendue, après que le gouvernement a déclaré que les téléphones portables de Sanchez et de la ministre de la Défense Margarita Robles avaient également été piratés par un tiers anonyme. faire la fête. Voir, Raphael Minder, « Spain Says Cell Phones of Prime Minister and Defence Minister Were Hacked », 2 mai 2022, New York Times, https://www.nytimes.com/2022/05/02/world/europe/spain -premier-ministre-pegasus-spyware.html. Les allégations selon lesquelles le Maroc aurait fréquemment utilisé Pegasus sont apparues l’année dernière mais ont toujours été démenties par Rabat.

    [6]Dans le même temps, Alger a décidé d’aller de l’avant avec l’inscription sur la liste noire du mouvement séparatiste pour l’autonomie de la Kabylie (MAK) et a blâmé le Maroc pour les incendies qui ont englouti la région agitée à l’est d’Alger au cours de l’été de l’année dernière .

    [7] Umberto Profazio, « Oil Politics Set to Worsen the Maghreb Rift », 29 septembre 2021, Fondation du Collège de défense de l’OTAN, https://www.natofoundation.org/maghreb/oil-politics-set-to-worsen-the -maghreb-rift/.

    [8] Mark Galeotti, The Weaponization of Everything : A Field Guide to the New Way of War (New Haven et Londres : Yale University Press, 2022).

    Dr. Umberto Profazio

    Trends, 11/08/2022

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